jeudi 7 septembre - par C’est Nabum

Le moteur prend l’eau

L’aventure c’est l’aventure.

La veille, j’avais reçu un message de monsieur l’appariteur : « Peux-tu nous aider à installer le moteur sur le futreau de G... ? ». L’homme est un marinier de Loire, propriétaire d’un bateau en bois sur le quai d’Orléans. Il est également l’heureux propriétaire d’une si somptueuse cave qu’il est bien délicat de refuser ses invitations y compris quand il faut mettre la main à la pâte. C’est donc avec empressement que j’acceptai la proposition.

Le lendemain, à l’heure dite j’attendais mon chauffeur. L’homme était en retard, je m’en inquiétais quand soudain le ciel s’obscurcit et lâcha des hallebardes venues des cieux. Un déluge brutal, violent qui me contraignit à me réfugier à l’abri. Hélas, mon ciré, vêtement indispensable dans pareille circonstance était rangé dans le coffre de mon deux roues, garé à l’extérieur. Je tentai l’aventure de le quérir et en fus quitte pour me retrouver mouillé de la tête aux pieds avant que d’enfiler l’imperméable salvateur.

C’est ainsi que je montai dans le véhicule de mon camarade qui se transforma dans l’instant en une cabine de Sauna. Comme l’eau du ciel tombait toujours avec la même vigueur, les marins d’opérettes déchantaient dans un habitacle coupé du monde extérieur. Nous dûmes attendre que le désembuage fut enfin efficace pour affronter le flot de la circulation, lui même fort ralenti par les précipitations transformant la route en succursale de la Loire.

Enfin, nous arrivâmes à bon port, sous une pluie battante qui contrariait notre dessein. Nous trouvâmes refuge dans la cave de notre camarade, un endroit à l’abri comme vous pouvez vous en douter. Ce fut un crémant d’Alsace qui s’offrit aimablement en sacrifice pour nous permettre de laisser passer la nuée. Il n’est pas prudent d’avoir la gorge sèche pour affronter une atmosphère forcément saturée en humidité. Nous agissions ainsi avec raison et prudence.

Le ciel enfin calmé, nous pouvions nous mettre en action. Charger un moteur hors bord dans une petite voiture urbaine n’est pas chose aisée. Nous y parvînmes non sans mal et quelques douleurs dorsales, prestige de l’âge sans doute et conséquence de l’humidité ambiante. La joyeuse troupe pouvait se rendre sur le quai pour remplir sa mission. Il n’est pas besoin de vous dire que dans les circonstances évoquées précédemment, la foule habituelle avait déserté la promenade préférée des orléanais.

Les bateaux ne sont pas à quai, ils font trop fréquemment l’objet de visites hostiles et parfois destructrices. Il convient de les éloigner des indélicats, ceux qui aiment à laisser bouteilles vides et immondices derrière leur passage et parfois, traces commémoratives de leur ivresse destructrice. C’est donc sur un quai flottant, à distance suffisante de la rive pour refroidir les ardeurs des malotrus, que la flottille de cette association est rangée.

Le premier exercice consistait à tenter à l’aide d’un grappin de saisir à la manière d’un vacher un élément du quai afin d’établir un contact avec l’inaccessible. Ce fut après des tentatives aussi maladroites que vaines que nous finîmes par accrocher un bout. C’est donc en équilibre instable que nous franchîmes le premier obstacle. Personne n’était tombé à l’eau, il y a du progrès !

Puis ce furent les préparatifs pour libérer le fûtreau, le vider aussi de toute cette eau tombée du ciel qui avait curieusement arrêté sa course sur son pont. Fort heureusement, nous étions trempés, ce petit désagrément nous parut bien ridicule. L’écope en main, les Shadocks pompèrent, ce qui les dissuada sans doute de boire de l’eau par la suite …

Ce fut alors la descente du moteur à bord. Sur des marches de pierres glissantes et pentues, irrégulières et parfois incomplètes, nous avions l’air patauds et malhabiles. D’autres diront que c’est exactement ainsi que nous sommes en temps ordinaire, laissons les dire avec un haussement d’épaules. Après bien des difficultés, le moteur trouva enfin sa place dans le puits destiné à le recevoir. Nous n’avions rien cassé, un autre miracle en somme.

Le moteur a besoin de sa nourrice, une marque sans doute de son immaturité chronique. C’est d’ailleurs par une série de rôts pitoyables qu’il accueillit les premières tentatives d’établir le contact avec lui. Le pauvre se trouvait noyé alors que nous avions vidé l’eau de son habitacle, il n’était vraiment pas bon compagnon. Malgré notre état pitoyable, nous ne renonçâmes pas et le récalcitrant finit par tousser ce qui ne nous surprit guère compte tenu de la fraîcheur d’une atmosphère devenue soudainement automnale. Par la suite, nous découvrîmes que rafraîchissement était également dans les relations humaines, quand un bateau nous croisa sans un regard ni un signe amical.

Nous nous offrîmes un petit tour de Loire pour récompense des efforts consentis. Cela nous mit en appétit et nous nous dépêchâmes de retourner vers la cave salvatrice. La suite se passe de récit. Il convient de ne jamais pousser le bouchon trop loin. Le moteur avait prit l’eau, nous célébrâmes le vin de Loire pour honorer son retour à la vie.

Parcimonieusement vôtre.



48 réactions


  • juluch juluch 7 septembre 12:17

    Lino, jacques, simon , aldo et charlot n’ont qu’a bien se tenir !!!  smiley smiley


    merci nabum !

  • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 7 septembre 12:19

    On vous prenait pour Bernard Henri Levy, on découvre que vous êtes Joseph Conrad smiley


  • Robert Lavigue Robert Lavigue 7 septembre 14:07

    Un Tupamaros à moteur !
    Ces révoltes mitoyennes me laissent songeur...


  • Gorg Gorg 7 septembre 14:11

    @Nabum

    « Il est également l’heureux propriétaire d’une si somptueuse cave qu’il est bien délicat de refuser ses invitations »
    « Cela nous mit en appétit et nous nous dépêchâmes de retourner vers la cave salvatrice »

    Oui, oui Nabum... Ces deux phrases nous indiquent que le moteur du bateau n’était qu’un prétexte...

    Je résume : Casse-croûte le matin, 1/2 heure pour le moteur (durée variable en fonction de l’absorption de liquide pendant le casse-croûte)... et enfin balade sur la Loire, descente en cave et re-casse-croûte... et pour finir... coup de rouleau à pâtisserie de Madame au retour... (si vous avez pu remonter)...

    Ceci dit, je ne vous blâme pas, vous avez bien raison d’en profiter...


  • Henry Canant Henry Canant 7 septembre 16:54

    J’aurais préféré motogodille à hors bord, cela fait plus Nabum, même si Motogodille est à l’origine une marque


  • Mélusine7 Mélusine7 7 septembre 18:50

    Je fais une pause chez Taverne. Et le vin y est bon. Du Vosne-Romanée 1947 de chez Mugneret.


  • Mélusine7 Mélusine7 7 septembre 19:00

    ELEMIAH Si nous construisons intérieurement un bateau, la spiritualté aura la possibilité de voyager sans dommage sur l’élément liquide, qui est son ennemi mortel, et cet élément lui permettra d’arriver à bon port. Comment construirons-nous ce bateau ? Avec des éléments matériels, bien entendu, moins lourds que l’eau. Mais ce qui est essentiel sera l’idée qui permettra de les réunir, de les assembler, de leur donner forme : des voiles,etc. C’est-à-dire que ce qui permet de séparer l’Eau et le feu est l’idée, la pensée formée par l’élément air. Le besoin de séparer l’eau et le feu fait naître l’idée, produire la force intérieure grâce à laquelle l’Eau et le feu ont la possibilté de travailler ensemble. 


  • Bernie 2 Bernie 2 8 septembre 01:02

    Terrible, je suis noué à savoir votre ciré dans votre deux roues ? Palpitant.

    Quand on a rien à dire, on mousse, vous savez que l’indigence devient la norme, vous devenez l’étalon.

    Pour une fois que vous êtes l’étalon, ça va changer de la marinière qui fut déçue de ce qu’il y avait sous le béret.


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 10:46

    Etrange synchronicité, je parlais justement du « mariage homosexuel » sur le Site évoquant le racisme. Et cette nuit comme si mes paroles avaient atteint leur but : Décès de Pierre Bergé, le jour de la Natvité de la Vierge dans le signe de la vierge. "Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? La vierge fut fécondée par les paroles de l’Ange Gabriel et resta vierge toute sa vie. Comme celle d’Orléans.


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 11:05

    Le chiffre sept est double. Hier, nous étions le sept sept« ambre 201 »7« . Chiffre divin mais qui a aussi la forme d’une faux. Allez Jack Lang sort nous tes ET »lLOGES« maçonniques. » Le Monde" s’écroule. C’est IRMA LA DOUCHE.


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 11:38

    C’est vous Nabum qui m’avez bloquée sur l’Agora,... ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 8 septembre 11:41

      @Mélusine7

      Moi ?

      Jamais

      je ne ferai jamais cela


    • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 11:46

      @C’est Nabum
      Excepté votre site et un autre concernant les contraventions, je suis dirigée vers : bad request. vous pensez ; la mort de Pierre Bergé doit secouer les Rédaction,...Panique à bord :

      1. Bachi-bouzouk
      2. Mille millions de mille sabords
      3. Bougres de faux jetons à la sauce tartare
      4. Coloquinte à la graisse de hérisson
      5. Espèce de mérinos mal peignés
      6. Cyrano à quatre pattes
      7. Zouave interplanétaire
      8. Ectoplasme à roulettes
      9. Bougre d’extrait de cornichon
      10. Jus de poubelle
      11. Espèce de porc-épic mal embouché
      12. Patagon de zoulous
      13. Loup-garou à la graisse de renoncule
      14. Amiral de bateau-lavoir
      15. Bayadère de carnaval
      16. Bougres d’extrait de crétins des Alpes
      17. Espèce de chouette mal empaillée
      18. Macchabée d’eau de vaisselle
      19. Astronaute d’eau douce
      20. Bulldozer à réaction
      21. Simili-martien à la graisse de cabestan
      22. Concentré de moules à gaufres
      23. Espèce de mitrailleur à bavette
      24. Tchouck-tchouck-nougat
      25. Garde-côtes à la mie de pain
      26. Papou des Carpates
      27. Sombre oryctérope
      28. Traîne-potence

    • C'est Nabum C’est Nabum 8 septembre 12:31

      @Mélusine7

      Pierre Berger ou l’art de détourner les règles fiscales pour s’offrir son Panthéon


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 12:43

    En tapant sur Google : Pierre Bergé et en descendant le curseur, une photo le représente parfaitement dans un cercle de feu avec des yeux de chat : Le DIABLE. J’ai étudié sa biographie. Il a passé son enfance sur l’île de Sein. Etrange pour un homme qui haîssait la gent féminine,...En plus sa mère l’a élevé selon les méthodes Montessori (en bref, elle lui passait tous ses caprices),...et le père dans cette fusion ???)


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:14

    Qui subside Agora ?? Ce n’est peut-être pas par hasard que je suis confrontée à un bug ???? (Excepté chez vous,..mais pas de parano, pas mon style,..) ATLANTICO m’a clairement censurée parce que dangereuse, propos venant de leur journaliste phare, Benoït Rayski qui m’a beaucoup déçue,...(mais intouchable, trop d’amis,...)


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:20

    Ni de gauche ni de droite, ma route est celle de Bernard Clavel dont j’ai lu tous les livres. 


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:27

    Je les ai lu entre 1982 et 1984 avec Barjavel....vendus en brocante. On marchait sur mes livres dans mon appart, c’est vous dire.


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:33

    Le Pirates du Rhône, premier roman de Clavel. Dans mon roman j’aborde les naufrageurs,...


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:36

     Il écrira en 1979 dans Le Rhône ou les Métamorphoses d’un Dieu . Je n’ai pas lu celui-ci. Et en plus, l’année 1979 marque un tournant dans ma vie,...Direction Price Minister.


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:46

    Méandre,...hélaaas, la Forge de Lour« marin » s’est éteinte en 1983 et son apprenti aussi, un 7 octobre 1983 cela fait 34 ans,...). Et comme l’Ulysse de Joyce, j’ai remonté le cours,...


  • Mélusine7 Mélusine7 8 septembre 13:58

    Je suis en rade avec mon roman et puis des faits actuels se recoupent avec ce qui se passe aujourd’hui. J’avais tout tapé sur « Document », envolé comme par magie. Les pages sont éparses sur mon sol. Par contre, je pourrais vous envoyer : La Forge de Lourmarin". je me souviens de cette fameuse année 2003, j’écrivais tout ce qui me venait par la tête en me disant, cela pourra servir un jour,...un peu comme de l’écriture automatique. Je ne vais pas vous donner mon adresse sur ce site ??? Je ne savais pas où cela allait me mener cette histoire de Burgondes et Burgraves recoupés à mon histoire personnelle. je suis arrivée au moment où les peintures du peintre Burgraves (ou Burgondes ?) vont être exposées dans un le fameux phare en Normandie, dont je parle au début du roman. L’idée étant que le meurtrier est dans les tableaux,...


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