vendredi 20 janvier - par C’est Nabum

À défaut de manière

 

L'adverbe au service du disruptif.

 

Objectivement, n'avez vous point remarqué à quel point, nos chers discoureurs du vide, ont recours jusqu'à la nausée, à l'adverbe de manière, nous l'assénant à longueur d'antenne, le servant en préambule à des réponses qui au final, ne répondent de rien ni à rien ? L'adverbe de manière doit à la Macronie un retour en grâce qui, j'en ai bien peur, sonnera sa disgrâce au moment de l'inévitable procès que l'histoire ne manquera pas de faire à cette parfaite escroquerie, à cette sublime illusion.

Impérieusement, revenons à nos moutons, ou plus exactement à leurs bêlements récités après un chapitrage en bonne et due forme par des experts en langue de bois et en évitement. L'esquive est après tout un art tout à fait respectable quand il s'agit de prôner la non violence, de refuser de croiser le fer ou le gant, de laisser s'épuiser vainement l'adversaire qui finira par se lasser.

Malheureusement, avec ce petit personnel de la docilité idéologique, l'esquive n'est qu'une façon adroite de dévider un écheveau vide de sens et plus grave encore, de pensée. Pour cela, les maîtres des mots à mettre dans ces bouches creuses ont convoqué ce merveilleux outil grammatical, invariable certes ce qui justifie son appropriation par ce parti privé de parties. Le ni ni à moins que ce fut en même temps est l'espace rêvé pour l'adverbe de manière.

Ponctuellement, un petit aparté s'impose pour évacuer ses comparses de temps, de but, de conséquence ou de lieu qui feraient désordre dans ce discours en apesanteur, coupé du réel, privé d'ancrage dans la vie quotidienne des vrais gens. Si les circonstances imposent l'usage à l'excès de l'adverbe de manière, tous les autres qui entendent cadrer l'action, l'expliquer, la justifier, la placer dans son contexte, ne sauraient que venir mettre en évidence la vacuité du projet.

 

Sournoisement, notre adverbe de manière se fait redondant pour exprimer la main sur le cœur, que l'orateur agit franchement, véritablement, indubitablement, honnêtement, … pour n'évoquer que ceux qui ouvrent toujours le bal des réponses qui ensuite, en dépit de l'amorce, se feront évasives, fuyantes, mensongères, incertaines. La tromperie est manifeste pour qui dépasse cette introduction qui remplit sa fonction dans ce qu'elle a de plus grivoise.

Confusément le citoyen attentif s'interroge sur l'usage systématique de cette classe de mots sensée appuyer le verbe donc l'action si j'en reste à ce qu'on serait en droit d'attendre d'un responsable politique. Au lieu de quoi, il devient une forme de marqueur de début de phrase, un oriflamme qui a viré au drapeau blanc, faute de combats à mener à visage découvert.

Malicieusement, l'adverbe ainsi déployé en éclaireur, permet de s'épargner l'effort de toute démonstration, de tout développement ultérieur. Il sonne si fort qu'il se suffit à lui-même, claironne le dévouement au service de l'intérêt général de celui qui s'en sert comme paravent de ses intentions sournoises. Il est férocement fallacieux de débuter son discours par Honnêtement ou Franchement pour au bout du compte cheminer sur les voies tortueuses du mensonge et de la dissimulation.

Désespérément, l'auditeur attend alors un accent de sincérité, un frétillement de la pupille, une vibration des cordes vocales pour se donner la peine de croire en la sincérité du discours. Mais rien de tout ça ne lui permet de se laisser berner. La suite est débitée comme une leçon bien apprise, récitée sans intonation ni trémolos dans la voix. Comment faire passer un message quand il n'émane pas de son locuteur ? La chose est somme toute impossible.

Finalement, après quelques années de pratique, l'honnête citoyen ne croit plus à rien ni à personne et surtout pas aux longues litanies du chef suprême. Cause toujours se dit-il, lui qui a compris que le seul but est d'endormir l'auditoire afin d'éviter les fâcheuses conséquences d'un réveil brutal de l'opinion. Le temps joue en faveur de celui qui use d'un tel anesthésique qui ne donne lieu à aucun soubresaut populaire. C'est bien sûr la négation du débat qui se joue ainsi et c'est finalement ce qui est recherché.

À contre-parole



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