mardi 24 janvier - par C’est Nabum

À la revoyure

 

Mais pas de la revue…

 

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S'il est une expression qui fleure bon le terroir c'est bien cette belle manière de quitter la compagnie dans une noble assemblée. Un geste de la main accompagne ce cri du cœur, tandis que ceux qui restent renvoient un petit signe de la tête. Nous sommes alors en excellente confrérie, de celle qui jamais ne se quitte sans une pointe de regrets et quelques accents de nostalgie.

Il y a du rocailleux dans les voix, parfois quelques yeux brillants, non point à cause de ce départ mais plus sûrement des délicieux partages qui l'ont précédé. Certains du reste, n'ont sans doute plus la force de se lever pour accompagner celui qui a, lui, la sagesse de tirer sa révérence tant qu'il est encore temps. D'autres sont déjà affalés dans un coin, curieusement vautrés là d'être paradoxalement trop ronds.

Robert Bobin ne disait-il pas, en grand spécialiste de la chose, qu'il n'est de bonne compagnie qui ne se cuite. Il est vrai qu'il était de ces singes à qui l'on n’apprend pas à faire la grimace devant un verre, même en hiver. Tandis qu'un autre, le gosier encore sec, se met à réciter : « Si tu me paies un verre ! » cette ode sublime de Bernard Dimey, à l’ivrognerie de comptoir.

En pareilles circonstances la prose a besoin de vers, les bons mots se servent au pichet tandis que la verve sort du bouchon. Il n'est du reste pas certain que celui qui a proclamé son désir de partir ne se voit conseiller de ne pas se retrouver sur une seule jambe, l'invitant ainsi sournoisement de revenir sur ses pays pour une nouvelle libation.

On retient son camarade le plus longtemps possible jusqu'à hélas, que le pauvre bougre ne puisse retenir le trop plein de sentiment et de libation. Les débordements ne sont pas rares sans être des effusions. La profusion a besoin de vider son sac, ces drôles de gaillards ont des renvois qui ne se font pas à l'envoyeur. L'essentiel est alors de garder sa dignité tout en passant l'éponge sans se faire de bile.

À la revoyure, ce n'est donc pas être de la revue quand bien même, dans l'excès, certains peuvent être pris par la patrouille pour finir, comme ils le méritent dans la cellule de dégrisement. La sagesse eut été de rester sur place sans prendre le volant. Il y a de l'inconscience à vouloir se rentrer quand les limites ont été dépassées.

Mais pourquoi diantre il nous déblatère de telles sornettes avinées devez-vous penser ? Ce terme m'a conduit à de telles divagations pour tenter d'oublier que nos élites n'ont rien trouvé de mieux de s'emparer de lui pour nommer une commission qui se retrouvera tous les trois mois afin de pousser plus loin encore le bouchon de la voiture électrique.

C'est certainement pour eux occasion de faire le plein, de boire les paroles du commissaire Thierry Breton. Pour la fin des voitures thermiques en 2035 dans l'Union Européenne, le brave commissaire plaide la clause de revoyure. Voilà bien une indignité de plus pour ces maudits technocrates que de venir nous sortir de la bouche des expressions qui nous reviennent en droit.

Que ces canailles aient au moins l'élégance de ne pas user de leur langue de bois pour des formules qui n'ont plus du tout la même saveur ni le même bouquet dans leur bouche. Je n'entends pas fermer ma gueule et exige que ces réunions portent une autre étiquette, un sigle par exemple ou une Version Distinguée de Qualité Spécieuse.

Nous sommes toujours de la revue, nous en avons pris notre partie, mais de grâce laissez-nous notre chère revoyure. Vous pourriez sacrément trinquer si vous ne renoncez pas à cette usurpation manifeste. Nous en faisons une question de principe. Allez donc faire votre grosse commission avec un autre terme !

À contre-voix.

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