mardi 9 juillet - par C’est Nabum

Chassez le naturel, il revient au goulot

Les Bidochon, jeunes retraités, en vacances

Les Bidochon découvrent enfin tous, les joies de la retraite. S’ouvre pour eux l’opportunité de prendre leurs congés en dehors des vacances scolaires, un confort rare qu’il convient de saisir. Comme ils sont de nature opportunistes, ils ne trouvent rien de mieux que de choisir l’Alsace en pleine canicule, une région au climat continental, à la gastronomie roborative et aux vins trop tentants pour pouvoir y résister.

Pour mieux s’adapter aux exigences de l’âge qui avance tout autant qu’au besoin de confort inhérent aux différents petits maux qui agrémentent cette période de la vie, ils se sont équipés d’un véhicule aménagé, non pas un gros camping-car, de ceux qui imposent leur masse tout en envahissant les paysages, mais un petit utilitaire ayant néanmoins tout ce qu’il faut pour transporter les remèdes à l’inconfort et les bienfaits du nomadisme sous contrôle.

Eux qui, il y a peu, se gaussaient de ceux qui déployaient la table pliante et les chaises idoines afin de profiter des joies du pique-nique en toute quiétude, s’aperçoivent qu’à leur tour, ils cèdent avec délice à cette pratique. Ils cherchent cependant à se dissimuler le plus possible du regard des autres, conscients qu’ils s’exposent aux moqueries des plus jeunes. Pour sauver la face, ils évitent la nappe à carreaux quoiqu’elle ferait couleur locale pour peu qu’elle soit rouge et blanche.

La canicule augmente leur confusion. La chaleur les contraint à choisir une place à l’ombre non seulement pour leur installation démontable mais aussi pour le véhicule. C’est donc juste à côté de celui-ci qu’ils dégustent des salades composées qui ont au moins le mérite d’avoir été confectionnées par leurs soins. Comble de la sophistication, ils mangent dans des assiettes en porcelaine et boivent l’humiliation jusqu’à la lie.

Pour se rattraper, le soir, ils succombent aux plaisirs de la table alsacienne. L'intempérance n’est certes pas sans conséquence pour l’un deux qui ne tarde pas à souffrir les quatre cents diables au niveau du gros orteil. La douleur ne faisant qu’empirer, il se voit contraint de consulter un médecin. La sentence tombe, lourde de honte : une crise de goutte. Décidément la jeunesse est à jamais révolue.

Il laisse ses camarades partir se contraignant à une journée de pénitence et de jeûne. Il peut ainsi se consacrer à la macération, se morigénant intérieurement tout en se promettant d’amender à l’avenir ses pratiques gargantuesques. Mais chasser le naturel, il revient au goulot comme on dit du côté de la Devinière. Il ne tarda pas à replonger dans un doux flacon …

La marche devenue difficile, la joyeuse troupe pas encore grabataire opta désormais pour le train touristique, le traine-couillons comme ils aimaient jadis à le qualifier, pour visiter les villes traversées. L’épreuve est redoutable même si fort heureusement, le ridicule ne tue qu’à petit feu. Le casque vissé dans les oreilles, ils avaient toutes les peines du monde à choisir la bonne langue, se payant même le luxe de suivre tout un commentaire en serbo-croate.

N’étant pas au bout de leurs reniements, ils s’offrirent l’incontournable voyage fluvial. Le bateau mouche pour Strasbourg et la barque en bois pour Colmar. Là encore, il faut jongler avec un casque audio qui ne leur va décidément pas comme un gant. Ils sont mal à l’aise, suivant le mouvement comme un troupeau qu’on dirige à l’abattoir. Décidément, il est bien loin le temps des randonnées en dehors des sentiers battus…

Ils se retrouvent pourtant lors des visites de musées. Il y a l’exceptionnel, l’incontournable, celui qu’il faut avoir vu, cet autre qui s’impose au programme pour tuer le temps en attendant une visite guidée de la ville. Ils se retrouvent alors sur leurs fondamentaux, la culture, la curiosité, la découverte même si l’art contemporain les laissent sur l’expectative, pour le moins.

Les visites guidées leur rappellent les grandes escapades d’autrefois. Ils ont la main heureuse, le hasard leur offre deux guides d’une extraordinaire qualité. Tout d’abord un vieil érudit, féru d’histoire locale et d’architecture qui est intarissable sur sa bonne ville de Colmar. Un pur régal d’une rare intelligence, à la nuit tombée tandis qu’ils passent devant des terrasses regorgeant d’une foule qui préfèrent de très loin les nourritures terrestres. Puis ils tombent sur une première, la visite d’un vieux quartier de Strasbourg, celui précisément des batteliers, qui donnera l’occasion d’un récit passionnant.

Celui qui souffre de la goutte, s’il traîne la jambe, se réjouit nonobstant de toutes ces connaissances accumulées qui lui redonne une seconde jeunesse. Il s’accordera une journée de repos tandis que ses amis partiront à la découverte du château de Haut Koenigsbourg. Il convient de ménager sa monture quand le temps se met à lui jouer quelques tours. La suite leur appartient. Il convient de ne pas tout dévoiler des petites faiblesses, des grosses envies, des caprices ou bien des gourmandises qui les pousseront une fois encore à jouer les touristes, ce qu’ils sont en définitive même s’il est préférable de ne surtout pas leur dire.

Touristiquement vôtre.

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30 réactions


  • bernard29 bernard29 9 juillet 10:26

    c’est quand votre « soirée diapos » sur vos vacances en Alsace ? 


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 juillet 10:32

    chassez le naturiste, il revient au bungalow


  • Traroth Traroth 9 juillet 11:50

    Ah l’Alsace... Je suis intarissable sur la région où je suis né et où j’ai grandi. J’y ai vécu jusqu’à 30 ans et je l’ai arpenté dans tous les sens, de Wissembourg à St-Louis, de Saverne à Ungersheim. Les amateurs d’architecture militaire préférerons Neuf-Brisach et ses fortifications construite par Vauban au Haut-Koenigsbourg rebâti à son goût par le Kaiser et n’ayant plus grand chose à voir avec le château-fort originel. Sinon, en matière de châteaux-forts en ruine, il y a l’embarras du choix, c’est en Alsace qu’on en trouve la plus forte concentration. Une carte pour s’en rendre compte :

    https://www.chateauxfortsalsace.com/fr/


    • keiser keiser 9 juillet 12:52

      @Traroth

      Salut 

      « au Haut-Koenigsbourg rebâti à son goût par le Kaiser »

      Ceci n’ayant, bien sur, rien à voir avec moi. smiley
      Et il me semble que ce château avait été remanié après 1914 par les nouveaux propriétaires. 

      Mais tu sais, dans ma région du Sud-Ouest, on est aussi assez bien fourni en vielles ruines.
      C’est la France ...


    • izarn izarn 9 juillet 22:22

      @keiser
      Moi je ne connais que la haute Kronembourg...Hips !
      J’avoue c’est meilleur que la Ein Heken, ein volk, ein...
      Aviderzen...


    • keiser keiser 10 juillet 00:08

      @izarn

      ein volk, ein...
      Aviderzen...

      C’est de l’Alsacien ? ...
      Parce que je n’en comprend que la moité. smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 08:00

      @Traroth

      Intarissable même en pleine canicule

      J’ai un doute sur votre santé ...

      Attention au vin blanc


    • Traroth Traroth 10 juillet 11:05

      @C’est Nabum
      Ça fait 15 ans que je vis à Paris. Mais j’ai des réserves de nos nectars alsaciens...


  • marmor 9 juillet 16:18

    Nabum qui se croit sorti de la cuisse de Jupiter, comme son pendant Macron avec qui il rivalise dans l’expression de son mépris pour les gens du peuple. Abject ! Un « intellectuel » en carton pâte. Je ne vous salue pas


  • juluch juluch 9 juillet 21:48

    Auto biographique Nabum ?,

    Pas de crise de goutte au moins ??


  • izarn izarn 9 juillet 22:29

    Les bidochons le sont de naisssance. jeunes ou vieux.

    Quand il fait trés chaud ils vont en Alsace sous les 40 à l’ombre, et quand il fait trés froid ils vont en Montagne ou il fait moins 20...

    C’est leur logique...C’est pour ça qu’ils sont sensibles au changement climatique !

    Ptet ben que le climat se réchauffe, Ptet qu’il se refroidit...

     smiley


  • mmbbb 10 juillet 09:46

    Il y a un qui s est foutu du bidochon toute sa vie durant C ’est Cabu .

    Son bidochon s appelait le « beauf » , pas de bol pour lui , ce n est pas un beauf qui l a zigouille .

    Quant aux intellos , il est vrai qu ils sont parés de toutes les vertus .


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 13:34

      @mmbbb

      Je me moque de moi-même j’ai ces délicatesse


    • arthes arthes 10 juillet 15:56

      @C’est Nabum

      Si c est de vous même que vous vous moquez, et de vos travers et contradictions, en vos contes franchouillards, et caricatures de tant de personnages et de situations, , du plus puissant au plus cretin, alors, je trouve la démarche interessante...Un reflet multiforme d un archétype humain.


    • mmbbb 11 juillet 10:16

      @C’est Nabum on est toujours le bidochon de quequ un en effet Quant a Cabu , c etait dans un autre registre . 


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