samedi 26 décembre 2020 - par C’est Nabum

Conte à rebours…

L’essentiel est dans le superflu.

Il était une fois une histoire qui n’avait ni princesse ni bergère, les moutons se gardent tous seuls sous la houlette bienveillante d’une clôture médiatique tandis qu’à deux pas de là, trois canards se baignent dans un étang sans que nul fils de roi ne vienne les y déloger. La vie va son cours à rebours, la mort ayant pris la première place. Le musée de la sorcellerie ayant été fermé, aucun risque ne subsiste de croiser un maléfice sur le chemin. Seuls quelques radars ont le mauvais œil dans ce royaume qui ne s’occupe désormais que des choses essentielles.

Il ne faut pas attendre de surprise au coin d’un bois dont la fréquentation du reste est strictement réglementée. Les bandits de grand chemin ont investi les palais de la gouvernance, les coupe-jarrets revêtent des blouses blanches tandis que tous les bardes de la contrée se retrouvent bâillonnés sur les plus grosses branches des chênes.

Tous les chats noirs ont été repeints en blanc, le diable leur tire la langue et n’a plus le droit d’en fouetter aucun. Les saltimbanques font banqueroute, la cour des miracles est fermée pour toujours, c’est la défaite de la musique et de toute forme d’expression. Le pouvoir songeant à interdire de rire dans la rue pour ne pas risquer la contagion de la bonne humeur.

Des escouades circulent, gardiens patibulaires de l’ordre sanitaire, prêts à fondre sur les zygomatiques réfractaires. Tirer la gueule devient une attitude citoyenne, l’expression même de l’adhésion à la fin des illusions. Vivre désormais se limitera à survivre sans ce qui faisait jusqu’alors le sel de l’existence. Les conteurs sont pourchassés tandis que les comptables prennent leur place pour raconter des histoires à base de nombres qui défilent sous les yeux d’un public subjugué.

C’est le grand triomphe du numérique à moins que ce ne soit celui de l’algébrique. Des experts dressent des courbes sur la piste aux étoiles, des asymptotes servent de garde-malades, tandis qu’une tangente file un mauvais coton. La parabole s’expose, l’hyperbole s’arrache aux surenchères, la fonction s’affine avant que de faire débat. Beaucoup partent à la recherche de l’origine tandis que les vecteurs ne sont plus directeurs. L’infini est au cœur des inquiétudes, les hypothèses nulles repoussent sans cesse leurs limites.

Les graphiques se bousculent, il y a de quoi vous faire tourner la tête. Les schémas se suivent et ne se ressemblent pas, de doctes scientifiques se piquent de les interpréter sous la houlette d’un maître des chœurs de pleureuses endeuillées. Le nombre et ses maux ont pris le pas sur le récit et ses mots. La phrase se porte pâle, le livre donne la fièvre, il sera mis à l’index tandis que la température détermine la ligne de front de cette bataille impitoyable.

C’est la guerre. Le nombre s’affiche en chiffres de feu qui brûlent les vieilles légendes au brasier des autodafés de la culture livresque. L’imaginaire est hors la loi, tout ce qui échappe à la raison, au mesurable, à la rigueur des nouveaux alchimistes qui ont trouvé le moyen de faire de l’or avec un caducée miraculeux, est repoussé à tout jamais, condamné à ce diagnostic fatal : « Non essentiel ! » Les apothicaires ont abandonné leurs fioles pour se vouer, eux aussi aux seuls comptes qui vaillent.

Les langues bien pendues seront bientôt mises provisoirement sur table d’écoute avant que d’être coupées impitoyablement. La parole est en ligne de mire, les gardiens du temple ont chassé les orateurs, redonnant aux marchands la place qu’ils n’auraient jamais dû abandonner. Le plan comptable offre la vedette au curseur et jette en prison le conteur.

Il sera une nouvelle foi, celle des crédits à volonté et des débits de poisons. La dette qui gonfle finira par prendre toute la place, les livres de comptes bouteront les trésors de la littérature. Le monde de l’après profite de l’Avent pour s’insinuer à tout jamais dans nos consciences. Le réel fait place au rationnel comme à l’irrationnel pourvu qu’une seule virgule se glisse dans son écriture.

Comptablement vôtre.



8 réactions


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 décembre 2020 13:18

    Tous les hommes ne sont pas du côté de la perversion. Cette vidéo le démontre : LA technologie (I.A., TRANSHUMANISME,....) est bien le domaine de l’homme. Connaissez-vous beaucoup de femmes fières d’une avancée technologique ??? ’elle savent que ces avancées on pour but de les évincer,...couveuses artificielles). Comme si le véritable phallus, celui guidé par l’amour avait été remplacé par le FAUX. Observons l’antagonisme profond entre avancées, progrès technologiques et éthique ou vertus. C’est bien là que se situe le NOEUD : https://www.youtube.com/watch?v=SjfIDoQTlzY


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 décembre 2020 13:24

    La rationnel, c’est rationnaliser, rendre partiel, classer, numéroter, robotiser. En un mot : pervertir. dénaturer. Ce qui achève de pervertir le méchant finit de convertir le bon. Bonne année 2021, uniquement pour ceux dont le coeur est chaud à point...


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 décembre 2020 13:54

    Mes meilleurs voeux pour 2021 : ne cherchez pas le Roi en haut, il est couché dans son lit. C’est à nous de nous VERTicaliser en portant une émeraude (celle tombée du front de Lucifer...). https://www.lucistrust.org/fr/resources/festivals/capricorn. Après un 0, un 1...


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 décembre 2020 15:26

    A REBOURS DE HUYSMANS (qui inspira : Le portrait de Dorian GRAY de WILDE. La Bible de l’esprit décadent et de la « charogne » 1900. À travers le personnage de des Esseintes, Huysmans n’a pas seulement résumé, immortalisé les torpeurs, les langueurs, les névroses vénéneuses et perverses du siècle finissant. Des Esseintes est aussi un héros kierkegaardien, à la fois grotesque et pathétique, une des plus fortes figures de l’angoisse qu’ait laissées notre littérature. Fils spirituel de René et de la génération du mal du siècle, il annonce à bien des égards le Bardamu de Céline et le Roquentin de « La Nausée ».

    Huysmans crée ici un personnage fascinant, des Esseintes, qui représente ce qu’on a appelé « la décadence » ; dégoûté de la vulgaire réalité, il cherche désespérément, en recourant sans cesse à l’artifice, des sensations rares et des plaisirs toujours nouveaux, jusqu’à l’hallucination, presque jusqu’à la folie.
    Dans le tohu-bohu qui accompagna la publication d’« À rebours » en 1884, Barbey d’Aurevilly écrivait : « Après un tel livre, il ne reste plus à l’auteur qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix ». Huysmans lui donna raison en se convertissant peu après. Notre époque sent le sapin. Cela évite d’en acheter un.


  • juluch juluch 26 décembre 2020 21:21

    asymptote.....connaissais pas.....merci Nabum !!


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