mercredi 10 juillet - par C’est Nabum

L’échevin et la fine guêpe

Un bon coup de balai.

 

 

Il était une fois un brave échevin qui se vouait corps et âme au service de ses concitoyens. Bien calé dans le rôle de second, il profitait de l’aubaine pour parfaire le métier, prendre de la stature et se préparer, quand son tour viendra, à la succession de son maître et ami de vingt ans. Il avait tant à apprendre du reste qu’il ne voulait pas brûler les étapes. L’homme était connu tout autant pour sa pondération que sa bonhommie. Il lui fallait murir sous le harnais…

La destinée en décida autrement. Un mal sournois avait mis à terre celui qu’il vénérait tant. Le moment était venu pour lui de devenir bourgmestre pour suppléer celui qui ne pouvait plus assumer la charge. Il ne se sentait pas tout à fait prêt mais son sens du devoir le poussa à prendre ses responsabilités. Il accepta le fardeau, se jurant de faire tout son possible pour être à la hauteur de la tâche.

Il s’entoura d’une garde rapprochée pour être bien certain de suivre les pas de son prédécesseur. C’est alors que notre histoire abandonne la chronique pour entrer de plain-pied dans le conte. Un jour qu’il œuvrait au bien collectif de son bureau, une guêpe qui avait tout d’une fine mouche vint le piquer au cœur. Son existence en fut soudainement bouleversée, chamboulée. Un autre homme allait naître !

Une fée avait quitté le corps de l’insecte dans l’instant, sa malédiction s’achevait là. Un sortilège l’avait emprisonnée dans ce corps depuis que le bon Aignan s’emparant d’une poignée de sable, l’avait faite guêpe comme tous les autres grains. Un certain Attila assiégeait la ville, nous étions en 451. La guêpe n’avait pas piqué de vilains Huns contrairement à toutes ses copines et pour sa punition, le saint homme l’avait emprisonnée à jamais dans l’emblème de la cité.

Par quel miracle avait-elle échappé à son sortilège, nul ne le saura jamais. Certains prétendent qu’un certain Jupiter serait dans le coup… Nous n’en saurons jamais rien ! Toujours est-il que dès qu’elle fut libérée, la belle se mit entièrement au service de son sauveur, le gratifiant d’une fidélité sans faille et d’une présence de chaque instant. Elle y mit tant de zèle que notre homme tout en prenant la stature de l’emploi se sentit pousser des ailes grâce à la confiance qu’elle sut lui insuffler. Ébaubi, troublé, il aperçut des étoiles, il ne tarderait pas à découvrir la voie lactée ..

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La dame avait plus d’un tour dans son sac à artifice. C’est ainsi que, non contente de le conseiller en tout, elle lui proposa ses services pour tous ses voyages au long cours. Elle avait la faculté de le transporter sur son balai volant, un balai traditionnel en bouleau, un moyen radical pour réduire considérablement les frais occasionnés par une rubrique qui n’avait cessé de gonfler dans cette ville. Une science acquise dans les limbes durant son long sommeil.

Petit inconvénient à la chose, la dame se rapprocha de notre homme. Le balai crée des liens de nature presque domestique. Les motards qui connaissent cette promiscuité passeront aisément l’éponge sur ce petit inconvénient. La chose serait restée secrète si un petit problème de note d’un hôtel de Louisiane n’avait fuité jusqu’aux services financiers de la ville.

L’établissement hôtelier s’appelait « Le septième ciel » et notre bon voyageur émit une réserve sur le nombre d’étoiles. Il voulait sans doute un petit abattement de la facture. Une maladresse, une broutille en regard des économies d’échelle réalisées grâce à la bonne fée. Fort heureusement, la fuite resta circonscrite au cercle des initiés même si quelques fabulateurs se mirent en joie de grimer l’incident pour en faire leurs choux gras. Les mesquins sont toujours à l’affût de quelques miettes de pain.

Les deux tourtereaux désormais prirent le goût de ce monde de déplacement. Rapidement le balai de bouleau devint trop voyant. Il leur fallait se montrer plus discrets. Rien ne pouvait justifier la présence d’un tel objet dans le bureau du premier magistrat. La dame, jamais à cours d’idées, proposa de la troquer contre le fameux balai en bambou des employés municipaux. Elle ignorait les conséquences de ce modeste échange. Avec ce nouveau véhicule aérien, les dépenses annexes s’envolèrent, on nomma ce phénomène dans la ville, le coup de bambou.

Tout cela n’avait cependant aucune importance, les notes de frais étant dûment validées par les services ad-hoc qu’on ne peut naturellement pas mener en bateau. Les escapades en balai auraient pu durer en toute discrétion si malheureusement, lors d’un nouveau voyage en balai, le duo n’avait croisé, malencontreusement le vol d’un canard sauvage sourcilleux de ses prérogatives.

Ce dernier, après un refus de priorité se prit de bec avec notre bourgmestre volant et sa fée ménagère. Le palmipède en fit même état dans la presse satyrique. Cela fit l’effet d’une bombe dans la ville ! Les braves gens ne s’indignèrent pas des révélations scabreuses, ils étaient naturellement bien au-dessus de ces odieux ragots qui, avouons-le, constituaient depuis belle lurette un secret de polichinelle. Non, ce qui mit en émoi la cité c’est l’idée qu’une nouvelle accusation de sorcellerie puisse peser sur la ville de la Pucelle.

Cette crainte était légitime, les révélations du canard avaient mis le feu aux poudres dans les allées du pouvoir. Le bûcher n’était pas loin, lui qui en 1022, avait débuté sa carrière justement dans cette ville. Il fallait agir au plus vite pour calmer le microcosme local. C’est donc la mort dans l’âme que notre homme fit amende honorable et s’engagea à ne plus jamais voyager en balai. Cette promesse à elle seule éteignit l’incendie qui couvait. Le ligérien est très terre à terre, il n’en fallait pas plus pour que retombe la polémique.

Tout est bien qui finit bien. Le balai désormais ira chercher les derniers moutons qui traînent dans la mairie. Ils sont les ultimes vestiges du passage de Jeanne. Il était grand temps de s’occuper enfin des choses véritablement sérieuses…

 

Volagement leur.

 

 



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