samedi 17 octobre - par C’est Nabum

La Nouvelle Orléans

Bâton-Rouge ou bâton merdeux.

Vouloir être une grande Métropole qui compte dans le paysage national suppose une communication cohérente et agressive afin que les caméras de télévision se braquent fréquemment vers vous. La ville d’Orléans dispose d’un atout non négligeable : sa proximité avec la Capitale. Une petite heure de train et le sujet peut être bouclé à moindre frais. Nous avons connu par le passé des champions de la chose, capables de passer pour un oui et surtout pour leur nom sur nos petits écrans…

La ville, un temps a opté pour la frénésie chinoise, une colique qui a précédé d’assez peu le virus éponyme. La Loire tendait ses bras aux visiteurs de l’Empire du milieu d’autant plus aisément que notre territoire s’est fait le grand vivier des saints sauroctones. Dans un grand mouvement, des élus, tout feu, tout flamme, se précipitèrent même pour se transformer en commis voyageurs de la promotion touristique.

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Pour respecter le fragile équilibre politique, leur regard tout comme leurs valises se tournèrent également vers le grand frère Yankee. La Louisiane en particulier avec son Mississippi, ses bateaux à aubes, la Nouvelle-Orléans et les derniers francophones Cajuns pouvaient constituer le pendant de la vague jaune tant espérée.

Tout cela s’inscrivant dans une campagne certes onéreuse de promotion mais pas dénuée de belles compensations pour qui aime à se rendre sur place afin de payer de sa personne aux frais de la Princesse. Les contribuables orléanais n’y virent pas à redire, ils espéraient que leurs quais se couvrent de cars de tourisme, même si aucune place de stationnement n’avait été prévue à cet usage. Un petit détail qui ne fut en rien décisif, vu les faibles réponses des peuples courtisés.

Qu’importe, le temps allait faire son œuvre et la ville récolterait le fruit du labeur d’une communication positive. C’est alors que tel Zorro, notre ami Flageolet surgit de sa boîte pour vendre une nouvelle version de l’Univers impitoyable. La cité qui coule pourtant des jours bien tranquilles au bord de la dame Liger, est devenue l’espace d’une opération de promotion de la doctrine sécuritaire, le Chicago ou plus sûrement le Bâton-Rouge de la nation.

Une délinquance endémique, des crimes affreux, des monstres se promenant une hache factice dans la main sèment le trouble et l’effroi. La ville deviendrait un coupe-gorge si le bon adjoint à la sécurité venu parader devant les caméras n’avait fait don de sa personne à l’ordre public. C’était à ce point émouvant que j’allais verser une larme non de crocodile mais bien de caïman pour rester dans le Mississippi.

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Pourquoi soudainement un changement de stratégie des services de communication ? La ville gagnera-t-elle de nouveaux touristes tentés par les agressions nocturnes, la peur des mauvaises rencontres, le risque de croiser de jeunes trafiquants, nécessairement exotiques ? Est-ce vers l’Hôtel de police, un violon à la main, qu’on veut inviter nos voyageurs plutôt que vers l’Empreinte Hôtel dont désormais on perçoit les motivations de son patronyme ? La question reste en suspens…

Effroi sur la ville peut sans doute attirer ceux qui aiment à se faire peur. Mais il conviendrait néanmoins de ne pas risquer l’accusation de publicité mensongère. Il va falloir former des escouades de jeunes hirsutes pour hanter les nuits de la ville, leur fournir la panoplie nécessaire pour faire de notre cité, la nouvelle banlieue chaude de la région parisienne.

Je devine là, une école de la nouvelle chance, menée à l abaguette, pour les petites frappes en mal de notoriété. En tout cas, ce choix stratégique pour la politique touristique est à la fois original, ambitieux et férocement novateur. Nous devons nous réjouir de disposer d’un adjoint à la sécurité aussi inventif. Pourvu cependant qu’il n’en fasse pas trop et que ce Bâton rouge ne soit pas au final par trop merdeux.

Communicativement sien.




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