vendredi 20 décembre 2013 - par C’est Nabum

Que la lumière soit

Joyeuses fêtes à tous ...

Les illuminés de Noël !

Bon an, mal an, impossible d'y couper , obligés que nous sommes de partir à leur recherche ! En effet, lorsque le mois de décembre attaque sa seconde moitié, ils sortent tous du bois. Ne craignant ni le chasseur de Gaspi, ni la note salée d'EDF, ils redoutent encore moins le ridicule et avancent au grand jour en pleine nuit ! Ce sont les merveilleux, les magnifiques, les incroyables « illuminés de Noël ! »

Nous avons frôlé le pire, les années précédentes, car cette espèce avait une fâcheuse tendance à se multiplier, comme le firent naguère les adorateurs de nos chers nains de jardins, jusqu'à ce qu'un commando de libération, ne vînt fort à propos, mettre un terme à la mascarade. On peut, et c'est encourageant, constater un tassement de la folie lumineuse. Sans doute un signe de nos temps difficiles.

Les illuminés font tache de lumière et tache d'huile. Un lotissement qui accueille en son sein un spécimen doit redouter la pandémie. Nul vaccin ne permettra de juguler la propagation du mal et des guirlandes lumineuses. Tous les voyants ne sont pas au rouge mais ça clignote fortement, la contagion poursuit son œuvre fébrile.

De toits en façades, de cheminées en jardins, la maladie étend son manteau fluorescent, sa conception naïve et sommaire du beau, sa lumineuse vacuité. Les illuminés brillent de mille lanternes, scintillent d'une myriade d'ampoules qui apportent de l'eau aux moulins des énergivores du monde entier. Ils sont les enfants de la comète, la queue des temps d'opulence.

La cerise sur le gâteau, le pompon sur la maison, ce sont ces inoxydables Pères Noël en matériaux composites, perchés sur une toiture, pendus à une échelle de corde dans les familles où travaille un employé de France Télécom. Ils se pavanent là une grande partie de l'hiver et redonnent à cette fête sa dimension fantasmagorique, si chère aux enfants.

En plein jour cependant, ces cadavres, rouge passé, flottant au gré des intempéries, deviennent des signaux de détresse d'une société qui ne croit plus qu'en l'acte d'acheter. L'ostentation règne en maîtresse souveraine sur cette injonction à la magnificence. D'année en année, le pauvre mannequin fait pitié, il donne froid dans le dos : « Serait-ce ça la magie de Noël ? »

Pourquoi se gêner d'ailleurs. La crise n'a nullement affecté les municipalités qui, elles aussi, font assaut d'esthétisme électrique de mauvais goût et de marchés de Noël indécents. La course à l'amusement dans le grand froid des patinoires artificielles, le lampion en lampadaire et le vin chaud à profusion. Ça scintille, ça clignote, ça tamise la ville, ça éclaire la face cachée du gaspillage !

Les illuminés de Noël, les amateurs, les occasionnels, se donnent des conseils pour agrémenter leur célébration du dieu des lumières. Ils font preuve d'une ingéniosité à la mesure de leur sens esthétique. C'est chargé à souhait, ça dégouline de partout, le rococo se dispute avec le baroque, l'improbable se mêle au pitoyable, le géranium accepte de céder la vedette aux leds et aux lucioles..

La roue de charrettes et la charrue, si seules le reste de l'année, trouvent enfin compagnons à leurs pieds. Des personnages incongrus viennent côtoyer le pantin rouge et blanc. On se moque fort bien de la tradition et tout ce qui scintille peut trouver place dans ce capharnaüm. Un vélo, une luge, un bateau, une brouette feront l'affaire. Il semble que tout le monde se soit donné le mot ; il faut un véhicule pour le vieux bonhomme à barbe blanche.

Tout cet arsenal électrique créchant dix mois de l'année dans un coin obscur du garage, brille moins de deux petits mois pour annoncer la grande nouvelle : « La consommation bat toujours son plein ! » L'illuminé a passé ces mois d'anonymat à dresser des plans autour de sa maisonnette ! Son secret désir, consécration suprême , clou de son installation, sera de figurer dans le journal local à l'occasion d'un marronnier auquel ni lui ni moi ne pouvons échapper.

Des gens en mal de distraction, lancés dans une vaine quête d'amis ou d'un inépuisable sujet de conversation, se promènent dans les rues froides pour admirer ce spectacle grandiose. C'est le son (de celui dont se délectent les ânes …) et lumière des adorateurs de TF1 et M6 réunis, qui l'espace d'une soirée, vont à la rencontre de leurs pairs.

Ailleurs dans la nuit, le froid et l'indifférence, d'autres lumières bleutées clignotent dans les rues. Ce sont les services des maraudes hivernales du secours populaire ou d'une association analogue, une bonne cause humanitaire sans marathon télévisuel ! Des anonymes, sans lampions ni ostentation, viennent réconforter un être humain qui depuis longtemps, n'a plus de maison où accrocher de père Noël synthétique.

Nativement vôtre.



18 réactions


Réagir