jeudi 30 juillet - par C’est Nabum

Un chaud lapin

Un féminin sujet à interprétation.

Le lapin a mauvaise presse tout autant que réputation sulfureuse. Interdit dans le vocable maritime, il mériterait pourtant qu’on cesse de lui tomber sur le râble. La pauvre bête n’a rien demandé à personne et récolte les fruits délétères de confusions manifestes. Qu’il sorte d’un terrier ou d’un chapeau, les bonnes consciences lui tombent sur le dos, l’accuse de tous les maux, lui tire les oreilles et le prétende chaud comme la braise.

L’animal hérite de tous les péchés de l’homme en rut. Doit-il cette réputation au nom de sa femelle qui colle à la peau au coureur de cotillons ? Nul ne saura jamais d’où lui vient cette redoutable carte de visite au point qu’il ne peut donner un rendez-vous sans risquer l’anathème ou le refus. Alors qu’il est si doux compagnon, qu’une fois le couple constitué, il n’est pas rare que madame accole ce gentil qualificatif à son compagnon de jeu.

S’il se fait tirer l’oreille, ce n’est sans doute pas pour s’occuper de sa compagne. En la matière, il aime à croire et à multiplier au point d’investir un continent entier dans lequel, avant sa venue, seul le kangourou mettait les dames dans sa poche. Son terrier est source de fantasme, l’attrait de l’inconnu plus que de la bricole car il n’est pas certain que l’endroit soit propice aux cabrioles.

Le lapin ronge son frein, supporte sans rien dire tous les quolibets. On attribue même à la carotte des vertus improbables sous le prétexte fallacieux qu’il aime à s’en délecter. Pauvre bête, vouée à la casserole et qui même là, se voit détrôner par une poulette dont il n’a jamais su tirer profit.

Si le cousin le lièvre a droit aux fables, il y joue souvent le second rôle. Le lapin quant à lui reste dans l’ombre de son collègue, ne parvenant ni à le suivre ni à lui faire concurrence. Le lapin a beau courir, ce ne sera toujours que le guilledou et jamais il ne sera une bête de course, capable enfin de supplanter la tortue.

Notre ami est redouté plus encore pour un coup qui ne pardonne pas. Il vous prend à l’improviste, vous brise le cou et peut, le cas échéant, vous priver à jamais de l’usage de vos pattes postérieures. C’est de ce côté-là pourtant qu’il émet nous dit-on des pets certes tonitruants mais qui ne valent pas grand-chose sur l’échelle des valeurs.

Pauvre bête, la moutarde lui monte au nez. C’est d’ailleurs en sa compagnie qu’il se sent enfin bien dans son assiette et plus encore dans la vôtre. Le civet lui va à ravir pourvu que le vin sorte des fagots. Les convives s’en délectent les babines ignorant que la cuniculture n’a rien à voir avec le cunnilingus. Pauvre bête toujours renvoyé au sexe et à ses turpitudes.

Le garenne échappe parfois à toutes ces vilénies. Il bat la campagne, creuse son trou, court la donzelle sans qu’on le montre du doigt. S’il sort sa baguette magique, ce ne sera pas le coup du chapeau. Même s’il ne court pas deux lui-même à la fois, il peut se faire lapin blanc ou blanche colombe pour les besoins d’un tour de magie.

Compagnon d’Alice, il peut vous ouvrir les portes d’un territoire merveilleux tout autant que fabuleux en brisant la glace. Animal lunaire, il est présent lors des sabbats et se paie le luxe d’apporter les œufs à la Pâques dans certaines traditions. Depuis quelque temps, il est entré par la grande porte dans le monde de l’enfance, ne se contentant plus d’être en peluche, il est devenu animal domestique. Il est d’ailleurs aussi bonne pâte que bonne patte, portant chance à tous pourvu qu’on ne lui coupe pas l’herbe sous le pied.

Il subit le même interdit que le cochon dans une culture tout en étant tabou chez tous les marins. Quant aux chasseurs, ils redoutent qu’un jour, le farceur trouve un fusil et se venge de tout ce plomb qu’ils ont voulu lui mettre dans la tête. Ce ne serait que justice, il faut bien le reconnaître.

Cuniculturement sien.



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