mercredi 7 novembre - par Axel_Borg

La Ligue des Champions tue-t-elle les championnats ? (Episode 2 - Des rois sans couronne)

Certains ont à un moment pensé que la Ligue des Champions était un embryon d’une ligue européenne fermée réservée à l’élite de feu le G14, ou encore qu’elle allait phagocyter les championnats nationaux ... Rien de tout cela n’est arrivé mais force est de constater que les ligues européennes ont perdu de leur superbe ... Car tel le dieu romain Janus, la Ligue des Champions a deux visages, l’un sublime, celui d’un niveau de jeu exceptionnel souvent atteint dans le dernier carré, l’autre néfaste qui a déteint sur l’ensemble du Vieux Continent soumis au lobby de l’European Club Association ... Mais le Léviathan UEFA, au lieu de faire son aggiornamento, ne cesse de renforcer le caractère darwinien d’une épreuve qui ne cesse de perdre sa crédibilité, puisque seulement intéressante à partir du printemps, l’automne et l’hiver étant aussi sinistres que dans les célèbres portraits des quatre saisons d’Arcimboldo ... Mais combien de temps encore le château de cartes va-t-il tenir avant de s’effondrer ?

Il est utopique de vouloir revenir en arrière désormais que le miroir aux alouettes est en place. La composition des demi-finalistes a radicalement changé dans les trois périodes de la C1

Les quatre plus grands championnats (Bundesliga allemande, premier League anglaise, Liga espagnole, Série A italienne), en cumulé, voient leur poids dans la composition des derniers carrés littéralement monter en flèche, exploser depuis la réforme de la Ligue des Champions par l’UEFA après un léger fléchissement entre 1992 et 1997 (seulement 45.83 %, le Bayern Munich et le Real Madrid devaient trouver de nouvelles générations tandis que les clubs de la Perfide Albion étaient encore en pleine reconstruction après le drame du Heysel en 1985, les clubs anglais ayant été suspendus jusqu’en 1990 de toute compétition européenne par l’UEFA) :

  • 1956-1991 : 75 demi-finalistes sur 144 possibles soit 52.08 %
  • 1992-1997 : 11 demi-finalistes sur 24 possibles soit 45.83 %
  • 1998-2018 : 77 demi-finalistes sur 84 possibles soit 91.67 %

En seulement 21 éditions de la Ligue des Champions, les quatre ligues majeures cumulent déjà 77 présences dans le top 4 européen, soit plus (75) qu’en 36 éditions de la Coupe d’Europe des Clubs Champions entre 1956 et 1991. Il est temps de casser ce monopole, ce trust de carré d’as, comme la justice américaine, en 1911, avait démantelé l’empire pétrolier de John D. Rockefeller, la Standard Oil Company, en une multitude de compagnies qui allaient donner naissance aux Sept Sœurs du pétrole.

Comme les Sept Sœurs du pétrole en 1928 à l’accord de la ligne rouge (négocié par Calouste Gulbenkian) ou au Château d’Achnacarry en Ecosse pour définir quel or noir appartenait à qui, voire même bien avant les royaumes d’Espagne et Portugal en 1494 au Traité de Tordesillas qui partageait le monde en deux, la camarilla des grands clubs se sont partagés le gâteau sportif et financier de la Ligue des Champions, sans craindre l’indigestion, sans craindre d’avoir les yeux plus gros que le ventre.

Que le meilleur gagne n’est plus la devise de ces gentlemen, déjà aux antipodes du principe du baron Pierre de Coubertin (L’important, c’est de participer) à propos des premiers Jeux Olympiques modernes en 1896 à Athènes. Que les plus riches gagnent serait un slogan plus approprié, sans savoir si le gain est sportif et/ou financier ...

Car la caverne d’Ali Baba des droits TV est désormais au moins aussi attractive que la perspective de soulever la Coupe aux Grandes Oreilles, la formule Sésame, ouvre toi ! étant has been … Il suffit, comme à l’époque de Phileas Fogg, de faire partie du « club », de cette élite, sorte de confrérie des 4C : Costume, Cravate, Cigares et Champagne …

Les éminences grises restent dans l’ombre, préférant laisser la lumière aux gladiateurs des pelouses avec leurs armes modernes : chaussures à crampons et protège-tibias, voire génie digne de Mozart pour ces OVNI et autres alchimistes du ballon rond que sont Van Basten, Baggio, Romario, Weah, Zidane, Ronaldo (le Brésilien comme le Portugais), Figo, Ronaldinho, Neymar ou encore Messi.

Le lobby de l’ECA suit l’exemple de Jean Todt et Ross Brawn, qui en 2002 avaient décidé de scier la branche sur laquelle la Scuderia Ferrari et la F1 étaient assises, le respect du public et de la notion même de compétition.

Comme le dopage, le nivellement par catégorie financière est un fléau pour le sport de haut niveau.
Rendons hommage à Ron Dennis d’avoir laissé se battre Ayrton Senna et Alain Prost à armes égales en 1988 chez McLaren Honda (ce n’était déjà le plus cas en 1989, du fait du motoriste japonais), où à Toto Wolff et Niki Lauda d’avoir laissé Nico Rosberg et Lewis Hamilton en découdre chez Mercedes AMG entre 2014 et 2016, soit trois saisons de suite, pour le titre de champion du monde de Formule 1.

La F1 a ses vices financiers, Bernie Ecclestone en est largement responsable (Grands Prix sans ancrage historique, public sans culture automobile et circuits sans adrénaline en Asie et au Golfe Persique), le football doit arrêter de descendre le toboggan, sinon il passera du Capitole à la Roche Tarpéienne, à force de couronner les mêmes têtes à chaque fin de printemps.

L’exemple le plus frappant ? La Ligue des Champions 2009 assurément. Un Barça de feu, la fameuse Dream Team de Pep Guardiola et son trio Messi / Xavi / Iniesta qui allait faire une razzia (sextuplé Liga - Coupe du Roi - Ligue des Champions – Supercoupe d’Espagne - Supercoupe d’Europe - Coupe du Monde des Clubs), bat deux clubs anglais sur les trois qui restaient en lice en demi-finale (Manchester United, Chelsea et Arsenal), après avoir écrasé le Bayern Munich (4-0 au Nou Camp de Barcelone, 1-1 à Munich) et atomisé Lyon (1-1 à Gerland, 5-2 au Nou Camp). Le club allemand, coaché par Jürgen Klinsmann et revenu au temps maudit du FC Hollywood, avait lui-même éparpillé façon puzzle le Sporting CP en huitième de finale avec un 12-1 en cumulé (5-0 au match aller à Lisbonne à l’Estadio José Alvalade, 7-1 au match retour à l’Allianz Arena de Munich). Certes, les Lions n’avaient plus à disposition des cracks comme Luis Figo (vendu en 1995 au Barça) ou Cristiano Ronaldo (cédé en 2003 à Manchester United), mais on parlait tout de même du dauphin du FC Porto pendant le championnat du Portugal 2008, pays classé sixième à l’indice UEFA, et non pas d’un obscur club d’un pays de taille gullivérienne sur l’échiquier du football européen …

 - Champions d’Europe, des rois nus dans leurs pays ?

Cumuler parcours en C1 et une campagne de ligue nationale serait trop complexe à gérer pour les clubs européens. Le cliché a la peau dure. C’est pourtant depuis 1993, année de création de la Ligue des Champions, que le doublé championnat - C1 s’est fait de plus en plus souvent, car les grands clubs sont de plus en plus forts et puissants financièrement, car Bosman leur a permis de doubler voire tripler les postes.

  • Coupe d’Europe des Clubs Champions (1956-1992) : 14 doublés sur 37 soit 37.8 % (Real Madrid 1957 et 1958, Benfica Lisbonne 1961, Inter Milan 1965, Celtic Glasgow 1967, Ajax Amsterdam 1972 et 1973, Bayern Munich 1974, Liverpool 1977, 1984, Steaua Bucarest 1986, PSV Eindhoven 1988, Etoile Rouge Belgrade 1991, FC Barcelone 1992)
  • Ligue des Champions (1993-2018) : 13 doublés sur 26 soit 48 % (Olympique de Marseille 1993, AC Milan 1994, Ajax Amsterdam 1995, Manchester United 1999 et 2008, Bayern Munich 2001 et 2013, FC Porto 2004, FC Barcelone 2006, 2009, 2011 et 2015, Inter Milan 2010, Real Madrid 2017).

A noter que certains clubs n’ont réussi que le doublé Ligue des Champions – Coupe Nationale, tels l’AC Milan en 2003 ou le Real Madrid en 2014.

Quant au prestigieux triplé Coupe - Championnat - C1, trois ont été réalisés à l'époque de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (Celtic Glasgow 1967, Ajax Amsterdam 1972, PSV Eindhoven 1988) alors que cinq furent réussis à l'ère de la Ligue des Champions (Manchester United 1999, FC Barcelone 2009 et 2015, Inter Milan 2010, Bayern Munich 2013) et des effectifs XXL post arrêt Bosman, avec des postes doublés voire triplés dans les plus grands clubs.

Bien que pompe à énergie reconnue, la C1 moderne et ses phases de poules correspondent mieux au profil type d’un champion, équipe sacrée à la régularité.

L’UEFA a enfanté d’une compétition qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la NBA : phase de saison régulière ennuyeuse, play-offs menant à la grande finale tant attendue, le trouillomètre à zéro ...

Doubler C1 et championnat la même année est possible, aligner deux C1 de rang relève presque désormais du domaine de l’utopie, personne n’a réussi tel exploit entre l’AC Milan de Sacchi en 1989 et 1990 et le Real Madrid de Zidane en 2016 et 2017, pas même le grand Barça de Pep Guardiola entre 2009 et 2012. La fameuse usure du pouvoir fait plus que jamais son œuvre, et les équipes qui font cavalier seul durant l’automne et l’hiver font souvent pschitt au printemps (le Real Madrid entre l’automne-hiver 2014 et le printemps 2015, le Barça un an plus tard entre l’automne 2015 et le printemps 2016) ... Rien ne sert de courir, il faut partir à point, disait la plus célèbre des fables de La Fontaine, le lièvre et la tortue.

Les équipes qui ont réussi le Grand Chelem en phase de poules ne sont en effet jamais allées au bout, l’AC Milan de Capello ayant aligné 10 victoires de suite (23 buts marqués, 1 seul encaissé) entre tours préliminaires et phase de poule. Mais l’ogre lombard échouera en finale le 26 mai 1993 en Bavière contre sa bête noire phocéenne de 1991 :

  • 1992/1993 : AC Milan vainqueur de ses 6 matches de poule face au PSV Eindhoven, à l’IFK Göteborg et au FC Porto (11 buts marqués, 1 but encaissé, différence de buts +10) : finaliste à Munich contre l’Olympique de Marseille
  • 1994/1995 : Paris SG vainqueur de ses 6 matches de poule face au Bayern Munich, au Spartak Moscou et au Dynamo Kiev (12 buts marqués, 3 buts encaissés, différence de buts +9) : demi-finaliste (éliminé par l’AC Milan)
  • 1995/1996 : Spartak Moscou vainqueur de ses 6 matches de poule face au Legia Varsovie, aux Blackburn Rovers et au Rosenborg Trondheim (15 buts marqués, 4 buts encaissés, différence de buts +11) : quart de finaliste (éliminé par le FC Nantes)
  • 2002/2003 : FC Barcelone vainqueur de ses 6 matches de poule face au Lokomotiv Moscou, au FC Bruges et au Galatasaray Istanbul (13 buts marqués, 4 buts encaissés, différence de buts +9) : quart de finaliste (éliminé par la Juventus Turin)
  • 2011/2012 : Real Madrid vainqueur de ses 6 matches de poule face à Lyon, à l’Ajax Amsterdam et au Dinamo Zagreb (19 buts marqués, 2 buts encaissés, différence de buts +17) : demi-finaliste (éliminé par le Bayern Munich)
  • 2014/2015 : Real Madrid vainqueur de ses 6 matches de poule face au FC Bâle, à Liverpool et à Ludogorets (16 buts marqués, 2 buts encaissés, différence de buts +14) : demi-finaliste (éliminé par la Juventus Turin)

Mais on pourrait également parler de la cigale et de la fourmi, car brûler trop d’énergie en début de saison, façon cigale, se paie cash au printemps. Le PSG de Luis Fernandez, auteur du Grand Chelem en poules en 1994-1995 a été ensuite laminé en avril 1995 par le Milan de Capello, pourtant moribond à l’automne 1994 (battu par l’Ajax Amsterdam deux fois de suite en Coupe d’Europe, par Velez Sarsfield en Coupe Intercontinentale, par la Juventus Turin en Série A …). Et on avait même reproché à Luis Fernandez d’aligner l’équipe B en championnat, alors que le titre était joué au profit du FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau, avec sa bande de jeunes qui avait pris les clés du camion, telle l’Ajax Amsterdam de Van Gaal championne d’Europe en ce même printemps 1995. L’ancien membre du carré magique français des années 80 avait tenu bon, gagnant les deux Coupes nationales en 1995, Coupe de France contre Strasbourg et Coupe de la Ligue contre Bastia. En 2004, Didier Deschamps dut faire de même pour se hisser en finale avec l’AS Monaco, perdant le titre de champion qu’on croyait acquis face à Lyon. Le club princier finira même 3e en 2004 derrière le PSG de Pauleta. On y reviendra plus tard au moment d’évoquer les saisons marathon en Europe. Paradoxe pour George Weah en 1995, il ne marqua aucun but contre l’AC Milan, club qu’il allait rejoindre à l’été 1995 en tant que meilleur attaquant d’Europe : Marco Van Basten condamné à la retraite par blessure incurable de sa cheville, Romario reparti à Rio de Janeiro, Hristo Stoïtchkov en crise de confiance au Barça, Jean-Pierre Papin sur le déclin, Ivan Zamorano éliminé trop tôt de la C3 avec le Real Madrid, Eric Cantona suspendu avec Manchester United, Gabriel Batistuta, Jürgen Klinsmann et Davor Suker pas assez médiatisés respectivement à la Fiorentina, Tottenham et au FC Séville …

La Ligue des Champions n’a couronné quasiment que des attaquants de génie pour ses meilleurs buteurs : Romario (1993), George Weah (1995), Jari Litmanen (1996), Alessandro Del Piero (1998), Andreï Shevchenko (1999 et 2006), Dwight Yorke (1999), Mario Jardel (2000), Rivaldo (2000), Raul (2000 et 2001), Ruud Van Nistelrooy (2002, 2003 et 2005), Fernando Morientes (2003), Kakà (2007), Cristiano Ronaldo (2008, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018), Lionel Messi (2009, 2010, 2011, 2012 et 2015) et Neymar (2015). On remarquera qu’il manque au palmarès le Jonah Lomu du football, le Brésilien Ronaldo, auteur d’un triplé de légende avec le Real Madrid à Old Trafford en mars 2003 pour mieux légitimer son deuxième Ballon d’Or.

Partir trop vite est fatal, il faut aborder la C1 comme un diesel, résister aux banderilles des matadors adverses avant de porter l’estocade pendant le créneau zodiacal parfait, celui du Taureau ou des Gémeaux.

Partir trop vite est fatal, donc on l’a vu en Coupe du Monde, a contrario d’une Italie 1982 moribonde au premier tour avant de sortir l’artillerie lourde par la suite : victoires contre l’Argentine de Maradona (2-1), le Brésil de Zico (3-2), la Pologne de Boniek (2-0) en demi-finale, et enfin la RFA de Rummenigge (3-1) en finale.

  • Italie en 1978 en Argentine : 3 victoires au premier tour (France, Hongrie et Argentine), deuxième place contre les Pays-Bas au second tour (élimination)
  • Brésil en 1982 en Espagne : 3 victoires au premier tour (Union Soviétique, Ecosse et Nouvelle-Zélande), 1 victoire au deuxième tour (Argentine), défaite 3-2 contre l’Italie au deuxième tour (élimination)
  • Danemark en 1986 au Mexique : 3 victoires au premier tour (RFA, Ecosse et Uruguay), défaite 5-1 contre l’Espagne en huitième de finale

  • Brésil en 1990 en Italie : 3 victoires au premier tour (Suède, Ecosse et Costa Rica), défaite 1-0 contre l’Argentine en huitième de finale

  • Espagne en 2006 en Allemagne : 3 victoires au premier tour (Ukraine, Tunisie, Arabie Saoudite), défaite 3-1 contre la France en huitième de finale

Mais la menace d’une Ligue des Champions toujours plus proche d’une citadelle hermétique à la Fort Knox (que Goldfinger voulait irradier à la bombe atomique dans James Bond, en 1964) est toujours présente à travers l’ECA (European Club Association), phénix né en 2008 des cendres du G14 … Ce G14 dont l’ancien président l’UEFA Michel Platini avait dit dès 2007 : J’aime les grands clubs, mais cette association n’a aucune légitimité. Cette déclaration avait entraîné une riposte orale d’Uli Hoeness, président du Bayern Munich : Il faut que Platini sache une chose : sans les clubs, rien ne fonctionne, mais sans l’UEFA, tout peut fonctionner. Un an plus tard, en 2008, le G14 est dissous, renaissant sous la forme de l’E.C.A. !

Le danger qui plane sur le Vieux Continent est celui d’une Euroligue fermée sur le modèle du basket ou du championnat de football en Argentine.

Du haut de leur tour d’ivoire, les clubs européens réunis à Nyon dans l’E.C.A. défendent d’abord leurs intérêts économiques, incompatibles avec la glorieuse incertitude du sport, dont l’ADN est de récompenser le mérite. Et rater une saison en championnat pour risquer de rater la Ligue des Champions, véritable poule aux œufs d’or XXL, manne providentielle pour les investisseurs et autres sponsors des Manchester United, Real Madrid, Juventus, Chelsea, Inter Milan, Bayern Munich, Liverpool, Barcelone ou autres Manchester City.

Aucun financier ne prendra le risque d’une campagne de recrutement ratée, de blessures (virus FIFA ou pas), d’épées de Damoclès des instances sportives en matière de transferts ou plus simplement d’usure du pouvoir. Il faudra s’inviter chaque année dans le sanctuaire européen de la Ligue des Champions, cette élite d’intouchables qui veulent se nourrir au nectar et à l’ambroisie en vivant en conclave, clé confisquée et portes du paradis refermés derrière eux ...

Après la Coupe des Champions sans matches couperet gagné par le puceau barcelonais estampillé Dream Team et coaché par Johan Cruyff (1991-1992), après la Ligue des Champions et sa musique inspirée de George Friedrich Haendel (de 1992-1993 à 1996-1997), la Ligue des Champions 2.0 post Bosman ouverte aux dauphins (en 1997-1998 et 1998-1999), la Ligue des Champions 3.0 (depuis la saison 1999-2000) devenue une machine à broyer les Petits Poucets, il semble utopique que le processus darwinien d’évolution (et d’impitoyable sélection naturelle) s’arrête en si bon chemin.

Il est probable qu’à horizon 2019 ou 2020, l’ECA et ses membres les plus riches, notamment les clubs anglais, portent sur les fonts baptismaux une Ligue des Champions 4.0 encore plus fermée sur elle-même, tant pis pour Gabriel Hanot qui se retournera dans sa tombe, lui qui écrivit avec Jacques Ferran et Don Santiago Bernabeu le règlement de la première Coupe d’Europe des Clubs Champions le 2 avril 1955 à l’hôtel Ambassador, au 16 boulevard Haussmann dans le XIe arrondissement de Paris.
Plus loin sur la célèbre artère parisienne des VIIIe et IXe arrondissements, au 136 boulevard Haussmann, le SPECTRE semble avoir déménagé vers Nyon, près de l’UEFA sur les rives du Léman, lac Töplitz du sport mondial où l’on ne cesse de cacher l’or maudit. Mais l’UEFA, telle Ponce Pilate, ne condamnera pas le voleur Barabbas, et laissera prospérer la menace ECA … Et James Bond 007 ne risque pas de venir s’opposer à une ECA qui servira au mieux les clubs de sa Majesté, VIP de ce lobby européen tout en étant gavés d’argent frais comme une oie du Gers.

Mais si l’on regarde le palmarès de la C1 depuis deux décennies, deux derniers OVNI subsistent et résistent à l’époque des étoiles phénix, qui s’éteignent pour mieux renaître deux ou trois ans plus tard. L’Ajax de Louis Van Gaal en 1995, invaincu en Eredivisie comme en C1 (malgré trois duels face au Milan AC de Capello), avec sa politique de formation portant en équipe fanion une équipe de jeunes sans permis à qui l’on avait confié les clés du camion (tel le FC Nantes de Coco Suaudeau lors de cette même saison 1994-1995), les Seedorf, Kluivert, Overmars, Litmanen, Frank de Boer, Davids et autres Kanu, encadrés par deux tauliers Danny Blind et Frank Rijkaard … Neuf ans plus tard, en 2004, les Dragons de José Mourinho portent le FC Porto au climax de sa vénérable histoire, avec une deuxième Coupe aux Grandes Oreilles gagnée contre le Monaco romantique de Didier Deschamps par une soirée printanière.

Si on retire les noms d’Ajax et de Porto, il ne reste plus que les ogres habituels venus des quatre Eldorados représentant les quatre points cardinaux venus de France : le Royaume d’Espagne à l’Ouest, le Calcio italien au Sud, la nombriliste Perfide Albion au Nord, la Bundesliga allemande à l’Est : Juventus Turin (1996), Borussia Dortmund (1997), Real Madrid (1998, 2000, 2002, 2014, 2016, 2017 et 2018), Manchester United (1999 et 2008), Bayern Munich (2001 et 2013), Milan AC (2003 et 2007), Liverpool (2005), FC Barcelone (2006, 2009, 2011 et 2015), Inter Milan (2010) et Chelsea (2012).

Ces descendants de Gargantua et Pantagruel ne font que se partager le même festin chaque année, et ne tolère aucun invité à leur table des douze Olympiens, sauf l’Ajax et Porto, qui vont finir par mourir de faim à force d’attendre une gorgée d’hydromel ou un autre morceau du gâteau dont chacun veut la part la plus grosse, part du lion surmontée d’une cerise offerte par l’UEFA, la Coupe aux Grandes Oreilles …

Une ligue fermée ne serait finalement que d’appeler les choses par leurs noms …

 - Le spectacle, intermittent du football

Mais que le grand show soit absent avant le feu d’artifice du printemps, l’ancien pape du football européen, Lennart Johansson, et ses cardinaux, retranchés dans leur Castel Gandolfo, s’en sont souvent lavés les mains à la façon de Ponce Pilate. Peu importe, l’objectif était atteint, le Suédois avait accompli sa propre quadrature du cercle bureaucratique ... une Etoile Noire capable de tout détruire dans la galaxie du football européen. La première victime collatérale fut la Coupe des Coupes, en 1999. La deuxième fut la branche sur laquelle le sport roi est pourtant assis, le spectacle procuré ... Si le football devient une sinistre parodie de commedia dell’arte, un baby-foot de pantins articulés sur pelouse, le ridicule n’est plus très loin ... Mais à Nyon, il ne tue pas, immunité bureaucratique oblige ... 

Pour les montagnes russes d’adrénaline, laissez passer l’automne et l’hiver ... Spectacle en jachère, soirées télévisées austères ... Il faut attendre le printemps, et là le miracle des matches couperet s’accomplit de nouveau. Rappelons-nous ce FC Barcelone Chelsea (5-1 a.p.) de 2000, ce Manchester United – Real Madrid de 2003 (4-3), Juventus Turin – Real Madrid de 2003 (3-1), ce Monaco – Real Madrid (3-1) de 2004, ce PSV Eindhoven – AC Milan (3-1) de 2005, ce Liverpool - Chelsea de 2009 (4-4), ce Borussia Dortmund – Real Madrid (4-1) de 2013, ce Bayern Munich – Juventus Turin (4-2 a.p.) de 2016, ce FC Barcelone – PSG (6-1) de 2017, cet AS Rome – FC Barcelone de 2018 (3-0) et tant d’autres ...

Certes, Monaco a pulvérisé La Corogne 8-3 un soir de l’automne 2003 et Anderlecht avait sombré 5-3 à Brême face au Werder un soir de décembre 1993 (en ayant pourtant mené 3-0), mais les plus beaux matches s’écrivent souvent au printemps en Ligue des Champions ...



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