LionBlanc LionBlanc 12 juin 2017 13:24

Vous dîtes que Jung analyse le cas de Nietzsche dans « psychologie et religion », son analyse m’intéresse.

L’impression (ce n’est pas une analyse, je sais) qui ressort des lectures de Nietzsche et ce que je perçois du « psychologie et alchimie » de Jung, c’est que Nietzsche s’est confronté à l’infini (le gouffre de Durkheim, l’inconscient qui siège dans cette part de psychologie à la fois individuelle et collective).

Pas plus le cerveau humain dans son fonctionnement, que le système conceptuel au sein duquel l’humain s’élabore, se construit, ne sont conçus pour se confronter à l’infini, cet absolu, l’inaccessible étoile de J.Brel, est...bel et bien inaccessible.
Jung le dit bien que la confrontation avec sa part d’ombre, sa part opposée, l’inconscient, l’infini est dangereux. Oui, le sujet se retrouve confronté à une instance où même un orteil de Dieu représente l’immensité pour l’homme.
De plus, il n’y a pas que des entités lumineuses, il y a les « ombrageuses » aussi.....qui errent très probablement.

Il s’est dilué dans l’infini, cette angoisse de morcellement, de dilution contre laquelle les schizophrènes se battent, développent leurs symptômes d’angoisse, lui y est carrément allé. Finalement cette angoisse est à juste titre, et n’est pas vécu par la plupart des gens « dans la norme » qui ignorent tout simplement l’immensité environnante (de toute façon, ils ne s’intéressent pas à ça).

J’ai perçu ce profond malaise lors des lectures de Nietzsche, cette proximité avec l’incommensurable et l’effet glacé que procure sa perception.
Il s’est affranchi de tout (règles, dogmes, rites....) et s’est retrouvé en des lieux où un esprit humain n’a pas sa place.

Un artiste, se sentant sombrer dans la folie, a réussi la prouesse (il était Russe, ils réussissent souvent des tours de force de cette taille), de consigner tous les moments où il parvenait à « surnager » et ceux où il sombrait.

Et à travers ce livre, on suit, ces naufrages dans l’infini, ces retours sur la terre plus ou moins ferme, ce livre est très déroutant et vraiment à ne lire que si on se sent entouré de jalons, à défaut d’un « moi » solide ou d’une proximité spirituelle.
Les rites religieux n’étant pas là que pour assommer le croyant, mais aussi pour permettre le retour sur « la terre ferme » (les rites sont des jalons qui permettent de « monter », mais surtout de « redescendre » ou « sortir » -des concepts à échelle humaine- mais surtout « rerentrer » dans ces concepts avec en tête la matérialité).
« le journal de Nijinski ». Ce livre est très troublant, on pénètre au coeur de « sa folie ».

https://www.biblioblog.fr/post/2010/03/12/Journal-de-Nijinsky

Vais continuer Jung (vaste programme) et chercher ses analyses, ses « visions » du cas de Nietzsche (qui m’évoque plus une étoile qu’un humain).

Pour résumer : Nietzsche = Icare.

Il n’était pas adapté à la terre ferme, et d’ailleurs, vers la fin, ne pouvait plus se « poser » nulle part (perte dangereuse de « densité » ?), le seul échappatoire : voler toujours plus haut.....plus loin.


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