Patrick Samba Patrick Samba 3 novembre 2016 13:10

Chronique d’une catastrophe annoncée… qui aurait pu être évitée (2/11/16)

Hubert Reeves est Président d’honneur de l’association Humanité et Biodiversité :

En 2012, l’association Humanité & Biodiversité demandait au gouvernement de renoncer au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Une lettre ouverte au Premier ministre appelait à cesser l’artificialisation du territoire et à préserver les habitats naturels qui subsistent et dont nous avons besoin.

« La question qui se pose aujourd’hui au gouvernement n’est pas de savoir s’il doit ou non ravager une campagne particulièrement préservée pour y installer un aéroport : il lui faut prendre une décision d’une bien plus grande importance, dont celle-ci n’est qu’un élément, écrivions-nous à Jean-Marc Ayrault. Cette décision est la suivante : est-il prêt à proposer ENFIN aux Français un nouveau modèle de développement économique qui arrête une bonne fois pour toutes l’artificialisation du territoire français afin de préserver les équilibres naturels ? Une occasion unique lui est offerte de montrer la voie… Le projet de Notre-Dame-des-Landes relève d’une autre époque, beaucoup moins consciente des enjeux environnementaux. »

Renoncer à la violence

En 2016, après avoir étudié les arguments de part et d’autre, nous espérons encore que cet aéroport ne se fera pas. Nous sommes contre. La situation s’envenimant, nous redoutons des affrontements, qui, de musclés, pourraient devenir mortels. Ajouter de la violence à celles que subit déjà la société française est insupportable à qui souhaite une société apaisée. En cette période pré-électorale, ne pas aviver les tensions sociales serait plus conforme à ce que l’on attend du monde politique.

La France n’est-elle pas la patrie des philosophes des Lumières ? Quand on est viscéralement hostile au règlement des conflits par la violence, on peut s’imaginer oser appeler à « la non-violence » ceux qui s’opposent au projet. Et appeler à la « non-puissance » ceux qui s’autorisent à penser qu’ils ont raison avec 55 % de « oui », à l’issue d’un référendum mal « ficelé » et restreint géographiquement. « Ce n’est pas parce qu’on a tous les moyens d’exercer sa puissance qu’on doit le faire », écrivait Jacques Ellul dans son livre « Théologie et technique – pour une éthique de la non-puissance ». Ce ne serait ridicule, ni d’un côté, ni de l’autre.

Privilégier l’intérêt général

Même si, par un heureux hasard ou par bonheur, des épisodes de violences sont évités, il reste que pourrait se réaliser un mauvais projet pour l’environnement comme pour les finances publiques, un projet qui laissera une profonde amertume dans l’esprit de tous ceux et celles qui ont pris la peine de regarder le dossier de près, d’envisager et de proposer des alternatives moins impactantes d’un point de vue social, environnemental et économique.
Et même en période électorale, il serait plus responsable et respectueux de la part de ceux qui exercent le « pouvoir » de sortir de ce conflit autrement que par la raison du plus fort. Suivre le sens de l’intérêt général, avec ouverture d’esprit et concertation, afin de trouver la meilleure solution, est essentiel pour accéder à un vivre ensemble harmonieux.
Chacun aime aménager sa maison pour y vivre bien. Nous avons une maison commune : la Terre. Ménageons-la. Afin qu’il y fasse encore bon vivre pour nos descendants. Nous sommes en grande responsabilité…



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