Zaza Zaza 10 janvier 23:42

@Paul Leleu
Oui, c’est assez vrai, des caricatures bourgeoises. Des 3 1ers Houellebecq seul le 1er m’a intéressée ; probablement parce que j’ai été informaticien, et comme lui j’ai fait des missions à la con, vu des commerciaux roublards, des logiciels inutiles, des bobo qui s’y croient car ils gagnent 2 fois le smic (c’est ds celui où il fout une claque à une pétasse, l’apéro entre maîtres du monde.... grouillots informaticiens) etc. Si, son cynisme porte, à l’ED plus sûrement. Et le désenchantement actuel n’est pas une invention. Natalité en chute, pas de vision, narcissisme. Rebelle de droite gâté désenchanté blasé qui peut se le permettre oui. Il veut faire passer l’Immoralité de la modernité qui l’emmerde par « romantisme bourgeois », bovarisme presque, de bon-aloi pour le libéralisme, non, du racisme (ds le 1er ils veulent tuer un noir), du mépris pour les libertés sociétales, l’islam, la mondialisation. Si Clouscard a été récupéré par l’ED, c’est pas un hasard, et Houellebecq aussi.
 
Mais la moralité du peuple... rien de plus hargneux qu’un paysan... et lisez Mort à crédit pour la moralité du petit commerce, ça c’est de la grande littérature, de la vraie.
 
Pour en revenir à Lukacs (où Lénine ?), ds un de ses bouquins il parle des aristo déchus et dégénérés que méprise Balzac qui était royaliste pourtant, droite des valeurs gauche du travail comme on dit, mais voyait la bourgeoisie et l’argent tout remplacer et être la vraie aristocratie d’avenir, on peut dire pareil de Houellebecq : Il se méprise comme occidental en décadence, et le dépeint donc comme une merde, voyant le reste du monde le grand remplacer. Ds le 1er livre, c’est le noir qui se fait sucer... On peut pas être plus explicite... Mais vous avez raison, ses personnages ne sont pas très originaux ni subtil. Le style moyen, les scenarii nuls, il n’y a que l’humour acerbe qui le sauve bien.
 
Céline a le grand style, des personnages incroyables (Nord !), le scenario de son vécu extraordinaire, l’acerbe et l’humour décapant à la fois des situations, des personnages, du vocabulaire à contre emploi et des effets littéraires au cordeau : Houellebecq encensé par la critique... prouve de cette façon par ses romans qu’on est devenu de la merde historique !
 
Céline, c’est pas les informaticien, plutôt es médecins ...
 
J’arrivai là-bas à l’Institut au bout de Paris, derrière La Villette, un matin sur les onze heures. On me fit d’abord promener à travers des laboratoires et des laboratoires à la recherche d’un savant. Il ne s’y trouvait encore personne dans ces laboratoires, pas plus de savants que de public, rien que des objets bousculés en grand désordre, des petits cadavres d’animaux éventrés, des bouts de mégots, des becs de gaz ébréchés, des cages et des bocaux avec des souris dedans en train d’étouffer, des cornues, des vessies à la traîne, des tabourets défoncés, des livres et de la poussière, encore et toujours des mégots, leur odeur et celle de pissotière, dominantes (...)
Et puis, les savants franchirent à leur tour la grille, plus traînards encore, plus réticents que leurs modestes subalternes, par petits groupes mal rasés et chuchoteurs. Ils allaient se disperser au long des couloirs en lissant les peintures. Rentrée de vieux écoliers grisonnants, à parapluie, stupéfiés par la routine méticuleuse, les manipulations désespérément dégoûtantes, soudés pour des salaires de disette et à longueur de maturité dans ces petites cuisines à microbes, à réchauffer cet interminable mijotage de raclures de légumes, de cobayes asphyxiques et d’autres certaines pourritures.
Ils n’étaient plus en fin de compte eux-mêmes que de vieux rongeurs domestiques, monstrueux, en pardessus. La gloire de nos jours ne sourit guère qu’aux riches, savants ou non. Les plébéiens de la Recherche ne pouvaient compter pour les maintenir en haleine que sur leur propre peur de perdre leur place dans cette boîte à ordures chaude, illustre et compartimentée (...)

On n’est jamais très mécontent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. (...)
Quand j’arrivai devant la porte de sa cellule, Serge Parapine était en train de cracher aux quatre coins du laboratoire d’une salive incessante, avec une grimace si dégoûtée qu’il vous en faisait réfléchir. Il se rasait de temps à autre Parapine, mais il conservait cependant aux méplats des joues toujours assez de poils pour avoir l’air d’un évadé.
Il grelottait constamment ou du moins il en avait l’air, bien que ne quittant jamais son pardessus, grand choix de taches et surtout de pellicules qu’il essaimait ensuite à menus coups d’ongles alentour, tout en ramenant sa mèche, oscillante toujours, sur son nez vert et rose. (...) Parapine mis au courant de mes difficultés ne demanda pas mieux que de m’aider et d’orienter ma thérapeutique périlleuse, seulement il avait appris lui, en vingt années, tellement de choses et des si diverses et de si souvent contradictoires sur le compte de la typhoïde qu’il lui était devenu bien pénible à présent, et comme qui dirait impossible, de formuler au sujet de cette affection si banale et des choses de son traitement le moindre avis net ou catégorique.
— D’abord, y croyez-vous, cher confrère, vous, aux sérums ? qu’il commença par me demander. Hein ? qu’en dites-vous ?... Et les vaccins donc ?... En somme quelle est votre impression ?... D’excellents esprits ne veulent plus à présent en entendre parler des vaccins... C’est audacieux, confrère, certes... Je le trouve aussi... Mais enfin ? Hein ? Quand même ? Ne trouvez-vous pas qu’il y a du vrai dans ce négativisme ?... Qu’en pensez vous ?

 
Le voyage


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