Christian Labrune Christian Labrune 19 avril 13:11

Excellent article, qui fait très bien le point sur la question et sur un certain nombre de débats imbéciles du genre Notre-Dame // Les misérables.

L’évergétisme (je renvoie à l’article de Wikipedia, mais surtout aux travaux de l’historien Paul Veyne) ne date pas d’hier. Un grand nombre de très belles réalisations architecturales de l’antiquité sont dues à la générosité de donateurs qui, certes, essayaient par ce moyen de pérenniser leur nom, mais enrichissaient la cité de constructions dont tous profiteraient, qu’elles fussent utilitaires ou simplement esthétiques. Ce sont les visiteurs venus du monde entier qui profiteront des sommes consacrées à la réfection d’une cathédrale dont je ne sache pas qu’on en ait jamais fait payer l’entrée. Plusieurs milliardaires américains, aujourd’hui, se proposent de se délester de la moitié de ce qu’ils possèdent pour financer des institutions dont les citoyens profiteront. C’est très bien. Les imbéciles qui, en France, ne manquent jamais une occasion de cracher sur la famille Rothschild oublient les fondations d’intérêt publique, et plus d’un millier d’oeuvres d’art, et non des moindres, qui ont été données aux musées français.

Je pense aussi qu’une restauration à l’identique serait une aberration. Après l’incendie à Chartres, on a remplacé les poutres par des fermes métalliques et recouvert ça par des plaques de cuivre qui, en s’oxydant, on produit cette couleur verte du plus bel effet. Un incendie comme celui d’hier y serait désormais peu probable et il faudrait être fou à lier pour ne pas adopter la même solution à Notre-Dame. Je suppose, si le cuivre coûte trop cher, que des matériaux synthétiques pourraient avantageusement remplacer les lames de plomb qui, en fondant, tombaient en pluie sur les pompiers.

J’avoue que j’ai regretté qu’on ait retiré un peu avant l’incendie les statues qui s’agitaient autour de la flèche imaginée par le délire de Viollet-le-Duc. On risque de vouloir les remettre en place, et ce serait criminel du point de vue de l’esthétique. Cet ensemble architectural m’a toujours paru d’une insanité regrettable, pire encore que la flèche en fonte qui surmonte depuis près de deux siècles la cathédrale de Rouen et que Flaubert regardait comme l’oeuvre d’un « chaudronnier fantaisiste ». Si cette flèche, à Paris, n’avait pas été ajoutée, les voûtes à la croisée de la nef et du transept n’auraient probablement pas été perforées, et les dégâts seraient bien moindres.

Je pense aussi qu’il ne faudra pas dix ans pour reconstruire l’édifice. Tout ayant été numérisé, on peut appliquer la même méthode qui sert à construire, bloc par bloc, les grands paquebots.

Je n’ai jamais beaucoup aimé l’orgue de Notre-Dame. Les restaurations et les extensions de Cavaillé-Coll, au XIXe siècle, ont produit des machines à faire du bruit. Cavaillé-Coll est un peu le Viollet-le-Duc de la facture d’orgue, et je donnerais tous les tuyaux de Notre-Dame, de Saint-Eustache, de Saint-Sulpice et même de Sainte-Clotilde pour ne garder, s’il le fallait, que celui de Saint-Gervais si merveilleusement accordé à l’intelligence de la musique baroque.

Pour ce qui est des vitraux, on peut craindre le pire. Il y en a d’admirables créés au XXe siècle, à Saint-Gervais encore, dans les chapelles absidiales. Les grands ensembles cohérents de Sainte-Odile ou de Sainte-Anne sont vraiment sublimes, mais Décorchement et Mauméjean sont morts et enterrés. En revanche, quand on visite Saint-Séverin par exemple, on peut voir là ce que les deux derniers siècles ont pu produire de plus exécrablement nul.


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