Columbo Chantecler 20 avril 20:59

OK, l’industrie agro-alimentaire dans les pays les plus riches produit et fait consommer trop de viande, et surtout de la mauvaise viande.

OK, les systèmes industriels ont changé l’animal en machine à transformer la cellulose des plantes en protéines bon marché pour le plus grand profit des multinationales et au détriment des paysans, des consommateurs, des sols, de l’eau et des animaux.

OK, le bilan sanitaire et écologique de ces méthodes est aussi mauvais que celui du reste de l’agriculture productiviste : on empoisonne les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais légumes et fruits, en dégradant l’environnement et la condition paysanne.

Mais il n’y a pas si longtemps, les hommes et les femmes mouraient de maladies infectieuses, de la guerre et de la faim. Or, depuis la fin du 19ème siècle, il n’existe plus de famines liées à un manque de ressources. Les famines qui adviennent sont des armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, c’est parce que d’autres l’ont décidé. Renoncer à consommer de la viande ne changera rien à cette réalité. C’est même exactement l’inverse. Si les famines ont disparu, c’est parce que le dix-neuvième siècle a connu la plus grande révolution agricole après celle de son invention : l’agronomie, et la polyculture-élevage, qui fournit ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol, le fumier.

Quant à l’industrialisation de l’élevage, elle n’est pas née après avec le productivisme agricole. Elle a été pensée en parallèle avec le développement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des machines dont la seule utilité est de générer des profits, aux dépens des paysans et de l’environnement.

L’agriculture sans élevage, c’est l’agriculture de la famine parce qu’elle épuise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail de forçat car le compost de légumes est bien moins efficace pour faire pousser des légumes que le fumier animal. A moins de forcer le sol par de la chimie et de labourer bien profondément. Mais, dans ce cas, on abîme les sols, en désorganisant l’écosystème.

Avec le retour au naturel, l’écologie n’est pas sauvée, car en expulsant les animaux domestiques, il n’y a plus rien pour maintenir les paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des bocages. Sauf à obliger chômeurs, prisonniers et clochards à faucher et à couper les herbes, ou à produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons sont les garants de la diversité paysagère qui est aussi celle de notre assiette. Les animaux et leurs éleveurs sont les premiers aménageurs du territoire.

Défendre une agriculture sans élevage et un monde sans animaux domestiques, c’est-à-dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, c’est se mettre encore plus dans les serres des multinationales et accroître notre dépendance alimentaire à ces lobbys. Le grand danger de d’une agriculture sans élevage, c’est de produire de la « viande » en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des œufs à partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (Gafa, milliardaires et fonds d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient commercialisés avant dix ans de « vrais-faux » morceaux produits in vitro. Des amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations.

C’est le triomphe du transhumanisme.


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