Falanchon 13 juin 05:46

Je pense qu’on peut défendre l’axe unidimensionnel gauche-droite, car il est 1) scientifiquement attesté 2) historiquement logique 3) reconnu par tous.

Savez-vous qu’il existe une sous-discipline de l’économie appelée « théorie du choix » qui analyse la vie politique comme s’il s’agissait d’un marché de l’offre et de la demande ? (en l’occurrence de politiques publiques). Et ça marche ! Preuve en est, les campagnes électorales, où les partis adaptent leurs stratégies avec la rationalité d’une entreprise. Les politiciens cherchent des segments d’électorat comme sur un marché.

Bien entendu, ça n’était pas aussi visible avant la « fin de l’histoire » annoncée par Fukuyama. Le « siècle des socialismes » avait laissé accroire qu’on pouvait échapper à la mise sur le marché de l’autorité elle-même... et qu’une vérité, celle du peuple, serait enfantée par cette dialectique. Et pourtant, l’enfant n’est pas venue...

Alors en quoi consiste l’axe gauche-droite, dans le marché des politiques publiques ? Il consiste, en un instant T, en un rapport subjectif de l’individu au dogme des dogmes, au Saint des Saints depuis 400 ans : « l’égalité des droits ». Tout part de là. Et tout y revient, sous peine de perdre le pouvoir rapidement.

L’égalité des droits est une expression ambiguë. Ce n’est ni l’égalité, ni la féodalité. Elle recouvre donc les libéralismes politiques. Les chefs et les pays qui désirent sortir de ce carcan sont diffamés, boycottés, et in fine bombardés. C’est l’impitoyable mécanique impérialiste depuis 400 ans.

J’appelle les quelques uns qui me liront à lire l’histoire de l’Angleterre au XVIIe siècle. Elle est fondamentale, car c’est à ce moment-là que se cristallise la première opposition d’une proto-gauche et d’une proto-droite à l’ère moderne : d’un côté l’armée du Parlement, dirigée par le Puritain Cromwell, de l’autre l’armée du Roi qui finit décapité (Jacques Ier Stuart). Les valeurs égalitaires et novatrices contre les valeurs hiérarchiques et traditionnelles.

À l’époque il n’est pas question de relativiser cette opposition : les Britanniques s’entretuent, et y mêlent la religion voire même en créent de nouvelles (Quakers et Puritains, en sus d’Anglicans et Catholiques). Plus tard, les Parisiens et les Vendéens, les Yankees et les Confédérés, et enfin le monde entier. On remarquera que ces guerres sont à chaque fois gagnées par la gauche libérale et impérialiste... du moins en Occident.

Si hier encore on larguait des tapis de bombes pour une opinion au sujet de l’égalité de droit, aujourd’hui il apparaît clairement que cette tension idéologique trouve son origine dans le nouveau système économique. Il s’agit tout simplement du capitalisme, qui apparaît à ce moment, et au même endroit (Angleterre et Occident, XVIIe, et mondial au XXe).

À la fin du XVIe siècle, l’élite anglaise voulait entreprendre de vastes réformes nécessaires à la création d’une société capitaliste, notamment les fameuses enclosures. Elle avait pour cela besoin de l’assentiment du peuple. Peu à peu, l’élection est devenue un moyen commode pour obtenir l’assentiment de plus en plus de gens que charrie le capitalisme.
Ainsi naquit la religion moderne plus tard appelée démocratie. C’est une histoire moins belle que dans nos livres d’histoire, mais m’en voulez-vous de vous la raconter ?

Vous trouverez de bien belles histoires en creusant cette époque. J’aime particulièrement l’histoire des niveleurs, qui déjà en 1647 voulaient plus d’égalité que l’égalité de droit, et les bêcheurs, qui voulaient revenir sur les réformes agraires des élites. Lesquelles se sont débarrassées des deux camps en les affublant de ces deux noms. Comme quoi, le débat n’a pas beaucoup évolué en 400 ans. Normal, c’est la même mécanique !

J’apporterais tout de même une nuance.
Certes, l’axe droite-gauche situe les candidats et les gens dans leur sentiment par rapport à l’égalité de droit. Mais cela ne suffit pas pour faire un commentaire politique. Il est pathétique de voir des gens ne connaître certains pays que par ce biais.
Les gauches, les centres et les droites ne se ressemblent pas. Chaque pays occidental a sa propre histoire pré-moderne, lors de laquelle la langue écrite s’est formée, l’esprit national est apparu, et avec tout cela un État pré-moderne. Ensuite seulement apparaissent les idéologies nationales (Lumières françaises, Romantiques allemands...), suite à l’apparition des dogmes modernes.
Il y a ainsi un « substrat » national où se sont en quelque sorte sédimentées les idéologies qui ont fait les siècles passés. Par exemple :
La France a un substrat étatiste que l’on peut faire remonter à la guerre de religions, et qui explique le souverainisme actuel.
L’Allemagne et la Suisse ont un substrat autonomiste, dont Luther et Calvin sont les premiers exemples (mais non les créateurs) ; explique Verts, Sozis, Nazis...
L’Angleterre a un substrat libéral et individualiste, qui explique... l’histoire moderne (et post-moderne).

Cette analyse « géologique » du passé doit correspondre à une analyse « botanique » du présent. Les idéologies sont comme des plantes qui apparaissent dans des conditions parfois inimitables. L’erreur à ne pas faire, c’est de croire qu’on peut mélanger les parfums de plantes qui ne sont pas apparues aux mêmes endroits ni aux mêmes moments. Oubliez donc le démocratico-anarchisto-royalisto-bolchévisme. Ils procèdent de l’illusion du choix total, qui est, comme j’espère l’avoir démontré, une illusion presque totale.


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