Emmanuel Cattier 21 juillet 2019 07:55

@Bertrand Loubard
Je vois que vous préférez élargir encore la périphérie plutôt que d’approfondir ma question pointue. Circulez il n’y a rien à voir… Intéressez-vous à ce qui se passe ailleurs. C’est l’éternelle façon de détourner la question des points cruciaux et gênants.

Mais puisque vous vous évadez en parlant « des 8 000 à 10 000 000 de morts des guerres de l’Afrique Centrale », voilà typiquement une façon de désinformer. Je pourrais vous parler des 80 à 100 millions de morts des guerres en Europe. Mais sur quelle période ?

J’imagine que vous allez vous étendre sur ce qui me semble être une « fake news » bien colportée : les 4, 6, 8, 12 millions de morts des guerres du Congo et du rapport Mapping qui l’établirait.

Pourquoi je perçois une « fake news » ? Parce que ces millions de morts du Congo reposent sur une information très contestable de l’ONG IRC basée aux USA. Le rapport Mapping le confirme d’ailleurs, dans sa note 87 de la page 49 de la version française en PDF :

« Ces dix années ont, en effet, été marquées par une série de crises politiques majeures, des guerres ainsi que de nombreux conflits ethniques et régionaux qui ont provoqué la mort de centaines de milliers, voire de millions de personnes 87 »
« Note 87 : L’International Rescue Committee (IRC) a mené quatre études sur la mortalité en RDC entre 1998 et 2004. Selon l’IRC, depuis le début de la deuxième guerre en août 1998 jusqu’à la fin du mois d’avril 2004, environ 3,8 millions de personnes auraient péri, victimes directes ou indirectes de la guerre et des conflits armés. Il est à noter cependant que la méthodologie retenue par l’IRC pour déterminer le nombre de morts indirects repose sur des études épidémiologiques et des estimations de croissance démographique qui ont pu être contestées. Compte tenu de son mandat, il ne revenait pas au Projet Mapping de se prononcer sur le nombre total de personnes mortes ou tuées du fait de la situation en RDC au cours de la période considérée. »

Si vous allez consulter le Conseil de surveillance de l’IRC vous y trouverez toute une panoplie de secrétaires d’état US, dont certains sont célèbres pour leur sens de l’honnêteté intellectuelle pour engager le monde dans des conflits qui intéressent les intérêts états-uniens : Madeleine K. Albright, Henry A. Kissinger, General Colin L. Powell, Condoleezza Rice pour ne citer qu’eux.

D’autre part je vous invite à consulter cette étude démographique d’un cabinet belge de démographes patentés qui a été missionné par la commission européenne pour aider la RDC à établir ses listes électorales. Les cartes d’électeur qui en ont découlé sont devenues par la loi les cartes d’identité des Congolais de RDC. C’est à ma connaissance la seule étude démographique sérieuse sur ces « millions de morts » en RDC de 1998 à 2004. Pour eux les millions sont en fait des dizaines de milliers de morts. Très précisément, aux aléas des études démographiques près, cent quatre-vingt-trois mille morts « de trop ».

Il résulte de tout cela le sentiment qu’il y a une manipulation des chiffres quelque part. D’une part le rapport Mapping ne décompte pas les morts de RDC, mais cerne environ 600 « exactions » sans pouvoir déterminer très souvent le nombre de morts pour chacune « un nombre indéterminé de morts », et encore moins un total général, ce que ce rapport souligne dans sa note de bas de page : « Compte tenu de son mandat, il ne revenait pas au Projet Mapping de se prononcer sur le nombre total de personnes mortes ou tuées du fait de la situation en RDC au cours de la période considérée. » (l’expression « nombre indéterminé » renvoie dans le rapport Mapping 177 occurrences. Cela peut concerner des morts, des blessés, des découvertes de charniers, des personnes qui ont participé à telle ou telle action, etc.).

Donc si vous traitez ce problème dans un autre article comme vous le dites, merci de tenir compte de ces informations périphériques.

Mais je reviens à ma question qui vous a fait vous évader au Congo : Pourquoi des Français ont-ils reçu l’ordre de notre état-major d’informatiser le fichier central rwandais et notamment le fichier « PRAS » des Personnes à Rechercher et A Surveiller, dans un contexte pré-génocidaire où les Tutsi étaient clairement ciblés ? La réponse à cette question n’est certainement pas au Congo, même en exagérant les considérations périphériques, mais en France et au Rwanda.


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