Vivre est un village Vivre est un village 14 mars 09:43

@Vivre est un village

- La privatisation des esprits.

[...]Tel est donc l’usage stratégique des baisses d’impôts et de cotisations sociales : creuser des déficits pour créer l’illusion que le pays « vit au-dessus de ses moyens », et justifier ensuite, par la pénurie planifiée des moyens, le recul des dépenses sociales et les privatisations.

Telle est aussi la rationalité de la manifeste indifférence des néolibéraux au chômage européen. La persistance du chômage ne constitue pas pour eux un problème, mais, au contraire, une partie de leur solution : elle participe au discrédit des reliquats du modèle social ancien qu’ils veulent détruire ; elle maintient la peur qui prédispose les salariés à toutes les soumissions.[...] C’est la protection sociale des individus qui rend le système soutenable. Or c’est justement elle que les néolibéraux veulent démanteler pour construire un système qui abandonne les individus à leur sort et aux assurances privées, comme en Amérique. Le chômage, qui constitue une catastrophe insupportable une fois qu’un tel système est en place, est au contraire un levier de pression psychologique et politique essentiel pour aller vers un tel système.[...](p115)

- La privatisation insidieuse de l’État

[...]À long terme, en effet, dans une guerre économique mondiale, ce ne sont plus seulement les produits qui sont mis en compétition, mais encore et surtout les systèmes politiques et sociaux. Les investisseurs apprécient notamment les lieux où les politiques, le droit du travail, les prélèvements fiscaux et sociaux sont les moins contraignants et les moins coûteux.[...](p117)

- La dégénérescence du projet européen

[...]L’harmonisation des réglementations et des législations sociales est interdite ; l’harmonisation fiscale n’est possible qu’à l’unanimité, ce qui la rend quasiment impossible. Aucun obstacle ne s’oppose donc à l’intensification de la concurrence fiscale et sociale des États. L’Union (européenne) est ainsi la seule entité » politique au monde qui privilégie la compétition interne entre ses territoires plutôt que la protection ou la compétitivité globale de son territoire par rapport au reste du monde. La seule au monde, également, qui s’interdit l’usage efficace (ou l’usage tout court) de l’ensemble des instruments de politique économique ![...](p124)

[...]L’extraordinaire dans cette orientation est qu’elle est défendue au nom de l’impératif de compétitivité, au regard d’une économie mondiale où les compétiteurs les plus puissants (États-Unis, Japon, Chine) n’hésitent pas une seconde à mobiliser tous les instruments de la puissance publique pour soutenir leur économie ![...](p125)

- Le mythe de la gouvernance

[...]L’engrenage pervers de la privatisation de l’État-providence prépare et nourrit le cercle vicieux de la violence sociale et de sa répression par un État-pénitence. Moins la nation investit dans l’éducation, l’habitat, la stabilité de l’emploi, la réduction des inégalités, et plus se banalisent les incivilités et la délinquance juvénile. On peut certes dénoncer le simplisme d’une explication moniste de la violence par les inégalités sociales ; mais il serait tout aussi simpliste de nier leur contribution. Personne ne naît malpoli ou délinquant ! On le devient à la suite d’une histoire dans laquelle le cadre de vie, la famille, l’école, le milieu social, la culture dominante, etc., jouent conjointement et nécessairement un rôle déterminant. Si la société dépense de moins en moins pour garder en son sein tous ceux que la guerre économique tend à exclure, ainsi que leurs enfants, elle doit bien se préparer à dépenser plus pour réprimer l’inéluctable montée de comportements antisociaux. L’État-gendarme cesse alors d’être une simple métaphore et cède peu à peu la place à la réalité cru d’un État policier où, au nom de la sécurité, régressent toutes les libertés publiques et ne survit vraiment que le droit (mais pas forcément la capacité) de produire et de consommer.[...](p128)


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