Pierre Pierre 25 juillet 11:08

@Aristide
Cet article arrive en fin de parcours et je crois que je peux me permettre un commentaire un peu plus personnel et que cela vous éclairera peut-être un peu.
En 1980, j’étais en mission à Moscou dans le cadre des Jeux olympiques et j’ai à cette occasion rencontré de nombreux soviétiques de toutes les républiques et notamment des journalistes. J’avais préparé mon voyage longtemps à l’avance et j’avais quelques notions de russe grâce à la méthode Assimil.
J’ai gardé des lien amicaux jusqu’à aujourd’hui avec plusieurs d’entre eux, des Russe et des Ukrainiens, mais jusqu’en 1991, il n’y avait pas de différence et je n’avais jamais remarqué de sentiment nationaliste chez les Ukrainiens.
Je me suis particulièrement lié d’amitié avec Sacha, un journaliste moscovite. J’ai pu un peu l’aider, lui et sa famille, durant les années difficiles de l’époque Eltsine. Il a été reçu plusieurs fois chez moi et j’ai toujours été bien accueilli chez lui.
Sacha est décédé il y a près de trois ans mais je garde le contact avec sa femme et ses enfants.
Au début, nous correspondions par courrier ordinaire. Avec l’arrivée d’Internet, ce fut par courriel et ensuite par Skype. Cela m’a permis d’améliorer ma connaissance de la langue russe et d’arriver à la parler et à la lire couramment.
La première anecdote que Sacha m’a raconté en 1980 m’a profondément choqué.
Il avait été approché par un journaliste occidental qui cherchait à faire un reportage sur un sujet local différent du sport. Sacha lui a proposé de le guider dans des organisations de jeunesse du genre scoutisme (komsomol), quelque chose qui marchait relativement bien en Union soviétique.
Le journaliste occidental a décliner l’idée en disant que ce genre de reportage n’intéresserait pas le lecteur occidental et il a demandé s’il n’avait pas une idée de reportage plus « sexy ».
La politique et la propagande (dans les deux sens) ont alimenté nos échanges pendant presque 40 ans ce qui fait que j’ai une bonne connaissance de l’histoire de la fin du communisme et de la renaissance de la Russie moderne.
J’ai aussi gardé le contact avec des amis d’Ukraine qui étaient plus âgés que moi et là aussi, beaucoup ont disparu.
Je pourrais vous faire une liste longue comme le bras de tout ce qui ne va pas en Russie mais est-ce nécessaire ? Les médias traditionnels s’en chargent très bien avec beaucoup d’exagération.
Ce que je veux mettre en avant, c’est l’évolution positive dans le pays.
La corruption existe mais diminue. La pauvreté existe mais pas la misère. La sécurité est redevenue comme à l’époque soviétique. Moscou est devenue avec Londres la ville la ville la plus moderne d’Europe.
Il y a des milliardaires en Russie comme il y en a dans le reste du monde. Les Russes n’ont pas défendu le communisme dans les années 1990, il ne doivent pas se plaindre maintenant de ne pas avoir une société égalitaire. Ils doivent assumer.
Je n’ai pas se sympathie pour les politiciens russes en général. Je connais leurs travers mieux que quiconque.
J’ai une admiration pour ce que Poutine, Lavrov, Shoïgu et quelques autres ont fait pour redresser la Russie.
Souvenez-vous de l’armée russe dans les années 1990 qui se faisait tailler en pièce par des bandes d’islamistes en Tchétchénie et voyez ce qu’elle est devenue maintenant.
On croyait que la Russie allait se disloquer en plusieurs entités en 2000 et 20 ans plus tard, la Russie est redevenue un pays (multiethnique et multireligieux) uni.
La Russie est redevenue une puissance industrielle grâce à des initiatives politiques prises il y a plus de 10 ans. Savez-vous par exemple que la Russie est devenue le deuxième constructeur de bateaux du monde en tonnage ? 
Elle doit tout cela à une seule personne, c’est Vladimir Poutine. Il y a bien eu parfois quelques entorses au droit ou à la séparation des pouvoirs mais le fait est là, la Russie s’est redressée et elle compte à nouveau dans le concert des nations.
Pourquoi dis-je cela ? Simplement pour mettre en garde. Si la Russie construit maintenant une industrie performante, dès que le marché national sera couvert, elle va s’emparer ensuite de parts de marché dans le reste du monde surtout avec un rouble qui est sous-évalué. Au détriment de qui d’après vous ? De l’Europe qui à part l’Allemagne se désindustrialise.
La France n’a pas besoin d’un Poutine. Elle n’a pas besoin de se reconstruire. Elle a besoin de d’abord se stabiliser et ensuite de ramener au bercail toute ses usines qui sont maintenant éparpillées dans le monde mais je ne vois pas à l’horizon quelqu’un de la trempe de Poutine capable de réussir cet défi et cela me désole. 
Quand à la transition énergétique, cela va-t-être tellement douloureux pour les citoyens européens que je n’y crois pas.


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