Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 7 août 18:43

@Et hop !
Il va falloir que je me souvienne de l’endroit d’où je tenais cette information ; il est tout à fait possible qu’il s’agisse d’un bourgeois métayer, c’est même assez probable. Je n’entendais pas le « premier paysan venu ». Cela dit, au moins dans cette région, les paysans, les métayers et les seigneuries locales étaient très proches socialement et s’entendaient à merveille. Les nobles participaient à la vie des villages, aidant où ils le pouvaient, et ne craignaient pas de déroger parfois pour quelques travaux physiques. Jusqu’au milieu du XXe siècle par exemple, le maire de mon village de Vendée était le hobereau local, dont la famille était d’une très ancienne noblesse, et qui vivait dans un petit château mal chauffé au fond d’un bois, entouré de deux métairies. Il avait offert pour enjeu la seule voiture du village (la sienne) à la loterie. Sa femme à qui nous donnions du « Mme la Comtesse » tenait la bibliothèque municipale. Il y avait une châtellenie similaire tous les cinq-dix kilomètres. Cette relation privilégiée entre les habitants du bocage et la noblesse locale remonte à des générations, et la présence de nombreux nobles dans l’encadrement de la « grande armée catholique et royale » n’était pas qu’une affaire d’intérêt.

Je suis cependant d’accord avec vous qu’on ne peut pas compter pour significative la proportion de « prolétaires » en franc-maçonnerie, mais les corporations étaient déjà des réseaux d’influence, à leur échelle. Quand il s’agissait de « placer » un compagnon, de faire obtenir un chantier, une commande, tout cela était contrôlé informellement par les corporations qu’une législation nouvelle au milieu du XVIIIe siècle peinait à réguler. Je dirais que chaque classe sociale avait son réseau. La franc-maçonnerie n’était que l’un d’entre eux ; si telle ou telle autre guilde s’était entichée de révolutionner la société selon les préceptes à la mode, il est possible qu’elle eût pu elle aussi y avoir quelque succès. Celui du Grand-Orient a surtout été celui de l’orgueil, de l’ignorance et de la naïveté, et a été garanti par le simple fait que le sommet de l’Etat même était, sinon membre, du moins déjà acquis aux idées libérales. Le colbertisme avait fait son temps...

Merci en tout cas pour cette discussion, vous avez l’air d’en savoir long sur la vie quotidienne sous l’Ancien Régime, visiblement plus que moi.


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