velosolex velosolex 13 août 01:56

           De Guernica à Boutcha

Tu as pris la route du Nord sans même te retourner

Avec ta pauvre valise entourée d’une ficelle

Tu ressembles maintenant à ces grands blessés

A qui, dans un bon jour, sur la Puerta del sol

Tu donnais hier une pièce jaune ou deux

Pour te faire bien voir des dieux


Sur la margelle du vieux puits

En trois coups de manivelle

Tu as remonté le seau de fer rouillé

Arrosé les plantes apeurées dans leur pot

Et donné à manger une dernière fois au chat !


Tu trouves ton chemin entre ces villages déserts

Où les nuages perdus se sauvent à toute allure

Ou le chant des oiseaux moqueurs a disparu

Et vivre jusqu’au soir est devenu la grande affaire !


Les panneaux de direction

Ne sont plus que des menaces sourdes

De Seville à Burgos l’horizon flamboie

Comme un soufflet de forge, rudoyant les hommes

Et la rose des vents se teinte de pourpre et de sanguine


Dans la Mancha, ils ont cloué Don Quichotte

Aux ailes décharnées d’un moulin à vent

La lumière du jour est devenue une injure

Et dans les fossés bordés de coquelicots

Les cadavres éclatent d ‘un soleil trop mûr

Passant du vermillon à la terre brûlée

Comme dans une peinture de Goya travaillé au couteau


Parfois le rire de l’idiot te prend comme un frisson

Tu ne diras pas ton nom

Tu n’avoueras pas que tu es un homme

Que tu détiens encore des secrets, des morceaux d’histoire

Il te faudra cacher ta colère, retenir ton crachat

Ne pas leur demander ce qu’ils ont fait du paradis

Où tu ignorais jouer un rôle, chaque matin

En embrassant ta femme

En te rendant à ton travail !


Tu n’en reviens pas de ce bonheur perdu et ignoré

Sur un fil, du linge qui sèche et se déchire au vent

Depuis des jours et des jours t’arrache une larme

Cela évoque tant ces choses tendres et fragiles

Et pendant deux secondes

Le parfum d’un bouquet de lavande

Surmonte celui de la charogne


Les pierres ont eu raison de tes chaussures

Tu n’as plus de lacet pour retenir ta misère

La corne épaisse t’as poussé aux pieds

Te voilà libre au vent mauvais

Prêt demain à passer la frontière

Avide d’un nouveau destin

Bien loin des promesses de l’ange musicien

Dont la partition et les rimes

Dans une autre vie

T’avaient tant fait rêvé      


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