Henri Masson 20 novembre 2007 10:37

Et alors ? Qu’est-ce que ça démontre ?

Que l’on oblige, en cachant une alternative possible, une grande partie de la population mondiale à apprendre une langue durant des années pour ne pouvoir exprimer des choses pour lesquelles l’espéranto exige jusqu’à dix fois moins de temps et d’efforts (« se débrouiller »).

Que Asp Explorer soit un individu bouché à l’émeri et borné devient une évidence.

J’ai déjà cité le cas du professeur Robert Molimard, l’auteur de « La fume - Smoking », qui a lui-même déjà réagi, il n’y a pas si longtemps, à des propos stupides publiés par un admirateur d’Asp Explorer. Apprendre une langue à 77 ans, faire un exposé sans rien concéder à la précision à l’âge de 80 ans et publier la traduction de son ouvrage trois ans seulement après avoir commencé l’apprentissage de la langue, est-ce que ce n’est pas la démonstration qu’une telle langue convient mieux qu’une langue plus répandue mais qui accapare plus de temps (« Time is money ») qu’il ne convient, même pour pouvoir seulement « se débrouiller ».

A Toronto, j’ai connu un ingénieur canadien d’aéronautique qui l’avait appris à 80 ans et qui se débrouillait déjà bien peu de temps après. Le cas du professeur de latin John E.B. Mayor, de l’Université de Cambridge, est connu dans l’histoire de l’espéranto : à 80 ans, il avait appris la langue durant la semaine du congrès universel et avait prononcé un discours remarquable lors de la clôture.

Avec des gens comme Asp Explorer, on ne serait pas encore passé à l’informatique sous prétexte que l’écrasante majorité des gens utilisaient un crayon à bille, que le passage à l’informatique coûterait énormément, etc..

Voici onc ce qu’avait écrit le professeur Mollimard :

« Je suis un peu effaré par le mépris ( »espéranteux" !) manifesté par l’auteur à l’égard d’une des plus belles tentatives humaines, totalement désintéressée, que représente l’esperanto. A mon sens cela ne peut traduire qu’une réelle ignorance, qui se manifeste déjà dès le début de l’article : Zamenhof n’était pas dentiste, mais médecin ophtalmologiste. L’anglais est une très belle langue, sa littérature est très riche. Mais pour la communication, c’est la pire des langues. La raison majeure est l’absence de relation fiable entre l’oral et l’écrit, et l’évolution permanente d’une langue d’usage trop courant. J’ai beaucoup travaillé l’anglais, j’ai assisté et suis intervenu dans beaucoup de congrès scientifiques. Je suis persuadé que la grande majorité de ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle n’ont un peu compris un exposé que grâce aux diapositives, mais sont totalement largués quand la discussion s’engage entre vrais anglophones.

Au bout de 6 ans de latin au lycée, il me fallait un temps fou pour un thème de quelques lignes, plein de barbarismes. Après 6 ans d’allemand, de nombreuses lectures, Kafka, Gunther Grass, et des heures de travail, j’ai par deux fois fait péniblement des exposés de pharmacologie en Allemagne. J’ai beaucoup par plaisir travaillé le russe, et j’ai lu dans le texte Tolstoï, dont l’énorme Guerre et Paix, Dostoievski, Tchekhov, Boulgakov, Bounine.... J’ai pu faire un exposé à Moscou après 50 heures de travail avec mon professeur de russe. A 77 ans, pour ne pas mourir idiot, j’ai voulu savoir ce qu’était l’esperanto. Seul, avec la méthode Assimil (Je sais maintenant qu’il y a des cours interactifs sur internet). Six mois plus tard, j’avais traduit, ou plutôt réécrit en esperanto mon ouvrage « La Fume », 250 pages, avec un immense bonheur à manipuler cette merveille de logique, ce jeu de lego linguistique. Après ce temps et des années de pratique de l’anglais, je n’en serais pas à la moitié du travail. En allemand ou en russe, j’en serais à peine à dix pages, bourrées de fautes. J’ai pu présenter cet ouvrage oralement dans un congrès, avec discussion en esperanto, et le bonheur de comprendre et d’être compris. Dans une Europe avec autant de langues, la rigueur de l’esperanto et sa facilité d’apprentissage en feraient la langue pivot qui devient incontournable. Une langue précise et neutre. Je rêve de l’esperanto à l’école primaire, un outil d’analyse grammaticale bien supérieur au latin, qui remettrait de l’ordre dans la tête des enfants.”

Quand une telle chose est possible à un tel âge, il est est facile d’imaginer le bond en avant que permettrait l’espéranto enseigné comme première langue dans l’enseignement dans tous les pays (c’est le gouvernement français qui, à la SDN, avait fait barrage à cette possibilité en 1921). D’autant plus qu’il constitue un tremplin reconnu pour l’apprentissage des autres langues, y compris de l’anglais : http://www.springboard2languages.org/home.htm


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