claude claude 16 septembre 2009 11:38

dernier emprunt à une personne qui énonce les choses clairement :

La mayonnaise de la conspiration

" Suite à la lecture du livre d’Henri Broch "Comment déjouer les pièges de l’information" j’ai été frappé par le parallèle que l’on pouvait établir avec la rhétorique conspirationniste.


Henri Broch, grand maître de la zététique en France, propose dans son ouvrage quelques Règles d’or destinées à ne pas tomber dans les pièges tendus par les tenants de croyances absurdes et infondées, notamment celles liées aux charlatanismes de tout poil : parapsychologie, astrologie, pseudo-sciences ou pseudo-médecines, ovnis...


Ces pièges sont repérables par leurs effets Comme nous allons le voir, TOUS, sans aucune exception, sont utilisés dans le discours conspirationniste. Je me suis amusé à les retranscrire ici tout en donnant des exemples concrets de l’usage qui en est fait par les partisans de la théorie du complot… Edifiant.

 
Effet bof ? : Egaliser sans raison suffisante
Cela consiste à donner à deux suppositions des probabilités égales de se produire sans raison scientifique, souvent en s’affranchissant du principe du rasoir d’Occam.


Un exemple concret : les conspirationnistes mettent à un même niveau de probabilité la chute des tours du seul fait du détournement des avions, des crashs et des incendies, et le fait qu’on ait pu mettre en place une logistique démentielle avec des produits d’une technicité incroyable voire totalement imaginaire pour saboter les tours, détourner des avions sans pirate (comment ?), faire disparaître un avion et ses passagers (Pentagone), museler des fonctionnaires, journalistes et scientifiques du monde entier, monter des témoignages de toute pièce (Pentagone), falsifier des communications téléphoniques des passagers à leur famille, des test ADN, etc... (je pourrais écrire encore 3 pages comme ça !) le tout sans fuites et pour le plus grand complot de l’Histoire ! Bof...


 Effet boule de neige : Accumuler des détails dans un récit de n-ième main
C’est le cas classique de l’homme qui a vu l’homme, qui a vu l’homme... qui a vu l’ours. L’histoire s’enrichissant à chaque étape...


On trouve cela à la fois pour dans le discours qui accrédite la thèse conspirationniste comme dans celui de ceux qui veulent discréditer la version scientifique.
Pour défendre la thèse du complot interne, on rapporte au final des piscines d’acier fondu ou des explosions en séries dans les tours, le tout sans avoir bien sûr aucune preuve matérielle… Juste des témoignages.
Autre exemple, lorsque Charles Balloche a expliqué, sur France 24, que l’incendie aurait pu (le mode conditionnel, est un mode inconnu du conspirationniste je le constate chaque jour) se propager par les sous-sols jusqu’au bâtiment 7, c’est devenu au final une affirmation comme quoi le kérosène était descendu depuis l’impact, avait rampé dans les sous-sols pour finalement remonter comme un grand dans le bâtiment 7 (lu sur le forum Hardware).

 Effet escalade : Adhérence aux comportements et non à la raison
Autrement dit : errare humanum est, sed persevare diabolicum.

Lors de la sortie de l’article de Szamboti, j’ai expliqué combien était inappropriée sa première méthode, puis montré par a+b que ses données venaient infirmer totalement la conclusion finale de l’article… Certains pensent encore qu’il a raison !… (voir forum Reopen)


Effet bi-standard : Modifier les règles du jeu
Exemple : si on vous dit que telle médecine douce est efficace le croiriez-vous ? oui ! Si on vous prouve qu’elle n’a aucun effet, arrêteriez-vous de l’utiliser  ? Non !

Il en est de même avec les truthers : si vous leur dites que les tours ne pouvaient pas s’effondrer vont-ils vous croire  ? Oui bien sûr ! Pas besoin d’ailleurs de beaucoup argumenter.
Si par contre vous leur montrez qu’il était impossible qu’elles résistent vont-ils abandonner leur théorie  ? Oh que non !!!

Cette analyse à géométrie variable est caractéristique et récurrente...

 

Effet petit ruisseau : Permettre par de petits oublis de grandes théories
Dire que le dalaï-lama est le chef spirituel des bouddhistes ou que le dalaï-lama est le chef spirituel des bouddhistes tibétains... n’est bien sûr pas du tout la même chose.

 Des incendies dans des IGH de structure totalement différente ont été utilisés pour ‘démontrer’ que les tours n’auraient pas dû s’effondrer…
Bien sûr, on oublie de dire à chaque fois que des structures en béton armé résistent bien mieux en cas d’incendie que des structures en acier.

 

 Effet bipède : Prendre l’effet pour justifier la cause

Ce n’est pas parce qu’un phénomène est inexpliqué qu’il faut chercher tout et n’importe quoi comme en étant la cause : ce n’est pas parce qu’un enfant ignore la provenance des jouets au pied du sapin que c’est un argument en faveur de l’existence du Père Noël.

 La portion de chute libre qu’a connue la tour 7 a été quelque chose qui a beaucoup fait fantasmer les conspirationnistes. Cela ne pouvait être dû qu’à une démolition contrôlée. En fait, après analyse du Nist, il a été montré qu’un effondrement interne préalable était tout a fait consistant avec la chute libre observée sur la façade. De toute façon et jusqu’à preuve du contraire, il n’a jamais été observé de chute libre lors de la démolition contrôlée d’un IGH.

 

Effet cerceau  : Admettre au départ ce que l’on veut ensuite prouver

Cela peut consister, par exemple, à prendre des hypothèses fausses dès le départ pour arriver immanquablement aux conclusions recherchées.

 Exemple : le métal fondu s’écoulant d’une façade n’a pas la couleur supposée de l’aluminium fondu, c’est donc de l’acier.
L’acier ne pouvant pas fondre dans un simple incendie de bureau c’est donc de la thermite qui l’a fondu. CQFD…

 

Effet puits : Faire un discours profond (creux) est efficace
Il a été montré que des thèmes astrologiques peuvent être échangés sans problème et que les individus s’y reconnaissent, c’est bien que l’enrobage compte plus que le fond

 C’est ce qui est utilisé ad nauseum par les conspirationnistes dans leurs vidéos, avec des raccourcis stupides, des analogies foireuses. Le film Zéro est un cas d’école… Il n’y a aucune démonstration, Dario Fo fait de grands gestes devant son paper-board, mais il n’y a aucun fondement scientifique… et pourtant, cela marchera chez les personnes n’ayant pas un esprit critique suffisamment aiguisé.

 

Effet impact : Utiliser le poids des mots, la connotation
Par exemple, lors de tel accident, dire que la moto a été accrochée ou percutée n’aura pas le même sens.

Les conspirationnistes utilisent souvent la signature de 600 architectes et ingénieurs pour la pétition de Gage. Architectes, ingénieurs, cela fait sérieux ! On oublie juste de dire qu’un architecte ne fait jamais le calcul d’une structure complexe, il laisse cela à des bureaux d’étude. Quant aux ingénieurs signataires, 99 % n’ont aucune idée du calcul de structures : ingénieurs en chimie, informatique, électricité, il est assez divertissant de lire cette liste… à savoir aussi, civil engineering aux Etats-Unis ne signifie pas génie civil : cela regroupe tout un tas d’autres domaines.
Autre exemple, dans le film Zéro, Dario Fo est présenté comme un prix Nobel… Cela frappe les consciences : un prix Nobel !!! On oublie juste de dire que c’est de littérature : effet petit ruisseau combiné !…

 

Effet cigogne : Confondre corrélation et causalité
Ce n’est pas parce que les accidents de la route sont plus fréquents à proximité de son domicile qu’il est plus dangereux de circuler près de chez soi.

 Exemple d’erreur commise avec la taille des particules de poussière. La poussière a été analysée souvent à plusieurs centaines de mètres des effondrements. Il est normal qu’on ait retrouvé à ces endroits les particules les plus volatiles donc les plus fines. Il est par contre totalement erroné de conclure que tout le béton a été pulvérisé à cette taille de particule et de prendre ces analyses comme référence, d’autant plus que les ces poussières ne sont pas que du béton.

 

Effet paillasson : Faire un choix trompeur des mots utilisés
« Essuyez-vous les pieds SVP » est marqué parfois sur les paillassons, enlevez-vous alors vos chaussures pour essuyer vos pieds ? Et pourtant...

 Le terme « pyroclastique » a été utilisé pour caractériser le nuage de poussière généré dans l’effondrement. Il est bien sûr totalement inadapté dans la mesure où les caractéristiques du nuage ne sont pas du tout les mêmes. Malgré tout, il reste très utilisé et par sa racine étymologique (pyros – feu) peut tromper les gens en leur suggérant une analogie avec les explosifs…"


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