Brath-z Brath-z 23 février 2010 18:27

@ le naif (qui porte bien son nom) :

«  »Les USA n’ont PAS LES MOYENS d’engager un nouveau front."

Je suis entièrement d’accord avec vous sur ce point, mais il s’agit d’une pensée rationnelle, hors « la croisade » entamée par l’équipe Bush et non infléchie par Obama, (bien au contraire) n’a rien de rationnelle. De plus, vue l’ampleur de la crise économique et de écroulement imminent de l’économie américaine et occidentale en général, la tentation de la fuite en avant n’est pas à exclure, hélas business as usual...« 

Vous ne trouverez pas une seule guerre dans toute l’histoire qui ne soit à 100% due à un conflit d’intérêt. Or l’intérêt des États Unis d’Amérique, c’est :
- soit d’assurer leur hégémonie, de continuer sur le vieux rêve du monde unipolaire façon néoconservateurs première mouture, dans lequel une puissance incontestable assure le rôle, accepté par tous, de »gendarme du monde" tout en imposant ses canons en matière de politique intérieure à ses féaux
- soit de ne pas perdre ses positions privilégiées vis-à-vis des pays exportateurs de matières premières et de ne pas rencontrer d’opposition sur la scène internationale quant à ses choix stratégiques

La première orientation a eu des résultats pour le moins désastreux, comme en juge l’enlisement et la très probable défaite prochaine en Afghanistan, la montée en puissance irrésistible de la Chine et de la Russie et l’affaiblissement militaire des pays de l’OTAN, sans parler des ébauches de remise en question de l’hégémonie amérique-unienne au sein de l’organisation atlantique. C’était celle suivie par George W. Bush.
Si une guerre est un bon signe pour la relance de l’économie par le biais du secteur de l’industrie de l’armement, à la longue, ça use le corps social (d’où déstabilisation intérieure), induit une économie dite « de cavalerie » faite sur la fuite en avant (d’où déstabilisation économique, financière et même monétaire) et ruine l’influence et le rayonnement international. Sur le long terme, et même sur un moyen terme d’une dizaine d’années (ce qui est l’un des deux choix possible pour une guerre contre l’Iran : ou bien un enlisement dans un conflit planétaire, puisqu’il est probable que la Russie et la Chine respecteront leurs engagements de 2006 de riposter à l’agresseur éventuel de l’Iran, ou bien une défaite rapide de l’un des deux camps, voire des deux, et vu le peu de potentiel militaire disponible immédiatement, il est probable que, si gagnant il y a, ce ne sera pas l’OTAN) le conflit ne sert pas les intérêts des États Unis. Ce ne sera donc pas la stratégie suivie par Barrack Obama, à moins d’un brutal bouleversement des alliances à l’échelle mondiale qui paraît peu probable.

Le rêve étant désormais exclu, il reste le moindre mal : la seconde orientation. C’est, au passage, l’une des stratégies « traditionnelles » des États Unis d’Amérique : la recherche de l’équilibre des forces (l’autre étant la non-intervention). Dans cette perspective très probable, la stratégie à adopter (et effectivement adoptée : comme tous les états du monde, les États Unis d’Amérique jouent sur plusieurs tableaux en même temps pour ne pas se retrouver complètement pris au dépourvu) est de reconfigurer le monde sous une forme d’un aréopage de blocs dits « régionaux » tous à la fois concurrents et partenaires (avec, éventuellement, un bloc africain dans le rôle du souffre-douleur de service) et suivant les mêmes principes et des orientations parallèles. Dans un tel monde, l’intérêt des États Unis d’Amérique ne serait pas contredit à l’international parce qu’il coïncidera avec l’intérêt du monde dans son ensemble.

Mais même s’il s’agit là d’un « moindre mal » définit en creux (NE pas perdre ses positions et NE pas être contredit à l’international), il s’agit toujours d’un rêve, ou du moins d’une vision intellectuelle. Or la réalité impose une politique moins ambitieuse encore.
S’il advient effectivement, comme cela est envisagé de plus en plus sérieusement, que les forces d’intervention en Afghanistan perdent la guerre contre les Taliban, alors la position de tout le « monde occidental » et des États Unis d’Amérique en particulier sera pour le moins affaiblie et alors nos chers partenaires qui limitent leurs ambitions pour le moment (la Chine et la Russie, notamment, mais aussi l’Inde, le Brésil, etc. qui, tous, ont renoncé temporairement à leur politique étrangère « traditionnelle » par respect d’un consensus international imposé par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale puis par ceux de la Guerre Froide) ne se priveraient pas pour y aller franco et flouser aux États Unis d’Amérique et à leurs alliés leurs positions, qu’elles soient militaires, économiques, énergétiques, diplomatiques, etc. Et dans ce cas-là, disposer d’alliés ou au moins de pays relativement amicaux qui, eux, ne font pas partie de l’ « occident », n’ont aucune visée sur nos positions et sont des puissances régionales de tout premier plan, c’est une nécessité. Or c’est là la position exacte de l’Iran actuellement. Et pour qu’il la conserve, il lui faut la stabilité intérieure (et l’échec de la « révolution verte » à la réalité essentiellement médiatique a prouvé la solidité du régime) et extérieure (et cette solidité, Ahmadinedjad la renforce encore par l’épreuve de force, qui prouve que l’Iran peut parfaitement dialoguer au même niveau qu’eux avec les États Unis d’Amérique).


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