Senatus populusque (Courouve) Courouve 24 mars 2006 20:33

« Désolé, contrairement à l’agnosticisme, l’athéisme a une doctrine et un contenu. Il postule l’inexistence de quelque déité que ce soit, ce qui est indémontrable. »

Cette position athée, postulat si l’on veut, n’est pas une doctrine au sens où il existe une doctrine marxiste exposée dans de nombreux ouvrages et une doctrine nazie, plus squelettique, mais quand-même élaborée. C’est si peu une doctrine, que rien de tel n’apparaît dans le Traité d’athéologie de Michel Onfray, où il est beaucoup plus question de religions que d’athéisme.

De même, l’agnosticisme n’est ni une doctrine, ni une idéologie ; c’est une simple profession d’incapacité à régler la question.

D’une façon analogue aux doctrines religieuses, mais en réduction, le mythe du père Noël donne lieu à une élaboration littéraire ; mais l’incroyance au père Noël n’est associée à aucune production. L’inexistence d’un ou plusieurs dieux est aussi indémontrable que celle du père Noël, ou celle des fantômes ; cette question de l’indémontrabilité est réglée depuis longtemps en philosophie.

Henri Oldenburg (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite de rester dans les annales de l’athéologie : « Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661). En fait, d’une simple conception, on ne peut inférer ni l’existence dans la réalité, ni la non existence. Mais on peut, comme l’ont fait Feuerbach et Nietzche, expliquer par les conditions et les ignorances de l’époque, l’apparition des croyances religieuses, comme celle des croyances animistes.

L’athéisme ne s’identifie pas nécessairement au rationalisme ; il existe des athées qui croient à l’astrologie ... On sait depuis longtemps que passion et raison mènent ensemble le monde, plus ou moins bien. La réduction du réel au seul rationnel relève du rationalisme absolu, dont une illustration, assez ridicule aujourd’hui, est Descartes. Après l’échec de Descartes dans sa prétendue preuve de l’existence d’un dieu, la philosophie a depuis suivie plusieurs voies, dont celle du rationalisme critique (non absolu) de Hume, Kant, Schopenhauer et Nietzsche.

Il est exact que le marxisme apparaît soit comme un rationalisme absolu (réduisant l’art à un reflet des luttes de classes ...), soit comme un scientisme.

Le matérialisme est la doctrine philosophique selon laquelle il n’existe dans l’Univers que de la matière en mouvement. Cette théorie est fausse, puisque même en laissant de côté l’existence problématique des « âmes », l’Univers contient au moins quatre éléments ; non pas l’air, l’eau, la terre et le feu, comme le pensait les Anciens, mais la matière, l’énergie, l’espace et le temps. C’est donc une autre faiblesse d’Onfray que de s’en revendiquer aujourd’hui.


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe