jeudi 26 décembre 2019 - par Carlo Gallo

A Blois, un Ehpad public va être privatisé et transformé en hôtel de luxe

Il y a à peine un mois, je faisais état de la privatisation d’un hôpital public. Pour rappel, il s’agit d’un centre hospitalier qui pourrait être repris par un groupe privé à l’issue d’un appel à repreneur lancé par le conseil départemental du Maine-et-Loire et l’Agence régionale de santé. Le feu vert de la ministre de la Santé est toujours attendu pour finaliser cette opération sans précédent. Il s’agit du centre hospitalier de Longué-Jumelles (Maine-et-Loire) qui pourrait devenir le premier hôpital public privatisé.

Comme je le disais également, les privatisations ne s’arrêtent pas là !

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Cette fois, c’est un Ehpad en bord de Loire qui va être vendu et remplacé par un hôtel cinq étoiles. Une fermeture de 77 lits, qui irrite une partie du personnel soignant, en grève depuis l’été.

Selon le quotidien Le Monde, il s’agit d’un bâtiment offert aux Blésois par le frère du roi Louis XIII en 1657, devenu hospice au XIXe siècle puis Ehpad, avec une unité Alzheimer et un portail électrique antifugue. L’entretien de cette unité n’a pas été fait depuis les années 1970, conduisant à de sérieuses dégradations. Dans ce cas, la vente se justifie aux yeux de pontes du gouvernement ; en laissant se dégrader le bâtiment on a ouvert la voie à la privatisation(Photo : Google Maps) !

Toujours selon Le Monde, Olivier Servaire-Lorenzet, le directeur du centre hospitalier Simone-Veil de Blois, dont dépendent cinq grandes maisons de retraite y compris celle-ci, vient de signer un compromis de vente avec un promoteur désireux d’en faire un hôtel cinq étoiles, avec spa et restaurant gastronomique, et digère mal les critiques à son égard : « On me traite de directeur-vendeur mais les chambres n’ont pas de douche, certaines mesurent à peine 9 m2 et nous n’y mettions plus personne. Il aurait fallu des millions pour tout rénover et nous ne les avions pas ! »

Le Monde poursuit : « Le porteur du nouveau projet, Yvan Saumet, actuel président de la chambre de commerce et d’industrie du Loir-et-Cher et ex-dirigeant actionnaire d’une clinique privée revendue récemment, avait d’abord envisagé le rachat de l’Hôtel-Dieu, sur le quai d’en face. Mais l’Ehpad Gaston-d’Orléans, aux allures de château, au bord d’une route peu fréquentée, face à la Loire et avec vue imprenable sur le centre ancien et la cathédrale Saint-Louis, était manifestement plus séduisant. Lorsque l’acte notarié sera signé, les 62 résidents, dont trois couples, le personnel et les visiteurs bénévoles, auront quatre mois pour quitter les lieux. Ils rejoindront, pour la plupart, les structures existantes. »

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Cette vente intervient dans un contexte social difficile. Depuis juin dernier, le personnel de trois des cinq Ehpad dépendants du centre hospitalier multiplie les grèves pour dénoncer un manque d’effectifs chronique. « Actuellement, les résidents de nos Ehpad reçoivent trente minutes de soins toutes les vingt-quatre heures, déclare une infirmière. Là, ce sont 77 lits qui vont disparaître du parc public dans quelques mois, dans un département à la population vieillissante poursuit-elle. »

Le permis de construire vient d’être accordé au promoteur. Sauf retard pour cause de fouilles archéologiques (un sanctuaire gallo-romain a été découvert à proximité en 2013), les premiers clients du palace sont attendus en mars 2021. Mais, je doute fortement que la culture perturbe ces « bienfaiteurs de l’humanité » qui achètent les hôpitaux et autres centres publics dégradés par le manque d’entretien et laissés à l’abandon pour justifier ces ventes. A la limite, ils diront qu’ils sont obligés de détruire l’existant afin de créer des postes de travail ! Des bienfaiteurs, vous dis-je !

 



16 réactions


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 26 décembre 2019 11:07

    C’est scandaleux, mais normal dans notre belle Europe de la prospérité. Certains prospèrent sur l’achat de biens publics, comme en Grèce, où tout est à vendre, les îles, les entreprises publiques, les trains, les télécoms, les aéroports etc.

    .

    Les biens publics appartiennent aux citoyens, soit par des dons comme l’exemple de l’article, soit par les impôts qui ont permis leur achat, leur construction et leur entretien, comme les aéroports ou les barrages. Les laisser sans entretien permet de justifier aux yeux des citoyens qu’il urge de les brader...

    .

    Les privatisations sont considérées par Bruxelles, comme le moyen de résorber la dette. La dette a bon dos, il s’agit plutôt de vendre ce qui appartient aux citoyens sans leur demander leurs avis, aux copains et aux coquins, comme on a vendu les autoroutes.

    .

    Voici comment la Commission européenne donne le feu vert aux privatisations, qu’elle appelle « des recettes exceptionnelles »...

    .

    " En tant qu’État membre dont la monnaie est l’euro, et compte tenu des liens étroits entre les économies de l’Union économique et monétaire, la France devrait veiller à mettre en œuvre intégralement et en temps utile la recommandation concernant la zone euro, telle qu’elle ressort des recommandations figurant aux points 1) à 4) ci-dessous.

    En particulier, les mesures visant à utiliser les recettes exceptionnelles pour réduire la dette publique, à rationaliser les dépenses publiques et à axer la politique économique liée à l’investissement sur les domaines spécifiés aideront à répondre à la deuxième recommandation relative à la zone euro en ce qui concerne la reconstitution des marges budgétaires, l’amélioration des finances publiques et le soutien à l’investissement...etc


    • oncle archibald 30 décembre 2019 14:19

      @Fifi Brind_acier :

      Bougre d’âne avec le prix de la vente de certains biens immobiliers « de caractère » vétustes mais très bien situés dans une commune ou l’immobilier vaut des fortunes comme c’est le cas de cette Ehpad ou du centre pénitentiaire de Saint Martin de Ré construit par Vauban par exemple, on peut reconstruire plusieurs Ehpad et plusieurs prisons flambant neuves et aux normes du jour.

      Vous prenez vos lecteurs pour des cons ! Évidemment qu’il vaut mieux vendre un bâtiment qui n’est plus du tout adapté à l’activité qui s’y déroule si on en tire un bon prix et c’est le cas pour certains bâtiments très bien situés ! Ça s’appelle gérer convenablement le pognon des contribuables !

      A Saint Martin de Ré ce sera également un hôtel ou une résidence de luxe qui viendra remplacer le pénitencier. Les gogos vont frisonner en pensant dormir à la place des bagnards sans se rendre compte que les résidents ou les détenus eux rêvaient tout simplement d’un bâtiment neuf et fonctionnel !


  • MagicBuster 26 décembre 2019 11:41

    C’est du préventif smiley

    C’est pour éviter les épidémies d’arrêts « maladie » à l’hôpital . . . 

    ( RATP

    grévistes en arrêt maladie = DOUBLE ESCROC ).


    • TSS 26 décembre 2019 13:17

      @MagicBuster
      Hors sujet et d’une idiotie crasse.. !!


    • Un des P'tite Goutte Un des P’tite Goutte 1er janvier 01:28

      @MagicBuster Il est tjrs de ce niveau le « Magic » ? Si oui

      1) Wouah ! Puissant ! Va bosser quelques années comme infirmière dans un service « hard » (ils le sont quasiment tous maintenant).

      2) Va comprendre (Magiquement ?) qu’une IDE va bosser avec écrit « infirmière en grève » parce que réquisitionnée d’office.

      3) Que les quelques milliers de conducteurs de trains, même si leurs avantages foireux te choquent, font partie des rares qui, encore, peuvent stratégiquement, faire d’une grève...une grève.

      4) Je n’avais pas trop fait gaffe avant, mais si ce que je viens de lire, y s’y croit, si C pas de la vanne caniveau pour la vanne, ben le « Magic » C grillé.


    • Cyrus Q 1er janvier 01:34

      @Un des P’tite Goutte
      tout le monde n’est pas majick johnson , lui c’ etait le dunk
      magic buster c’ est le drunk :)

      16 dents déjà ariverat’ on a 42 ? 


  • ETTORE ETTORE 26 décembre 2019 12:06

    On reconnait les bailleurs de fond....à leur gueule, grande ouverte.

    Encore un banc de piranhas échappé de la Loire !


  • Fergus Fergus 27 décembre 2019 11:34

    Bonjour, Carlo

    Cette nouvelle est évidemment préoccupante, et malheureusement emblématique de la politique sociale du gouvernement, plus axée sur une gestion comptable que sur l’intérêt de la population vieillissante.

    Pour autant, vous ne parlez pas de l’avenir des résidents actuels. Or, une recherche rapide sur La Nouvelle République fait état d’un projet qui sera conditionné par le « transfert » de ces personnes, ce qui signifierait qu’il n’y aurait pas de perte de lits.

    Qu’en est-il ? 


    • Fergus Fergus 27 décembre 2019 13:25

      Bonjour, exol

      Tout d’abord, merci d’avoir, en bon troll, moinssé mon commentaire. smiley

      Macron et la politique qu’il mène sont des repoussoirs pour moi, et vous le savez pertinemment.
      Mais puisque vous prenez votre pied en racontant des bobards, ne vous gênez pas, continuez si cela peut soulager votre aigreur pathologique !  smiley

      La gestion des hôpitaux et des Ehpad est une catastrophe, qui peut nier cela ? Certainement pas moi. Et c’est pourquoi je trouve cet article utile et éclairant.

      Il n’y manque pas moins l’information que l’on aurait aimé y trouver : quid des résidents actuels  ?

      J’ajoute à cela que, même si La Nouvelle république a raison en évoquant un « transfert » de ces personnes, le maintien du nombre de lits n’est pas satisfaisant : c’est d’une augmentation significative du nombre des Ehpad et de leurs résidents dont le pays a besoin, même si des solutions de maintien à domicile ou de familles d’accueil se multiplient ici et là.


    • Fergus Fergus 27 décembre 2019 21:09

      @ exol

      Si j’y « prêtais cas », je n’aurais pas mis de smiley.


    • oncle archibald 30 décembre 2019 14:25

      @Fergus : « La gestion des hôpitaux et des Ehpad est une catastrophe, qui peut nier cela ? »

      Depuis quand ? Depuis Macron ? C’était mieux « aaaaavant » comme dit la chanson ?


  • zygzornifle zygzornifle 27 décembre 2019 12:51
    un Ehpad public va être privatisé et transformé en hôtel de luxe

    Comme le sénat ?


  • Loatse Loatse 27 décembre 2019 13:23

    Double vitrages, ascenceurs, isolation, frais de chauffage, ca doit représenter un gouffre financier de mettre un bâtiment ancien aux nouvelles normes...et je ne parle même pas de l’entretien et réparations courantes (toiture, facades, chaudière, espace arboré....)

    La privatisation de ce bâtiment permettra de garder notre patrimoine en bon état, d’offrir également des emplois...(locaux) personnel hotelier, restauration, loisirs. Bref ca me semble à première vue, un plus pour la région.

    Quand aux personnes (très agées), celles ci ont tout à gagner de vivre dans un établissement neuf, bien isolé, adapté à leur age et handicaps...

     j’imagine bien qu’on ne va pas les laisser dans la nature....


    • Fergus Fergus 27 décembre 2019 13:31

      Bonjour, Loatse

      « ca doit représenter un gouffre financier de mettre un bâtiment ancien aux nouvelles normes »

      Vous avez parfaitement raison. Il est même possible que, grâce au produit de la vente de ce lieu  même en état dégradé  à un investisseur privé, l’état et les collectivités locales aient les moyens de financer, totalement ou en grande partie, la construction d’un nouvel Ehpad parfaitement opérationnel. 

      Sur ce point là aussi, l’article est muet. Dommage que l’auteur n’ait pas questionné les gestionnaires.


    • Carlo Gallo 27 décembre 2019 17:54

      @Fergus
      Il est légitime de se poser la question du sort des résidents...

      Cependant, le sujet de l’article est la privatisation d’un service public avec le patrimoine qui va avec.

      Les résidents ne seront pas dans la nature mais c’est une politique de privatisations qui avance de manière sournoise ; c’est cela qui m’intéresse ici (sans évidemment négliger l’aspect humain).

      L’hôpital, l’université, les Ehpad...suivent les exemples de l’EDF, de la Poste, de Renault, de la Française des jeux et j’en passe et des meilleurs. Toujours au nom de l’emploi, du progrès et de l’efficacité. Mais, si on laisse les universités et les hôpitaux se surendetter, c’est pour mieux justifier les privatisations.

      Naguère les autoroutes ont été privatisées au profit (juteux) de quelques milliardaires amis de... On va vers la privatisation d’Aéroports de Paris avec l’argument (oh combien pertinent !!!) que l’Etat n’a pas vocation à gérer des boutiques hors taxes ! 

      Je vous laisse y réfléchir...

      Et si je parle des privatisations de morceaux entiers du service public en les critiquant, c’est justement pour que le service public continue à vivre et que tout n’aille pas entre les mains d’un petit nombre de personnes qui contrôlent tout.

      Quant à l’argument de la création d’emplois mis en avant par un autre commentaire, c’est vraiment très léger. On a donné des milliards au patronat pour maintenir de l’emploi et on a vu le résultat avec les délocalisations et les fermetures d’unités de production en France. Le capital n’a pas de sentiments nationaux... Il conduit à la dictature déguisée tout simplement...


    • Fergus Fergus 27 décembre 2019 21:18

      Bonsoir, Carlo Gallo

      Entendons-nous bien : je partage totalement votre vision du caractère aberrant de la politique de privatisations conduite non seulement par Macron, mais avant lui par ses prédécesseurs.

      Le problème est qu’en citant un cas particulier  fût-il exemplaire —, vous pointez le doigt dessus.
      Dès lors, il me semble légitime de ne pas s’intéresser uniquement à la fermeture envisagée, mais d’indiquer quel sort attend les résidents.
      Savoir si les sommes perçues lors de la vente seront réaffectées à la construction d’un nouvel Ehpad est également une information importante, le silence sur ce point laissant entendre que le produit de la vente pourrait  ce pourrait malheureusement être le cas — être affecté à tout autre chose qu’à la prise en charge des personnes âgées dépendantes.


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