mardi 25 septembre 2007 - par Philippe Aigrain

André Gorz et le renouveau de la politique

Les temps sont durs pour ceux qui nous ont précédé et inspiré. André Gorz et sa femme se sont suicidés, ensemble dans la mort comme dans la vie. André Gorz a posé un à un tous les jalons de la réinvention du politique : de la confiance dans l’initiative sociétale décentralisée qui motiva son engagement dans l’autogestion à la naissance de l’écologie politique et jusqu’à la reconnaissance de la révolution informationnelle.

En 2003, il publia chez Galilée un livre, L’Immatériel : connaissance, valeur et capital dont il est presque incroyable que quelqu’un qui n’avait, me dit-on, pas de pratique des techniques informationnelles ait pu l’écrire. Aidé de quelques passeurs, au premier rang desquels Yann Moulier-Boutang, il dressa un tableau lumineux de la nouvelle configuration des rapports entre information, connaissances et savoirs. Il y a dans ce livre des intuitions fulgurantes, dont l’une des premières reconnaissances qu’à l’ère de l’information, c’est, au-delà de la seule financiarisation, des pans entiers de la valeur économique qui ne reposent que sur des fictions dans le système actuel de l’appropriation. Il y décrit le champ des biens communs informationnels, les pratiques de ceux qui y contribuent, comme s’il fréquentait ces territoires quotidiennement.

Ce livre n’a pas eu le retentissement qu’il mérite, sans doute parce que la référence marxienne qu’il y développe rebutait certains. Des dizaines de milliers de lecteurs ont lu sa Lettre à D. qui résonne aujourd’hui dans l’esprit de tous à l’annonce de leur mort à tous deux. Mais n’oubliez pas L’Immatériel. Comme Yann Moulier-Boutang, il y analysait une essence du capitalisme contemporain, ce qui lui faisait parfois négliger ce que le capitalisme lui-même héberge de complexité, d’alliés possibles et de fondations d’autres devenirs.

Mais s’il annonçait la crise, ce n’était jamais pour appeler à quelque révolution destructrice, car Gorz ne croyait qu’à ce qu’on construit positivement. Je lui tire bien bas mon chapeau.



3 réactions


  • Pelletier Jean Pelletier Jean 25 septembre 2007 13:52

    @philippe,

    Merci de cet hommage à une personnalité si forte et aussi discrète, il a choisi de partir en même temps que l’être aimé, ainsi écrivait-il : « Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous ¬avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »


  • TTO TTO 25 septembre 2007 17:41

    Une vie et une mort qui inspirent le respect.


  • ZEN ZEN 25 septembre 2007 18:02

    André Gorz est le tout premier à m’avoir introduit à la réflexion citoyenne. Hommage.


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