jeudi 13 septembre - par christophecroshouplon

Annie Girardot, prix du public

Elle aussi comme Jeanne Moreau fut une sacrée surdouée très jeune, Comédie Francaise, distinguée de sa promotion, grands roles classiques sous contrat avant comme beaucoup de claquer la porte afin de gagner son indépendance et pouvoir faire librement une carrière au cinema.

Où tot repérée par des monstres sacrés elle fut la partenaire d'un Jean Gabin qui se prit aussitot d'affection pour cette jeune femme du peuple si naturelle et si généreuse de nature.

Et de rejoindre des films de ce genre que la nouvelle vague la décennie suivante qualifia avec dédain de qualité francaise, comédies, policiers, drames, un excellent second role que le public remarqua vite et à laquelle il s'attacha jusqu au bout.

Nouvelle vague qui la snoba, l'associant elle qui venait du Francais à cette mouvance populaire si decriée. On l'oublie, mais les papes de la nouvelle vague étaient tous des petits bourgeois. Annie, femme du peuple, très peu pour eux.

Visconti, lui, ne l'entendit pas de cette oreille, le maitre italien l'engagea, lui l'aristocrate, aux cotés d'Alain Delon pour ce qui reste son plus beau role, dans Rocco et ses frères. Ou il lui fait épouser la légende et la tragédie pure. Doublée dans le film, elle irradie de beauté, de gravité et de profondeur – jusqu à cette scène finale de meurtre sacrificiel où elle est telle une Falconetti sur le bucher.

Ce role mythique lui ouvrit les portes du cinéma italien, lequel prit la place de ce cinéma francais un rien snob qui l'ignorait. A compter de la décennie des années soixante dix, Girardot, o horreur, prit la vedette chez Cayate, la bête noire de la critique, et remporta quelques triomphes populaires dans des grands roles de femme ordinaire placée dans des situation extraordinaires. Mourir d'aimer ou Docteur Francoise Gailland, des triomphes ou elle obtint un amour inconditionnel du public, devenant l'actrice francaise la plus populaire dans l'hexagone, ex aequo avec Romy Schneider. Dont elle fut à la fois l'opposée et le complément.

De superbes comédies avec De Broca ou Zidi, aux cotés de De Funès ou Philippe Noiret nous rappelèrent combien Annie était douée pour tout. Parlant vite, très vite, survoltée, celle qui tourna avec Michel Audiard fut aussi géniale dans le comique que chez Visconti, et elle gagna là encore le prix du public.

Femme simple, actrice populaire, le contraire d'une intellectuelle. Annie géra mal le tournant des années 80 et par amour fit d'hasardeux investissements, se ruinant en rachetant le Casino de Paris pour y monter une comédie musicale qui y fit un four tel que sa fortune y passa avec sa réputation. Ce fut la revanche des parisiannistes, ces ennemis de toujours, qui se gaussèrent de sa chute et lui fermèrent les portes du cinéma, où elle se fit soudain rare, sauf chez Lelouch, lequel lui fut dans les pires moments toujours fidèle.

Elle ressucita en 1996 un soir de cérémonie des césars, où ses larmes bouleversèrent la France entière et touchèrent en plein coeur une profession la récupérant par un prix sur le tard. On put croire que le rejet était derrière, il n'en fut rien, rares furent les offres, elle qui était au sommet dans le coeur du public, les professionnels de la profession la blacklistaient.

L'écran la récusant, elle rentra par les planches, qu'elle brula des années durant devant un public conquis en interprêtant une institutrice, Marguerite. Luttant contre la maladie d'Alzheimer qui la gagnait, elle parvint à tenir le haut de l'affiche des années durant et cela lui permit de se confronter à cette réalité persistante en dépit des rejets des producteurs, elle demeurait au travers des décennies une des comédiennes préférées des français.

Michael Haneke l'engagea aux cotes d'Isabelle Huppert et de Benoit Magimel pour La Pianiste, où elle fut aussi exceptionnelle que ses deux partenaires. Lesquels, comme le film, furent tous deux distingués à Cannes par un prix d'interprétation. Dans une ultime mesquinerie, le président du festival lui refusa la possibilité de les accompagner à la cérémonie du palmarès, elle la passa seule et en larmes dans sa chambre d'hôtel.

A l'annonce de sa mort, le pays se figea. Elle était comme une amie pour tant d'entre nous, nous l'avions connue jeune, mature, âgée, désespérée, puis dénuée de toute mémoire, totalement perdue, ne sachant plus reconnaitre les siens. Carrière et vie tragiques pour cette admirable femme si proche de nous, que l'on n'oubliera jamais. Et dont les souffrances qui lui furent imposées demeurent un contentieux inexcusable envers cette profession confisquée par des fats sans autre talent que d'exclure et de s'autopromouvoir dans l'entre-soi sur fonds subventionnés



2 réactions


  • alinea alinea 13 septembre 13:59
    Annie Girardot eut le tort bien involontaire de ne pas passer tout son argent à ravaler sa façade ; elle fait partie de ces femmes ravagées dont le visage a tout marqué mais dont le corps reste jeune.
    je ne suis pas sûre qu’elle fût jamais bien dans sa peau, car à parler si vite elle dévoilait une maladresse due sans doute à une mauvaise aise avec ceux qui, peut-être au fond, n’ont jamais été de son monde.

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