vendredi 20 novembre 2009 - par Jean-Pierre Lovichi

Après la main de Dieu, la main d’Henry … Et après ?

« Ce que je sais de plus sûr sur la moralité et les obligations des hommes, c’est au football que je le dois » disait en substance Albert Camus, grand passionné de ce sport éminemment populaire. Le poète contemporain pourrait lui répondre « Homme aliéné, toujours tu chériras le foot, tu y contemples toutes tes bassesses » paraphrasant ainsi le poète du Spleen.

Mercredi soir, le Spleen s’est abattu sur l’Irlande, d’aucuns diront la « valeureuse équipe » d’Irlande qui jusqu’à la 103ème minute pensait avoir fait le plus difficile, revenir au score. Elle songeait sans doute à porter l’estocade à une équipe de France en déroute, privée de projet de jeu, et qui, une nouvelle fois s’en remettait à la classe de certaines de ses individualités, Anelka et Llroris, les seuls à surnager dans le désastre en cours, presque inéluctable.
 
La classe, mais aussi le vice, la roublardise, l’expérience, tout ce qui se situe aux frontières des règles du jeu et si souvent au delà…
 
Mais la seule règle qui vaille, ici comme ailleurs tient dans les quelques mots tatoués sur le bras du Légionnaire de l’Ami Gainsbourg « Pas vu, pas pris ». Ici comme ailleurs, à la bourse comme dans l’entreprise. Et encore, le football professionnel compte-t-il quatre arbitres et des centaines de caméras pour scruter le comportement de vingt deux acteurs. Voilà bien un ratio de contrôle et de surveillance à faire rougir de jalousie tous les inspecteurs que compte notre société faussement policée, qu’ils soient de police, des impôts ou du travail et j’en passe.
 
Alors cessons de pousser une nouvelle fois des cris d’orfraie comme si le sport de haut niveau, le sport de compétition devait échapper à ce qu’il symbolise, à ce qui le constitue intrinsèquement, miroir d’une société libérale où seule la victoire, seul le profit sont beaux. Peu importe la manière, peu importe les conséquences. Qui pense encore sérieusement, après la dernière crise, un rappel parmi tant d’autres, que le libre jeu de la concurrence, que la compétition élit toujours et systématiquement le meilleur, le plus honnête, le plus méritant ?
 
Une chose est sûre, Thierry Henry s’est d’une certaine façon sacrifié pour le bien de l’équipe. La petite histoire des grands évènements retiendra en effet cette main que d’aucuns qualifient déjà de « main du diable ». Un main d’ores et déjà inscrite dans sa postérité, dans sa « légende ».
 
 Ni diable, ni Dieu, tout le monde n’est pas Maradona. Juste la main de l’homme, de l’homme qui a qualifié la France et éliminé une Irlande qui n’oubliera pas.
 
En revanche, qui se souviendra de l’attitude de Thierry Henry à la fin du match ? Il fût le seul à ne pas exulter, à s’asseoir à côté des irlandais défaits et qu’il sait avoir floué d’une qualification plus que méritée à la vue de ce match. A presque s’excuser sur le terrain de ce geste qui, c’est presque sûr, l’a dépassé. Qui le saura jamais ? Peut-être pas même Henry qui tente maladroitement de se justifier…
 
Où l’on retrouve le poète : « Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ; ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes, tant vous êtes jaloux de garder vos secrets. »
 


13 réactions


  • abdelkader17 20 novembre 2009 10:49

    Analyse très juste,le football n’est que le meilleur laboratoire de la mondialisation néolibérale,une forme de mercenariat moderne ,c’est le moteur de l’idéologie néolibérale et de la logique du capital,culte de la performance, règne de l’efficience, concurrence acharnée,le pendant de la logique du travail.
    Il ne faut tout de même pas comparer la main de Maradona à celle d’Henri,Argentine- Angleterre se jouait dans un contexte particulier, celui de l’après guerre des Malouines qui vit la déroute de la junte au pouvoir en Argentine,une revanche pour le pays des gauchos.Orgueil national, chauvinisme primaire,perte d’éthique,règne du capital, le foot un concentré des dérives de notre temps.


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 20 novembre 2009 11:26

      IL me semble difficile de dire si le football professionnel constitue un laboratoire où se créent des solutions qui seront étendues à d’autres secteurs ou s’il se borne à mettre en oeuver des mécanismes déjà existant dans un milieu particulier où l’argent semble encore coulé à flot du fait de sa popularité mondial et son côté quasi universel.
      Je ne sais pas si avec son commerce d’humain milliardaires ou non par les clubs et des agents pas toujours très réglos et soucieux d’éthique, s’il est en avance ou dans son temps.
      Il est certain que le football devient le réceptacle d’enjeu qui le dépassent.
      J’entendais ce matin encore sur France info un chroniqueur qui rappelait le manque à gagner de nombre de partenaires et en premier lieu TF1 dans l’hypothèse où la FRance n’aurait pas été qualifiée.


  • stephanemot stephanemot 20 novembre 2009 10:54

    Heureusement qu’il y a Diagana pour sauver les meubles.


  • Jurassix Jurassix 20 novembre 2009 11:42

    Bien vu l’auteur. J’ai vu les images hier soir ; alors que le camps Français exultait, le sourire de Domenech me faisant honte (de même que son interview donnée par la suite), le fautif, Henri à eu une réaction bien plus honnête et humble, même s’il aurait du l’avoir à cette fameuse 103eme minute.

    Il est évident que les enjeux financier d’une telle rencontre dépassent l’entendement.


  • Michel DROUET Michel DROUET 20 novembre 2009 12:04

    Après la main de Dieu, c’est plutôt de la main invisible du marché dont il faut parler tant les enjeux économiques autour du football sont importants.
    Finalement, T. Henry s’est comporté comme un trader ordinaire qui fait du fric sans se poser de question.
    Les valeurs véhiculées par le foot de haut niveau sont désormais exclusivement financières et c’est bien dommage.


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 20 novembre 2009 16:14

      Effectivement, il est de plus en plus difficile de ne pas prendre en considération la collusion entre le monde des affaires et le football.

      Le drame, c’est pour le foot amateur qui patit plus qu’autre chose de la présence de ce grand frère bien encombrant qui bafoue les règles et les valeurs que tentent d’infuser les entraîneurs et les éducateurs dans les club aux plus jeunes.

      On est encore face à cette société du spectacle qui affichent des valeurs et les rend artificielles dans le même geste.


  • Yannick Harrel Yannick Harrel 20 novembre 2009 16:43

    Bonjour,

    En prenant du recul, je subodore que cet écoeurement est en réalité plus profond que la main d’un Thierry Henry qui a reconnu sa faute et même demandé à rejouer le match (ce qui est tout à son honneur, je souhaite le souligner). C’est l’aboutissement d’une phase de qualifications terne, sans lumière, sans maîtrise et consacrée sublimement par un match déplorable. Cette main serait sans doute largement mieux passée si elle avait récompensé des efforts infructueux jusque là, on y aurait même vu une certaine justice en définitive.

    Alors effectivement je suis en phase avec cet article qui réfute la curée actuelle à l’encontre de Henry qui demeure un très grand joueur ayant énormément apporté au football international et national. Mais elle est symptomatique d’un malaise social plus profond (ce soir là, deux personnages honnis par une majorité d’habitants Français se sont pavanés sur les écrans en glorifiant une victoire qui n’avait pas lieu d’être), et à l’étranger d’une détestation de plus en plus manifeste à l’égard de la France (je ne plaisante pas, il suffit de lire la presse étrangère pour s’en convaincre très rapidement, cet épisode footballistique n’étant qu’un catalyseur grand public).

    Cordialement


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 20 novembre 2009 17:51

      Je partage pleinement votre analyse.
      Encore une fois, le foot devient un miroir de choses qui le dépassent.
      Si l’on fait le parallèle avec la main de Maradona, on peut effectivement noté qu’il n’en était pas resté à ce geste et qu’il avait dans la foulée marqué l’un des plus beaux buts de l’histoire du football.
      En revanche, ne cherchons pas la justice là où elle n’a pas à s’exprimer.
      Il n’y a pas de justice immanente.
      Rejouer le match...
      Je pense comme je l’ai dit sur un autre article publié ce jour sur Agoravox sur le même sujet, je pense que ce n’est pas une solution.
      Les irlandais montrent la voie avec un fair play tout à leur honneur.
      il faut savoir accepter ce qui au final constitue une erreur d’arbitrage.
      Alors réfléchissons éventuellement à l’arbitrage, le moyen de le rendre plus fiable... ET encore...
      Je me demande si c’est vraiment la solution.
      Ce qui me paraît dangereux avec toute cette polémique, c’est qu’on stigmatise un homme, on en appelle à des valeurs dont on sait qu’ils ne sont pas intrinsèques à un sport de haut niveau qui ne valorise pas que le talent.


  • Yohan Yohan 20 novembre 2009 22:53

    Ceux qui ont pratiqué le football assez longtemps savent que mettre la main dans une action à fort enjeu est assez courant. Ce n’est pas intentionnellement qu’on le fait mais c« est seulement un reflexe, le cerveau n’étant pas en mesure d’analyser ce qui est de l’ordre du sportivement correct ou pas.
     »L’intensité de l’action déclenche l’’adrénaline qui provoque le reflexe « de survie », la main devenant le plus court chemin pour reprendre le contrôle du ballon’ . cf : Justin Phillis in « Accabler Henry est débile »  smiley
    .


  • ELCHETORIX 21 novembre 2009 02:42

    @ l’auteur , bonjour ou bonsoir , votre article me semble bien « ficelé » en la matière de cer « événement » !
    Je plains le « nouveau riche , j’ai nommé TH , qui va porter ce »fardeau « involontaire ou plutôt instinctif quant à son »astuce-réflexe« pour bonifier le sort de cette piteuse équipe de foot !
    Le sport-roi qu’est le foot n’a de noblesse que dans la médiocrité , car le sport national dans le monde est le »jouet « ou »indstrument« des »natis« pour endormir la » plève « pour oublier les »vrais soucis de la vie quotidienne et , ce , dans le monde entier !
    Bien à vous .
    RA .


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 22 novembre 2009 22:59

      Je ne peux pas dire le contraire.
      Je ne dis pas qu’il faut plaindre Thierry Henry.
      je dis juste qu’en l’état du foot, il n’est pas l’unique responsable sur lequel il faut tirer à boulet rouge comme s’il était un voyou de première catégorie.
      il n’a fait que pratiquer le foot comme il se pratique à tous les niveaux et plus encore au niveau pro où l’enjeu l’emporte quasi systématiquement sur le jeu...


  • furio furio 22 novembre 2009 12:24

    ..et après ?
    La vidéo pardi !
    ..et après ?
    Les contrôles anti-dopage, Ils sont chargés comme des mules, à rendre jaloux les cyclistes !!!
    ..et après ?
    imposer la formation de 75% des joueurs d’un équipe. Stop à cette course immonde au fric dans le sport.

    ..et puis après...




    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 22 novembre 2009 22:57

      Là, 100% d’accord.
      Prenons des mesures et cessons d’être hypocrites.
      C’est un peu comme quand on n’attendaient des traders qu’ils s’auto-limitent...
      On voit le résultat.


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