lundi 10 février - par Bruno Hubacher

Après nous, le déluge

C’est ainsi que Madame de Pompadour consola son amant, Louis XV, le bien aimé, après une nouvelle défaite cuisante contre Frédéric II. La muse de l’actuel monarque le chuchote à l’oreille de son poulain et la Présidente de la Chambre des représentants américaine le souffle à son Chef d’état bien-haï lors de son discours sur l’état de l’Union. 

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En début de chaque année le Président des Etats-Unis s’adresse à la branche législative en réunissant le Sénat et la Chambre des représentants pour le discours traditionnel sur l’état de l’Union, et, selon celui-ci, l’Union va bien. L’économie américaine entame sa onzième année d’expansion avec un taux de croissance de 2% pour l’année 2019 et un taux de chômage de 3,7%, taux qui frôle le record historique de 1969.

Peu importe que l’économie récupère simplement ce qu’elle avait perdu dans la crise de 2008, grâce à la planche à billets à taux zéro. Peu importe que le mode de calcul du taux de chômage se base essentiellement sur un échantillon de sondages, déterminant le nombre de personnes à la recherche d’un emploi, sans tenir compte de ceux qui ont abandonné les recherches. Si on prenait en considération le taux d’activité réel de la population en âge de travailler on arriverait aisément au double, voire le triple de ce chiffre, mise à part le fait que le niveau des salaires, en termes de pouvoir d’achat se trouvent au même niveau qu’en 1978. Mais, passons.

De toute manière c’est un secret de polichinelle que le Parti démocrate affiche une résistance de façade à la politique du Président, résistance qui se résume essentiellement à un désaccord sur le style et les mauvaises manières. Si la Présidente démocrate de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, déchire le discours du Président de manière ostentatoire, elle est la première à se lever pour applaudir son invité de marque, le Chef d’état autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, terminant par ailleurs sa tournée européenne, culminant dans la reconnaissance officielle en tant que « Président légitime » par le Parlement européen. Ceci pour le droit international public.

Que ce soit sur les questions du budget de la défense et la politique étrangère, 738 milliards USD pour le Pentagone pour l’année 2020, en augmentation de 22 milliards USD par rapport à 2019, plébiscité une fois de plus par le Parti démocrate au mois de décembre dernier, les positions sur l’option publique en matière d’assurance maladie, l’effacement de la dette étudiante de 1'500 milliards USD, la gratuité de l’éducation ou l’augmentation du salaire minimum au niveau fédéral, les deux partis affichent un consensus sans faille.

Depuis la non-élection de sa candidate Hillary Clinton en 2016, le Parti Démocrate s’attelle à des tentatives de sabotage envers le Président élu, l’une plus grotesque que l’autre.

L’enquête du Ministère publique impliquant pendant deux ans 19 procureurs et 40 agents du FBI sur de possibles liens entre le gouvernement russe et des individus, liés à la campagne présidentielle du candidat Donald Trump, a fini en queue de poisson, par la publication du rapport du procureur spécial, Robert Muller, au mois de mars 2019.

La procédure de destitution, entamée par le Parti démocrate le 24 septembre 2019, suite à des allégations contre le Président selon lesquels celui-ci aurait exercé des pressions sur le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans le but d’incriminer le candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden, et son fils Hunter, pour corruption, dans le contexte de l’implication du dernier dans la société ukrainienne d’exploitation d’hydrocarbures « Burisma Holdings », dans laquelle celui-ci siège au conseil d’administration depuis le 18 avril 2014, sans disposer d’une quelconque expertise, procédure qui vient de faire « pschitt » devant le Sénat.

Après trois ans de gaspillage de ressources humaines et financières, d’obstruction du travail législatif, le Parti démocrate se retrouve sans contre-projet et la cote de popularité du Président culmine à 49%. A moins que ce soit intentionnel.

En tout cas, le faux départ de la course à la nomination d’un candidat démocrate dans l’état d’Iowa, ne présage rien de bien pour les candidats qui veulent en finira avec le cafouillage orchestré.

Après le comptage de 60% des voix, les tuyaux de communication entre bureaux de vote se sont soudainement bouchés. En cause serait une « app » (logiciel pour téléphones portables), commandée in extremis par les responsables du parti local, deux mois avant sa mise en service, et financée en partie par certains candidats, dont Pete Buttigieg, qui mène le bal avec une contribution de 42'000 USD, dans un état où la sélection des candidats se fait à main levée dans des salles de gymnastique. Par ailleurs, certains responsables de la société « Shadow Inc. » qui offre ce service, ont travaillé pour diverses campagnes du personnage clé du parti, Hillary Clinton.

Peu de temps après l’arrêt du comptage à 60%, le candidat Pete Buttigieg, annonce sa victoire et quasiment l’ensemble des médias mainstream, américains et européens, lui emboitent le pas, évitant soigneusement de mentionner le nom du candidat Bernie Sanders dans les titres.

Pete Buttigieg, qui commença sa campagne au mois d’avril 2019, et qui se trouvait jusqu’ici en queue de peloton, se voit propulser en première ligne. Fils de Joseph Buttigieg, professeur de littérature et fondateur de la « International Gramsci Society », ancien Maire de la petite ville de South-Bend dans l’état d’Indiana, ancien consultant chez McKinsey et ancien officier des services de renseignements militaires de la Marine, Mayor Pete n’a aucune chance d’arriver jusqu’au « Super Tuesday ». On voit mal la nation la plus bigote de la planète dirigée par un Président homosexuel avec à ses côtés un « First Man ».

On ne peut donc établir que des hypothèses quant à l’incidence technique qui, très probablement, n’a rien d’accidentel. Le cauchemar le plus absolu pour le parti aurait sans doute été une victoire claire du sénateur Bernie Sanders dans le premier état dans la course, ce qui aurait créé une dynamique, difficile à freiner. En outre il devint vite évident que le premier dans les sondages, jusqu’ici, Joe Biden, allait terminer quatrième, ce qui est une sensation, soigneusement tue par la presse.

Il se trouve qu’au deuxième tour les voix des candidates qui n’obtiennent pas 15% des votes sont répertoriées sur ceux qui restent dans la course. Vu que la finale s’annonçait serrée, il n’est pas exclu que la devise ait été « tout sauf Sanders ».

Quant aux candidats de choix de l’establishment, il ne reste que la Sénatrice et ancienne Procureure Amy Klobuchar, ce qui explique le désarroi de certains pontes du parti.

Un reporter de la chaîne de télévision NBC News fut témoin involontaire d’une conversation au foyer du « Des Moines Savery Hotel » entre John Kerry, ancien Secrétaire d’Etat de l’administration Obama entre 2013 et 2017 et un interlocuteur inconnu. Horrifié par le résultat du candidat Joe Biden et la perspective d’une possible nomination « socialiste » du Parti, celui-ci s’emporte : « Non mais putain je rêve. Je vais finir par présenter ma candidature. Je serais obligé de démissionner de mon poste d’administrateur de la « Bank of America » et cesser de me faire payer pour mes discours. Mais bon, Il faudra que demande à quelques sponsors comme Doug Hickey (venture capitalist, bailleur de fonds) de lever quelques millions de Dollars. »

Ce ne sera peut-être pas nécessaire. Le milliardaire Michael Bloomberg, qui, en tant que Maire de New York, en 2008, lors de la crise des « subprimes », ordonna l’expulsion des manifestants du mouvement « Occupy Wall Street » du square « Zuccotti Park », propriété de la banque d’affaires « Goldman Sachs », sous prétexte que « cela faisait sale », est déjà dans les starting-blocks. 

Quant aux résultats finaux en Iowa on reste dans le flou. Lors d’une conférence de presse du candidat Bernie Sanders, celui-ci annonce un match nul avec une avance de 6'000 voix en sa faveur et 11 délégués pour lui et Buttigieg or les médias maintiennent la victoire du dernier.

L’establishment biparti n’a aucun projet de société dans ses tiroirs, si ce n’est que le « Statu quo », et l’opposition du mouvement « Our Revolution » face à l’establishment du parti risque de subir le même sort que le mouvement « Momentum » en Grande Bretagne. 

Bernie Sanders, au même titre que Jeremy Corbyn en Grande Bretagne, est corseté dans la structure d’un parti politique, entièrement à la botte du grand capital. Hillary Clinton, qui continue à tirer les ficelles, l’avait asséché financièrement pour mieux pouvoir le contrôler pour le compte de ses donateurs. (« Hacks », livre écrit par la Présidente ad-interim du parti, Donna Brazile, entre juillet 2016 et février 2017, paru en novembre 2017).

Le Sénateur du Vermont, Bernie Sanders, ancien Maire de la ville de Burlington, membre du Congrès depuis 1991, Représentant entre 1991 et 2007 et Sénateur depuis 2007, défend les mêmes positions en matière de santé publique, de fiscalité, d’éducation, d’égalité des sexes avec une continuité qui frôle l’obstination. Ainsi il n’a jamais voté pour un seul budget militaire depuis près de trente ans.

Et pourtant, son talon d’Achille risque bien d’être la politique étrangère, et par extension la guerre permanente du complexe militaro-industriel par l’entremise du Pentagone. Serait-ce le domaine dans lequel il sera finalement obligé d’avaler la couleuvre qui lui ouvrirait le sésame. Il serait, à l’instar de ses prédécesseurs, une marionnette de plus entre les mains du grand capital.

En tout cas, un récent « tweet » de son conseiller en politique étrangère, Matt Duss, un activiste politique, laisse planer un doute, d’autant plus que le dernier avait travaillé, jusqu’en 2014, pour le « Think Tank » « Center for American Progress », fondé et dirigé par John Podesta, l’ancien chef de la campagne électorale de Hillary Clinton en 2016, « dindon de la farce » dans le contexte d’une fuite de milliers d’e-mails, obtenus par des inconnus, à l’aide du procédé du « phishing », et publiés par « Wikileaks » le 7 octobre 2017. Par la suite la CIA avait attribué cette fuite aux services secrets russes, alimentant le fameux « Russiagate ».

 Le texte de ses « tweets » laisse de la place à des interprétations diverses et variées :

« Pathetic, Nancy Pelosi applaudit une année de politique de changement de régime échouée. » (Venezuela ndlr)

« La seule chose que la politique de changement de régime du président au Venezuela a réussi, fut de donner aux russes une belle opportunité de se mêler de nos affaires dans notre hémisphère » (sous influence des Etats-Unis ndlr) « C’est pour cela qu’ils applaudissent. »

Affaire à suivre

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/des-aveux-tardifs-198656

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/from-russia-with-love-213848

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/impeachment-218561

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/creepy-joe-214653

 



12 réactions


  • rita 11 février 08:50

    Le parti démocrate est a la ramasse, Pelosi en est la parfaite illustration !


  • CLOJAC CLOJAC 11 février 10:48

    J’ai du mal à comprendre pourquoi la « gauche » américaine ou ce qui en tient lieu, s’est mise à copier les errements de la « gauche » française ou ce qui en tient lieu. Avec une doctrine en charpie et des performances électorales qui ne s’annoncent guère enviables.

    Et dire que, dans ma jeunesse, la doxa que les intellos voulaient nous fourrer dans le crâne était que la gauche avait le monopole de l’intelligence, de la culture, du raffinement, de l’honnêteté et de l’humanisme...


    • V_Parlier V_Parlier 16 février 21:53

      @CLOJAC
      Mais c’est encore comme dans votre jeunesse, question « intellos ». La différence c’est que maintenant ils n’arrivent plus tellement à être crédibles. Donc on embobine l’électeur par d’autres stratégies plus marketing.

      Quant à la gauche américaine « mainstream » : Elle a toujours été pourrie, guerrière, impérialiste et « néo-conservatrice » (*) dans le sens moderne du terme. Simplement, comme toute gauche institutionnelle, elle tente de se réinventer des « progrès » à proposer à partir de rien. Ils n’ont pas 36 solutions : ce qu’on connait en France.

      (*) En fait ce mot signifie juste la même chose que les deux autres qualificatifs que j’emploie car il n’y a rien de conservateur chez eux à part ces deux caractéristiques.


  • Trelawney Trelawney 11 février 12:04

    Bernie Sanders, au même titre que Jeremy Corbyn en Grande Bretagne, est corseté dans la structure d’un parti politique, entièrement à la botte du grand capital.

    Ce n’est pas les démocrates qui sont à la botte des milliardaires, mais tout le pays. Lorsque l’on habite aux USA, on habite au pays des milliardaires et si on n’est pas milliardaire et bien c’est pas de bol. Et ce n’est pas Bernie Sanders qui va changer cela, car voter pour ce type et ses idées, c’est croire au père noël.


  • Initiativedharman Initiativedharman 11 février 16:09

    Je ne vois guère comment le parti démocrate va empêcher la réélection du redneck Donald Trump.


  • Désintox Désintox 11 février 17:39

    « procédure qui vient de faire « pschitt » devant le Sénat. »

    Vous parlez comme si le sénat avait été un arbitre impartial, alors qu’il n’a même pas examiné les preuves et refusé d’auditionner les témoins.

    Avec de telles méthodes, on acquitterait des criminels endurcis.


    • Hugo Drax Hugo Drax 13 février 00:25

      @Des intox
      +60.000.000
      À force de faire passer devant la glace, les boboïdes ne se rendent même plus compte qu’ils se sont pris un Exocet…

      À la mode des Wampas :
      … Voir Clinton
      En prison…


  • Ronny Ronny 13 février 15:00

    Trump, le « milliardaire antisystème » est le proototype de ce que le populisme fabrique... Un type qui a abusée du système, qui ne respecte aucune règle, qui mélange affairisme et politique. 

    Car selon les nations unies, les États-Unis se placent en 16e position pour l’indicateur de pauvreté sur les 18 pays les plus développés.

    Depuis 2014, l’espérance de vie est en baisse aux États-Unis, en particulier pour les pauvres, de plus en plus exposés aux risque de suicides ou d’overdoses.

    Ainsi, les revenus des 50 % des Américains les plus pauvres n’ont pas augmenté depuis le début des années 1980, alors que les revenus des 1 % les plus riches ont été multipliés par plus de trois. D’autre part, alors que leurs revenus n’augmentent pas la valeur du patrimoine immobilier des classes populaires est en baisse. En 2000, 66 % étaient propriétaires de leur logement, alors qu’en 2016 seulement 57 % l’étaient.



  • raymond 13 février 18:18

    Bon, admettons qu’il sera réelu ce sera cependant son dernier mandat, la suite ?


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