vendredi 14 février - par Desmaretz Gérard

Armement : les mines antipersonnel

Donald Trump est revenu le 31 janvier 2020 sur la décision de son prédécesseur de se conformer, tacitement, au traité d'Ottawa (l'interdiction des mines antipersonnel) ratifié en 1997 par 164 États dont la France. Les USA, la Russie, la Chine, l'Égypte, l'Inde, le Pakistan, Israël et la République de Corée ne l'ont pas ratifié. « Les mines antipersonnel sont un outil important que nos forces doivent avoir à leur disposition pour assurer le succès de leur mission. (...) Cette nouvelle politique autorisera le commandement militaire à utiliser, dans des circonstances exceptionnelles, des mines antipersonnel avancées et non permanentes spécifiquement conçues pour réduire les blessures infligées aux civils et aux forces partenaires. (...) Les nouvelles mines dites « avancées  » que l'armée américaine pourra désormais utiliser partout dans le monde, sont activées à distance et supposées s'autodétruire si elles ne sont pas activées après un certain délai. Le délai prévu pour l'autodestruction est de 30 jours, mais il peut être réduit à 48 heures, voire deux heures si nécessaire  ». Selon le responsable du Pentagone en charge de cette réforme, « il n'y a que 6 chances sur un million que le système d'autodestruction ne fonctionne pas ».

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Les mines terrestres apparues dans la seconde moitié du XIX° siècle ont été très largement utilisées au cours de la Seconde Guerre mondiale, des guerres d''indépendance, civiles, de libération ou conflit asymétriques. Les mines antipersonnel utilisées tout d'abord pour protéger les champs de mines antichar (mines de contre-déminage) ont vu depuis lors leur utilisation se développer. Leur emploi a provoqué de profondes modifications dans la tactique du combat défensif pour : tenir un secteur, empêcher l'ennemi d'utiliser ou d'occuper certains postes, la protection des flancs, rendre tout mouvement coûteux, perturber l'approvisionnement, la protection des frontières, des sites sensibles, des cantonnements et bivouac, lutter contre les infiltrations, etc.

Une mine est un engin pyrotechnique placé à l’avance et destiné à entraîner son explosion par une action de l’adversaire ou de l'innocent imprudent. La mine est une araignée qui attend le passage de sa proie, les démineurs parlent de munitions d'attente. La charge explosive principale comprise entre une dizaine et deux cents grammes (la mine canadienne C3, 10 gr, la soviétique PMNI 240 gr) ne cause aucun dégât à un véhicule blindé. La Mi-AP a une sextuple action : la mise hors de combat du personnel - les blessés retardent la progression ou la poursuite - saturation des services de santé (les besoins en transfusion sanguine sont multipliés par deux, hospitalisation 20 à 30 jours) - les amputations ont un effet démoralisateur sur la troupe - l'invalidité représente un coût important pour la collectivité - et les photos-reportages influencent l'opinion publique.

Toute mine est constituée par :

  • un dispositif de mise à feu composé de l’allumeur et du détonateur, l'allumeur est sensible à l'action de l'adversaire (déclenchement) qui active le détonateur ;

  • une charge explosive comprenant la charge primaire, la charge secondaire et accessoirement des projectiles (shrapnels) ;

  • une enveloppe ; ronde, cylindre, cube, parallélépipède, papillon, ou explosif compacté ;

  • un dispositif de sécurité particulier à chaque modèle de mine.

Le dispositif de mise à feu qui réunit en une seule pièce l'allumeur et le détonateur est fixé dans le corps de la mine au moment de sa mise en place. La mine est amorcée lorsqu'elle est pourvue de son système de mise à feu, sa sécurité en place, et armée lorsque la sécurité en est ôtée. La chaine pyrotechnique est activée par :

  • Pression de quelques kg (5 à 10 kg) entraîne la rupture d'une collerette de cisaillement et l'enfoncement du percuteur sur la tête de l'allumeur, le frottement enflamme une composition fusante qui fait exploser le détonateur et la mine. Autres principes, la pression écrase une ampoule de verre ou libère un percuteur qui établit un contact.

  • Traction de quelques kilogrammes (selon l'angle de traction) sur fil de trébuchement qui établit un contact électrique ou libère un percuteur.

  • Relaxation (relâchement) la rupture d’un fil entraîne la libération d’un mécanisme bandé ou établit un contact (circuit normalement fermé).

La mise à feu mixte combine plusieurs principes, une mine à pression peut être transformée en mine à traction par le simple ajout d'un levier qui en inverse la force pression/traction, ou une poulie traction horizontale/verticale. Les mines modernes reposent sur des principes différents faisant appel à l'électronique : détection du champ rayonné par le détecteur de mines, la chaleur du corps, sismique, acoustique, lumière (lorsque l'on en ôte la terre), la T-72-B (chinoise) explose si son inclinaison dépasse une dizaine de degrés. Il existe d'autres principes rencontrés sur les mines contre le matériel roulant, les mines fluviales, maritimes, les improvised explosive device, les « mines sales », les mines anti-hélicoptères, altimétriques spécificités non abordées dans cet articulet consacré exclusivement aux Mi-AP.

On distingue :

La mine à action locale qui vise à invalider plus qu’à tuer ; le souffle casse l’os et arrache le pied, emportant parfois une partie de la jambe ! Le déclenchement de la mine enfouie à faible profondeur peut projeter des cailloux à faible distance (polycriblage, infection).

La mine à action étendue ou « effet collectif » par projection de projectiles :

Mine à effet dirigé qui projette des billes dans une direction et à une hauteur données selon la pose (rapport masse d’explosif et projectiles est voisin de 4). Cette mine principalement utilisée en embuscade est facile à dissimuler dans les herbes, broussailles, immondices. En milieu urbain, elle trouve sa place glissée dans un soupirail ou suspendue. Leur impact psychologique est des plus extrêmes, des militaires d'Afrique blanche ont refusé d'aller déloger des « Afghans » par crainte d'en être victimes...

La mine bondissante, la masse d’explosif est contenue dans une enveloppe en fonte (principe de la grenade) qui se trouve projetée par une charge de dépotage à hauteur d’homme (0,5 à 1 m) avant d’exploser et de disperser ses éclats mortels dans un cercle d’une centaine de mètres. La MB modèle 52 (française) s'autodétruisait en cas de non fonctionnement de son allumeur à traction après un délai de 4 secondes. L'Italie a vendu à neuf millions de mines V-69 Valamara à l'Irak de 1982-85 !

La mine piquet au corps pré-fragmenté ou non semblable à une « grenade à manche », montée au-dessus du sol et reliées à des fils de trébuchement. La MI AP DV (française) était pourvue de deux détonateurs, l'un à pression, l'autre à traction se déclenchait quand l'imprudent l'extirpait du sol (piège anti-soulèvement) .

La mine pieux à un seul projectile : une curiosité britannique de la Seconde Guerre mondiale ; un tube contenant dans sa partie supérieure une balle de fusil est fiché dans le sol, une collerette l'empêchant d'y disparaître totalement. « En marchant sur l'ogive, la cartouche s'abaisse, faisant coulisser un cylindre qui vient buter sur le ressort du percuteur qui peut alors se détendre et venir frapper l'amorce de la cartouche » qui traverse le pied de la victime.. Les Vietnamiens ont utilisé ce principe comme piège.

Les mines couvrant la période s'étendant de la seconde Guerre mondiale à la Guerre froide peuvent rester actives pendant des décennies et les progrès techniques les ont rendu de plus en plus difficilement détectables. Le système d'amorçage peut être constitué de pièces en acétobutyrate de cellulose, seuls le percuteur en acier et la cuvette de l'amorce en aluminium sont en métal. Leur poids total est d'environ 1 gramme et ces pièces restent indétectables. L'imprimante 3D ne va pas tarder à remplacer les machines outils... Le protocole II de 1996 stipule qu'une mine doit avoir une masse métallique de 8 grammes afin de la rendre détectable et que toute mine doit porter l'inscription du pays, date de fabrication et numéro de lot. La fabrication sous licence en rend parfois l'origine incertaine et permet de contourner les moratoires vertueux... Autre procédure, l'achat de mines en pièces détachées sans l'explosif, le client procède lui même au montage et à l'ajout de l'explosif. Subtilité singulière des législateurs..., une mine à fragmentation télécommandée à distance est une munition et non une mine. Les Mi AC possédant une alvéole de piègage sont assimilées dans l'esprit des "anti-mines" à une Mi AP, et certaines peuvent être confondues avec le modèle dépourvu de système anti-soulèvement.

Le plan de pose de mines tient compte des effectifs et du matériel disponibles pour cette tâche afin que ces zones soient reportées avec précision sur les cartes. La clé de pose indique les distances séparant les mines entre-elles et leur agencement (répartition) afin que l'adversaire ne puisse en déduire un cheminement et en compliquer leur relevage. Les mines antipersonnel étant peu encombrantes, le fantassin peut en emporter quelques unes avec lui. La pose peut être « erratique » selon la nécessité du combat (cela ne dispense pas de relever des repères afin d'en signaler l'emplacement aux patrouilles, de faciliter leur récupération, voire de les réutiliser) ou anarchique afin d'accroître le stress chez l'adversaire, pratique rencontrée chez des insurgés ou des guérilleros qui ne s'encombrent d'aucune législation ni doctrine.

L'apparition de nouvelles mines assortie à de nouveaux moyens de dissémination en a diversifié l'emploi. Les mines peuvent être larguées (en grappe) à partir d'un aéronef (MI-AP " Butterfly " à explosif liquide), lancées par un mortier, un lance-roquette, un canon, un drone, un missile autant dire qu'elles sont disséminées sur une aire importante correspondant à la zone de tir ou de largage (ensemencement). Lors du conflit en Irak, une patrouille profonde de reconnaissance découverte ne dut son salut qu’à une dispersion rapide de ces mines en attendant que les hélicoptères viennent procéder à son exfiltration. Il existe près de 600 modèles différents de mines. Ce nombre s'explique par le fait qu'une cinquantaine d'États a fabriqué ses propres mines et qu'ils en ont vendu des quantités considérables sans discernement, mines que l'on retrouve aux quatre coins de la planète ! Espérons qu'une bande d'énergumènes n'aura pas la mauvaise idée de s'en procurer dans les pays de l'ex-Yougoslavie où un million de mines y a été disséminées...

L'ancien directeur des Nations-Unies, Boutros Ghali, a parlé de « désastre humanitaire » à propos des Mi-AP qui maintiennent un « état de guerre en temps de paix ». La remarque vaut pour les États mais aussi pour les insurgés et groupes non étatiques qui emploient des mines artisanales fabriquées à partir de munitions récupérées. D'après The Monitor Land, les victimes de « mines » décomptées dans 47 pays dont 35 sont signataires du Traité d'Ottawa et pour l'année 2017, l'ont été par : mines artisanales, 2.716 victimes - Explosif Remmants of War « munitions non explosées et des munitions explosives abandonnés » 2.038 victimes - Mi-AP 748 victimes.

L'aspect humanitaire amalgame l'usage des mines par des forces irrégulières avec une doctrine militaire non respectée. Si les Mi-AP militaires représentent environ 10 % toutes victimes confondues - 87 % sont des civils - les causes sont liées au non entretien et non surveillance des champs de mines :(l'érosion éolienne, les pluies, le développement de la végétation déplacent les mines. Des rebelles tentent d'en récupérer les mines pour fabriquer des bombes artisanales, des villageois les poteaux et barbelés pour faire des enclos effaçant ainsi toute trace de la bande minée), la non remise des plans de pose les hostilités terminées ; les ONG de souligner : la non participation au déminage - l'absence du statut d'invalide des victimes civiles et le non versement d'une pension d'invalidité, ni la prise en charge des prothèses.

Un pays du Maghreb a sollicité une aide financière pour ôter les mines encore présentes sur son propre sol tandis qu'il minait sa bande frontière avec un État voisin... Les Mi-AP semblent avoir été remisées sans prendre en compte l'évolution de la technologie ni les impératifs d'une défense légitime du territoire national. « Sauvegarder la sécurité de son peuple constitue aussi une tâche humanitaire (...) conforme au droit à l'autodéfense de la Charte des N-U ». Les États réfractaires font valoir que le traité d'Ottawa reste inadapté aux mines intelligentes se désactivant (auto-désactivation, auto-neutralisation) au delà d’une certaine période écoulée. Si une Mi-AP ordinaire coûte une dizaine de dollars et une mine intelligente 120 $, le différentiel est largement effacé par la réduction des coûts du déminage (300 $ la mine) et les pertes humaines épargnées : « un démineur tué et deux blessés pour 5.000 mines ôtées ».

 

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