vendredi 17 avril - par Emile Mourey

Aux temps antiques, la cité des Éduens ne se trouvait pas à Chalon-sur-Saône mais à Taisey. Sa forteresse était à Mont-Saint-Vincent...

Cette histoire est à rire ou à pleurer. 

En l'an 18 après JC, le grec Strabon ne pouvait cependant pas être plus précis : Entre le Δούβιος/Doubios, et l'Aραρος (l'Arar alias Saône) habite le peuple des Héduens. Leur appartiennent la citadelle φρούριον de Bibracte et la cité πόλιν ἔχον de Cabyllynum (Cabillodunum), sur la Saône (Strabon, géographie, II, IV, 3, 2). Il est bien évident qu'il ne faut pas situer le peuple des Éduens entre la Saône et le Doubs/Doubios mais entre la Saône et la Dheune/Doubios, ce qui interdit de placer Bibracte sur un mont Beuvray qui se trouve au-delà. (1)

Bibracte au mont Beuvray ? c'est une histoire de fous ! (2) La véritable Bibracte riche en blé, c'était, c'est le Mont-Saint-Vincent, près de Cluny, ancienne place forte des comtes de Chalon. ; "Bibracte oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo", Bibracte, l'oppidum des Éduens, de beaucoup le plus important et le plus riche (César, DBG I, 23). Quant à Cabillo/Cabyllynum, Strabon ne pouvait pas désigner la ville actuelle de Chalon dont les remparts ne datent que du IIIème siècle, mais, sur la hauteur voisine, la bourgade de Taisey avec son antique forteresse. En témoigne la tour dite de Taisey, illustre vestige toujours debout. 

Plusieurs siècles avant JC, ce Cabillodunum/Taisey commandait la voie de l'étain qui, venant de Chypre/Alysia, traversait la Gaule par le couloir Rhône/Saône, pour aller chercher en Grande-Bretagne le précieux minerai de l'âge du fer. Après Cabillo/dunum/Taisey, la voie bifurquait en deux directions : l'une vers la Loire, en passant par le couloir Dheune/Bourbince, l'autre vers la Seine/Sequanas en remontant vers Dijon. Strabon nous donne une distance de 1000 stades (185 km) pour atteindre cette voie Sequanas depuis Lyon (géographie, IV, 3,3), ce qui nous amène, à Verdun-sur-le Doubs. On rejoignait ensuite Alésia/Alise-Sainte-Reine par des affluents de la Seine.

En 58 avant JC, César arrive en Gaule. La situation est alors la suivante :

 À Mont-Saint-Vincent/Bibracte et à Cabillodnum/Taisey, les Éduens sont maîtres de la Saône. À Gergovie et au mont Beuvray, les Arvernes sont maîtres de la Loire. Menacés par l'expansion éduenne, les Arvernes appellent en renfort les Germains d'Arioviste pour défendre le mont Beuvray ; c'est la phase "Un". 

Phase "deux" : en suivant la voie druidique bien connue du Signal d'Uchon, les Éduens et leurs alliés gaulois se dirigent vers le mont Beuvray pour s'en emparer. Ils dressent leurs tentes au pied de la montagne, à Mesvres. Les Germains et les Arvernes descendent du mont et les surprennent dans leur campement. Il s'agit de la bataille de Magetobriga qu'évoquent César (DBG I, 31) et Cicéron (ad Atticus I, 19,2). Je cite César : depuis qu'il a vaincu les armées gauloises à Admagetobriga, Arioviste impose sa loi... Je cite Cicéron : ce qu'il y a en ce moment de plus grave en politique, c'est la crainte d'une guerre dans les Gaules. Elle est déjà chez nos frères, les Éduens. Cette Magetobriga inconnue, c'est Mesvres, au pied du mont Beuvray. Les chartes du Moyen-âge l'appellent Magobrigum, le grand pont (sur l'Arroux).

Phase "trois" : vaincus, les Éduens font appel aux Helvètes. Les Helvètes, auxquels se sont joints les Boïens, se dirigent vers le mont Beuvray pour s'en emparer. César intervient et les bat, phase "quatre". Je situe le lieu de la bataille à Sanvignes-les-Mines, tout concorde (3).

Phase cinq : César renvoie chez eux les Helvètes survivants. Ils installe les Boïens à Gorgobina (DBG VII, 9)... à Gorgobina, le mont Beuvray, je cite : ... Gorgobina, oppidum des Boïens, César les avait établis là après les avoir vaincus dans la bataille contre les Helvètes et ils les avait placé sous l'autorité des Éduens. Bref, il met tout le monde d'accord, Éduens et Arvernes. Il rétablit la paix en Gaule et il renvoie les Germains en Germanie ! Installés par César au mont Beuvray, les Boïens lui doivent la vie sauve et un territoire : le Morvan. De la position haute, ils surveillent les Éduens de Bibracte de Mont-Saint-Vincent et les Arvernes de Gergovie. Les Boïens au mont Beuvray/Gorgobina, c'est pour César son oeil de Moscou en Gaule.

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Je continue.

À Gergovie, Vercingétorix appelle la Gaule à se soulever contre les Romains (DBG VII, 4). Il marche sur Gorgobina, oppidum des Boïens, pour s'en emparer (DBG VII, 9). Les Boïens se rallient (à Alésia, ils sont nommés dans l'armée de secours gauloise, VII, 75). 

Je continue.

Ce n'est qu'à partir de Napoléon III qu'on se soucie vraiment de retrouver nos origines gauloises mais c'est le personnage de Vercingétorix et le sujet d'Alésia qui intéressent l'empereur. Pour terminer l'ouvrage qu'il écrit sur un César qu'il admire, il lui faut localiser la capitale éduenne de Bibracte. Le problème, c'est qu'il y avait ceux qui la voyaient toujours à Autun et ceux, dont Bulliot, qui l'imaginaient au mont Beuvray. La découverte de vestiges archéologiques conforta Bulliot dans cette hypothèse. Son neveu Déchelette poursuivit les fouilles tout en parcourant l'Europe pour vendre ses tissus.

Je cite (4) : De passage à Berlin en 1899, Déchelette y avait remarqué un fragment de céramique peinte comme il en avait vu au Mont-Beuvray. Sur recommandation, il se rendit au musée national de Prague, où il en découvrit des vitrines entières provenant de l’oppidum tout proche de Stradonice. Il y avait là non seulement des céramiques, mais également du matériel de métal, d’émail et de verre en tout point comparable à celui de Bibracte (je corrige : comparable à celui du Mont Beuvray). Par ailleurs, la même parenté semblait pouvoir être établie entre les faciès monétaires de Bourgogne et de Bohème. À cette occasion, Déchelette entama une relation suivie avec le conservateur du musée de Prague, qui venait d’éditer une étude de l’oppidum de Stradonice et de ses origines.

Hélas ! C'est un autre raisonnement qu'il fallait se tenir... à savoir que les vestiges en question retrouvés au mont Beuvray ont été apportés par les Boïens vaincus lors de la bataille des Helvètes, lesquels Boïens ont été installés par César... au mont Beuvray... qui n'est donc pas le site de Bibracte mais celui de Gorgobina.

César écrit en effet : qu'à la demande des Eduens, il avait autorisé les Boïens à s'établir sur leur territoire (ou sur leurs frontières), parce qu'ils étaient particulièrement réputés pour leur valeur militaire. Les Eduens leur donnèrent des terres, et par la suite, ils les placèrent sur le même pied d'égalité qu'eux dans le cadre de leurs lois. (DBG I,28)

Et voilà, c'est parti, mais bien mal parti. Simple exemplela découverte récente au mont Beuvray d'un anneau en sapropélite d'origine boïenne est interprétée comme une confirmation des thèses de Déchelette alors qu'elle est la preuve évidente du passage des Boïens vaincus. (5)

Incapables de comprendre que la première enceinte est celle qui correspond à l'arrivée en renfort des Germains et la deuxième à celle des Boïens bien plus nombreux, les archéologues ont engagé leur profession dans la plus grave erreur historique de tous les temps.

Des nombreuses amphores retrouvées brisées, on en déduit une riche capitale gauloise de près de 20 000 habitants, amateurs de vin italien, alors que le simple bon sens serait d'y voir le ravitaillement important mais temporaire des nombreux occupants successifs, notamment boïens par les Éduens (DBG VII, 9) voire par César dont on sait qu'il se faisait ravitailler depuis l'Italie. Les archéologues marchent sur la tête.

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Le comble : les pauvres maisons en bois construites dans une situation d'urgence avant l'hiver, par des Boïens en surnombre, deviennent la référence pour une Gaule qui n'aurait construit qu'en bois, ne découvrant la taille de la pierre qu'à l'arrivée des Romains. Quand je demande à la DRAC d'Auvergne (6) de retrouver l'antique Gergovie dans les importantes fortifications en ruines du Crest, près de Clermont, on me répond qu'il ne s'y trouve que du médiéval et Wikipédia m'exclut du débat en me faisant passer pour un illuminé (7).

Pire, quand on découvre d'importantes fresques dans l'église de Gourdon, à quelques centaines de mètres au pied de Mont-Saint-Vincent, je demande au restaurateur de ne rien effacer et quand je reviens, je constate qu'on a effacé le messie gaulois guerrier qui descend du ciel. Encore heureux qu'on n'ait pas effacé celle où il fait l'offrande juive du prépuce et du clitoris pour se faire reconnaître sous le nom de Cleopas. Ce Cleopas, c'est le nom qu'on retrouve en Judée sur des tombes... nom probable d'une cohorte gauloise éduenne d'origine juive revenue au pays des origines en sauveur... Ier siècle avant JC pour moi, XII ème pour un ministère de la Culture qui préfère ne pas trop en parler.(8)

Alors que Flavius Josèphe affirme qu'il n'existait aucun pays qui n'ait pas reçu quelques éléments de la nation juive, les archéologues ne voient en Gaule antique aucune influence juive. Alors que la position de Chalon, à l'extrémité du couloir navigable Rhône-Saône, s'impose pour recevoir cette immigration cananéenne à l'origine, on se révèle incapable de voir tout ce qui va dans ce sens. Fresques, sculptures, monuments de l'antiquité tardive, on l'attribue à un art roman moyenâgeux qu'on est d'ailleurs incapable d'expliquer. Le temple juif de type cananéen qu'au IVème siècle, le rhéteur Eumène place sur un Mont-Saint-Vincent nommé Augustodunum, on ne le voit pas, ni le prestigieux grand temple de Chalon qu'indique, au IIIème siècle, la carte de Peutinger sur la rive droite de laThalie, toisième grand temple des Juifs toujours existant dans la cathédrale actuelle... scandale d'ignorance ! (9)

Incroyable ! Alors que la carte de Peutinger de l'empereur Julien mort en 363 nous montre, par ces vignettes, que pratiquement toutes le cités gauloises ont alors leur basilique à la façade caractéristique un peu comme de celle d'Autun, on ne veut voir qu'une Gaule barbare à laquelle Rome apporte la civilisation.

Directeur du Centre archéologique européen du mont Beuvray, l'archéologue Vincent Guichard publie, en 2002, un texte intitulé "La preuve par la pioche" : Régulièrement, la presse aime relancer le débat sur la localisation des sites d’Alésia de Gergovie ou de Bibracte : "science officielle" contre "gens du terrain" soucieux de donner tort à leur inventeur, Napoléon III . La polémique tient du combat d’arrière garde : au XIXe siècle, tout érudit local se devait de prouver que "son" site collait le mieux au récit de la Guerre des Gaules. Du désir à la réalité, il y a un fossé. Ou plutôt... des fossés, relevés par les archéologues. Aux savantes interprétations, ces derniers opposent mille faits objectifs : plans, armes, pièces d’équipement et projectiles d’artillerie datés de l’époque césarienne, inscriptions... Inexplicables hors du contexte de la Guerre des Gaules, ces objets sont évidemment absents des autres sites. Ils sont pourtant de ceux qui font toute la différence entre le "possible" et le "plausible".

Pur mensonge ! La statuette de Bibracte que les archéologues auraient voulu retrouver au mont Beuvray, c'est à Mont-Saint-Vincent qu'elle a été découverte.

Ministre de la Culture, ministère, Directeur du patrimoine, DRAC, élus locaux, responsables politiques et culturels, archéologues, médias, journal local, société d'histoire et d'archéologie de Chalon, associations diverses etc... tous alertés...sans résultat. Cela fait 25 ans que j'ai publié mes ouvrages, 14 ans que je continue d'alerter sur le site internet Agoravox... en vain.

E. Mourey, château de Taisey, le 16 avril 2020. Photos et croquis de l'auteur.

  1. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-ou-cabillo-a-mm-les-elus-203345
  2. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-mm-les-archeologues-au-sujet-de-209158
  3. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-extraordinaire-bataille-des-125313
  4. https://journals.openedition.org/anabases/495#tocto1n3La découverte qui tue.
  5. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-la-decouverte-qui-tue-101713
  6. Direction Régionale des Affaires culturelles.
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Si%C3%A8ge_de_Gergovie
  8. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cleopas-le-christ-oublie-des-31893
  9. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/du-druidisme-de-bibracte-et-de-218280
  10. fresque juive de Gourdon montrant le Saint des Saints, chambre haute de la tour de Taisey, chambre du trésor.


11 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 avril 15:57

    passionnant


  • xana 17 avril 20:42

    Vous vivez vraiment dans votre bulle, Mr Mourey.

    Mais au moins vous ne faites pas de mal...


  • Emile Mourey Emile Mourey 17 avril 21:52

    Bien d"accord mais je préfère écrire ce que je crois vrai.


  • Abou Antoun Abou Antoun 18 avril 10:24

    Bonjour Emile,

    On ne lâche pas le morceau à ce que je vois.

    Bon courage.


  • Antenor Antenor 18 avril 14:29

    C’est triste à dire mais pour Alésia, les archéologues ont juste eu la chance que Napoléon III désigne le bon endroit. Sinon comme pour Bibracte et Gergovie, ils seraient aujourd’hui en train de défendre un site erroné. Les anciens érudits locaux amateurs ont simplement été remplacés par des professionnels. La logique reste la même : vendre Son site. Gergovie, Bibracte et Alésia ne sont que des emballages marketing.

    Un bon nombre de rivières semblaient porter le nom de Dubis à cette époque. Strabon parle également d’un Dubis frontalier chez les Ségusiaves ; peut-être l’actuelle Dunières, affluent de la Loire aux confins du Velay et du Forez. Avant de systématiquement accuser les auteurs antiques de dire n’importe quoi ; il serait bon de se demander si on interprète bien leurs écrits.

    Au contraire des villes commerçantes souvent situées aux frontières de leur territoire à l’image de Chalon / Cabillo ; les citadelles militaires se trouvent au coeur de celui-ci à l’image de Bibracte / Mont-Saint-Vincent. Il existe un équivalent bien visible à ce duo dans le Nivernais avec Nevers (ville) et Montenoison (forteresse). Idem dans le Gévaudan avec le Roc de Peyre sur les hauteurs (forteresse) et les villes de Mende et Marvejols en contrebas. Autre exemple dans le Quercy avec Montfaucon (forteresse) dominant Cahors et Gourdon.

    Étonnamment (ou pas) ces citadelles de première importance se situent systématiquement à proximité d’agglomérations gauloises de premier plan : Compierre, Javols ou Murcens mais toutes abandonnées depuis longtemps. Ces vestiges souvent situés à l’écart ne sont pas ceux d’agglomérations commerciales sinon elles seraient toujours habitées. En Gaule, les cours d’eau ne se déplacent pas comme ceux de Mésopotamie causant la ruine de cités qu’on croyait éternelles. Il s’agit plutôt d’omphalos politico-religieux dont l’emplacement a été calculé par les druides au centre symbolique de la cité. Corent et le Mont-Beuvray situés à proximité des citadelles du Crest et de Larochemillay appartenait aussi à ce type de site.

    La Gaule elle-même possédait un omphalos dans la forêt des Carnutes et il n’est pas impossible que les pagus (subdivision des Cités) en ait également possédé chacun un appelé « Médiolanum ».


    • Emile Mourey Emile Mourey 18 avril 15:02

      @Antenor

      Oui, c’est un scandale ! La fausse Bibracte s’impose sur internet. Les enfants des écoles de la région sont pratiquement tous venus au mont Beuvray pour s’y faire formatés. Les responsables politiques s’en foutent. 


  • Antenor Antenor 26 avril 18:46

    Sur le cours supérieur de la Dunières appelée Dunerette, on trouve un lieu-dit Duby (Commune de Riotord) également écrit Dubie sur la Carte de Cassini. Voici un indice sérieux en faveur de l’identification de la Dunerette-Dunières à l’antique Dubis ségusiave mentionnée par Strabon.

    Par extension, l’identification de la Dheune à la Dubis des Eduens évoquée par le même Strabon est renforcée. Le Doubs actuel n’était que la Dubis des Séquanes. On trouve également un Doux affluent du Rhône en Ardèche.

    En langue celtique, Dub signifierait sombre.


    • Emile Mourey Emile Mourey 26 avril 22:36

      @Antenor

      Affirmatif ; la racine Dub ou dubis se retrouve aussi dans le nom de localités du côté des Séquanes. Le problème est résolu à partir du moment que l’on comprend, comme vous le dites, qu’il y a le Dubis/Doubs des Séquanes et le Dubis/Dheune des Éduens. C’est ce que dit clairement César quand il parle de alduas Dubis, l’autre des deux ; le dit mot alduas se trouvant dans les documents originaux mais supprimé car on ne le comprenait pas (cf mon article rappelé en note 1).

      Je suis écoeuré de constater la léthargie de nos soi-disants spécialistes ou même simple érudits. Ce n’est plus de l’aveuglement, c’est pire. Quant aux responsables politiques, je ne sais plus quoi en penser. 


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