mercredi 6 février 2008 - par Emile Mourey

Bibracte au mont Beuvray ? Mme la Ministre, il faut nous répondre

Ancien oppidum gaulois du peuple éduen, presque capitale de la Gaule avant Paris, ville mythique et mystique, Bibracte a été localisée depuis le Second Empire, dans le Morvan, au sommet du mont Beuvray. Une grande campagne de fouilles à été lancée sous le premier septennat de François Mitterrand et se poursuit de nos jours. Déclaré site national, dernier chantier du président de la République, un centre archéologique européen et un musée y accueillent un nombre important de touristes français et étrangers.


Notre histoire gauloise ne manque pas de piments. Alors que le souvenir d’Alésia à Alise-Sainte-Reine ne s’est jamais perdu, celui de Bibracte s’était évanoui. La logique aurait voulu qu’on n’hésite pas pour localiser le premier site et qu’on fasse preuve de prudence pour situer le second. Mais le peuple français est ainsi fait : c’est le contraire qui s’est passé.

Enquêter sur les obscurités de notre Histoire est un sujet qui divise souvent les érudits, d’où l’importance du journalisme d’investigation dont le public est en droit d’attendre la meilleure information possible. Et c’est bien ce qu’a tenté un grand reporter du Progrès de Lyon lorsque, dans un article du 20/11/94, en s’appuyant sur mes travaux de recherche, il a mis en doute la localisation de nos deux anciennes capitales gauloises, Gergovie et Bibracte. Pourquoi la rédaction de ce journal a-t-elle décidé de ne pas poursuivre l’enquête ? Mystère ? (article du Progrès de Lyon).

Trouver aujourd’hui une autorité qui accepterait de présenter ses arguments pour justifier l’identification de Bibracte au mont Beuvray relève de l’exploit.

A tout seigneur tout honneur, en 1995, j’ai envoyé un de mes ouvrages au président de la République, François Mitterrand, en espérant une réponse (photocopie en bas d’article). Le 29/08/95, le journal Le Monde publie une interview, véritable testament spirituel, où l’ancien président de la République souligne l’importance d’une culture historique pour l’homme politique tout en rejetant sur l’historien la responsabilité de l’interprétation. Exit François Mitterrand.

Je poursuis ma recherche. Par lettre en date du 13/10/97, le président de la Société éduenne d’Autun m’expose deux arguments en faveur de cette localisation : une dérivation philologique du mot Bibracte en Beuvray et une survivance de foires. Il conclut en me disant, qu’en ce qui le concerne, il s’en remet à l’avis des spécialistes et me demande de ne pas incriminer la société qu’il préside. Exit la Société éduenne. Exit également tous les responsables politiques et culturels de la région.

La Bourgogne n’ayant pas répondu à mon attente, j’espère que Paris me donnera le nom de l’autorité que je recherche. Je demande à plusieurs députés d’intervenir auprès de la ministre de la Culture. Par lettre en date du 27/11/2000, le secrétaire d’Etat à ce ministère termine sa lettre ainsi : « C’est pourquoi il ne paraît pas utile que le ministère de la Culture et de la Communication entretienne une polémique avec une personne (c’est-à-dire moi) qui, comme beaucoup de passionnés de son espèce, se place dans la posture de l’homme seul face au poids de la "science officielle". » Exit le ministère de la Culture ; il faudrait que je pose ma question à une "science officielle" dont certains disent qu’elle n’existe pas.

Je relance donc le ministère de la Culture pour connaître enfin l’homme qui prendra la responsabilité de me dire que Bibracte est au mont Beuvray. On me répond dans un premier temps que c’est la communauté scientifique qui en a décidé ainsi. Ce n’est que le 19 mars 2001, à une question qui lui est posée par le député Marc-Philippe Daubresse, que la ministre Catherine Tasca déclare «  On peut noter que M. Christian Goudineau, professeur au Collège de France (chaire des Antiquités nationales) coauteur avec M. Christian Peyre, notamment de l’ouvrage intitulé Bibracte et les Eduens, à la découverte d’un peuple gaulois juge certaine la localisation de Bibracte au mont Beuvray. » (JO du 2/07/2001, page 3 835).

Bonne nouvelle, voici enfin l’autorité responsable que je cherche. Je me reporte aussitôt à l’ouvrage de cet auteur mais, ô surprise, ô déconvenue, je n’y trouve aucune démonstration justifiant cette localisation. J’y apprends seulement que les doutes concernant l’identification de Bibracte au mont Beuvray ont été levés en 1856 par Jacques-Gabriel Bulliot, marchand de vin à Autun. Exit Christian Goudineau. Reste Bulliot, mort en 1902, que la postérité a porté aux nues et que, demain, on oubliera peut-être sans tenir compte de tout ce qu’il a apporté par ailleurs.

M. Goudineau nous donne, dans son ouvrage, un conseil intéressant. Il écrit : « Dès lors, les historiens peuvent et doivent se poser la question suivante : à 27 km de quelle ville éduenne peut-on trouver un champ de bataille correspondant à la description de César ? (p. 4, l. 21) »

Ce conseil, je l’ai suivi. En retraduisant correctement le texte latin, je n’ai eu aucune peine à retrouver le champ de bataille au pied de la colline de Sanvignes et l’oppidum de Bibracte au Mont-Saint-Vincent, à 27 km des camps romains d’avant la bataille, comme l’indique César. Dans l’expression "itinere converso" (DBG I, 23), il fallait comprendre que César n’avait pas seulement infléchi sa marche, mais qu’il avait fait un complet demi-tour. Au lieu de continuer sur l’itinéraire qui le conduisait au mont Beuvray, il avait fait route, en sens contraire, vers le Mont-Saint-Vincent... Bibracte.

Et puis, il y avait le livre de l’avocat Garenne, concurrent de Bulliot, dans lequel celui-ci exposait ses observations archéologiques sur les trois principaux oppidum gaulois de la Bourgogne : Alésia, le mont Beuvray et Mont-Saint-Vincent, ce qui ne laissait pour Bibracte que le choix entre deux sites. Et il y avait aussi l’étude particulièrement bien argumentée de l’officier de l’instruction publique, C. Rossigneux, publiée en 1866 dans la Revue des questions historiques, tome I, dans laquelle cet autre érudit démontrait l’impossibilité de placer Bibracte au mont Beuvray.

Mais ce qui dépasse mon entendement est cet acharnement des archéologues à vouloir maintenir des traductions erronées, voire falsifiées, des Commentaires, en prétendant que l’oppidum de Bibracte devait être très étendu alors qu’il est en réalité défini comme "oppido longe maximo", c’est-à-dire "l’oppidum de beaucoup le plus important" (DBG I, 23). Autre exemple : affirmer que les murs gaulois étaient en pierres que l’on encastrait entre elles alors que le texte dit qu’elles étaient cimentées - coagmentatis - (DBG VII, 23), ce qui n’est pas le cas des murs en terre du mont Beuvray.

Il est temps de conclure. Le Centre archéologique européen du mont Beuvray avait pour ambition de montrer aux touristes la grandeur de la civilisation protohistorique et celtique qui rayonna sur toute l’Europe avant la conquête de la Gaule par les Romains de Jules César. Sa construction devait marquer le point culminant d’un projet de grande envergure au bénéfice d’une archéologie française en quête de reconnaissance nationale et internationale (Archéologie de la France, éditions de la Réunion des musées nationaux 1989, préface de M. Jack Lang). Que faut-il retenir de cet orgueilleux projet ?

Premièrement, en donnant à la civilisation celtique une origine purement européenne alors qu’il aurait fallu montrer l’illustre héritage "colonial" qu’elle a reçu du Proche-Orient, on a enlevé aux Français issus de l’immigration l’intérêt qu’ils auraient pu lui porter.

Deuxièmement, pour valoriser l’archéologie française, il aurait fallu ne pas se tromper sur le plus important, c’est-à-dire sur l’identification du site.

Troisièmement, il me semble que cette erreur de localisation s’explique en grande partie par une perversion de la méthode classique de recherche. Pour la première fois en effet, le vestige archéologique a été considéré par les inventeurs de Bibracte au mont Beuvray comme déterminant sur les autres facteurs du raisonnement : textes anciens, logique sociale et militaire. Les conséquences de cette perversion sont, en Palestine, la négation des textes du Pentateuque au nom d’une archéologie dite scientifique et, en France, l’invention d’une Gergovie imaginaire dans la plaine alors que le texte de César la place au sommet d’une haute montagne.

Mais ce qui est d’une extrême gravité est qu’on ait laissé un président de la République se fourvoyer sur un site discutable alors qu’il aurait fallu vérifier le bien-fondé de cette localisation avec beaucoup plus de sérieux. Car Vercingétorix n’a jamais lancé un appel à la cohésion nationale sur le mont Beuvray comme le président Mitterrand l’a fait le 17 septembre 1985 en évoquant l’illustre Gaulois. Ce discours présidentiel, je l’approuve. Je regrette seulement qu’il n’ait pas été prononcé sur le bon site (http://discours-publics.vie-publique.fr.).

Alors que mon premier ouvrage a été publié en 1991, que ma "pensée" ne soit parvenue au président Mitterrand qu’en 1995, et cela par mes soins, par un envoi que j’ai fait par la poste à son adresse personnelle, voilà encore quelque chose qui dépasse mon entendement.

E. Mourey.

Les photos et croquis sont de l’auteur.

Note : en consultant mes autres articles sur ce sujet ainsi que mon site internet (http://www.bibracte.com) on constatera que les deux derniers arguments des défenseurs de la thèse de Bibracte au mont Beuvray ne tiennent pas la route. La présence de nombreux débris d’amphores s’explique par le fait qu’il s’agit d’un site stratégique déshérité qu’il a fallu ravitailler dans le contexte d’une guerre. La présence relativement importante de monnaies s’explique de même par le fait que cette localité, que j’identifie à Gorgobina, a été prise d’assaut au moins une fois et peut-être deux. Avant d’être submergés, les derniers défenseurs ont enterré leur "argent" comme cela s’est très certainement fait pour le trésor récemment découvert des Osismes.



32 réactions


  • Trashon Trashon 6 février 2008 14:30

    Si vous posez cette question à notre ministre de l’inculture actuelle elle risque de vous répondre qu’en tant que capitale Celte il n’est pas dans ses attributions de statuer sur la localisation d’une ancienne capitale sur le territoire du royaume uni


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 14:45

      @ Trashon

      Mis à part votre trait d’humour, je pense au contraire que lorsque des ministres de la Culture ont apporté toute leur autorité, publiquement, répétitivement et fermement pour convaincre l’opinion, les médias, bref le peuple français, que le mont Beuvray est le site de la vieille capitale gauloise de Bibracte, je pose la question à l’actuelle ministre de la Culture dès lors que j’émets un doute et que je justifie ce doute : "Madame la Ministre de la Culture, où est votre devoir ?"


  • Trashon Trashon 6 février 2008 16:05

    Depuis sa prise de fonction, la plupart de ses décisions vont plus dans le sens des profits que dans celui de la culture et de sa promotion, penser qu’elle accrédite votre démonstration avec les conséquences économiques que cela pourrait engendrer me semble être de l’ordre de l’utopie
     


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 16:53

      @ Trashon

      Ce n’est pas d’utopie qu’il faut parler mais d’absurdité. Rappelez-vous ce qu’un célèbre Secrétaire d’Etat à la Culture, nommé de Villiers, avait déclaré, il y a un certain nombre d’années, à savoir qu’il existait dans notre patrimoine des gisements de richesses inexploitées, et c’est bien ce que j’essaie d’expliquer même si l’intéressé a oublié ce qu’il avait dit.

      Voyez l’Egypte, comment elle sait mettre en valeur son patrimoine, touristiquement et économiquement. Et nous qui avons cent fois plus de richesses ? Nous les laissons tomber en ruines tandis que notre jeunesse dépense son trop plein d’energie dans les affrontements urbains.

      La bêtise humaine n’a pas de limites.


  • Icks PEY Icks PEY 6 février 2008 17:16

    Alzheimer rode ... il me semble que cet article a déjà été posté sur Agora Vox par le passé.

    Monsieur MOUREY, deux questions :

    1. vous n’avez donc pas d’autres occupations dans la vie ?

    2. vous connaissez l’histoire de Don Quichotte ?

    Icks PEY


  • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 18:01

    @ Icks PEY

    Il vaut mieux être un Don Quichotte de la Manche qu’un avocat qui ironise sur la maladie d’Alzheimer.


    • Icks PEY Icks PEY 7 février 2008 16:07

      Ooooh ... Monsieur MOUREY fait de l’esprit, maintenant ... quelle répartie !!

      Mais visiblement, vous n’y connaissez en ironie guère plus qu’en histoire.

      Un jour où j’aurai autant de temps libre que vous, je vous expliquerai ce qu’est qu’un ironie sur Alzheimer ... en attendant, je vous laisse à vos envolées pseudo-historiques autopubliées, j’ai mieux à faire ...

      Icks PEY

      PS Au fait, vous saviez que Charles de Gaulle a vécu à Mouars-sur-marne ? La preuve ? C’est qu’une avenue porte son nom ! Alors j’ai adressé moults recommandés à la commune, au département et à la région pour qu’ils me prouvent le contraire, et bien ils ne m’ont jamais répondu ! C’est bien la démonstration qu’ils n’ont aucun argument contraire ! CQFD, ma théorie est donc la bonne !


  • karquen karquen 6 février 2008 20:20

    hé bien !

    J’ai habité à 7 kilomètres du Mont Beuvray pendant 15 ans. J’ai visité le site et y ai fait des prommenades hebdomadaires. Je connais presque chaque recoins de la vouivre au teureau...

    Bref, si Augustudunum est la ville de César, Bibracte est bien à sa place sur le Mont Beuvray. Des descriptifs précis géologiques et stratègiques montre l’utilitée d’un Oppidum sur le Mont Beuvray et - je dirai - le meilleur emplacement pour une capitale.

    Le nombre de sources, les routes, les anciennes voies romaines allant d’Autun à Decize, le contournement de César en passant par Moulins-Engilbert...

    Moult preuve "logiques" montre l’emplacement stratégique de Bibracte... sur le Mont Beuvray.

    Merci pour cet article fort intéressant tout de même. j’ai voté oui pour cet article car il a le mérite de mettre en valeur une région qui subit de plein fouet la désertification rurale actuelle. J’ai du moi même partir de ces lieux enchantés pour trouver un emploi.


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 20:49

      @ karquen

      D’abord, je vous remercie pour votre fair- play. Votre réaction est tout à fait normale et je la comprends parfaitement. Moi-même, il m’a fallu un certain temps pour réaliser que les choses étaient beaucoup plus complexes que la présentation qui en a été faite.

      Loin de moi l’idée de dénigrer cette merveilleuse région qu’est le Morvan. Dans ma réinterprétation, je fais du mont Beuvray une sorte d’olympe, à la fois pour le pays éduen et le pays arverne, autrement-dit le site mystique par excellence. La montagne a laissé son nom au-dessus d’Autun : Montjeu = mont Jovis, montagne de Jupiter. J’y place ensuite l’oppidum de Gorgobina dont parle César, oppidum stratégique au centre de la Gaule qui fut la tête de pont des troupes d’Arioviste puis l’oppidum des Boïens, ensuite abandonné au profit de Château-Chinon et de Luzy.

      En remettant Bibracte au Mont-Saint-Vincent dans la riche et populeuse Bourgogne du Sud (voyez mes autres articles sur le sujet), c’est à toute la Saône-et-Loire que je redonne sa cohérence et c’est une toute autre vision qui s’ouvre sur les origines de notre Histoire.

      Ce qui me désole est la position du ministère de la Culture. Ou bien, il faut me dire catéroquement que je me trompe et m’envoyer promener plutôt que de me faire des politesses - sauf exception - ou bien il faut que les partisans de Bibracte au mont Beuvray acceptent le débat contradictoire, ce qu’ils refusent... et pour cause.


    • karquen karquen 6 février 2008 22:42

      @ Emile,

      Vous avez tout à fait raison. Remettre en cause est une démarche, ici, historique et scientifique utile. De plus les Celtes possédaient une intelligence à tous les niveaux qui pourraient nous surprendre actuellement.

      L’esprit critique est une bonne chose et je me ralie de votre coté, pour la recherche de la vérité historique.

      Concernant le ministère de la culture, hum ! Possède-t-on un ministère de la culture ? Lorsque l’on voit le patrimoine de France bradé à tout investisseurs étrangers, qui démontent les chateaux pour les emmener en Chine ou aux US, lorsque l’on voit le mépris des arts et des artistes pour générer un nivellement par le bas, Lorsque l’on voit le favoritisme accordé à certains pour le rapport "investissement/rentabilité"...

      Je suis de tout coeur avec vous. Bon courage.


    • karquen karquen 6 février 2008 22:53

      je réitère : je suis de tout coeur avec vous.

      Toutes démarche visant à pointer les réalités historiques et scientifiques sont des utilitées culturelles humaines.

      Ne vous décourager pas. Cette mission est importante, et nous découvrons souvent des erreurs historiques perpétuées depuis des décennies. Que penser par exemple de l’action de Jeanne d’Arc, vendue par les français ? trahie ?

      Bibracte et le Mont Beuvray est affaire de coeur. Mais le sens critique veux effectivement trouver des preuves irréfutables de sa réalité historique à cet endroit. C’est fort louable. Il est bien de rechercher la et les vérités.

      Le ministère de la culture n’est pas représentatif de la culture. Lorsque l’on privilègie un BHL à Emile Bréhier, un chanteur qui couinne à un grand acteur, que l’on laisse vendre des chateaux par morceaux, que la vigne est arrachée pour faire un complexe hotelier...

      Ne vous découragez pas. C’est ce qu’ils veulent : fatiguer les individus pour que les choses stagnent.

      courage !


  • Antenor Antenor 6 février 2008 20:42

    L’étude de C. Rossigneux est trés intéressante et on voit bien que l’argumentation des défenseurs du Mont-Beuvray ne repose sur rien. C’est vraiment bizarre ; présenter systèmatiquement les Celtes comme une civilistion "différente", n’est-ce pas là le moyen qu’ont trouvé les officiels pour nous faire avaler n’importe quoi ? 


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 21:02

      @ Antenor et @ karquen

      C’est tout de même triste à dire. M. Karquen, vous êtes quelqu’un de bonne foi, je n’en doute pas. Je ne comprends pas que la Sous-directrice de l’archéologie persiste, comme elle me l’a écrit, à vouloir rester en dehors du débat. Je ne comprends pas que la ministre de la Culture ne se rende pas compte de ses responsabilités.

      Antenor, vous qui m’avez soutenu depuis longtemps, vous comprendrez que je commence à en être FATIGUÉ.


    • Emile Mourey Emile Mourey 7 février 2008 10:22

      Fatigué de tous ces ministres qui se succèdent et qui ne règlent rien. Pourquoi le ministre Aillagon, après avoir mis en demeure son directeur du patrimoine "d’étudier avec la plus grande attention le dossier de nos anciennes capitales" n’a-t-il pas relancé son directeur du patrimoine qui avait mis le dossier sous le coude ? Pourquoi la dizaine de députés qui ont bien voulu, à ma demande, poser une question écrite aux ministres successifs de la culture se sont contentés d’une réponse langue de bois du ou de la ministre en personne. ? Pourquoi n’avoir pas insisté alors qu’il était clair que le ministre ou la ministre voulait éluder la question ?

      Cette façon de faire est grave car elle prouve que le pouvoir ne cherche pas à régler les problèmes et que ce sont certaines personnes influentes qui, au sein des technostructures, exercent le véritable pouvoir.

      La technostructure archéologique en est un exemple (c’est le système que je critique, non les personnes). Dans cette technostructure archéologique, de quel droit le professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités Nationales, dispose-t-il d’autant d’autorité, au point que rien ne peut se faire sans sa bénédiction et peut-être même jusque dans des choix promotionnels, ce qui est grave. Le Collège de France est un vestige de la monarchie. Le comble est qu’il n’a pas à rendre des comptes devant la représentation nationale. 

       


  • Gasty Gasty 6 février 2008 21:04

    Toujours présent pour vous lire avec plaisir Emile Mourey.

     

    Bien à vous.


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 21:15

      @ Gasty

      Merci. J’ai rédigé cet article fin décembre. Il a été relu par mon épouse, ancienne professeur, qui m’a souvent conseillé. On ne parle pas souvent des épouses des auteurs, et pourtant. Aujourd’hui, je suis seul. Le cancer en est la cause.


    • Gasty Gasty 6 février 2008 21:22

      Emile, je vous comprend. Je suis triste.

       

      Courage !


  • Savinien 6 février 2008 21:38

    "Le Diable est bon théologien" disait-on au moyen-âge. Un aphorisme qui me ravit, sans doute parce que j’ai tendance à m’identifier à ce trop séduisant quoique boiteux maître. A ce propos, ne m’a t-il pas soufflé derniérement qu’Alésia pourrait bien se trouver dans l’est de la France, et non en Bourgogne...Pouvez-vous confirmer les dires du Diable, Mr Mourey ? Je tiens aussi aussi à vous préciser que ce foutu démon à eu recours à une noble revue scientifique pour distiller son doute ( nom de la revue :"L’Histoire" ? si j’en crois ma défaillante mémoire.... Ah moi aussi Alhzeimer....)


    • Emile Mourey Emile Mourey 6 février 2008 22:23

      @ Savinien

      Si les sociétés savantes et les archéologues ne s’étaient pas contentés d’à peu près dans les traductions des textes anciens, s’ils avaient fait preuve d’un peu plus de réflexion dans la logique militaire, il n’y aurait jamais eu d’affaire Alésia.

      Cette affaire n’est pas l’oeuvre du diable mais une histoire de fous : des fous qui se disaient pourtant intellectuels.

      Et puis, a suivie la querelle des clochers : Les uns pensent à Lise , les autres pensent à l’aise. Et puis l’opportunité extraordinaire de faire du papier pour des revues et périodiques pseudo-historiques en mal d’inspiration.

      Le drame, pour moi en tout cas, est que mes adversaires utilisent la querelle stérile d’Alésia pour dire "on ne veut pas recommencer pour Bibracte et Gergovie, la polémique qui a eu lieu pour Alésia" Point final !

      Alésia ? Dans toute l’histoire de l’archéologie des champs de bataille, il ne s’est jamais trouvé de site qui présente autant de vestiges concordants et probants que celui d’Alise-Sainte-Reine.


    • Savinien 6 février 2008 23:44

      Sans doute ces savants docteurs se veulent-ils disciples de Fronton, écrivain romain qui fit un "Eloge de la négligence"... Ce charmant ouvrage vient d’ailleurs d’être réédité. Dedans on trouvera un " ;Eloge de la fumée et de la poussière". Un titre qui me laisse réveur... Toute histoire n’est-elle pas appelée à finir ainsi, en fumée et poussière ? Une bonne raison en l’occurence, de voir en l’historien une sorte de héros, un Ulysse qui descend jusqu’au fond de l’Hadès... Mais Ulysse a besoin du sang frais d’un sacrifice, et ce afin que les ombres viennent y boire et lui raconter les indicibles nouvelle des Enfers. Ainsi de celle du glorieux Achille. Et que lui raconte ce héros d’entre les héros ? Qu’il préférerait, lui, le grand Achille, mener la vie du plus humble des valets de ferme plutôt que d’être là, six pieds sous terre, illustre défunt... A Rome, à l’endroit même où fût assassiné César, se tient une assemblée de chats qui sommeillent au soleil... A quoi rèvent ces félins ? Probablement à l’assassinat de César ou de ses pareils, à cette étrange folie des hommes qui consiste à enfermer leur destin dans une "histoire"... Mais pour celà, il faut du sang nous prévient le texte Homérique. D’où la sagesse des chats, ces tranquilles dormeurs, qui n’ont que trop piètres bestioles à sacrifier : leur délicieuses souris. Tandis que nous autres, les bêtes qui marchons sur deux pattes....


    • Emile Mourey Emile Mourey 7 février 2008 09:22

      @ Savinien

      Excellent commentaire qui relativise tout ce qui fait notre existence. De même que nous pratiquons l’hygiène corporelle, il serait bon de relire de temps en temps les auteurs grecs et latins sur les sujets les plus anodins : excellente façon de se laver le cerveau et de "penser" dans un autre contexte que le nôtre. Pas facile toutefois de sortir de son histoire. Mais pourquoi donc, auteurs d’Agoravox, écrivons-nous si ce n’est pas dans l’espoir de contribuer tant soit peu à l’avancée des connaissances et à la bonne marche de la société et du monde ? Nous ne sommes pas programmés comme le monde des chats, c’est là le mystère.


    • LE CHAT LE CHAT 7 février 2008 09:27

      @Savinien

      merci pour les chats ,ils ont compris que le productivisme ne menait nulle part ! vivement les 18h / jour de sieste !

       

      @emile

      Bravo pour ce bel article sur Bibracte qui mériterait une ode de francix Lalannix , notre nouveau Barde

      attristé par cette nouvelle, toute ma sympathie t’accompagne dans la douloureuse perte de ton épouse , putain de crabe ! .

       


    • Emile Mourey Emile Mourey 7 février 2008 09:36

      @ Le Chat

      Dérivé du grec karkinos qui signifie crabe ou pinces, le mot latin cancer, désignant crabe ou écrevisse, prend à la fin du XVe siècle en français le sens de tumeur maligne...


    • LE CHAT LE CHAT 7 février 2008 09:46

      @emile

      c’est aussi mon signe astrologique , bien que je sois aussi du signe du chat dans l’empire du milieu ,

       


  • ZEN ZEN 7 février 2008 11:01

    Toute ma sympathie, Mr Mourey

    Les désaccords occasionnels peuvent aller avec le respect


  • Antenor Antenor 7 février 2008 14:55

    @ Emile

    Je me joins aux témoignages de soutien, votre ténacité nous laissent tous pantois.

    "et, en France, l’invention d’une Gergovie imaginaire dans la plaine alors que le texte de César la place au sommet d’une haute montagne."

    Gergovie, on commence à ne plus vraiment savoir où c’est : un morceau à Corent, un à Merdogne et un autre à Gondole. Y aura-t-il un curieux pour aller voir au Crest ? En tout cas, l’ensemble devient de plus en plus maousse.

    Vous pensez que sur les pentes autour du Mont-Saint-Vincent, il y avait des faubourgs de la taille de ceux de Corent ou du Heunebourg ?

    Le personnage au dessus de l’entrée du temple pourrait-il être le dieu phénicien de la résurrection Adon (Seigneur ) ? La présence des deux autres personnages l’encadrant s’expliquerait par le fait que les dieux phéniciens allaient par triade, comme les dieux... celtes. Triades qui aboutirent très probablement à la Trinité.


    • Antenor Antenor 7 février 2008 15:15

      Correction : les deux personnages auxiliaires ne ressemblent pas à des dieux. La main droite du personnage central est dans une position bizarre.

      http://www.romanes.com/Mont-Saint-Vincent/Saint_Vincent_de_Mont_Saint_Vincent_0020.html

       


    • Emile Mourey Emile Mourey 7 février 2008 16:10

       

      @ Antenor

       Vous dites : Gergovie, on commence à ne plus vraiment savoir où c’est : un morceau à Corent, un à Merdogne et un autre à Gondole. Y aura-t-il un curieux pour aller voir au Crest ? En tout cas, l’ensemble devient de plus en plus maousse.

       Exact ! La confusion est totale. Il faut aller voir le site officiel http://gergovie.free.fr/. D’abord, en introduction : ma condamnation à mort sans que je sois nommé. "Je donne tort à Napoléon III. Je polémique. Mes savantes interprétations ne font pas le poids face aux mille faits objectifs des archéologues."

       Et puis l’invention d’une capitale éclatée absurde alors que la réalité est à la portée de la compréhension d’un enfant de dix ans. La réalité, c’est une Gergovie puissamment fortifiée, à la grecque, sur l’éperon du Crest, comme cela se trouve ailleurs dans le monde antique – Gasty en a montré les vestiges dans un de ses articles -  un site sacré sur le plateau de Corent en contrebas et puis, un peu partout des villages déjà fortifiés qui sont toujours là mais qu’on ne veut pas voir.

       Vous me demandez : Vous pensez que sur les pentes autour du Mont-Saint-Vincent, il y avait des faubourgs de la taille de ceux de Corent ou du Heunebourg ?

       Non, je ne le pense pas, car cela aurait gêné le guet et la défense. En revanche, un peu partout des fermes et des bourgs. César en parle au sujet du pays des Helvètes.

       Vous dites : Le personnage au dessus de l’entrée du temple pourrait-il être le dieu phénicien de la résurrection Adon.

       Je pense qu’il s’agit de Salomon rendant la justice. L’iconographie qui a suivi est un indice assez sérieux. Mais qui était Salomon ? Un homme /individu ? J’en doute. Un conseil de gouvernement plutôt. Ses très nombreuses femmes ? Des troupes militaires ou des oligarchies guerrières. Sa principale femme, fille du pharaon ? Probablement sa principale troupe/gardes du corps, troupe égyptienne. Cela signifie que si le royaume de Salomon fut si grand, c’est parce qu’il était province égyptienne ou tout au moins sous la férule directe de l’Egypte.

      La Bible le présente comme un roi hébreu. Peut-être, mais ce n’est pas certain.


    • Antenor Antenor 9 février 2008 00:37

      C’est histoire de chaux est invraissemblable. Si les découvertes archéologiques nous avaient montré une civilisation celtique "à la ramasse" dans les autre domaines techniques comme la métallurgie ou la céramique, on aurait pu admettre qu’ils étaient aussi en retard dans le domaine de la construction, or ce n’était pas le cas.

      Je n’avais pas envisagé qu’il faille prolonger aussi tard la lecture allégorique de l’ancien testament. Bibracte serait alors presque une colonie égyptienne.

      L’implantation au Mont-Saint-Vincent de ce temple probablement unique en Europe à cette époque, pose question. N’est-ce pas là le signe qu’au moment de sa construction, l’endroit était déjà connu des Phéniciens depuis fort longtemps et qu’il faut faire remonter les liens entre la région de Bibracte et les ports du Levant encore plus loin en arrière ?


    • Antenor Antenor 9 février 2008 00:42

      C’est histoire

      Cette histoire


    • Emile Mourey Emile Mourey 9 février 2008 10:58

      @ Antenor

      Probablement. C’est ce que j’ai essayé d’évoquer dans mon article précédent au sujet de l’époque chasséenne. Le site de Chassey-le-Camp, en Saône-et-Loire, que je connais bien, m’intrigue depuis très longtemps. La Saône-et-Loire, où je réside, est une région révée pour ceux qui cherchent à comprendre les origines de notre histoire. Des chercheurs, comme Bulliot, ont passé leur vie à parcourir la région, à relever les moindres traces d’occupation ancienne. Son ouvrage sur le système défensif des Romains en pays éduen est remarquable, très riche en observations mais malheureusement erroné au point de vue de l’interprétation. Sa grande erreur, en effet, est de s’être laissé influencer par l’idéologie du moment, à savoir que nous devions tout aux Romains et que la moindre fortification ne pouvait avoir été que leur oeuvre, enfin que tous les ouvrages militaires dont il relevait les ruines ne pouvaient dater que d’après la conquête.

      Concernant le mortier de chaux, en refuser l’usage aux peuples gaulois alors que que cet usage était largement répandu dans le monde antique est une absurdité totale. Quand on sait que, pour les archéologues, c’est une solution facile pour distinguer ce qu’il faut attribuer aux Romains de ce qu’il faut attribuer aux Gaulois, on mesure l’immensité de leurs erreurs. Et cette erreur perdure toujours, car les fouilleurs de Corent, en Auvergne, vont jusqu’à imaginer de grandes villes gauloises disparues construites uniquement en bois et même des palais à plusieurs étages et ils ne voient même pas les multiples bourgs, villages fortifiés et forteresses qu’on dit du Moyen-âge mais qui remontent beaucoup plus loin dans le temps.

      Dernière nouvelle. Valeurs actuelles vient d’annoncer que le président de la République envisage de se rendre à Bibracte/Mont Beuvray courant février. Vraiment, les archéologues du mont Beuvray sont très très forts. Après avoir piégé Mitterrand, ils vont piéger Sarkozy... cela remplace les arguments.


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