mercredi 31 mars - par Jean Dugenêt

Bilan de la discussion du 21 août 2020 entre quatre organisations qui se réclament du trotskisme en Argentine

Il faut tirer le bilan de la discussion du 21 août 2020 entre les quatre organisations argentines qui ont formé un front électoral en 2019, le FIT-U. La discussion visait essentiellement à envisager des actions communes dans la lutte des classes pour ne pas se limiter à n’être qu’un front électoral. Mais, du point de vue de l’AGIMO, cette discussion peut aboutir à une réalisation plus importante : regrouper trois organisations internationales comme première étape pour la reconstruction de la IVème internationale.

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Pour la grande majorité des journalistes et commentateurs politiques, la perspective de la révolution socialiste ne constitue pas un horizon politique crédible. L’image du révolutionnaire romantique baignant dans des utopies est d’ailleurs cautionnée par ceux-là même qui s’affirment partisans tout à la fois de Ho Chi Minh, de Che Guevara ou de Trotsky. Les guérilleros du quartier latin n’ont pas payé le lourd tribut de ceux qui se sont vainement sacrifiés en Amérique latine. Leur mérite ne fut pas immense d’avoir choisi le poster de Che Guevara plutôt que celui qui lui faisait concurrence : Raquel Wetch dans « un million d’années avant JC ». L’image qu’ils donnent de la révolution ne peut que conforter les sceptiques sur leur position.

Nous nous permettons de contester les uns et les autres car les révolutions ne sont pas tant l’affaire des révolutionnaires que celle des peuples et elles apparaissent régulièrement, avec ou sans révolutionnaires. Nous considérons même que c’est un phénomène normal et ordinaire inhérent au système capitaliste.

C’est notre avis et celui des trotskistes d’Argentine. Guillermo Sanchez Porta dit :

« Par exemple, en Bolivie en 1952 ; en Algérie à partir de 1962 ; au Portugal en 1975 ; en Iran en 1978 ; avec la révolution nicaraguayenne de 1979 et le Salvador en 1980, entre autres. Au 21ème siècle, il y a eu les énormes révolutions arabes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, qui sont connues sous le nom de printemps arabe. »

Nous dénombrons 21 révolutions qui aboutissent à un renversement du pouvoir en place entre la révolution bolivienne de 1952 et les révolutions du printemps arabe de 2011. Il y en a, en moyenne, au moins une tous les trois ans. Nous donnons notre liste en annexe. Avec d’autres critères, il serait possible d’en dénombrer beaucoup plus. La page de la Wikipédia intitulée «  Chronologie de révolutions et de rébellions » en compte environ 150. Il n’est pas toujours facile de distinguer entre de simples mouvements sociaux, des rebellions, l’amorce de révolutions et de réels renversements de régime. Remarquons en effet que dans notre liste nous ne parlons pas, hormis le cas de l’Algérie, des nombreuses luttes de décolonisation notamment en Afrique. En Europe de l’Est, nous n’avons retenu que la révolution des conseils en Hongrie. Nous ne parlons pas de la révolte de 1953 en Allemagne de l’Est, ni du printemps de Prague et de la Pologne. Nous ne relevons aucun évènement en 1968. Il n’est pas question de la guerre du Viet Nam… Nous ne parlons pas de la guerre civile au Salvador, d’Allende et de Pinochet au Chili…

Assurément, ces diverses formes de révoltes ne peuvent pas être considérés comme des phénomènes exceptionnels, des épiphénomènes. Il s’agit du fonctionnement normal du système capitaliste. Les exploités chercheront toujours la voie du combat classe contre classe pour se défendre contre les exploiteurs et le système capitaliste exige en même temps une guerre permanente des exploiteurs contre les exploités. Cette guerre prend le plus souvent des formes d’une extrême violence. Nous ne comptons pas, dans ces diverses révoltes, les guerres d’écrasement de peuples entiers qui font partie intégrante aussi de ce système mondial d’exploitation : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie... après le Viet Nam, le Cambodge… Ce qu’il faut considérer comme exceptionnel, dans ces conditions, c’est d’avoir une relative stabilité comme c’est le cas dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest. Attendre que des changements viennent d’une élection à l’autre : voilà l’utopie ! Regardez les faits ! Ouvrez les yeux ! Ce n’est pas d’élection en élection que fonctionne notre monde. Ce n’est pas ainsi qu’il évolue, se transforme.

Ces révolutions éclatent régulièrement mais aucune n’est complètement couronnée de succès. Les orateurs expliquent, parfois qu’elles sont avortées. On peut dire aussi qu’elles sont confisquées (par des religieux en Iran, par une aile de la bureaucratie en Roumanie, par l’armée en Algérie...) ou qu’elles dégénèrent. Guillermo Sanchez Porta dit :

« Aujourd'hui, les révolutions se poursuivent et se poursuivront malgré la crise de la direction révolutionnaire. Et si l'on ne progresse pas pour surmonter cette crise, ce qui avancera, ce seront des défaites bloquant les conquêtes démocratiques et sociales […] C'est pourquoi il est si important que tous les nouveaux combattants comprennent l'importance stratégique de la construction des partis ouvriers révolutionnaires internationalistes. Il s’agit d’unir les révolutionnaires de tous les pays pour que les révolutions triomphent et avancent vers la révolution socialiste internationale. »

Il apporte ainsi l’explication de ces défaites. Comment faire pour que des révolutions soient victorieuses et finalement pour que le socialisme triomphe ? Est-ce vraiment une utopie de parler de révolution ou n’est-ce pas plutôt ce qu’il y a de plus réaliste ? Qui a-t-il de plus vrai que le pronostic de Rosa Luxembourg : « Socialisme ou Barbarie » ? Qui a-t-il de plus actuel que la réponse apportée par Trotsky : « La crise de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat » ? Les révolutions ne peuvent pas être pleinement victorieuses parce qu’il n’y a pas de partis révolutionnaires intégrés dans une internationale révolutionnaire.

Il n’y a rien de nouveau dans ce constat qui est la suite logique de ce qu’écrivait Karl Marx au XIXème siècle. Nous ne cherchons pas de théorie fumeuse à la mode pour exprimer la réalité du monde dans lequel nous vivons. Il n’y a rien de plus actuel que le marxisme.

Dans le débat Alejandro Bodart pose notamment cette question :

"Qu’est-il arrivé au trotskysme depuis ce moment (depuis la mort de Trotsky en 1940) jusqu’à nos jours ? Pourquoi, si Trotsky nous a légué une base solide, le trotskisme est-il divisé aujourd’hui en plusieurs tendances ? Pourquoi aucune des organisations internationales qui revendiquent l’héritage de Trotsky n’a-t-elle réussi à gagner une influence de masse ? Et bien sûr, pourquoi n’avons-nous pas réussi à prendre le pouvoir dans aucun pays ? Voilà les questions qui sont posées... "

La réponse c’est que les trotskistes étaient trop faibles quantitativement et aussi qualitativement à la sortie de la guerre pour maintenir le cap fixé par Trotsky. Quand je dis qu’ils étaient faibles qualitativement, je veux dire qu’il leur manquait l’expérience et la formation nécessaire. Face aux difficultés pour construire l’internationale révolutionnaire, ils ont capitulé en cherchant des raccourcis et donc en abandonnant le trotskisme. Dès 1951 la direction avec Michel Pablo, Ernest Mandel et Pierre Franck a sorti toute une théorie qui était une anticipation sur la fameuse théorie des blocs de Samuel Huntington. La lutte entre les blocs (Bloc capitaliste, bloc de l’URSS, bloc du tiers monde...) venait, sinon se substituer, du moins prendre l’avantage sur la lutte des classes. Il fallait alors défendre le bloc de l’URSS et en conséquence entrer dans les partis communistes. Il fallait aussi entrer dans tous les mouvements petits-bourgeois qui semblaient à un moment donné être à la tête de mobilisations ouvrières ou paysannes. Il fallait se ranger derrière des directions nationalistes bourgeoises. Il y a eu une conséquence dramatique immédiatement, en 1952, lors d’une révolution en Bolivie (voir en annexe).

Ce que je viens d’écrire est évoqué par Mercedes Petit quand elle dit :

"Dans ce contexte, l’extrême faiblesse du trotskisme donnait lieu à des réponses révisionnistes, opportunistes et même à des méthodes bureaucratiques et brutales et à des fausses déclarations. Pablo et Mandel ont capitulé devant les partis communistes-staliniens et les dirigeants nationalistes bourgeois de manière irréversible ce qui a conduit à la crise, à la division et à la dispersion de la Quatrième Internationale."

Ceci est confirmé par Alejandro Bodart :

« L'opportunisme est apparu comme un courant profondément enraciné dans les rangs de la Quatrième Internationale. L'adaptation à des directions non-révolutionnaires d'une révolution ou d'un processus de masse, a amené à des capitulations, à certains moments, face au stalinisme, au castrisme, au sandinisme. De telles capitulations ont eu lieu de la part de secteurs se réclamant du trotskisme quand, ceux d’entre nous qui viennent du courant de Moreno essayaient d’appliquer la théorie de la révolution permanente qu’ils avaient étudiée dans des livres, en essayant de faire avancer la révolution comme ce fut le cas au Nicaragua. »

C’est cette politique qui a amené des crises avec des scissions chez les trotskistes et finalement la désagrégation de la IVème internationale. Cela ne manque pas d’alimenter les sarcasmes des commentateurs qui apportent ainsi le plus souvent, à peu de frais, leur contribution au moulin de la contre-révolution. Cette politique, suiviste vis-à-vis de forces politiques qui ne représentaient pas ou qui ne représentaient plus les intérêts de la classe ouvrière, ne peut pas amener une victoire de la classe ouvrière. Cette recherche systématique de forces politiques susceptibles de remplacer le parti révolutionnaire dispense les révisionnistes du difficile combat pour la construction de l’internationale révolutionnaire. Les uns et les autres ont ainsi essayé de prendre le sillage tour à tour, de Tito, de Mao, du FLN algérien pour les uns ou du MNA pour les autres, de Castro devenu un « marxiste naturel », de Che Guevara, d'Ho Chi Minh, d'Arafat, de l'ANC sud-africaine, de Tjibaou, de Chavez, de Syriza ou de Podemos.

Nous avons encore aujourd’hui un très bel exemple de cette politique avec le NPA qui, il y a encore peu de temps, se mettait à la remorque un jour de Chavez et le lendemain de Syrisa... Le NPA ne construira jamais de parti révolutionnaire. Cela est expliqué par Mercedes Petit :

"Les camarades français du PTS font partie du NPA depuis des années, tandis que le NPA soutenait Chávez et Syriza. Castillo (militant du PTS) a déclaré aujourd’hui, et a persisté dans sa déclaration, qu’ils sont dans le NPA « pour mener la bataille pour le transformer en parti révolutionnaire ». Camarade Castillo, dans le NPA, la majorité sont des mandélistes et seront des mandélistes, ils ne seront jamais révolutionnaires. […] Ne vous faites pas d’illusions sur le fait qu’à un moment donné, le NPA va se transformer en parti révolutionnaire. […] ".

(…) « Après la mort de Mandel, ses partisans au Brésil ont continué à définir le PT (Parti des Travailleurs brésilien) comme le parti révolutionnaire et ont soutenu le gouvernement de Lula. Ils lui ont même donné l'important ministère des Terres. Au Venezuela, ils ont soutenu le gouvernement bourgeois de Chávez et le faux « socialisme du XXIe siècle », Syriza en Grèce. »

Les dirigeants du NPA ne se remettent jamais en question lorsqu’ils constatent ensuite que les politiques qu’ils ont soutenues aboutissent à des échecs. Toute leur attitude est du style  : « c’était beau, et généreux. On y a cru mais ça a raté. C’est pas de chance. C’est triste et c’est dommage mais on a eu raison d’être avec eux. La prochaine fois on recommencera ». Ils ne tireront jamais le bilan de ce qu’est un gouvernement de front populaire, de ce qu’est une compromission avec des appareils liés à la bourgeoisie, au maintien du capitalisme. Ils ne savent pas qu’il faut au besoin être à contre-courant de l’enthousiasme populaire. Le « ils vont trahir » est une certitude. Il n’y a pas à être surpris. Si demain, en France, Mélenchon, sous la pression populaire devenait candidat unique et était élu président de la république, il y aurait assurément un grand enthousiasme. Nous savons nettement, qu’en restant dans l’UE, il ne faudrait rien en attendre de bon et que les révolutionnaires devront un temps être à contre-courant de cet enthousiasme. Les dirigeants du NPA n’ont pas compris cela et ils ne le comprendront jamais. Dans un cas comme celui-là, ils feraient bloc avec la France Insoumise. Ils se noieraient dans l’enthousiasme général en y mettant une couche de plus pour avoir l’air « anticapitalistes », « révolutionnaires », « d’extrême-gauche » et « toujours en première ligne du combat… »

La politique du NPA est exactement l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Les révolutionnaires doivent en toutes circonstances chercher l’indépendance de la classe ouvrière dans son combat contre l’exploiteur. Il faut refuser tout ce qui amènerait à compromettre les révolutionnaires avec les exploiteurs en se liant à la politique d’une quelconque organisation qui applique un tant soit peu la collaboration de classe. C’est notamment le cas avec les gouvernements comme ceux de Lula ou de Chavez. C’est aussi le cas avec des mouvements comme Syriza ou Podemos.

Pour imposer cette politique révisionniste, dès le début des années 50, la direction de la IVème internationale a usé de méthodes bureaucratiques afin d’interdire toute discussion. Cela s’est répété plusieurs fois notamment avec Lambert. Le bilan de cela aussi est ici tiré par les participants à la discussion pour définir un mode de fonctionnement où la démocratie l’emporte sur le centralisme, où personne ne peut se prendre pour Lénine ou Trotsky au point d’imposer son autorité. N’étaient-ils pas ridicules les Mandel ou Lambert quand ils prétendaient être, à la tête de la IVème internationale, les successeurs de Trotsky ?

Nous ne pouvons qu’approuver à ce sujet les propositions d’Alejandro Bodart :

« La seule façon d’unir réellement les révolutionnaires est, tout d'abord, d’accepter que nous ne sommes pas les seuls révolutionnaires, qu'il y en a d’autres. Il faut donc une stratégie qui permette que des organisations trotskystes qui ont des traditions différentes puissent coexister fraternellement sur la base de principes communs, mais aussi avec des différences partielles. Il faut privilégier la démocratie sur le centralisme, parce que - j'insiste - personne n'a le pouvoir d'imposer quoi que ce soit. Une stratégie qui permette de construire une direction supérieure à celles que nous avons connues n’est pas du tout du laxisme, comme vous l’avez écrit, mais c’est la méthode efficace à 100%.

Aujourd'hui, c'est la seule manière de construire une organisation forte. C’est seulement ainsi que nous serons en mesure de reconstruire les forces de la Quatrième Internationale, de la réorganiser. Nous devons discuter de la méthode à suivre pour cesser d’être des petits groupes internationaux, pour ne pas nous contenter de ce que nous sommes aujourd'hui. Nous devons discuter avec le plus de clarté possible de tout ce qui a échoué, pour nous ouvrir à de nouvelles expériences, de nouvelles stratégies qui permettront de nous regrouper avec d’autres révolutionnaires. Le monde est plein de révolutionnaires camarades, mais nous avons été formés séparément. Il y a des cadres, des dirigeants, des contributions théoriques qui viennent de différents courants et que nous devons unir. Personne ne doit suivre des dirigeants avec une confiance aveugle, parce que la confiance est seulement atteinte par des grands mouvements de masse des travailleurs. Lénine et Trotsky sont devenus les dirigeants qui ont rendu possible la construction de la Troisième Internationale parce qu'ils ont mené des révolutions. Nous devons discuter de la manière d’unir ceux d'entre nous qui n'ont pratiquement rien dirigé, pour voir si, à un moment donné, nous pourrons nous battre pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir. Dans ce monde qui est convulsé et plein d’opportunités, il nous faut gagner la confiance nécessaire pour construire une organisation internationale qui puisse prendre la direction du mouvement ouvrier. »

(…) Si nous parvenons à le faire, nous avancerons et nous pourrons changer certaines conceptions qui se sont enracinées, car personne ne peut prétendre détenir toute la vérité et personne n'a l'autorité d’un grand révolutionnaire (NDLR Comme Trotsky). Nous ne pourrons pas diriger les mobilisations ouvrières si nous ne changeons pas, si nous ne sommes pas critiques à l’égard de ce que nous avons fait, si nous n'osons pas avoir des tactiques audacieuses pour intervenir. J'espère que nous pourrons réfléchir ensemble, nous écouter. Nous sommes convaincus que si nous nous écoutons, au moins un peu, tout ce débat ne sera pas vain, qu’il ne servira pas qu'à répéter les mêmes choses et à faire la sourde oreille. Merci beaucoup. »

Il faut se féliciter que les dirigeants de quatre organisations qui se réclament du trotskisme aient pu discuter sans concessions mais sans violence verbale.

Nous allons aborder maintenant la question des divergences politiques entre ces organisations.

Nous avons déjà dit l’essentiel en ce qui concerne le PTS. Ils ont un vis-à-vis en France avec la tendance « Révolution Permanente » du NPA. La seule chose que nous pourrions faire avec eux serait de les inviter à discuter de nos deux propositions : « gouvernement provisoire des organisations ouvrières (PC/PS/LFI) » et « A bas l’UE ! » en leur demandant de bien vouloir écrire au moins une fois que Walter Hallstein était un juriste nazi qui avait travaillé pour Hitler sur son projet de Neue Europa. S’ils ne sont pas d’accord avec ce que nous avons écrit dans notre article « Walter Hallstein était un nazi », il faudrait qu’ils le disent. Il ne faut pas tourner le dos aux faits. Il ne faut pas craindre de chercher la vérité et de la dire. Nous ne leur demanderons pas d’aller jusqu’à être d’accord avec ce que nous avons écrit dans notre article, maintenant dépassé, « Il n’y a plus de trotskistes en France ». Bref ! nous ne voyons absolument pas ce que nous pourrions faire avec ces européistes qui ont une politique qui s’intègre parfaitement bien dans celle du NPA. Nous ne nous prononçons pas sur ce que les trotskistes pourraient faire avec eux en Argentine où la question de nos deux mots d’ordre ne se pose pas.

Il reste à dire quelques mots de la politique de PO. Il faut d’abord signaler que depuis le débat du 21 août 2020, Jorge Altamira, dirigeant historique du PO a été mis en minorité dans son organisation et que la question de son exclusion est posée. Nous ne pouvons pas exposer ici les divergences internes à PO mais il est certain que cette organisation est en pleine évolution ou mutation. Ce qui ne change pas chez eux, c’est qu’ils ne cherchent pas à construire une internationale. Ils sont, à l’état pur, sur les positions du national-trotskisme ce qui est rappelé par Alejandro Bodart. Ils sont, de ce point de vue, aussi peu trotskistes que « Lutte Ouvrière » qui, en France, avoue s'être construite indépendamment de la IVème Internationale tout en prétendant qu’ils en adoptaient le programme. Par quel miracle serait-il possible d’appliquer le programme de construction de la IVème internationale (programme de transition) sans se soucier le moins du monde de la IVème internationale ? Le PO, tout comme Lutte Ouvrière, sont à l’opposé de ce qui préoccupe l’AGIMO par rapport à ce débat. Nous nous en tiendrons là à leur sujet.

L’AGIMO a beaucoup de points communs avec les deux autres organisations le MST et l’IS. Mais il reste, des divergences entre les deux. Nous devons les examiner pour voir s’il nous faut choisir entre ces deux organisations. Certaines divergences concernent des faits qui se sont déroulés en Argentine. Il s’agit du mouvement politique « Proyecto Sur » créé par des personnalités connues en Argentine telles que le cinéaste Pino Solanas. Ce mouvement est intervenu après l’éviction du président Menem pour renationaliser le pétrole, les chemins de fer, les transports maritimes… Il s’agit aussi du « Front civique de Santagio » qui est un front électoral de la province de Santagio de Estero. Il regroupait des membres à la fois de l'Union Civique Radicale, du parti péroniste et quelques socialistes. Nous ne connaissons pas suffisamment les faits pour suivre la discussion sur ces sujets. Nous ne nous prononcerons donc pas sur les positions prises par les uns et les autres par rapport à ces évènements.

Nous nous intéresserons par contre aux divergences concernant ce qui s’est passé dans d’autres pays.

Alejandro Bodart déclare dans sa première intervention :

" Nous défendons l’entrisme que nous avons fait dans le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), comme nous avons défendu l’entrisme dans le PT(Parti des Travailleurs), comme nous pensons qu’il était nécessaire de faire de l’entrisme pendant la période de boom de Syriza ou à Podemos. Ce sont des tactiques qui prennent le meilleur du trotskisme."

Guillermo Sanchez Porta exprime un point de vue nettement différent :

 « Nous agissons aujourd’hui au Venezuela, sans capituler devant le Chavisme ou le « socialisme du XXIe siècle », sans rejoindre le PSUV, et en promouvant la mobilisation de la classe ouvrière, en construisant le syndicat autonome actuel C-CURA et le Parti du socialisme et de la liberté. » et il ajoute « Nous agissons aussi au Pérou et au Brésil au sein de larges partis tels que la FA et le PSOL, combattant la politique des courants qui proposent de soutenir des variantes de fronts populaires. Nous défendons l'indépendance de classe et construisons nos partis révolutionnaires internationalistes. »

Pour examiner ces deux points de vue, il nous faut d’abord apporter des précisions par rapport à ce que nous avons dit au sujet du PTS et du NPA. Les révolutionnaires doivent, pour rester indépendants, se garder de se lier politiquement avec toute organisation qui pratique la collaboration avec l’ennemi de classe. C’est donc le cas, en général, avec les organisations ouvrières-bourgeoises, avec les partis de la classe ouvrière qui sont passés du côté de l’ordre bourgeois (actuellement en France : PC/PS/LFI). Mais, il y a sur ce point une nuance à introduire. Il peut être tactiquement utile d’entrer dans des organisations dont la direction est compromise quand c’est la solution qui permet à des révolutionnaires d’avoir une existence publique et/ou quand il y a un afflux massif vers ces organisations. Il faut savoir apprécier les conditions dans lesquelles cela peut être fait. Il est possible d’avoir alors une unité organique avec de telles organisations si cela ne remet pas en question l’indépendance politique. La situation n’est pas la même si on est dans une dictature ou une démocratie parlementaire. Cela dépend aussi de l’implantation plus ou moins importante des révolutionnaires. Dans certaines situations les révolutionnaires n’ont pas d’autres solutions, pour avoir une existence politique, que d’entrer ainsi dans d’autres organisations. Il leur faut parfois agir dans les syndicats les plus réactionnaires.

Il y a un exemple célèbre. En août 1934, à l’initiative de Trotsky, les trotskistes français entrent dans la SFIO « à drapeau déployé » c’est-à-dire sans nullement se dissimuler. Ils forment dans la SFIO le Groupe Bolchévique-Léniniste. En formant ainsi ouvertement une tendance, ils ne perdent en rien leur autonomie. Ils seront d’ailleurs exclus par Léon Blum dès 1935 et formeront le Parti Ouvrier Internationaliste en 1936.

Cette question est au centre de la discussion entre le MST et l’IS.

Alejandro Bodart veut justifier que ses camarades sont entrés au Venezuela dans le parti de Chavez (le PSUV) et au Brésil dans le parti de Lula et Dilma Rousseff (le PT) de même qu’ils ont soutenu Syriza et Podemos. Il explique donc que c’étaient des tactiques qui ne remettaient pas en question le principe fondamental de la lutte révolutionnaire que je viens de rappeler. Ses arguments sont-ils convaincants ?

Je vais examiner cela et surtout je poserai la question : ces divergences sont-elles insurmontables au point qu’une réunification entre ces deux organisations ne soit pas envisageable ?

Pour justifier cette politique Alejandro Bodart développe plusieurs fois un argument qui me parait bien peu recevable. Il dit qu’avec cette politique les organisations de la LIS-ISL se sont davantage développées que celle de l’UIT-QI. Voici précisément comment il formule cela.

« Si vous sortez plus fort d’une tactique, avec un parti révolutionnaire plus fort, la tactique était légitime et correcte. »

"Le Parti révolutionnaire, le MST de Cordoue, est plus fort et vous êtes plus faible. Que cela vous plaise ou non, c’est cela et rien d’autre la réalité."

Je rejette cet argument car il peut arriver qu’une organisation centriste ait du succès quand une organisation qui a une orientation révolutionnaire peine à se développer. C’est d’ailleurs normal quand une politique centriste amène un parti à se fondre dans l’enthousiasme d’un moment en faveur d’une organisation prête à pratiquer la collaboration de classe. Le succès de telle ou telle organisation dépend de multiples facteurs et ne prouve donc en rien qu’une orientation est révolutionnaire. En Espagne, Trotsky critiquait la politique centriste du POUM. Cependant il n’avait aucun moyen de développer sa politique révolutionnaire. Andrès Nin avait assurément plus de succès que Trotsky. C’était pourtant l’orientation de Trotsky qui était révolutionnaire.

J’accepte beaucoup mieux tous les arguments que le MST avance pour montrer que les organisations de la LIS-ISL ne se sont pas compromises et qu’elles ont gardé leur indépendance. Sergio Garcia dit notamment :

« Nous n’avons jamais fait partie du gouvernement, nous n’avons jamais perdu notre indépendance politique. Nous avions notre propre organisation, notre propre journal, nos propres cadres, nos propres cours de formation et nous avons construit une organisation en intervenant dans ce processus. » « Ce qu’ils doivent se demander c’est : est-ce que le MST, dans cette tactique, a perdu son indépendance politique a cessé de construire un parti révolutionnaire ? Et ce n’est pas le cas, nous n’avons jamais cessé de progresser. Même à l’Assemblée législative, lorsque nous sommes entrés, nous avions notre propre bloc. Vérifiez les bulletins de vote de notre député au cours de ces quatre années. C’était une réussite politique de notre tactique. Il n’y a pas un seul vote qui puisse être critiqué pour avoir violé des principes de classe. »

Bien évidemment, il est encore plus clair qu’une organisation garde son indépendance au Venezuela et au Brésil quand elle ne rejoint ni le PSUV ni le PT. C’est ce qu’explique Guillermo Sanchez Porta :

« Nous agissons aujourd’hui au Venezuela, sans capituler devant le Chavisme ou le « socialisme du XXIe siècle », sans rejoindre le PSUV, et en promouvant la mobilisation de la classe ouvrière, en construisant le syndicat autonome actuel C-CURA et le Parti du socialisme et de la liberté. » et il ajoute « Nous agissons aussi au Pérou et au Brésil au sein de larges partis tels que la FA et le PSOL, combattant la politique des courants qui proposent de soutenir des variantes de fronts populaires. Nous défendons l'indépendance de classe et construisons nos partis révolutionnaires internationalistes. »

Il y a donc assurément une divergence entre la LIS-ISL et la UIT-QI mais elle ne semble pas programmatique. Ils sont d’accord sur l’essentiel et cette divergence ne justifie pas qu’il y ait deux internationales séparées. Les divergences avec PO et le PST sont nettement plus importantes mais je laisse de côté la possible construction d’une organisation unique à la place du front FIT-U. C’est une question essentiellement argentine. Je m’intéresse prioritairement à la question de l’internationale car cela concerne l’adhésion de l’AGIMO.

Je suis pleinement favorable à la proposition de Mercedes Petit :

« Nous réitérons la proposition que nous avons déjà faite lors de la conférence latino-américaine d’unir les révolutionnaires. Commencez par coordonner des campagnes communes. […] Deuxièmement, promouvoir là où les conditions sont réunies des expériences comme celle du FIT-Unidad en Argentine. Troisièmement, prendre des mesures concrètes vers une coordination nationale et internationale sur le chemin difficile mais nécessaire vers la reconstruction de la Quatrième Internationale sur la base d’un programme révolutionnaire. »

Je pense en effet que des mesures concrètes doivent être prises pour se diriger vers la fusion des deux internationales LIS-ISL et UIT-QI. Je serais d’ailleurs favorable à ce que la LIT-QI soit aussi réunie avec les deux autres mais elle n’était pas présente dans cette discussion. Je chercherai d’autres documents pour voir où la LIT-QI a des divergences avec les 2 autres internationales.

Voilà, l’essentiel de ce que nous pouvons dire en conclusion. Je veux cependant revenir sur la question de l’entrisme dans diverses organisations pratiqué par la LIS-ISL et critiqué par l’UIT-QI. Pour le peu que nous avons comme renseignements à propos de la LIT-QI, il semble bien qu’elle formule les mêmes critiques que l’UIT-QI. Je maintiens que, compte tenu des renseignements dont nous disposons, il ne nous est guère possible de réfuter les arguments de l’ISL-ISL affirmant qu’ils ont gardé leur indépendance dans ces opérations.

Je tiens cependant à signaler mon inquiétude au sujet de la politique de la LIS-ISL. Il ne faut pas, au nom de la tactique, se laisser glisser sur la pente dangereuse de la facilité qui risque de mener tout droit à la capitulation. Il faut savoir, au contraire, aller à contre-courant or, dans les diverses crises de la IVème internationale, les errements à la remorque de courants dominants ont souvent été présentés comme de simples tactiques sous prétexte d'efficacité. Ce type d’entrisme et de soutien accordé à des organisations douteuses (Syrisa et Podemos sans parler du Front civique de Santagio et de Proyecto Sur) est apparemment une pratique fréquente de la LIS-ISL.

Je veux rappeler à ce sujet l’exemple prototypique pour des trotskistes : l’exemple de la révolution russe. Lénine, exilé en Suisse, fulmine de ne pas pouvoir rentrer en Russie quand éclate la révolution de février. Il reçoit quelques nouvelles et il est inquiet. Le gouvernement de Kerensky est très populaire. Il incarne la victoire de cette première révolution. Il incarne la chute de la monarchie qui est ressentie comme une libération sans précédent. Un vent de liberté souffle et les mesures prises par le gouvernement provisoire vont dans ce sens. Elles sont accueillies dans l’enthousiasme général. La réaction, avec Kornilov, veut mettre un terme à tout cela. Dans ces conditions, au sein même de la direction du parti bolchévique, apparaît le désir de soutenir le gouvernement provisoire et, sur ce point et bien d’autres, de s’unir avec les mencheviks. Lénine adresse le 30 mars 1917 une lettre alarmante à J.S. Hanecki, membre du bureau étranger du comité central des bolcheviks :

« Notre parti se déshonorerait à jamais, se suiciderait politiquement, s'il acceptait cette tromperie... Personnellement, je n'hésite pas une seconde à déclarer, et à déclarer dans la presse, que je préfèrerais même une scission immédiate avec qui que ce soit dans notre parti à des concessions au social-patriotisme de Kérenski et Cie ou au social-pacifisme et au kautskisme de Tchkhéidzé et Cie »

Lénine est prêt, si le parti bolchévik ne le suit pas, à organiser une scission au sein du parti bolchevik. Il est prêt, si cela est nécessaire pour regrouper des révolutionnaires inflexibles, à scinder ce parti qu’il a lui-même fondé et façonné selon ses propres règles. Dans la foulée, il envoie à Pétrograd les cinq « lettres de loin ». Seule la première et publiée dans la Pravda. Il écrit :

« Quiconque prétend que les ouvriers doivent soutenir le nouveau gouvernement afin de combattre la réaction tsariste (et c'est ce que prétendent apparemment les Potressov, les Gvozdev, les Tchkhenkéli, et aussi Tchkhéidzé malgré sa position éminemment évasive) trahit les ouvriers, trahit la cause du prolétariat, la cause de la paix et de la liberté. » (…) « la seule garantie de la liberté et de la destruction complète du tsarisme réside dans l'armement du prolétariat, dans la consolidation, l'extension, le développement du rôle, de l'importance et de la force du Soviet des députés ouvriers. Tout le reste n'est que phrases et mensonges, aveuglement volontaire des politiciens du camp libéral ou radical, manœuvre frauduleuse. »

Nous avons bien là l’exemple de ce que doit être une position révolutionnaire qui va à contre-courant de l’enthousiasme du moment à l’égard de la politique d’un gouvernement qui ne pourrait que trahir les intérêts des travailleurs. C’est bien en allant, dans un premier temps, à contre-courant que les bolchéviks se préparent aux futures victoires. Le recrutement à cours terme n’est pas la préoccupation première de Lénine. Dans ces circonstances, il prête plus d’importance au qualitatif qu’au quantitatif. Les révolutionnaires ne doivent pas transiger : il faut préserver l’indépendance de la classe ouvrière à l’égard de toute aile de la bourgeoisie aussi progressiste soit elle.

Souvenons-nous aussi que lors de la trahison des lambertistes en 1981, le soir même de l’élection de Mitterrand, non seulement les militants de l’OCI baignaient dans l’enthousiasme général mais ils venaient même avec le service d’ordre de l’OCI encadrer la fête du PS sur la place de la République. Ce soir-là, d’authentiques révolutionnaires auraient dû, à contre-courant de cet enthousiasme, diffuser un tract intitulé : « Un sale coup se prépare ! » Il n’est pas possible de revenir sur le passé mais, qu’au moins, cela serve de leçon pour l’avenir.

Je le répète : j’ai à ce sujet une inquiétude à l’égard de la politique de la LIS-ISL. Je ne saurais trop inviter ces camarades à ne pas céder systématiquement à la facilité et, au contraire, à ne pas craindre d’aller à contre-courant. Pour l’essentiel, il me parait primordial de faire tout ce qui est possible pour rassembler en une seule organisation les forces dispersées dans les trois internationales : UIT-QI, LIS-ISL et LIT-QI. J’ai la conviction d’ailleurs que les propositions de la LIS-ISL vont complètement dans ce sens de même que celle de Mercedes Petit :

« Prendre des mesures concrètes vers une coordination nationale et internationale sur le chemin difficile mais nécessaire vers la reconstruction de la Quatrième Internationale sur la base d’un programme révolutionnaire. »

Je souhaite que ces propositions soient suivies par tous. Les dernières divergences seront réglées par la discussion. Si celle-ci se poursuit dans les mêmes conditions, les positions collectives ne pourront alors être que celles qui seront les plus conformes à ce que Nahuel Moreno appelait le trotskisme orthodoxe.

J’ai toute confiance dans la démarche entamée par les trotskistes d’Argentine.

En avant pour la reconstruction de la IVème internationale !

 

Annexe

De la révolution bolivienne de 1952 aux révolutions du printemps arabe de 2011 nous dénombrons 21 révolutions qui aboutissent à un renversement du pouvoir en place. Nous essaierons ultérieurement de faire un résumé pour chacune de ces révolutions. Nous nous contentons ici, pour la plupart d’entre-elles, de ne dire que quelques mots.

  1. Le 6 mai 1951, Paz Estenssoro dirigeant du MNR (Mouvement Nationaliste Révolutionnaire) est élu président de la république mais une junte militaire annule l’élection et prend le pouvoir en plaçant le général Hugo Ballivian à la tête du pays. Le MNR essaie de réagir avec la police et une fraction de l'armée. Ils tentent un contre-pustch qui échoue le 9 avril 1952. La police, se voyant vaincue par les militaires, remet des armes aux travailleurs des usines et au peuple de La Paz, pour qu’ils résistent à la contre-offensive militaire. Les mineurs d’Oruro se soulèvent et mettent en échec l’armée de cette région. Ils commencent à descendre sur La Paz et, après s’être emparés d’un train militaire plein d’armements, ils liquident l’armée bolivienne. A La Paz, les travailleurs battent totalement 7 régiments (la base de l’armée bolivienne) et prennent toutes les armes. Le gouvernement dictatorial tombe et un gouvernement du MNR prend sa place. En fait, le contrôle du pays était entre les mains des ouvriers et paysans organisés dans la COB (Central Obrera Bolivaria). Ils formaient une milice armée forte de 50 000 à 100 000 hommes dirigée majoritairement par les trotskistes du POR (Parti Ouvrier Révolutionnaire). Le POR était aussi le parti le plus influent dans la COB où il dominait nettement les communistes et l’aile nationaliste dirigée par Lechin proche de Paz Estenssoro. Le POR dirigeait ainsi la centrale ouvrière COB durant les six mois déterminants qui ont suivi l’insurrection. Le programme, la direction et la presse de la COB étaient aux mains du POR. Le texte fondateur de la COB, les thèses de Pulacayo, avaient été rédigées par Guillermo Lora dirigeant du POR. Elles étaient inspirées du Programme de Transition de Trotsky. Le POR avait alors les moyens de lancer le mot d’ordre : « Tout le pouvoir à la COB et aux milices ouvrières ». Mais, sous l’influence de Pablo, Mandel et Frank en pleine révision du trotskisme, ils ont soutenu le MNR et Paz Estenssoro qui est revenu à la présidence. La politique de « l’entrisme sui generis » de Pablo consistait alors à entrer dans le MNR. Dès lors, le POR s’est englué dans la collaboration de classe en apportant un « soutien critique » au gouvernement bourgeois qui lui a offert des postes ministériels. La prise du pouvoir par la classe ouvrière n’était plus la stratégie du POR. Il cherchait à influencer le parti bourgeois et son gouvernement et à réformer le MNR. Le POR était passé du bolchévisme au lechinisme dans une situation qui était, à bien des égards, comparable à celle de la Russie après la révolution de Février 1917. Une telle orientation désarmait et démobilisait la COB en lui demandant, au lieu de prendre le pouvoir, d’aider un gouvernement bourgeois qui était inévitablement destiné à s’aligner sur l’impérialisme et à massacrer les travailleurs. De fait le 24 juillet, plus de 3 mois après l’insurrection, le gouvernement décréta la réorganisation de l’armée. Cette politique amena quelques années plus tard, en 1964, le général Barrientos à reprendre le pouvoir à la suite d’un nouveau Coup d’Etat mené avec une armée entièrement reconstituée. La même politique dans la Russie de 1917 aurait assurément permis à Kornilov de remettre le tsar sur le trône.
  2. 1956 : République des conseils en Hongrie. Le 23 octobre 1956, les protestations étudiantes, entamées pour soutenir les ouvriers de Pologne, tournent à l'insurrection populaire. C’est l’insurrection de Budapest. Le comité central du Parti communiste appelle Imre Nagy à la tête du gouvernement. Le 28 octobre, Imre Nagy est nommé Premier ministre. Il forme un gouvernement pluripartite et exige une démocratie parlementaire, retire ses armées du pacte de Varsovie le 31 octobre et, le 1er novembre, proclame la neutralité de la Hongrie auprès des instances de l’ONU tout en appelant les grandes puissances à la garantir. Le 4 novembre 1956, les chars soviétiques entrent en Hongrie et noient dans le sang l'insurrection populaire. Imre Nagy est pendu le 16 juin 1958.
  3. 1959 : Révolution cubaine menée par Fidel Castro pour renverser le gouvernement du général Batista.
  4. 1962 : Algérie. Le FLN remporte une victoire politique mais il est militairement broyé par l’armée française. Il n’existe plus. Grande manifestation populaire quand l’Algérie devient indépendante à la suite des accords d’Evian passés entre le GPRA et l’état français. La population descend dans les villes. La situation est révolutionnaire mais aucun parti ne peut la contrôler. Les accords d’Evian ne sont pas appliqués car ils sont inapplicables dans les conditions de cette montée révolutionnaire. Une assemblée constituante est prévue à la suite du référendum du 20 septembre 1962. L’ALN (l’armée des frontières), avec Boumediene à sa tête, arrive à Alger. Boumediene crée de toute pièce un FLN du sommet à la base. Ben Bella apporte sa caution à ce FLN pour le faire passer pour le parti qui a gagné la révolution. Ce FLN de Boumediene nomme les 196 membres de l’« Assemblée nationale constituante algérienne ». Le « clan d’Oujda » qui représente le pouvoir militaire a ainsi confisqué la révolution.
  5. 1962 : Révolution dans le Nord du Yémen qui renverse l'imam-roi au pouvoir et établit la République arabe du Yémen.
  6. 1964 : La révolution de Zanzibar renverse la monarchie arabe en place depuis 157 ans et proclame la République populaire de Zanzibar, commençant le processus d'unification avec le Tanganyika. Les deux formeront finalement la Tanzanie.
  7. 1954 : Révolution au Soudan au mois d'octobre. Une grève générale et des émeutes, forcent le président Ibrahim Abboud à transférer le pouvoir à un gouvernement de transition puis à démissionner.
  8. 1969 : Un mouvement de masse des travailleurs, étudiants et paysans au Pakistan force la démission du Président Muhammad Ayub Khan.
  9. 1973 : Les manifestations des étudiants et travailleurs en Thaïlande forcent le dictateur Thamon Kittikhachon et deux associés proches à s'enfuir du pays, commençant une brève période de règle constitutionnelle et démocratique.
  10. 1974 : La révolution au Portugal renverse une dictature de droite et assure en même temps la victoire des indépendantistes en Angola, Mozambique et Guinée-Bissau. Le 30 juin 1975, les Capverdiens élisent une Assemblée Nationale à laquelle le Portugal reconnaît aussi la souveraineté le 5 juillet.
  11. 1974 : Révolution en Ethiopie, qui renverse l'empereur Haïlé Sélassié 1er.
  12. 1978 : La révolution de Saur, guidée par la faction Khalq du Parti démocratique populaire d’Afghanistan, renverse et tue le président Mohammad Daoud Khan. Proclamation de la République démocratique d’Afghanistan. (En 1973, Mohammad Daoud Khan avait renversé par un coup d’Etat la monarchie et établit une république)
  13. 1979 : La révolution iranienne renverse le Chah Mohammad Reza Pahlavi. Le gouvernement provisoire qui succède à la monarchie cède ensuite la place à une République islamique dirigée par l'ayatollah Khomeyni. (La révolution iranienne avait commencé en 1977-78).
  14. 1979 : Au Nicaragua la dictature familiale des Somoza est renversée par la révolution sandiniste.
  15. 1986 : La révolution populaire aux Philippines renverse le président Ferdinand Marcos après un règne de deux décennies.
  16. 1989 : La révolution roumaine renverse le dictateur Nicolae Ceaucescu. Une aile de la bureaucratie confisque la révolution et fait fusiller le couple des Ceaucescu.
  17. 1998 : En Indonésie, les émeutes de Jakarta de mai 1998 aboutissent à la démission de Soeharto, arrivé au pouvoir en Indonésie en 1966.
  18. 2010 : La révolution kirghize de 2010 désigne l'ensemble des événements ayant entraîné la chute du président Kourmanbek Bakiev et de son gouvernement ainsi que les manifestations, violences et autres crises politiques qui ont suivi. Le mercredi 7 avril 2010, des milliers de manifestants descendent dans les rues et se battent contre les forces de l'ordre, qui finissent par être débordées. Les opposants investissent les bâtiments gouvernementaux, dont la Maison Blanche kitghize, le palais présidentiel du pays. Le parlement est également pris d'assaut. Les affrontements avec les forces de l'ordre font entre 75 et 100 morts et un millier de blessés. Il faut plus d'une semaine, pendant laquelle le pays sombre dans la confusion, pour que Bakiev démissionne.
  19. 2011 La révolution égyptienne renverse le président Hosmi Moubarak après presque trente ans en pouvoir. (Printemps arabe)
  20. 2011 La révolution tunisienne renverse le président Zine el-Abidine Ben Ali et débouche sur de nouvelles élections. (Printemps arabe)
  21. 2011 La révolution yéménite aboutit au départ du président Ali Abdallah Saleh en 2012. (Printemps arabe)

 

 

Sigles et acronymes

Organisations nationales se réclamant du trotskisme

AGIMO Avant-Garde Internationaliste du Mouvement Ouvrier

PTS  Parti des Travailleurs Solidaires (Argentine)

MST  Mouvement Socialiste des Travailleurs (Argentine)

IS  Izquierda Socialista - La gauche socialiste (Argentine)

PO  « Politica Obrera » devenu ensuite « Partido Obrero » (Argentine)

OCI  Organisation Communiste Internationaliste (France)

POR  Parti Ouvrier Révolutionnaire (Bolivie)

 

Autres organisations politiques d’Amérique Latine

PSUV  Parti Socialiste Unifié du Venezuela

FA Frente Amplio (Pérou)

PSOL Parti du Socialisme et de la Liberté (Brésil)

PT Parti des Travailleurs (Brésil)

 

Autres organisations politiques Françaises

NPA Nouveau Parti Anticapitaliste

PC Parti Communiste

PS Parti Socialiste

LFI La France Insoumise

SFIO Section Française de l’Internationale Ouvrière

 

Regroupements d’organisations se réclamant du trotskisme

FIT-U   Frente de Izquierda y de los Trabajadores – Unidad

LIS-ISL Ligue Internationale Socialiste – International Socialist League

UIT-QI Union Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale

LIT-QI Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale

 

Organisations algériennes

FLN Front de Libération

MNA Mouvement Nationaliste Algérien

GPRA Gouvernement Provisoire de la République Algérienne

ALN Armée de Libération Nationale

 

Divers

URSS Union des Républiques Socialistes Soviétiques

UE Union Européenne

ONU Organisation des Nations Unies

ANC African National Congress (Afrique du Sud)

POUM Partido Obrero de Unificación Marxista (Espagne)

C-CURA Courant de Classe Unitaire Révolutionnaire et Autonome (Pérou)

MNR Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (Bolivie)

COB Central Obrera Bolivaria (Bolivie)

 



21 réactions


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 31 mars 13:33

    Je suis le premier intervenant ce qui m’a permis, après avoir voté, d’obtenir un score de 5/5 de satisfaction. Brillantissime !


  •  C BARRATIER C BARRATIER 31 mars 17:22

    Il me semble dans l’ordre des choses que la désunion perdure chez les trotskistes car je les vois avec de fortes tendances anarchistes. Par ailleurs le parti ouvrier n’existe plus guère avec la désindustrialisation. Le peuple français comprend les agriculteurs, les artisans, commerçants, les fonctionnaires, les auto entrepreneurs, les retraités et leurs aidants...un univers qui n’a rien de très révolutionaire...mot galvaudé, Pétain prétendait faire sa révolution.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 31 mars 21:03

      @C BARRATIER
      « un univers qui n’a rien de très révolutionaire...mot galvaudé, Pétain prétendait faire sa révolution. »

      Mot galvaudé en effet. Entre Pétain avec sa révolution nationale et De Gaulle qui se disait le seul révolutionnaires français sans parler d’une quantité d’inventions toutes plus révolutionnaires les unes que les autres (le fil à couper le beurre, la poubelle de table...)
      D’un côté le mot est galvaudé et de l’autre la réalité des révolutions est niée à tel point qu’une quantité de journalistes, politologues et charlatans divers ne voient d’évolutions possibles qu’avec des élections. Vous voulez sortir de l’UE : il faut gagner une élection. Vous voulez changer la constitution : il faut gagner une élection. Vous voulez une 36ème république : il faut voter pour moi...


  • facta non verba 31 mars 21:43

    Les admirateurs du sanguinaire Bronstein, combien de divisions ?


  • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 1er avril 08:20

    Des trotskistes alors ils sont foutu....


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 09:48

      @Géronimo howakhan
      "Des trotskistes alors ils sont foutu...

      "
      C’est abrégé sans être compendieux.


    • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 1er avril 11:28

      @Jean Dugenêt

      Salutations, un fait, pour moi, n’a pas besoin de livres dans son énoncé résumé..or qui connaît l’histoire édifiante rouge comme s... du b...........e pardon trotskisme comme du reste, n’a aucun doute sur le résultat...

      je ne connaissais pas ce mot de compendieux...malgré des études littéraires je ne l’avais encore jamais croisé.. smiley
      Par réelle curiosité chez qui l’avez vous lu si c’est de cette façon qu’il a croisé votre chemin ?
      Merci


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 13:34

      @Géronimo howakhan
      « or qui connaît l’histoire édifiante rouge comme... »

      Vous affirmez connaître « l’histoire édifiante... » de Trotsky et du trotskisme. J’ai plutôt l’impression que vous êtes imprégné du flot de calomnies déversé par les réactionnaires qui veulent défendre un système fondé sur l’exploitation des hommes par une pognée de nantis... De tous temps les exploiteurs et leurs laquais se sont employés à salir et calomnier les révoltes des esclaves, des serfs, des ouvriers... et bien évidemment de leurs leaders de Spartacus à Trotsky. Ils manifestent ainsi à la fois leur haine et leur appréhension.
      Je ne sais plus dans quelle(s) polémique(s) j’ai rencontré le mot compendieux mais vous en trouverez des exemples en contexte...


    • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 1er avril 13:51

      @Jean Dugenêt

      AH VOUS EN ÊTES.... ? BON JE FAIS SEMBLANT ÇA SE VOYAIT ..vous devez être ravi du coup d’état en cours donc mais ??
      merci des exemples..


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 14:28

      @Géronimo howakhan
      « vous devez être ravi du coup d’état en cours... »

      Aucun coup d’état ne m’a donné satisfaction. Mais, je n’ai pas connaissance qu’il y en ait un qui se prépare. En général, cela se fait dans le plus grand secret. Le grand public ne prend connaissance d’un coup d’état que lorsqu’il est terminé.


    • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 1er avril 15:01

      @Jean Dugenêt

      Ah , oui désolé, j’ai oublié de préciser que je parle du coup d’état bolchevo-libero-mondialo-machin chose en cours sous prétexte fallacieux..là une partie non négligeable du grand public, est déjà au courant bien sur..certains depuis avant, d’autres il y a un an etc


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 15:44

      @Géronimo howakhan
      C’est la première fois que j’entends parler d’un coup d’état qui va avoir lieu alors que
      « une partie non négligeable du grand public, est déjà au courant ».
      Ne s’agira-t-il ps de fantasmes ?


  • Tesseract Tesseract 1er avril 15:25

    Que de bla bla pour un cadavre moisi...

    Il y en a qui ont vraiment beaucoup de temps à perdre pour ressasser toujours les mêmes vieilles lunes...


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 15:49

      @Tesseract
      « Il y en a qui ont vraiment beaucoup de temps à perdre pour ressasser toujours les mêmes vieilles lunes...  »
      et en plus ils sont nombreux à se sentir concernés. Ces trois organisations internationales regroupent des dizaines de milliers de militants... beaucoup plus que n’importe quel parti politique français. Mais ceux qui préfèrent s’intéresser à quelques groupuscules français comme LFI, le PC, LREM... sont libres de penser que c’est très important.


    • Tesseract Tesseract 1er avril 16:00

      @Jean Dugenêt
      Ces trois organisations internationales regroupent des dizaines de milliers de militants...
      _
      Si vous le croyez, soyez satisfait !!
      Personnellement, je me fous pas mal de la politicaille française.

      Ne pas sentir la putréfaction du monde moderne est un signe de contamination.(Nicolás Gómez Dávila)


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 1er avril 16:13

      @Tesseract
      « Si vous le croyez, soyez satisfait !!
      Personnellement, je me fous pas mal de la politicaille française. »

      Je le crois !


    • Tesseract Tesseract 1er avril 16:15

      @Jean Dugenêt
      Sans rancune...


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 2 avril 12:10

    Je rappelle que l’enjeu de cette discussion est de faire fusionner trois organisations internationales qui regroupent probablement entre elles plusieurs dizaines de milliers de militants dans le monde. Il y a une incertitude sur le nombre mais je peux essayer d’être plus précis. Je me permets de reproduire ci-dessous un message d’un des représentants de l’UIT-QI comme contribution à cette discussion.

    « J’ai lu les écrits que vous m’avez transmis. Je suis d’accord avec beaucoup de vos réflexions. Peut-être avons-nous quelques nuances dans la manière dont nous posons la nécessité de surmonter la division au sein du trotskisme. Nous défendons la méthode de Trostky des années 1930 lorsqu’il s’avança pour la proclamation de la Quatrième Internationale. Identifiez les principaux centres de la lutte des classes, examinez-les pour déterminer les accords et les désaccords, également sur le parti à construire. Et, sans attendre l’élaboration de l’agenda en discussion, avancez dans des activités et initiatives spécifiques (campagnes, solidarité ...). C’est ce que nous avons fait lorsque nous avons entamé des contacts entre l’UIT-CI d’une part, Lucha Internacionalista et le groupe IDP turc (avec lequel nous avions été en contact étroit) d’autre part, ce qui a conduit à la fusion et à notre adhésion à l’UIT-CI.

    Je pense qu’il serait important de faire avancer la systématisation de notre discussion et pour cela nous proposons un agenda avec les axes centraux de la lutte de classe :

    1.- Politique contre Castro-Chavisme et les gouvernements « progressistes ».

    2.- Révolutions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

    3.- Crise capitaliste et lutte contre « l’austérité » et l’UE.

    4.- Pour la construction des partis et de l’Internationale révolutionnaire.

    Nous pourrions proposer à chaque point des écrits qui aideront à synthétiser les positions.

    Salutations révolutionnaires. »


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