samedi 15 octobre 2016 - par velosolex

Bob Dylan, au delà du Nobel, au delà du réel

      

     Ma grande sœur avait un disque, un 45 tours, enfin pas vraiment la version originale de Bob Dylan, mais celle de Richard Anthony. "Combien de routes un garçon doit-il faire…... « Ecoute mon ami ...Ecoute dans le vent ...Ecoute, la réponse dans le vent. »

     Du coup, j’écoutais le vent, tout ouïe, sous ma casquette en simili cuir à rabats, qui avait l’immense mérite de cacher mes feuilles de choux.

     J’avais dix ans, déjà des complexes, et Richard c’était avec Johnny forcément, le chanteur que je préférais. C’est vrai j’étais bien niais ! Pour dire, je ne savais même pas que le prix Nobel de littérature existait. Mais si on m’avait demandé mon avis, je l’aurais remis tout naturellement à Enid Blyton, celle qui avait créé la collection du club des cinq. Je disais « clube », à la française. On disait tout à la française à l’époque...Les chanteurs yéyé faisaient leur miel de tout ce qui se passait outre manche. Ils avaient le chic pour récupérer les meilleurs morceaux des interprètes anglais ou américains, et les rendre totalement insipides.

       Il suffit d’écouter les « compagnons de la chanson », pour se rendre compte de la catastrophe. « The yellow submarine » avait passé la manche, mais avait refait surface en vert. Ne manquait plus qu’Yvette Horner et son accordéon assise sur le périscope, à ouvrir la route,comme lors d’une étape du tour de France. « Vert comme la mer ! » Disaient ils pour forcer l’addition...Rien à voir cependant avec l’écologie, un mot qu’on connaissait pas. On balançait les poubelles à la décharge sauvage, toujours fumante, un endroit magique où l’on récupérait des trucs insensés. La décharge était pas très loin de la base américaine. On regardait les avions décoller et même une fois par an on assistait au meeting. 

      C’est là assis sur des vieux bidons que j’ai lu mes premiers « Bugs Bunny », en texte original. Parfois incompréhensibles, mais tellement plus exotiques. Ca venait de là bas, bon dieu !...Mes deux cousines s’étaient mariées à des aviateurs yankees et envoyaient des cartes postales de Las Vegas, de Nashville. Des boulevards de richesse et de soleil, avec des palmiers incandescents. Elles ont longtemps trainé sur le buffet, près de la corbeille de fruits. En Normandie, c'avait été l'été pourri ! . 

      De Johnny, sur qui s’était refermé les portes du pénitencier, à son copain Eddy Mitchell qui interprétait « Eddie sois bon », la France des yéyé n’était qu’une entreprise de pressing et de teinturerie, où l’on acceptait de vous repincer un costard ou un jean pour l’adapter à votre tour de taille.

     Et Bobby ?…..Il était arrivé en 62 à New-york avec sa guitare sa valise en carton ; un météore dont je vous ferais la grâce de décrire la trajectoire. Internet n’est quand même pas fait pour les chiens qu’ont le blues, et qui ne sont pas capables de chercher un os à ronger sur la toile.

     De toute façon tout le monde maintenant connaît tout ça : L’arrivée en stop de sa vieille province, Greenwich village, les premiers contrats, les nuits passées chez des copains de hasard sur un sofa fatigué.

      Dégourdi le gars, bien plus que gros lourdeau de Van Ronk, à qui il avait piqué un morceau ou deux….Dave Van Ronk, un folk singer immensément doué mais beaucoup moins opportuniste que Bobby. http://bit.ly/2dgIXEo

     Le truc de Dylan, c’est l’imprégnation. Ce gars là était une vraie éponge. Au début rien qu’un folk singer comme un autre, mais le talent de faire son miel de tout, et de prospérer insolemment. Le film «  I’m not there  » revient sur ce parcours de génie insolent.http://bit.ly/2e40Vi2

     Pour ceux qui connaissent pas, regardez donc aussi le film des frères Coen, une soi disant fiction où l’on reconnaît assez rapidement les visages des vrais acteurs d’alors. «  Inside Liewyn Davis  » http://bit.ly/2dgJSF6

       Un régal pour tout dire. La bande son les images. « C’est trop cool, ce film mec ! » comme on disait dans les années 70.

      A l’époque y avait aucune image de la scène rock and roll, sur les écrans de cinéma, et encore moins de télé. Bien sûr, il y avait eu quand même « Woodstock » qu’était passé sur les écrans de cinéma perdus des petites villes de province.

     Un film qu’avait jeté sur les routes tout un tas d’adolescents rêvant d’un autre ailleurs. Rien à voir vraiment avec le djihad !

       Même Johnny monté sur son Harley, avec Sylvie derrière, s’était laissé poussé les cheveux. Il ne chantait plus "noir c’est noir" mais célébrait Jesus, et surtout les filles aux seins nus, pas celles en tenue d’apicultrices, mais du genre pas coincées, libérées, comme on disait alors.

    Tout ça sur fond de San Francisco, La Mecque de ces années là. Le pouvoir des fleurs, mec ! Ouai trop cool !….

     En 66 j’étais tout gamin mais j’ai accompagné ma sœur au cinéma Novelty d’Evreux. C’est que Johnny passait, forcément un événement ! J’avais abandonné ma casquette à rabats, pour m’étrangler le cou avec une cravate à fleurs, un truc très tendance depuis les élucubrations d'Antoine.

     En première partie passait un type étrange, tirant des sons insensés sur sa guitare. Quand allait-il finir de l’accorder ?...Le public était partagé ne sachant si c’était du lard ou du cochon, une expression qu’on ne dit plus. Enfin Johnny est arrivé sous les hourras, et a chanté "noir c'est noir" puis "le pénitencier".J'étais aux anges.

     Plus tard bien sûr j’ai regretté de ne pas avoir apprécié davantage le type d’avant Johnny…. http://bit.ly/2e31sAL

      C’était la toute première livraison du «  live expérience », une série de concerts que Jimmy Hendrix donnera aux quatre coins de l’Europe, et qui en feront rapidement une vedette planétaire, l’égal de Bob Dylan. J'avais été le type qui avait regardé Annibal passé le col du mont saint Denis avec ses éléphants de guerre, et qui avait cru avoir affaire à un berger poussant son troupeau de chèvres...Merde !

     "But Don't think twice, it's all right..."

      Ca fait 50 ans pile-poil, ça nous rajeunit pas tout ça !

     Le temps est il toujours de notre coté ?...Pas sûr…

 

      Mais à peine je venais de le découvrir, que Bob se mettait à la guitare électrique..

      Certains criaient à la trahison, disant qu’il aurait mieux fait de ne pas se relever de sa gamelle en moto.

      Les fans sont parfois très cruels, ne vous pardonnent rien, voudraient vous voir comme un personnage en cire du musée Grévin. C’est comme ça que le pauvre John s’est fait avoir, bien des années plus tard.

      Dylan s’en foutait pas mal des aficionados et des groupies. Il disait qu’il n’avait jamais voulu être un chanteur à message, un maître penseur.

      Perso, même si je ne voulais pas sa mort, bien au contraire, je préférais les vieux morceaux, écrits quatre ou cinq ans plus tôt, et qui me semblaient l’avoir été à des années lumières : « Master of war  », http://bit.ly/1WrJwQR&nbsp ;&nbsp ; « Mister tambourine man », « Memphis blues again » ce genre de choses, avec Joan Baez qui chantait avec lui, comme une pitie amoureuse et extasiée..

     Johnny et Sylvie étaient à des années lumière...Ils n’auraient même pas obtenu un poste de concierges à Nasville….

      Mon enfance était derrière moi, je ne voulais maintenant plus que des versions originales," in live", sans avoir la transcription par la censure et l’adaptation franchouillarde.

      Même si je ne comprenais pas les paroles, et surtout parce que je ne les comprenais pas. Elles devenaient musiques, et se faisaient dociles, prêtes à toutes les interprétations poétiques les plus folles. Une sorte d’absolu que ne pouvaient partageaient les anglophones. Mais à vrai dire, eux aussi n’étaient pas déçus des illuminations poétiques.

« Le sorcier de la pluie m'a donné deux remèdes,
Puis m'a dit : "Vas-y franchement".
L'un était un élixir du Texas
L'autre n'était que du Gin de cheminot.
Et comme un idiot je les ai mélangés
Et ça m'a étranglé l'esprit...
 »

      Dylan disait des trucs comme ça, comme ça lui venait, pariant sur le fait que s’il ne savait pas trop ce qu’il disait , il était sûr et certain que d’autres seraient assez malins pour en trouver le sens…

     C’était à vrai dire des années bénites, à des années lumière d'où nous sommes, pauvres vaches hollndaises, une époque où le rock and roll dévalait la pente, emportant pas mal de types pas mal groggys avec lui, ravis de se laisser faire, de se laisser aller.

      Le vieux monde était définitivement derrière nous, et le solo de Jimmy portant aux septième ciel l’hymne américain était dans toutes les têtes. Il se conjuguait avec l'acier froid du texte splendide de Dylan, "masters of war", avec en surimpression les images des marches contre la guerre du Vietnam. 

     On ne se rendait pas compte encore que Dylan était prophète des temps à venir, avec toujours une longueur d'avance, quand il chantait « A hard rain gonna fall... »...

      C’est vrai, le vieux monde avait plus d’un tour dans son sac, et nous disait dans le vent q'u'on n'écoutait plus : « Patience mon gars, attends un peu les années Reagan ! »….

      On est plus ou moins formaté par son époque et ses rêves. "Mais cool man, détends toi, monte dans un wagon de marchandises vide et prends la route t’aérer les idées et va voir le vaste monde !"

      Avant Bob Dylan, il y avait eu Woody Guthrie et aussi bien sûr Jack Kerouac ,et puis Arthur Rimbaud qui avaient parlé de ces choses, égrainé des mots et des riffs ! Tout cela avait formaté tout un tas de gamins à partir sur les routes du monde, à la recherche de quelque chose d’autre que le temps perdu du petit Marcel Proust.

      Nicolas Bouvier avait écrit « l’usage du monde  ». Sans compter les bouquins d’ Henry Miller, un autre ami américain. C’était des livres que les routards et les freaks s’échangeaient, avec la certitude de faire partie d’un monde d’initiés, où les étranges fumées de Castaneda faisait aussi recette. .

 

       Rien que des mauvaises fréquentations disait ma mère qui voulait que je passe le concours des postes.

        C’était en 76, quelque part du coté de Tabriz, dans le nord de l’Iran.

       J’avais 20 ans, et trop longtemps traîné aux indes et au Népal, à la recherche de Lucy in the sky, des illuminations d’Arthur et de quelque chose d’autre, d’indéfinissable.

       Mais j’étais maintenant sans un sou, tendant le pouce dans le froid vif de Février, tachant de rentrer en stop en Europe, le ventre creux.

      L’homme en costard dans sa Mercedez qui me prit ce matin là semblait tomber du ciel. Il parlait Français et était aviateur dans l’armée iranienne. Le genre de type qui n’a pas du passer la révolution islamiste, à moins qu’il ait réussi à mettre les bouts dans son mirage d’acier, ou les ailes de Garuda, la monture du dieu Vishnu ! 

        En partant le lendemain, pour le remercier je lui filais une écharpe achetée à Bénarès, sur le bord du Gange. Il était hindouiste, une curiosité dans ce pays, et je n’aurais pas pu lui faire de plus beau cadeau. J’espère bien que mon écharpe jaune, avec ces motifs de Ganesh, ce brave dieu à tête d'éléphant, n’a pas servi de pièce à convictions plus tard, devant un tribunal coranique.

       Il me paya un bon repas. Je me resservis sans demander. La faim donne tous les culots. Et comme je regardais tristement la neige tomber de l’autre coté de la vitre du restaurant, il m’invita à passer la nuit chez lui.

      Je pus jouir d’une nuit bien au chaud, avant de reprendre la route le lendemain , une paire de chaussettes en gros coton pour tenir le coup sous le froid glacial qui approchait les moins vingt au mont Ararat, où s'était dit-on Noë, il y a fort longtemps.

       Il avait toute une collection de disques, mais c’est un vieux disque de Bob, en mono, craquant comme un feu de bois, qu’il mit ce soir là sur sa platine.

        Et alors du néant, sortit la voix nasillarde, toute proche,, comme je ne l’avais entendue, et comme je l'entendrai jamais plus, à tel point que j’aurais juré qu’il chantait dans ma langue maternelle.

       Il est vrai que depuis un an, j’avais fait des progrès considérables en anglais. Bobby était dans la pièce, me tendait une tasse de thé, et interprétait « Mister tambourine man » sur sa vieille guitare, rien que pour moi.

       Je n'en perdais pas une miette, prenant ma revanche enfin sur la soirée du Novelty, celle où j'étais totalement passé au travers de Jimmy Hendrix. Mais j'étais si jeune, je ne pouvais pas savoir que j'avais croisé dieu. Et si je tremblais encore un peu, dans mon pantalon de toile indienne, comme un pauvre imigrant pitoyable, suceptible d'inspirer un poète de passage.I Pity The Poor Immigrant - Bob Dylan

      Mais ce n'était plus de froid, mais d’extase, comme Natanael, dans « les nourritures terrestres » ce bouquin d'André Gide.

     

Mr. Tambourine Man

Hé ! Mr.l'homme au tambourin, joue-moi une chanson, 
Je n'ai pas sommeil et n’ai nulle part où aller.
Hé ! Mr.l'homme au tambourin, joue-moi une chanson,
En ce matin tintinnabulant je suis prêt à te suivre.

Bien que je sache que cet empire du soir est redevenu sable,
M'a glissé entre les doigts,
M'a laissé aveugle mais pas encore assoupi.
La lassitude m'a pris par surprise, je reste planté là,
Je n'ai personne à voir
Et la vieille rue vide est trop mortelle pour rêver.

Emmène-moi voyager sur ton bateau magique,
Mon esprit s’est envolé, mes mains n'ont plus de prise,
Mes orteils sont trop gourds pour marcher, je n'attends plus que des bottes 
Pour errer sans but.
Je suis prêt à aller n'importe où, prêt à disparaître
En ma propre parade, pour suivre le chemin que m’indique ta danse,
Je te promets de te suivre.

Bien que tu entendes rire, tourner, danser follement sous le soleil,
Tout ça n'est destiné à personne, c'est juste une échappatoire
Et sauf pour aller au ciel il n'y a pas d'obstacle à franchir.
Et si tu entends de vagues mots aux rimes sautillantes
Au son de ton tambourin, ce ne sont que celles d’un clown en guenilles,


Je n'y prêterais attention, ce n'est qu'une ombre que tu 
Le vois poursuivre.

Puis fais-moi disparaître à travers les anneaux enfumés de mon esprit,
Dans les ruines brumeuses du temps, loin des feuilles gelées,
Arbres tremblants et hantés, dehors au vent des plages,
Loin de l’atteinte tordue des chagrins fous.
Oui, je voudrais danser sous le ciel de diamant avec une main flottant librement,
Silhouetté par la mer, encerclé de sables de cirque,
Tous mes souvenirs et mon destin engloutis sous les vagues,
Laisse moi oublier aujourd'hui jusqu'à demain.

Hé ! Mr.l'homme au tambourin, joue-moi une chanson, 
Je n'ai pas sommeil et n’ai nulle part où aller.
Hé ! Mr.l'homme au tambourin, joue-moi une chanson,
En ce matin tintinnabulant je suis prêt à te suivre.

(Traduction de Pierre Mercy )

        Bien des années plus tard, en 2012 Dylan passa au festival des vieilles charrues, Même pas en seconde partie de Johnny, comme Jimmy Hendrix l’avait fait en 66 dans ce fameux concert du « Novelty ».

       Mais tout ceux qui l’ont vu ce jour là vous diront qu’ils n’ont rien entendu. Dylan s’était foutu de la gueule du monde, tournant le dos à la scène, et chantant d’une façon inaudible.

       L ‘heure était passée, et la grâce. Dylan était de nouveau de l'autre coté du miroir. Les apparences en ce monde sont trompeuses, et les yeux ne nous servent pas toujours de guide !  On ne choisit pas le jour de clarté, ni du moyen qu’il faut pour y parvenir, mais sachez qu’on ne réserve pas souvent son billet à l’avance !.....

      Peut être que si je cherchais dans les textes je trouverais quelque chose sortant de sa plume pour conclure.

       Faut pas compter sur ce type pour s’excuser, trouver ce que vous cherchez, même un prix Nobel. Il nous tourne le dos. Certains mauvais coucheurs, se réclamant de la Pléiade, diront qu’on l’a dévalué.

      Mais je dirais qu’il vaut mieux avoir remis le prix Nobel de littérature à Dylan, que celui de la paix à Hitler, quand à l'a proposé en 39.....Quoique qu'il aurait pu prétendre aussi au prix nobel de littérature. Je veux dire si l'on avait tenu des exemplaires vendus.

      Mais qui se rappelle de « Mein kampf » ?

       Je crois pas que Dylan était fait pour la gloire, comme Richard Anthony par exemple, qui écoutait siffler le train, ou encore les compagnons de la chanson, dans leur sous marin vert, vert comme la mer….

       Souvent je pense au passé. Qu’est devenu Richard Anthony ?...Les portes du pénitencier se sont elles refermées sur lui ? A t’il eu le prix Nobel de traduction ?..

       Que c’est triste un train qui siffle dans le soir !

       Dylan n’a même pas répondu, même pas dit merci !

      Peut être qu'il se cache, qu'il a honte, qu'il va refaire le coup de Jean Paul Sartre, le mépris splendide...

      Pas une exception cependant....Gracq, Sartre, Camus... refuser les honneurs n'a pas de prix

      Ils auraient mieux fait de le remettre à Enid Blyton, si elle était encore vivante, à un membre du club des cinq par procuration, ou pourquoi pas à Jean d’Ormesson, qui se donne un mal de chien pour ne pas mourir, pour écrire encore un roman, une page, une ligne de plus, à 91 balais.

       91 ans....Voilà bien longtemps qu’Arthur avait renoncé à écrire, là bas, en Abyssinie. .

       S'il veut le prix à tout prix, peut-être que Jean d’Ormesson devrait se mettre à la guitare électrique. On ne sait jamais, il pourrait avoir le Nobel de rock and roll.

      Pourquoi serait on plus sèrieux à 91 qu'à 17 ? 

       On peut toujours l’imaginer faisant un remake de Bobby, passant pourquoi pas lui aussi au festival des vieilles charrues.....Un nom prédestiné. 

       

But it ain`t me, babe,
Mais ce n'est pas moi, bébé
No, no, no,
Non, non, non,
It ain`t me, babe,
Ce n'est pas moi, bébé
Je ne corresponds pas à ce que tu recherches, bébé.



20 réactions


  • Emin Bernar Emin Bernar Paşa 15 octobre 2016 12:20

    merci pour cet article !

    Mister Tambourinman est aussi la chanson qui m’est revenue à l’esprit ce matin !

    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 13:21

      @Emin Bernar Paşa
      C’est le Dylan qui est resté, jeune incandescent, inspiré. De 62 à 66 il a livré bien plus que pendant les 40 années qui suivirent, ne parlons plus des 10 dernières, où il n’est plus que l’ombre d’une ombre. Un peu réac à ce qu’on m’a dit,, tournant à la façon Renaud...Tout cela est il une rumeur ? J’ai entendu dire que les gens sont méchants parfois, et même jaloux. 

      Combien de vies un homme contient il ?...Quelle est la source de son inspiration, de ses évolutions ? Greenwich village dans les années 60, c’est un peu le Paris de la belle époque, ou le Pont-Aven de l’école de Gauguin, une saine émulation, avec des chorus qui se répondent, dans un contexte très particulier, celle des droits civiques, de la guerre contre le vietnam. 
      Qui sommes nous au,juste, à l’intersection des carrefours de la modernité et de l’opportunité ?
      Bon, voilà que je me prend au sérieux, sentencieux comme un curé en prêche. Mais c’est vrai que « Blowin in the wind » est inspiré par un passage de la bible. Mais je ne me souviens plus lequel.

    • Benoit82 15 octobre 2016 21:48

      @velosolex On peut difficilement restreindre la carrière de Bob Dylan entre 62 et 66. OK, les albums de ces années-là ont inspiré pléthore de musiciens, de groupes, de styles, et figurent parmi les plus grandes pépites du folk et du rock. Mais ce serait zapper certains grands albums des années 70 ( Desire, blood on the tracks), des chansons comme Blind Willie McTell (années 80) et puis surtout des albums de la fin des années 90 et 2000 dans lesquels Bob Dylan revisite tout l’héritage de la musique américaine : blues, country, jazz. Il est en fait devenu ce qu’il faisait semblant d’être dans les sixties : un vieux bluesman, un songwiter des années 20, 30, un troubadour du moyen âge. Le vrai Bob Dylan, celui qui a le plus à dire, est celui d’aujourd’hui ... C’est mon avis en tout cas :) A ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=3x3jUIoIVq8


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 22:23

      @Benoit82
      Il est vrai que l’album Desire avec des morceaux tels « sarah », « oh sister », est un de ceux qui m’accompagna en 76 ; on sent un Dylan amoureux, retrouvant la fougue de sa jeunesse alors pas si loin lointaine, le tout sur des mélodies superbes, un violon bluesy.... Mais pour le reste, je n’ai jamais retrouvé personnellement l’unité qu’il eut durant les premières années, et qui perdura jusqu’à l’album ’blonde on blonde« , déjà rock and roll..

      Un constat que je fais pour Dylan, mais aussi pour Leonard Cohen. Et »Suzanne« continue à raisonner de la même façon que »mister tambourine man« . Je la vois toujours assise près de la rivière, alors que les bateaux passent au large, dans une autre dimension, celle de l’éternité. Quelque chose qui tient bien sûr aussi à mes propres souvenirs, à une époque de ma vie. Aussi je pense que certains, peut être est ce votre cas, plus jeunes, qui ne sont pas pris dans ces projections, ont une vision plus objective du personnage. 
      C’était une époque très riche sur le plan musical, même si nos 33 tours, chers alors, ne suivaient pas la production. Les cassette audio apportèrent les premiers échanges....Mais il y eut cette rencontre et cette émulation entre rock anglais et américain qui produisit des merveilles. Pas seulement au niveau musical, mais en tant que symboles d’une génération qui voulait changer les choses, et à qui le rock, le folk et rythm and blues étaient des propositions d’ailleurs et d’autrement. Personnellement un artiste continue à me procurer le frisson authenticité, c’est Neil Young, toujours le même depuis cette splendeur dorée que fut »harvest« 
      , »Hey hey, my mind..... Rock and roll is never died....

    • Pomme de Reinette 15 octobre 2016 22:28

      @Benoit82

      Merci pour cette superbe vidéo. Tout l’art de faire quelque chose de dense et intense avec le minimum ! Inimitable !


  • Fergus Fergus 15 octobre 2016 13:15

    Bonjour, Velosolex

    Très jolie plongée dans les années du rock émergent, du Peace and Love, de l’inscouciance adolescente, bref, toutes choses dont Dylan n’avait finalement pas grand chose à faire. Dylan a toujours été lui-même, indifférent aux modes et au qu’en-dira-t-on. Avec ses bons côtés comme ses mauvais côtés, à l’image de ce concert de Carhaix.

    Fallait-il donner le Nobel de Littérature à Dylan ? A mon avis, non. D’une part, parce que Dylan s’en contrefiche très probablement. D’autre part, parce que c’est un camouflet pour les grands écrivains planétaire, et plus encore américains, qui n’ont jamais reçu - et pour la plupart ne recevront jamais - ce prix.

    Excellent, le film des Coen « Inside Llewyn Davis ». La scène de la découverte de Dylan sur cette scène modeste de Greenwich Village est l’un des moments les plus forts du film, celui où le héros comprend qu’il a sous les yeux un futur géant du folk-rock.


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 13:43

      @Fergus
      Bonjour

      Je suis d’accord avec vous. Bien que je reconnaisse le talent de Dylan, du moins celui des années 60 ; alors tout cela est bien loin maintenant, et il faudrait que les journalistes aient au moins la pertinence de remettre au jour cette époque particulière. Dylan a récolté le génie et l’engagement d’un époque, pour être une sorte de porte parole, en dépit de son propre grès, comme dirait Richard virenque...
      Le film des frères Coen est formidable, comme toujours d’ailleurs, tout ce qui vent d’eux n’a guère de déchets. On voit de temps l’ombre de Dylan passé, aussi fugueur et opportuniste que le chat, une sorte de fil rouge. Pete Seeger, immense folk singer restera lui aussi scotché, quand il entendra pour la première fois sur un électrophone un morceau de Dylan. 
      Le propre du film est de suggérer la mécanique du succès, des lois qu’il faut observer. Ce pauvre Van Ronk est un looser patenté, dirions nous maintenant. Façon de parler, car Dave Van Ronk eut plus qu’un petit succès d’estime. Un copain m’avait prêté un disque de lui, en 77, et j’avais été subjugué, comme lui.
       Comment se faisait il qu’un type pareil ne soit pas plus sur les médias ?...C’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde, voilà, comme partout, et ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas jouer des coudes restent sur le bord de la route. 
      Un des moments les plus forts du film, ( avec celui où le héros se retrouve avec son père) est ce moment où il se produit devant un imprésario, après avoir traversé en bagnole, l’hiver, avec un poète déjanté ( Ginsberg, Burroughs ?) et toxico toute une partie de l’Amérique, il ne trouve moyen que de sortir une vieille ballade moyenâgeuse.
       Sublime d’ailleurs, mais totalement à coté de la plaque...
      Dylan lui sut très bien géré sa carrière. Les artistes n’ont pas tous la tête dans les nuages. 
      S’il fallait donner le prix à un auteur américain, Carol Oates me semble corresponde à ceux qu’on attend d’un Nobel. Mais Annie Proulx, auteur sublime a aussi cette qualité d’universalité. Avez vous lu par exemple « cartes postales », ou « les crimes de l’accordéon »...Proulx...Un nom d’origine bretonne, mais c’est bien une américaine. « Un as dans la manche » traite d’ailleurs des producteurs de la pollution engendrée par les producteurs de porcs. Pas dans les côtes d’Armor ni dans le Morbihan, mais dans « la queue de la casserole », une région déshéritée du Texas....

  • Pomme de Reinette 15 octobre 2016 18:22

    Dylan n’a même pas répondu, même pas dit merci !

    Je crois tout simplement qu’il s’en fiche et que ça doit l’amuser énormément tout ce tintouin grandiloquent et planétaire autour de ses chansonnettes ...
    Cela dit, cette récompense n’est pas sans raison car c’est une façon de dire qu’il y a encore de la place dans ce monde pour la poésie, la subjectivité, la fugacité de l’instant, l’intemporel et la subversion de tous les discours pesants.
    N’est-ce pas cela que réussit une bonne chanson dont la mélodie et les paroles trottent toujours dans la tête des dizaines d’années après son écriture ?
    Un petit miracle à elle toute seule ....


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 20:28

      @Pomme de Reinette
      Vous avez raison sans aucun doute, d’un certain coté, celui des accords de guitare et de la poésie. De la chanson aussi un genre méprisé, comme si le fait de mettre en chanson en texte nuisait à sa valeur, alors que c’est tout un art complémentaire. Ceux qui connaissent le personnage un peu, ils ne seront pas surpris de sa réaction, ou plutôt de son absence de réaction. Dylan pendant toute sa carrière s’est attaché à brouiller les pistes, à ne pas être convocable par les maitres de la pensée et de la critique. Pas à l’aise sans doute d’être une star, de vivre avec un double. Plus d’un a perdu la tête avec le vedettariat. J’ai entendu dernièrement un reportage sur Bashung qui lui aussi n’était pas à l’aise avec le star système, a commencé à flipper le jour où tout un tas de groopies l’ont poursuivi dans le métro. Comment survivre quand on devient une statue de son vivant ?.

      .Retourner sans doute à la poésie, qui est une forme de dépouillement, une prière et une purification. 

    • Pomme de Reinette 15 octobre 2016 22:18

      @velosolex
      Tout à fait d’accord avec vous (on pense à la querelle totalement dépassée des anciens et des modernes et la question de savoir ce qui est art mineur ou majeur).
      BD assume son malaise, ne répond pas là où il est attendu.
      Léonard Cohen y est allé de son petit commentaire ironique : « Pour moi c’est l’équivalent d’épingler une médaille sur le mont Everest pour le reconnaître comme la plus haute montagne ».

      Buées des buées ... the answer is blowing in the wind ...


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 22:41

      @Pomme de Reinette
      Pendant longtemps il me suffisait de mettre un disque de Leonard Cohen, pour atteindre un état d’âme particulier, fait de douceur, de mélancolie, mais aussi propre à la création, dans cet espace de temps suspendu, qu’il parvenait à suggérer, où les visages et les ombres semblaient tout à coup se rapprocher de vous. 

      Un miracle qui ne marchait pas que pour moi, même s’il en laissait d’autres, comme à propos du climat que parvenait à instaurer Dylan, totalement interrogatifs. 
      On n’explque pas la transcendance.
      « Sisters of mercy » de Cohen est une prière pleine de délicatesse et d’amour., un texte admirable... J’ai entendu dernièrement Serena Ryder. l’interpréter avec grâce : L’admiration qu’elle a pour le maitre Leonard transparait quand elle le chante . http://bit.ly/2eaqg7d
      On peu apprécier son talent dans cette magnifique interprétation, de « weak of the knees », en direct d’une radio canadienne, juste à la guitare sèche, alors que d’autres interprétations , plus sirupeuses, sur scène, sont bien moins tranchantes. http://bit.ly/1Ku9NZl

    • Pomme de Reinette 15 octobre 2016 23:03

      @velosolex
      Oui, Léonard un autre génie inimitable beaucoup repris et admiré .... pour moi c’est une autre histoire d’amour étonnante, à rebond, car je m’étais lassée de ses chansons mélancoliques un peu lancinantes, mais je l’ai redécouvert il y a une dizaine d’années avec un punch et une modernité inattendue, comme ici : https://www.youtube.com/watch?v=NW7oNpzBSGc
      (la chanson date de 2001)

      merci de me faire connaitre cette jeune chanteuse qui a une voix magnifique et beaucoup de présence.


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 23:29

      @Pomme de Reinette
      Très beau en effet. Toujours cette veine particulière, ce phrasé inimitable avec une douce mélodie un peu bluesy. Des morceaux dont on ne sait si l’on doit chanter, rire ou pleurer. comme ce « dance me to the end of love » où souffle une empreinte à la fois tzigane, et indienne, sirupeuse et nonchalante... Peut être est ce la même chose. Un magicien, un prêtre, un exorciste. un frère. Je ne sais pas. 


  • ArnaudLubret (---.---.138.37) 15 octobre 2016 22:50

    Le sous marin vert de Jean Broussolle des Compagnons de la chanson n était pas une véritable reprise, mais un pastiche et un sketch sans prétention qui, connaissant un joli succès en représentation, fut sorti en vinyle. On oubli cet aspect avec le recul du temps et on le critique pour ce qu il n est pas ! Sans voir le sketch il est difficile d apprécier cette interprétation.


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 23:12

      @ArnaudLubret
      Tous les chanteurs sont respectables, exceptés ceux qui veulent vous pousser au combat...On peut penser ce qu’on veut des compagnons...Si j’en parle, c’est parce qu’ils symbolisent ce que fut la variété française au début des années 60 : Une vaste entreprise de recyclage des succès venus d’ailleurs, du Brésil par exemple pour Dario Moreno, ou des usa ou d’Angleterre, pour le reste des yéyé, comme on disait, où émargeaient des gens parfois besogneux et sans génie aucun mais qui continuent parfois à faire le buzz, comme ce Richard Anthony....

      De « my girl » à « Michele », au moins la moitié des succès des Beatles fut assaisonné à la mode franchouillarde, le rythme, la frénésie, la qualité en moins...
      C’est toujours plus facile de reprendre les succès des autres plutôt que de tenter le coup de l’originalité et de la création. Mais n’est pas Brassens ou Brel qui veut, et même le répertoire classique fut pas mal pillé.
       Remarquons qu’un type comme Gainsbourg piqua dans tous les genres à la fois, classique et salsa. On n’était pas toujours embêté avec les droits d’auteur avant internet. Pour la génération qui eut comme moi 14 ans en 68, plus question d’écouter ces ancêtres, ces faussaires. C’était des usa ou d’Angleterre que venait le génie. Comme ça c’était passé pour la peinture en France à l’époque de l’impressionnisme. Dylan apparut comme un météore, un messie, et les pauvres imitations d’HUghes Auffray and co, étaient bien fades pour un public un peu averti. 
      Arriva Jimmy, la distorsion des sons, et puis Led Zeppelin, qui poussèrent le genre à un point d’omega, dont on se remet pas. 

  • ZenZoe ZenZoe 15 octobre 2016 22:56

    Excellent choix. Beaux textes, humanisme, influence universelle, il remplit les critères, bien plus que beaucoup d’écrivains « nobélisables », n’en déplaise à tous ceux qui pensent qu’un poète ça ne fait pas assez sérieux.
    Quant à l’argument qu’on n’aurait pas du lui donner le prix parce qu’il s’en fiche, il est tout simplement ridicule. Quel rapport avec le talent ? Et d’abord, qu’en sait-on s’il s’en fiche ? Il vous l’a dit ?


    • velosolex velosolex 15 octobre 2016 23:16

      @ZenZoe
      « no comment » comme il dirait, Bob. 

      Juste une intuition.
       De toute façon, « prix pas prix », on parle de lui, surtout de son oeuvre, et c’est le principal, ça met un peu de texte et de musique dans le rata à la sauce Hollandaise habituelle. 

    • velosolex velosolex 16 octobre 2016 09:52

      @ZenZoe
      Quand on se jette dans l’arène du monde, avec un micro et une guitare, en clamant des textes fiévreux, forcément cela provoque des commentaires, autant sur la création. On s’expose. On ne peut plus être seul en ce monde. Tiens, une phrase qui me fait penser à un poème de Youen Gwernig, un vieux barde breton, copain de Jack Kerouac, et qu’on peut mettre lui aussi en accord avec le mouvement beat. « Tu ne peux plus être seul en ce monde »C’est la phrase phare d’un poème lumineux : Le trou dans la porte. « An toul en norr » en breton

      J’ai été très surpris comme tout le monde qu’on l’attribue à Bob. Un peu décontenancé sûrement car formaté par des clichés sur le Nobel, ne devant célébré que des romanciers. Engagés ?...L’engagement qu’est ce que c’est au fait. Et l’universalité ?...Est que le fait d’être absent au monde, de vivre dans un sentiment d’étrangeté et de le faire partager n’est il pas aussi un sentiment universel...
      Pourtant, admirateur de Patrick Modiano j’’avais été tout aussi surpris qu’il obtienne le Nobel. Mais ces gens là c’est vrai ont inventé la poudre, au propre d’ailleurs plus qu’au figuré. Il l’ont vendu aux maîtres de la guerre avant de vouloir se donner bonne conscience .
      Dylan n’est pas un météore, il ne vient pas de rien, mais des années de la contre culture et de l’engagement, même si lui n’a jamais eu la volonté d’y toucher, disant bien qu’il n’était pas un maître penseur. 
      Et c’est tout à sa gloire, si l’on peut dire ainsi, car aucun intérêt à en rajouter. 
      J’espère que cela va donner envie aux gens d’aller aux sources, de lire ses textes, d’écouter sa musique, et bien sûr celle des autres, des copains, de musique, mais aussi de route. Et de tirer les rallonges sur la modernité.

    • velosolex velosolex 16 octobre 2016 09:54

      @ZenZoe
      le lien ne marchant visiblement pas, je met en copié le texte de Gwernig

      Le trou dans la porte
      Oui
      trop facile
      de faire un trou
      au bois mince de ta porte
      tu ne peux pas être seul
      tu ne peux plus être seul en ce monde
      il est bien fini le temps des ermitages
      il faut accueillir tout le bruit et le malheur du monde
      on ne peut plus s’enfuir nulle part
      la foule remplit le cœur de l’homme
      de ses hurlements et de ses plaintes
      dans un monde où jamais
      l’homme ne s’est trouvé
      davantage
      seul

  • Lonzine 20 octobre 2016 11:27

    d’accord avec PDR, Zimmermann chantait trop trop bien....  smiley


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