mercredi 27 mars - par Michel J. Cuny

Ces jeunes couples que la finance internationale envoie au casse-pipe de la spéculation immobilière

Le 17 mai 2011, Alexandre Mirlicourtois (https://www.xerficanal.com/) publie une vidéo intitulée : « Décélération de l’économie mondiale ». Nous y trouvons cette phrase :
« En fait, seuls les pays d’Europe du Nord, Allemagne en tête, les plus directement branchés sur le commerce international, parviennent encore à maintenir une trajectoire de croissance forte.  »

Quant à la France, l’affaire est plus délicate, cependant…
« Il y a toujours des raisons d’espérer. »

Prenons-la, alors, dans sa situation intérieure, et tout spécialement à travers l’immobilier qui fait l’objet de la vidéo suivante (31 mai 2011) :
« Immobilier – Paris et les régions stars creusent l’écart  »

Ayant commencé par cette phrase : « Le marché de l’immobilier est attaqué de tous les côtés », Alexandre Mirlicourtois se récrie bientôt :
« DES marchés au pluriel ! Car l’expression « LE marché de l’immobilier » est clairement un abus de langage. Un simple retour sur 2010 suffit pour s’en convaincre. Il montre combien l’immobilier est constitué de marchés locaux, géographiquement limités. »

Ici apparaît un graphique qui – une fois souligné qu’il force un peu le trait en ne retenant que la moitié supérieure des pourcentages – n’en paraît pas moins très significatif… Alexandre Mirlicourtois le commente de la façon suivante, tout en faisant référence ensuite à un autre graphique que je ne reprends pas ici  :
« […] la hausse des prix a été en moyenne de 6,3% en France l’année dernière. Une moyenne sans véritable sens puisque les prix se sont élevés de 5,6% en province mais ont bondi de 7,5% en Ile de France et de 10,5% à Paris. Mais même la moyenne parisienne manque de pertinence ! Dans ce marché globalement en hausse, les augmentations ont atteint, comme vous pouvez le découvrir, 8% dans le 7e ou le 14e arrondissement pour grimper jusqu’à 15% dans le 2e arrondissement, soit quasiment un rapport de 1 à 2. »

Il y a donc une France qui gagne, et une autre France qui gagne moins… Et puis peut-être y en a-t-il une autre encore qui y perd… Qui perd quoi ?… Un peu de sa vie, ainsi que nous allons le voir avec Alexandre Mirlicourtois lui-même qui nous le dira tout net…

Mais approfondissons encore un peu cette course à la richesse… croissante qui montre bien que l’Europe n’est pas une si mauvaise affaire pour certains détenteurs d’un patrimoine immobilier aliénable, et non pas simplement résidentiel (les lettres capitales sont celles de la transcription écrite de la vidéo) :
« Cette tendance à l’EPARPILLEMENT se retrouve aussi dans des villes comme Lyon. Lyon avec des écarts encore plus impressionnants ; du simple au triple cette fois-ci. 2011, comme 2010, sera donc une année très HETEROGENE dans l’immobilier. Et les écarts vont se creuser. »

Jusqu’à ce que la corde casse… Mais laquelle ?… Celle qui enchaîne aux aléas de l’investissement immobilier les jeunes couples fondateurs de foyer, par exemple… En effet, Alexandre Mirlicourtois nous met en garde, alors que nous sommes désormais en présence des miracles de la hausse ciblée… Pour que tout cela s’échafaude, il est nécessaire que se trouve, tout en bas, quelques soutiers… courageux et costauds :
« Il est vrai qu’il faut aujourd’hui une vie entière d’épargne pour acheter son habitation. » 

Ce qui ne peut que secouer, à être dit comme cela !… Quant au graphique – qui remonte, comme on le voit, jusqu’en 1965 -, il nous donnerait même un peu le tournis…
« Sur longue période, comme vous pouvez le voir, le prix d’un logement représente en moyenne 2,7 années de revenus. En 2010, il en fallait plus de 4. » 

Et, par en dessous, il y aurait donc des « sans-domicile-fixe » ?… 

Cependant, Alexandre Mircourtois n’a pas tort de s’amuser de ce que serait un retour à la norme des années 1965-2000… Une vraie révolution… Tout le monde chez soi… Et boum !
« Un simple retour dans le couloir « normal » des fluctuations et c’est une chute instantanée de 21% des prix. Retrouver la moyenne de long terme et c’est un effondrement de 35%. » 

Ce qu’à Dieu ne plaise !… se disent les très gros investisseurs de la grande bourgeoisie internationale qui comptent bien que Paris sera toujours Paris !… En effet, sur cette jeunesse laborieuse qui va trinquer tout au long de ses meilleures années d’adulte, c’est un monde quelquefois très lointain qui s’appuie avec délices… Pour le mesurer, reprenons le raisonnement d’Alexandre Mirlicourtois et appliquons-le à ce que je viens d’écrire :


« […] car deux logiques s’affrontent et il est ABSOLUMENT impératif de distinguer deux marchés : l’un purement résidentiel, l’autre patrimonial. Le premier, le « résidentiel pur », c’est celui des primo accédants et des classes moyennes. Sur ce marché, l’environnement économique et financier des accédants potentiels s’est détérioré depuis plusieurs mois. Pouvoir d’achat attaqué par l’inflation, marché du travail dégradé, prix inaccessibles en raison des hausses passées, même du côté des taux d’intérêt, la tendance n’est plus bonne. »

Prenons la question du niveau des taux d’intérêt :
« La tendance est à la remontée et les meilleurs taux s’éloignent. »

Certes, il y avait une petite ficelle qui aidait à faire tenir la chose sur sa base…
« De même, l’allongement de la durée des prêts bute sur des seuils difficilement franchissables. Cet allongement avait pourtant permis aux ménages de digérer l’essentiel de la hausse des prix. »

Et la couleuvre avait donc bien été avalée… Mais les bons moments sont toujours plutôt courts…
« Plus que jamais la pierre apparait comme une valeur refuge d’autant plus que l’inflation a fait son retour. Les hauts revenus français ? mais pas seulement. La vallée des Alpes, le Luberon, la Côte d’Azur, les meilleurs arrondissements de Paris, de Lyon ou de Marseille font partie également des lieux privilégiés par les étrangers fortunés. A Paris, les riches étrangers n’hésitent pas à débourser plus de 10 000 euros le mètre carré pour s’offrir un pied-à-terre aux Tuileries ou place des Vosges. L’immobilier de prestige en France est fait par la demande étrangère. »

Mais où donc a pu glisser cette victoire soviétique de 1945, à laquelle la France avait tout de même fini par se trouver associée ?… Où ont glissé les travailleuses et travailleurs de la production, qu’ils soient allemands ou d’autres pays d’Europe ? Quelle place pour leurs enfants ?… Quels outils de production seront laissés à ceux-ci pour qu’ils ne soient pas très vite poussés à la rue par un crédit impayé et impayable ?…

NB. Cet article est le sixième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici



37 réactions


  • JL JL 27 mars 10:04

    Bnjour Michel Cuny,

     

    Je lis : « Le marché de l’immobilier est attaqué de tous les côtés » (Alexandre Mirlicourtois).

     

     Avant d’aller plus avant dans la lecture de votre article, j’aimerais comprendre ce que cette expression signifie.

     

    Vous dites qu’il n’y a pas un mais des marchés de l’immobilier. Ok.

     

    Mais attaquer un marché, ça veut dire quoi, exactement ? On fait ça comment ?

     

    Pourriez vous m’en dire plus, svp ?


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 10:33

      @JL
      Merci pour ce commentaire et pour la question que vous posez.
      Le marché de l’immobilier pourrait être réputé attaqué si, par exemple, les taux d’intérêts venaient à monter : les emprunts pour les primo-accédants deviendraient plus difficiles à obtenir, etc... Mais il y a toutes sortes d’autres éléments qui pourraient intervenir sur décision politique : hausse de la fiscalité sur les biens immobiliers, refus de mise en oeuvre du schéma directeur du Grand Paris (pour ce qui concerne les constructions en région parisienne), etc...


    • JL JL 27 mars 11:17

      @Michel J. Cuny
       
      merci pour la réponse. En somme, le contraire des lois Pinel et autres, faites par et pour les professionnels de l’immobilier, par exemple.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 11:27

      @JL
      C’est effectivement cela. Vous voyez qu’au-delà, ce sont des rapports de force à la dimension des diverses classes sociales qui s’expriment dans toutes ces questions. Et c’est aussi l’histoire des décennies précédentes qui innerve les problématiques nationales et internationales dans le secteur immobilier comme elle le fait aussi bien, par exemple, dans celui des valeurs mobilières (actions, etc.).


    • JL JL 27 mars 11:49

      @Michel J. Cuny
       
       merci. Je n’ai rien à dire ni redire sur votre article excepté que je le trouve très bien.


  • William 27 mars 10:15

    Le graphique « années de revenu pour acheter » est particulièrement instructif. Notons que les loyers malgré leur hausse n’ont pas suivi une telle escalade, donc l’intérêt d’acheter décroit. Par ailleurs, comme l’indique l’article, il y a d’énormes disparités géographiques, parfois à l’intérieur d’une même agglomération, donc le « nombre d’années » pour un niveau de salaire donné (exemple un enseignant) varie fortement selon la localisation. Ne devrait-on pas remettre en selle une décentralisation vers les villes moyennes de province, ce qui nécessite de les rendre attractives pour les entreprises (incitations fiscales notamment).


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 10:41

      @William
      Merci pour votre commentaire. Je vois que vous avez réfléchi à cette question, et à la gravité des écarts qu’elle manifeste.
      Le propos de mon article s’insère malheureusement dans un contexte différent (qui jouxte celui que vous retenez) : je veux établir les différents liens qui existent entre ce qui se passe aujourd’hui en France et les conditions dans lesquelles la Seconde Guerre mondiale s’est poursuivie à travers la création de l’Europe.
      Mais des commentaires comme le vôtre me sont très précieux. Même si je ne peux pas y répondre, ils me révèlent des aspects précis que j’ai besoin de connaître.


    • William 27 mars 17:08

      @Julien S
      La concentration urbaine dans les grandes métropoles pousse inéluctablement à la hausse le prix des loyers, alors que de plus petites agglomérations ne rencontrent pas ce problème, et la qualité de vie y est meilleure qu’en cité dortoir. Vu l’espace disponible, il y a des possibilités de construction qui ne tirent pas les prix vers des sommets vertigineux.


    • William 27 mars 17:29

      @Michel J. Cuny

      La première phrase de l’article concernant la croissance forte de l’Allemagne date de 2011, les perspectives semblent s’inverser depuis l’an passé, la croissance en France pour les prochaines années est attendue supérieure à la croissance allemande, pour raisons démographiques et d’exposition au commerce extérieur.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 17:52

      @William
      Merci pour votre commentaire.
      La croissance n’est qu’une partie de la réponse.
      Compte tenu des situations démographiques très différentes des deux pays, si la France doit impérativement avoir une croissance au moins minimale (pour ses plus anciens et pour ses enfants), ce n’est pas le cas de l’Allemagne  et surtout du fait que les personnes qui la rejoignent sont très généralement des adultes jeunes et formés.
      Ainsi, même une absence relative de croissance n’empêchera pas l’Allemagne d’accroître ses excédents commerciaux (en freinant l’expansion de sa masse salariale au détriment en particulier des immigrés venus de l’Est ou d’ailleurs), et de recevoir les revenus de ses placements à l’étranger...
      Par contre, si la croissance venait à être favorable à la France  et ainsi qu’Alexandre Mirlicourtois et Olivier Passet l’ont établi peu à peu entre 2011 et aujourd’hui -, la remontée de l’euro serait utilisée pour en orienter les bénéfices vers... l’Allemagne.
      De façon générale, et pour celles et ceux qui ne sont pas exagérément tête en l’air, Il est important de savoir que la situation de la France est gravissime  et d’aller voir dans les détails de l’évolution afin d’essayer de comprendre pourquoi.
      (Et peut-être en consultant régulièrement ce que je publierai quotidiennement ici : https://unefrancearefaire.com/category/lallemagne-victorieuse/)


    • Alren Alren 27 mars 20:06

      @Julien S

      « Autrement dit : pourrir l’immobilier provincial en le hissant sinon vers les sommets parisiens, du moins en laissant en HLM des millions de ménages modestes qui aujourd’hui peuvent acheter. Merci ! Merci ! » 

      Les gens logés en HLM ne peuvent, sauf promotion énorme et rare de leur revenu, qu’acheter le logement qu’ils louent depuis des années avec un prix abaissé.

      Ce sont éventuellement leurs enfants mieux payés qui peuvent acheter des maisons individuelles avec terrain. Mais si le prix du terrain peut faire l’objet d’une certaine spéculation : plus c’est près des villes de travail, plus c’est cher, le prix de la construction dépend de la taille et de la qualité du bâtiment à faire construire ... et du maître d’ouvrage.


    • foufouille foufouille 28 mars 09:06

      @Julien S
      on est plus dans le passé ............


    • William 28 mars 15:49

      Merci pour votre réponse. La question de la balance commerciale est en effet primordiale, et la France a décroché dans les années 2000, devenant peu à peu déficitaire. La désindustrialisation en est une cause majeure, mais comment l’Allemagne, les Pays Bas et les pays nordiques, dont les couts du travail sont supérieurs aux nôtres, ont ils mieux résisté ? La réponse bateau est qu’ils sont positionnés sur le haut de gamme ou une plus forte technicité, mais chez nous des joyaux technologiques comme Thomson ou Alcatel ont quasiment disparu, et on voit qu’Alstom peine. La surévaluation de l’euro pour nos produits se pose effectivement.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 28 mars 16:00

      @William
      En ce qui concerne le coût du travail en Allemagne, outre les lois Hartz, il faut tenir compte du faible coût du logement jusqu’à une époque récente. Coût du logement qui, en France, a crû de façon remarquable à la suite des multiples campagnes de destruction de la vie de couple... pour obtenir que les femmes travaillent... et que le coût du travail baisse, etc...


    • William 28 mars 22:41

      @Michel J. Cuny
      Je ne sais pas si les familles allemandes sont plus pérennes, mais votre remarque concernant la situation en France est judicieuse, le besoin en logements s’accroit par l’atomisation des ménages, idem concernant la généralisation du travail des femmes, notamment sur des emplois précaires. Déjà dans les années 60, la presse féminine exaltant l’émancipation des femmes par le travail appartenait à des magnats du textile.


  • Pierre 27 mars 13:46

    Aricle bizarre : l’immobilier serait attaqué et les prix montent quand même ! Par ailleurs, les taux d’intérêt restent très faibles et il n’y a pas d’inflation, du moins pas assez pour atteindre le niveau souhaité (2 %).


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 13:58

      @Pierre
      C’est bien, Pierre, mais je pense que vous pouvez tout de même mieux faire...
      Etes-vous sûr de ne pas tout mélanger ?
      En tout cas, je vous ai laissé les coordonnées de monsieur Alexandre Mirlicourtois... Vous pourrez voir tout cela tranquillement avec lui.


    • Pierre 27 mars 14:23

      @Michel J. Cuny
      Peut-être mais peu importe, le charme des « spécialistes » étant en général de se planter...


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 14:43

      @Pierre
      Effectivement.
      La difficulté, ensuite, c’est de comprendre à partir de quel moment une erreur a pu se glisser. Or, avec les spécialistes, il y a un avantage sur ce qui pourrait se passer avec des non-spécialistes : c’est qu’ils doivent pouvoir fournir les schémas généraux et particuliers sur lesquels ils se sont appuyés.
      Une fois qu’on fait face à ces éléments-là, il est possible de mesurer l’extrême difficulté que rencontrent les humains sitôt qu’ils essaient de comprendre les différents phénomènes qui interviennent dans nos vies.
      Ces difficultés apparaissent bientôt comme carrément dramatiques...
      Ainsi ne faut-il pas croire que les spécialistes pourraient avoir l’âme tranquille...
      J’ai choisi de m’appuyer sur Alexandre Mirlicourtois (et sur Olivier Passet) pour cette bonne raison (il me semble) que je vois leurs vidéos régulièrement depuis huit ans, et que je mesure, de jour en jour, le désarroi grandissant dans lequel les plongent l’évolution de l’économie française et le rôle qu’y joue la dynamique particulière de l’économie allemande, et cela à travers l’Europe.
      D’où l’idée de remonter peu à peu en direction de 1945... Or, cela devient bientôt tout à fait terrible...


    • Pierre 27 mars 14:58

      @Michel J. Cuny
      Les spécialistes ne se plantent pas, en général, sur l’analyse des événements passés mais dès qu’ils commencent à décrire l’avenir. Si vous boursicotiez, vous sauriez de quoi je parle...Quant aux allemands, en ce moment, ils patinent !


  • zygzornifle zygzornifle 27 mars 15:31
    Ces jeunes couples que la finance internationale envoie au casse-pipe

    Comme ils sont jeunes ils auront toute leur vie pour rembourser leur fiasco ....


  • McGurk McGurk 27 mars 16:16

    Le marché de l’immobilier a toujours volé très (trop) haut en France.

    Il y a trente ans déjà, les prix étaient délirants mais avec l’euro c’est largement pire. La moindre merde dans une ville à la con coûte les yeux de la tête pendant une vingtaine d’années, alors lorsqu’on envisage plus grand... Et encore, je ne parle même pas des charges (si on vit dans un immeuble par exemple) et de toutes les taxes au quotidien.

    En fait, j’ai surtout l’impression que ça arrange pas mal les banques et entreprises d’avoir des gens sous perfusion qui sont donc, par essence, totalement dépendants d’eux et de surcroît prêts à tous les sacrifices pour pouvoir (non « être autorisés », parce que le logement fait partie des conditions d’une vie « stable ») à survivre.

    Une personne indépendante peut prendre elle-même des décisions et c’est là un danger pour ces acteurs du monde économique qui ont besoin de stabilité dans le but de se développer toujours plus.

    On aura probablement des gens toujours plus dépendants des acteurs économiques, écrasés de taxes en tout genre, avec un salaire toujours plus faible et donc un pouvoir d’achat toujours plus réduit. En clair, des personnes totalement précarisées dont la vie peut basculer à tout moment.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 16:41

      @McGurk
      Voilà qui est écrit, et bien écrit.
      Or, cette situation est le résultat d’un énorme travail de construction du système social dont on pourrait retrouver des traces aussi bien du côté de l’illustre Necker (1732-1804) que de Jeremy Bentham (1748-1832), pour ne citer que ces deux-là...


    • McGurk McGurk 27 mars 21:06

      @Michel J. Cuny

      Merci.

      En réalité, on va à rebours du processus naturel d’évolution dans la société et d’une société.

      On préfère faire le pari de l’emploi même si on a plus aucune garantie de stabilité ni même dans la vie, on laisse le champ libre à la déconstruction des quelques acquis sociaux qui nous garantissaient un minimum vital.

      C’est donc une régression aussi bien sociale que sociétale que l’on subit par ceux (peu nombreux) possédant le pouvoir et qui, au quotidien, décident de ce que va être notre quotidien. Emploi, chômage, précarité, pauvreté ou richesse, ils possèdent tous les leviers.

      Je ne comprendrai jamais pourquoi les hommes politiques ne font pas justement le pari adverse, celle d’une société libre et pouvant prendre des décisions sans être cadenassée par des décisions politiques, administratives ou économiques. Le résultat serait bien plus payant que d’avoir des esclaves et probablement largement plus productif.

      En ce qui concerne l’immobilier, la spéculation freine beaucoup ceux qui, comme les jeunes, ont besoin de s’installer. L’établissement d’une petite ligne de bus fait d’un coup grimper les prix, alors si on est dans un département riche d’une banlieue bourgeoise, on écope pour longtemps niveau remboursement.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 21:34

      @McGurk
      Pour répondre à certaines des questions que vous introduisez par votre commentaire, je vous donne ce lien qui conduit vers l’un des personnages les plus significatifs de l’Histoire de France... et les plus utilisés  comme prétendu modèle  par l’Education nationale et par l’Université...
      https://unefrancearefaire.com/2019/02/28/voltaire-apotre-de-la-guerre-sociale-et-politique-permanente/


  • Trelawney Trelawney 27 mars 20:21

    Mais où donc a pu glisser cette victoire soviétique de 1945, à laquelle la France avait tout de même fini par se trouver associée ?… Où ont glissé les travailleuses et travailleurs de la production, qu’ils soient allemands ou d’autres pays d’Europe ? Quelle place pour leurs enfants ?… Quels outils de production seront laissés à ceux-ci pour qu’ils ne soient pas très vite poussés à la rue par un crédit impayé et impayable ?…


    Avant la seconde guerre mondiale, les ouvriers et employés travaillaient pour un patron à construire des produits qu’ils n’utiliseraient jamais. Ce système a trés vite trouvé ses limites et le patronat a vite compris qu’il ne pourrait se développer autrement que par la guerre (source de profit) de la même manière qu’il s’est enrichit lors de la première guerre mondiale.

    Avec la fin de la seconde guerre mondiale et un nombre de victime et des destructions jamais vu jusque là, le patronat a compris que ça n’était plus la solution. Le capitalisme américains s’est mis en place. L’ouvrier et l’employé est devenu consommateur et s’est mis à acheter ce qu’il fabriquait y compris son logement et cela grâce au crédit accessible à tous.

    Comme ce monde capitaliste ne crée pas assez de richesse pour alimenter la machine, il invente cette richesse en fabriquant de la monnaie et s’entraide entre pays pour stabiliser cette économie uniquement baisée sur l’endettement.

    Dans cette conjoncture, les métropoles s’agrandissent et tels des aspirateur à richesse, aspirent tout ce que possède les petites villes (entreprises, banques, commerces) pour accaparer la richesse vers eux et ainsi continuer à vivre.

    Ces métropole se nomment Londres, New york, Los Angeles, Hong Kong, Shanghai , Singapour. En France il y en a 3 Paris, Lyon, Lille. Toutes les autres villes françaises sont condamnées à être des satellites de ces 3 métropoles et à voir leur économie se réduire comme peau de chagrin


    C’est pour cela que le coût du logement, comme le reste augmente dans ces trois villes et qu’ailleurs ca stagne ou ca baisse. L’ouvrier ou l’employé n’a plus les moyens d’habiter les centre villes de ces agglomérations et bientôt n’aura plus les moyens d’habiter la proche banlieue.

    Avec des taux stabilisé aucune raison que cela s’arrête et les fameuses classes (ouvrières, moyennes, riches) vont disparaitre au profit de deux catégories : les chanceux et les malchanceux



    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 27 mars 20:29

      @Trelawney
      Merci à vous.
      Voici une très belle fresque qui mérite de retenir la plus grande attention.


    • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 28 mars 00:38

      @Trelawney

       En France il y en a 3 Paris, Lyon, Lille. Toutes les autres villes françaises sont condamnées à être des satellites de ces 3 métropoles et à voir leur économie se réduire comme peau de chagrin

      Je serais curieux de connaître la source de cette étude.


    • Trelawney Trelawney 28 mars 07:28

      @dr.jambon-beurre
      C’est certain qu’on ne va pas le crier sur tous les toits, car cela dérange, mais c’est un fait.
      Le coût du logement est cher dans ces agglomérations et continue de croître, mais il est moins risqué que dans des villes comme Bordeaux, Rennes etc où là c’est vraiment de la spéculation immobilière temporaire.
      Maintenant ces agglomération possèdent des banques et établissements financiers qui ont les moyens d’accompagner les entreprises à conditions qu’elles déménagent et s’installe dans ses agglomérations (cf Capgemini, Ubusoft etc)
      Lyon est en concurrence avec Milan et pas Turin, car Turin se fait avaler par Milan.
      Lille est en concurrence avec Bruxelles, Anvers, Amsterdam et pas Liège car Liège c’est fait bouffer par Bruxelles.
      Paris est en concurrence avec Londres et cherche à avaler Lille et Lyon.

      Le capitalisme moderne est la bataille permanente de ces agglomérations pour conserver un leader ship qui garantira leur survie. ca n’a rien de politique c’est la dure loi du marché. Le gros avale le petit

      Normalement le politique doit freiner ces expansions qui créent le désordre, mais Macron avec ses réformes (taxe d’habitations, loi Elan etc) a accéléré le processus pour Lille Lyon et Paris qui n’en demandaient pas tant.

      Allez faire un tour en Angleterre en plein breixit et comptez le nombres de grues de chantiers à Liverpool, Manchester, Birmingham et Londres. A Londres elles se comptent par milliers, ailleurs .......

      Pour ce qui est des chiffres, regardez ce que représente le PIB de Lille Lyon Paris par rapport au reste de la France.
      Haut de France 148 milliards de PIB avec 110 milliards pour Lille.
      Auvergne Rhone Alpe 230 milliards avec 180 milliards pour Lyon
      Paris IIe de France 640 milliards

      Mais rien n’est écrit dans le marbre ; Bordeaux peut s’en sortir si elle continue à ce développer comme elle le fait. A l’inverse si des mauvaises décisions politiques
      sont prises comme ça a été le cas pour Grenoble, Marseille ou même Rennes, ca peut s’inverser


    • William 28 mars 15:55

      @Trelawney
      "ces agglomération possèdent des banques et établissements financiers qui ont les moyens d’accompagner les entreprises à conditions qu’elles déménagent et s’installe dans ses agglomérations"
      Qu’est-ce que c’est que cette histoire de banques spécifiques à telle grande ville, le Crédit Lyonnais ou le crédit du Nord ne sont plus des établissements locaux comme jadis, mais sont devenus des groupes nationaux


    • Trelawney Trelawney 28 mars 17:02

      @dr.jambon-beurre

      Si à l’époque des Trente Glorieuses, la plupart des strates sociales de la société, de l’ouvrier au cadre supérieur, avait le sentiment d’être intégrée et de bénéficier des grandes mutations économiques et sociétales de l’époque, il n’en est plus de même aujourd’hui. La désindustrialisation et son cortège de chômage de masse a affaibli considérablement la société périphérique, celles des villes moyennes, des petites villes, du périurbain « subi » et des zones rurales. Aujourd’hui, les plans sociaux ne valent plus seulement pour l’industrie mais aussi pour les services, les commerces et les banques (12% des agences bancaires devraient fermer d’ici 2020). Cette désagrégation économique se fait au détriment des grandes agglomérations qui ne font que se renforcer sur les décombres de la France périphérique. Dans la France périphérique se trouve la majorité des catégories qui constituaient le socle de la classe moyenne et qui n’ont pas les moyens de la mobilité sociale. Pour la première fois, elles ne vivent plus là où se créent les richesses et l’emploi et ne pourront plus y vivre, car compte tenu des logiques économiques et foncières, le retour en arrière n’est pas envisageable. 

       

      Pourquoi cette réalité est-elle cachée ? Parce que l’existence d’une classe moyenne justifie la pertinence de notre modèle mondialisé : la classe moyenne ne serait ainsi qu’une classe en mutation, en voie de s’adapter aux nouvelles normes économiques et sociétales d’une société mondialisée. Les différences entre les intérêts de classes sont évacués au profit d’une représentation positive qui est celle des grands médias et des discours politiques progressistes qui propage cette idée fausse : « une majorité d’inclus et une minorité d’exclus qui, grâce à des politiques bienveillantes d’inclusion, profiteront demain d’un modèle nécessairement intégrateur » ou la fameuse théorie du ruissèlement. 

       

      Ce qui est certain, c’est que la disparition de ce concept des classes moyennes nous fait entrer dans une période chaotique où tout ce qui faisait le commun, de l’État providence au partage des valeurs, est peu à peu démantelé.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 28 mars 17:13

      @Trelawney
      Je prends le parti de me mêler de façon peut-être indue à votre discussion pour apporter de l’eau à votre moulin...
      https://unefrancearefaire.com/20160315lire-thomas-piketty/


    • Trelawney Trelawney 28 mars 17:17

      @William
      Je ne vous parle pas des établissement où l’on ouvre des comptes pour particuliers avec CB, mais des banques d’investissement comme DEGROF, BLOM FRANSABANK etc. Bref des banques qui montent des dossiers fusion-acquisition et qui sont toutes dans les 3 agglomérations citées.
      C’est le principe de la centralisation des pouvoirs économiques pour s’affranchir des états.

      Exemple simple : Est-ce que le breixit sera préjudiciable pour Londres ? NON, car le pourvoir économique de cette ville s’est affranchit de tout ce que pourrait faire le système politique en place. C’est le fameux « No society » de Margaret Thatcher


    • William 28 mars 22:34

      @Trelawney
      les institutions dont vous parlez n’ont pas une portée strictement locale dans ces agglomérations. Tout comme le cas de la place de Londres s’applique pour l’ensemble du Royaume Uni.


    • Trelawney Trelawney 29 mars 10:23

      @Michel J. Cuny

      Si Marx a été le premier à intégrer l’économie dans son discours politique et sociétal (et il faut lui rendre hommage pour cela), ses théories n’ont plus lieu d’être au 21ème siècle où le problème qui domine n’est plus l’exploitation prolétaire, mais comment subvenir aux besoins des habitants de cette planète, alors que l’économie mondialisé n’engendre que 25% au grand maximum de ces besoins.

      A aujourd’hui on a éradiqué la famine dans le monde et on est en train de le faire pour la santé grâce en partie à la vaccination.

      Les besoins des gens ont changé. Ils veulent tous maintenant bénéficier des biens faits du progrès technologique (culture, électronique, loisir, moyens de transport etc). ce qui veut dire que seulement 20% de nos revenus servent à payer tout ce que se payait le prolétaire du temps de Marx (nourriture, vêtements et même pas le logement).

      Question : Comment sommes nous arrivés à créer autant de richesse distribuée à autant de monde sur cette planète ? La réponse simple est : « en détruisant notre habitat ». C’est une réponse écologique. Ma réponse est que si on a détruit notre habitat, on n’y est quand même pas arrivé et la bonne partie du salaire qui sert à payer le superflu par rapport au prolétaire provient du crédit donc de la dette.

      Prenez l’exemple d’un ouvrier du bâtiment qui construit des logements, hôpitaux ou bureaux qui sont construits grâce au crédit. Son salaire provient de la dette (argent virtuel) et il s’endette avec un salaire issu du crédit. Trés Shadock comme concept !


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 29 mars 11:02

      @Trelawney
      Merci pour votre très intéressant commentaire.
      Pour ma part, je ne crois pas qu’aucun salaire puisse trouver son origine dernière dans le crédit... Le salaire trouve son origine dans le système de production de la plus-value, et il ne vaut que par le rôle qu’il tient dans cette production.
      Plus largement, à propos de Marx, voyez ce que j’ai écrit ici...
      https://unefrancearefaire.com/2017/02/19/le-point-dorigine-de-lanalyse-marxiste/


    • Trelawney Trelawney 30 mars 11:59

      @Julien S
      Si vous avez le temps monsieur Julien qui avez l’air d’avoir des idées bien arrêtées, faite le bilan comptable de vos revenus.
      Dans quelle société travaillez vous et son niveau d’endettement, quels sont ces clients et le niveau d’endettement de ces clients.
      Maintenant que dépensez vous avec votre salaire et à qui : EDF votre logement, vos abonnements internet et téléphones, votre crédit auto etc
      Vous vous apercevrez trés vite qu’au moins 70% de vos revenus sont soit issus de la dette, soit servent à rembourser la dette de vos débiteurs
      Ce n’est pas magique. ce qui en grande partie fait tourner le monde, c’est de la monnaie de singe

      Je reviens à mon exemple : s’il n’y a pas de crédit pour acheter un logement, l’ouvrier du bâtiment ne sait pas travailler et ne perçoit pas de revenus. Donc il est payé avec de l’argent qui existera réellement dans 15 ans une fois que le propriétaire aura fini de payer son logements. Idem pour au moins 70% de vos revenus


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