vendredi 14 août 2015 - par Le Canard républicain

Charte européenne des langues : Une manœuvre insidieuse contre la République !

 par André Bellon

Ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

L’article 2 de la Constitution française proclamant que la langue de la République est le français a été introduit en 1992 par un amendement lors de la ratification du traité de Maastricht en 1992. Cet amendement émanait de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale dont j’étais alors le Président. Lors du débat dans l’hémicycle, la question des langues régionales fut posée et je répondis que cet amendement n’empêchait aucunement leur existence et leur valorisation par la loi, mais que la véritable question du moment était la préservation de notre langue commune face aux attaques de la langue de la mondialisation, à savoir l’anglais.

La question n’a rien perdu de son importance. Bien au contraire, n’a-t-on pas vu, depuis, une ministre de l’économie, Christine Lagarde, écrire, parait-il, à ses collaborateurs en anglais ? Et lorsque, attaquée en anglais par un député qui se moquait ainsi d’elle, ne l’a-t-on pas vu refuser l’insertion de l’intervention au Journal Officiel au prétexte de la langue employée ? La loi Fioraso autorise désormais des cours exclusivement en anglais dans les universités. Les exemples abondent et se multiplient.

Mais si le Parlement s’exprime officiellement encore en français, il vote des textes qui font à notre langue, jour après jour, le sort de la peau de chagrin. Ainsi, sous la pression des intérêts économiques mondialisés, le protocole de Londres a-t-il scellé le sort du français dans la fabrication des brevets. Bien pire, la question de la langue devient une source de conflits sociaux. Quand des salariés français sont forcés de parler anglais pour accéder à un emploi purement local, quand les modes d’emploi en anglais conduisent à des erreurs dramatiques comme on l’a vu, dans le début des années 2000, à l’hôpital d’Epinal où les doses de rayons mal interprétées ont gravement nui à la santé des patients, quand tous les produits affichés dans les rayons affichent leurs formules en langue étrangère, ce n’est plus une question de repli linguistique qui est en cause, mais une capacité à vivre en société. Ainsi, l’UNICE (le syndicat patronal européen) a fait depuis des années officiellement fait part à Bruxelles de sa décision de promouvoir l’anglais comme l’unique « langue des affaires et de l’entreprise » ; ainsi certains états-majors d’entreprises communiquent-ils en anglais à l’interne… et s’efforcent même d’imposer le « tout anglais » à l’ensemble de leur personnel  !

Lorsque François Hollande remet sur le tapis la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, il appuie, de façon insidieuse, cette destruction de notre langue commune au prétexte de sauver les langues régionales. Cette destruction n’est-elle pas l’objet de ce texte ? N’est-elle pas cohérente avec la vision, portée par certains, d’une Europe des régions ? Au moment où la société se décompose, notamment sous le feu des inégalités sociales, ce texte fragilise un vecteur majeur de cohésion : la langue française. En France, il a été rejeté par le Conseil Constitutionnel le 24 juin 1999, s’ajoutant à l’avis négatif du Conseil d’Etat en 1996. La question n’a pas été réglée pour autant et les pressions se sont poursuivies. Ainsi, M. Alvaro Gil-Robles, commissaire du Conseil de l’Europe aux droits de l’homme, avait appelé, dans un rapport rendu public le 15 février 2006, au « respect effectif des droits de l’homme en France » (rien que ça !) et, pour ce faire, lui avait demandé de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette position est peut-être plus adaptée à certains pays de l’Europe de l’Est ou des Balkans historiquement marqués par les conflits communautaires violents qu’à la République française dont l’Histoire est tout autre.

Il n’est pas question de reprendre à notre compte l’équation « langue minoritaire égale langue de division ». Jean Jaurès parlait patois, comme il disait alors, et en était fier. Le midi de la France fourmille de républicains farouches, néanmoins attachés à leur « petite patrie » et à sa langue. Le même phénomène se retrouve partout, en Provence comme en Bretagne. Mais la question change de nature lorsque la promotion des langues régionales est utilisée comme instrument politique contre la langue nationale et contre la République. Car il s’agit de remettre en cause l’article 2 de la Constitution française qui préserve la langue française contre le totalitarisme de la mondialisation et de son vecteur en Europe qu’est aujourd’hui l’Union européenne.

En fait, aujourd’hui, la langue française est attaquée autant que les langues régionales et minoritaires par ces nouveaux totalitarismes qui ne cherchent pas plus à préserver les citoyennetés parcellaires et leurs langues régionales que les citoyennetés nationales : ils cherchent à en faire des éléments de folklore sans portée politique. La charte européenne n’a pas pour objet la sauvegarde des langues régionales (basque, corse, breton, occitan,.....) ou minoritaires (ouolof, berbère, arabe,........). Celles-ci, éléments du patrimoine collectif, peuvent parfaitement être sauvegardées par la loi. Mais la charte a un autre but. Elle veut, comme le dit son préambule, modifier la vie publique en y introduisant le rôle officiel de ces langues. On feint d’oublier que la langue française est d’abord celle de l’administration qui nous gouverne. Toucher à la langue, c’est toucher au droit et à l’égalité des citoyens. On n’ose imaginer que des décisions aussi graves puissent relever d’un positionnement tactique d’un Président affaibli.

Avec la charte, la vie publique serait donc communautarisée. On comprend mieux alors l’obsession de François Hollande à régionaliser tellement la vie publique (réforme des collectivités locales elle aussi imposée au pas cadencé), en contradiction avec toute la tradition républicaine. Et, face aux communautés, le seul élément de cohésion deviendrait la langue et la pensée de la mondialisation. Mais si une telle réforme peut évidemment être proposée, peut-elle être imposée par un gouvernement dont la légitimité est pour le moins chancelante ? Dans ces circonstances, un référendum est en tous cas absolument indispensable.

Article également publié par l'ASSOCIATION POUR UNE CONSTITUANTE : www.pouruneconstituante.fr

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11 réactions


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 14 août 2015 11:46

    Monsieur Bellon parle d’or, on se demande pourquoi sa priorité n’est pas la sortie définitive de l’ Union européenne ?

    A quoi peut bien servir une Constitution sans cesse violée ?

    A quoi peut bien servir une Constituante, quand les décisions essentielles sont prises par la Troïka ?

    A quoi servent Députés et Sénateurs quand leur rôle est de recopier MOT à MOT, les directives européennes ?

    Quand 80% de nos lois sont d’’origine européenne ?

    Quand les gouvernements n’ont plus le droit de faire des politiques intérieures nationales ?

    La priorité, c’est de sortir de cette construction européenne, c’est ce que propose l’ UPR.


    • Le Canard républicain Le Canard républicain 14 août 2015 12:10

      @Fifi Brind_acier

      Citoyen(ne),

      Pour éviter les répétitions..., je vous invite à consulter de nouveau l’article intitulé « Le marronnier de Marine Le Pen ».

      Nous avions déjà eu un échange et il me semble avoir répondu à votre argumentation.

      Cordialement,
      J.G.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 14 août 2015 12:30

      @Le Canard républicain
      Merci de me répondre.
      « Qui a le pouvoir ? » Pour l’instant c’est la Troïka, aux bons soins d’Obama.
      Puisque vous semblez envisager un processus révolutionnaire, et que celui-ci n’arrive pas, votre plan B, c’est quoi ?


    • Osis Oxi gene. 14 août 2015 19:01

      @Fifi Brind_acier

       vous oubliez l’essentiel...

      A quoi sert Monsieur Bellon ?


  • la vergonha 14 août 2015 13:56

    « Cette position est peut-être plus adaptée à certains pays de l’Europe de l’Est ou des Balkans historiquement marqués par les conflits communautaires violents qu’à la République française dont l’Histoire est tout autre. »

    Revoyez votre histoire de France... les conflits communautaires violents y sont légion. Ce n’est pas parceque les conflits ne sont pas visible aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas être d’actualité dans une dizaine d’années. Et même s’il y avait des conflits communautaires, ce serait justement l’argument pour justifier l’éradication des langues régionales. Voir la révolution française par exemple.
    A la fin, dans tous les cas, la conclusion c’est que seule la langue Française doit être parlée sur le sol Français pour que nos chez Parisiens puisse comprendre tout ce qu’il se dit sans avoir à fournir le moindre effort.

    « Mais la question change de nature lorsque la promotion des langues régionales est utilisée comme instrument politique contre la langue nationale et contre la République. »
    Le problème est que la promotion des langues régionales est systématiquement stigmatisée par le politique. Ceux-ci ne veulent y voir qu’un combat d’arrière garde folklorisant ou l’expression d’une force politique régionaliste. Cependant, les langues régionales n’enlèvent rien au Français. La relation du Français à ses langues régionales a très longtemps été une relation de symbiose permettant au Français lui même d’évoluer. Depuis que nos langues régionales ne sont plus parlées que par nos anciens, le Français perd de son influence au niveau international. Est-ce un hasard ?

    « Car il s’agit de remettre en cause l’article 2 de la Constitution française qui préserve la langue française contre le totalitarisme de la mondialisation et de son vecteur en Europe qu’est aujourd’huil’Union européenne. »
    C’est un article que vous avez ajouté, qu’a-t-il apporté ? Rien ! Le français perd du terrain sur l’Anglais car il n’est ni langue de la technique, ni langue du commerce, ni langue de la politique, ni langue du militaire... Aucune loi réactionnaire ne permettra de sauver le Français à terme pour les mêmes raison que nos patois se meurent aujourd’hui. Commençons donc par accepter le génie de nos langues régionales qui ont toujours permis de faire vivre l’expressivité de la langue française.
    La recherche et l’enseignement sont les deux piliers qui permettraient à la fois de redresser l’économie et de donner une importance à la langue Française. Evidemment c’est du moyen terme, et nos hommes politiques qui ne pensent qu’à leur prochaine réélection ne pensent pas sur le long terme. Il est plus facile de stigmatiser l’usage des autres langues ; qu’elles soient étrangères ou régionales n’a en fin de compte pas beaucoup d’importance.

    « Celles-ci, éléments du patrimoine collectif, peuvent parfaitement être sauvegardées par la loi. »
    Tout à fait, et nous n’en demandons pas moins. Mais aucun politique ne va dans ce sens. Notez que la ratification de la charte n’engage la France que sur 39 points qui concernent essentiellement l’enseignement et l’accès aux média. La publication officielle de textes officiels locaux ou régionaux, ainsi que les textes législatifs nationaux les plus importants.Rien de révolutionnaire. Rien qui ne menace la langue Française.

  • lsga lsga 14 août 2015 17:06

    La langue de la République Européenne est l’Anglais.
     
    Je pense qu’on doit faire un effort pour les petites langues régionales en voie de disparition, comme le Parisien.


  • Alain 14 août 2015 18:31

    L’anglais détruit notre pays. Il rentre par tous les trous possibles : la pub, la télévision, les multinationales, les gens qui veulent se la péter en mettant 2 ou 3 mots d’anglais dans une phrase.

    Les français ont un laxisme gigantesque sur ce sujet de la perte de la langue française. Ils ne voient pas le mal.
    Les québécois qui débarquent en France sont outrés de cette situation, eux qui se battent tant bien que mal pour sauvegarder leur langue.
    Ils savent ces principes de base :
    - La langue conditionne la pensée.
    - Quand on veut faire plier un peuple, s’attaquer à sa langue, c’est le rendre esclave. Il pense dans la langue de l’envahisseur, il ne pense plus sa liberté par ses propres mots.

    Mais ici, ca fait tellement bien de se la jouer franglish. C’est volontairement que les gens acceptent ce fait et l’amplifient. Ils ne comprennent pas que les murs de la cellule linguistique se referment lentement sur eux. Plus de langues , plus de culture , plus de rayonnement d’autres idées potentielles, plus de liberté au sens propre, plus d’esprit de décision.


    • lsga lsga 14 août 2015 18:35

      @Alain
      en même temps ? Peut-on leur reprocher ? C’est tellement facile, les français sont tellement faibles physiquement et intellectuellement.


    • la vergonha 14 août 2015 20:49

      @Alain
      Totalement d’accord avec vous. Remplacez Français par Patois et Anglais par Français et vous comprendrez la raison pour laquelle il faut à tout prix soutenir nos langues régionales.


    • Alain 15 août 2015 11:38

      @la vergonha
      Je suis de votre avis. La défense des langues régionales est aussi importante que la défense de la langue nationale.
      Il nous faut défendre le français pour ne pas finir dans le cloaque mondialisé et uniforme, et parce que çà nous permettra de penser le monde différemment si un jour, l’envie nous en prend.
      Il nous faut défendre les langues régionales parce qu’elles sont la richesse de certaines régions, le témoignage d’une culture plus ouverte, la caractéristique de visions différentes. Ils permettent de mieux comprendre une région, de voir que le monde n’est pas toujours le même.


  •  C BARRATIER C BARRATIER 15 août 2015 12:03

    Hollande fait comme ses prédécesseurs ; il s’agit de faire plaisir à des communautés sans avoir besoin de l’Europe pour le faire, même en violant la loi

    En table des news :

    Nouveau gouvernement : stop au gaspi et aux illégalités

     

    http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=214

    Pour les langues régionales, malgré leur intérêt, il y a bien un enjeu républicain

    Ecoles privées, langues régionales, République

     

    http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=206

     



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