lundi 16 avril - par christophecroshouplon

Chefs d’oeuvre du 7ème art - La nuit de Varennes

21 juin 1791. Un carrosse quitte très discrètement le Palais-Royal. Intrigué, Nicolas Restif de la Bretonne, écrivain libertin, se lance à sa poursuite. Il se rend compte que Louis XVI et Marie-Antoinette sont en train de fuir Paris. S'il manque de peu la diligence, il parvient tout de même à se procurer un cheval, et s'emploie à suivre le couple royal. En chemin, il croise un chevalier, qui n'est autre que le grand Casanova vieillissant. Restif de la Bretonne et le célèbre séducteur poursuivent leur route ensemble et rejoignent enfin la diligence. Ils vont confronter leurs idées politiques avec celles des passagers, royalistes ou révolutionnaires...

En cette nuit de commencement de l'été, cette Nuit de Varennes du titre de ce film méconnu du grand Ettore Scola, nuit où un ancien monde fuit clandestinement ce qui fut son pays et donc son monde en direction du nord-est de la France, il y a comme un lent basculement d'un régime vers l'autre. Comme un accomplissement en actes au rythme des kilomètres de ce carrosse suivant le carrosse royal, où à chaque avancée la Révolution Française née deux ans plus tôt s'ancre davantage.

Le point de vue original de l'intrigue nous met en partage le point de vue des partants, ici représentés par les personnages de la suivante de Marie-Antoinette – géniale Hanna Schygulla – et du célèbre Casanova – Marcello Mastroianni, égal à lui-même -, accompagnés des entrants – Jean-Louis Barrault alias Restif de la Bretonne, écrivain révolutionnaire libertaire ainsi que Harvey Keitel alias l'écrivain américain Thomas Payne, plongé dans cette grande Histoire en marche. Leurs coexistences ici pacifiques sur la route et au cours des étapes du voyage donnent lieu à des échanges passionnants sur ce que certains – et au-delà le pays – perdent et ce que d'autres espèrent trouver et construire en lieu et place.

Loin de prendre partie, le réalisateur d'Une journée particulière dresse le tableau d'une réalité complexe, où le couple royal ne sera vers la fin filmé que d'en-bas, on n'en verra que les pieds, on entendra Marie-Antoinette, au premier étage de cette auberge à Varennes où ils sont retenus prisonniers, jurer en allemand.

Loin de donner une image négative et sanglante des révolutionnaires – le passé communiste de Scola le lui interdit sans doute -, le film au contraire insiste sur cette idée de progrès et de solidarité nécessaire, ce sans attenter à l'honneur des royalistes, auxquels Scola rend discrètement hommage. On le sent – et on le partage avec lui – tendrement attaché aux fugueurs et à leurs valeurs, à leur intégrité tout du moins. Ici représentés par la Comtesse ils incarnent l'élégance et une forme évidente de noblesse d'ame. Catapultés violemment dans une histoire tragique pour eux et comme contraints, non à trahir, mais à fuir des temps qui les rejettent à la marge, ils se retournent attristés et émus sur leur passé immédiat, nostalgiques et fidèles à ce peuple de France qui s'en va vers un destin sans eux.

 




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