samedi 24 février - par William Kergroach

Comment Washington a sacrifié l’Ukraine pour affronter Moscou

Il y a dix ans, l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch signait un accord avec l'opposition Euromaïdan pour résoudre la crise politique en Ukraine. Le lendemain même, l'opposition déchirait l'accord et prenait le pouvoir par la force. Derrière l'Ukraine, l'Empire américain voulait s'emparer de la Russie. Récit d'une guerre déterminée.

Après des mois d'émeutes, provoquées par le mouvement Euromaïdan, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch acceptait de réformer la constitution, de former un "gouvernement d'unité nationale" et de tenir des élections anticipées en décembre 2014. Le président ukrainien acceptait de gracier les émeutiers et de lancer des enquêtes sur les abus des forces de l'ordre.

Les accords du 21 février visant à mettre fin à la crise politique en Ukraine étaient signés par Ianoukovitch et les dirigeants de l'opposition Vitaly Klitschko (Parti Udar), Arseniy Iatseniouk (Batkivchtchina) et Oleh Tiagnybok (Parti nationaliste Svoboda) en présence du ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, du ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski et d'Eric Fournier, directeur du Département de l'Europe continentale au ministère français des Affaires étrangères.

Le lendemain de l'accord, le 22 février 2014, les bâtiments de l'administration présidentielle, de la Verkhovna Rada et du Cabinet des ministres étaient pris d'assaut par des manifestants violents. Les leaders du Maidan ont nommaient Oleksandr Tourtchynov à la tête de la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, en violation de la constitution du pays. Ianoukovitch était chassé. S'exprimant à la télévision depuis Kharkiv, Ianoukovitch refusait de démissionner : "Je suis un président élu légalement. Ce qui se passe est un vandalisme flagrant, du banditisme et un coup d'État", avait-il déclaré.

Néanmoins, les dirigeants de l'UE déclaraient immédiatement qu'ils travailleraient avec le "nouveau gouvernement" de l'Ukraine, balayant les accords qu'ils venaient de garantir la veille. En février 2014. Yanukovych quittait l'Ukraine et se réfugiait en Russie.

 

Washington était derrière le coup d'État

 

Officiellement, l'opposition était soutenue par les Européens, mais comme le déclarait le président russe Vladimir Poutine en 2015, « Nous savions parfaitement bien que les véritables marionnettistes étaient nos partenaires et amis américains."

 

Début février 2014, une conversation interceptée entre la secrétaire d'État adjointe américaine, Victoria Nuland, descendante d'immigrés juifs ukrainiens du côté de son père, et l'ambassadeur américain en Ukraine, aujourd'hui Secrétaire d'État adjoint des États-Unis pour les Ressources énergétiques depuis 2022, Geoffrey Pyatt, parlait de mettre au pouvoir le leader de l'opposition Arseniy Iatseniouk, et de mettre Tiagnybok et Klitschko "à l'écart". Nuland laissait tomber : "Fuck the EU..."

Le 27 février 2014, Iatseniouk était nommé Premier ministre ukrainien. Klitschko devenait maire de Kiev, le 5 juin 2014. Tiagnybok était maintenu à l'écart du gouvernement.

 

La cible était la Russie

 

Après le coup d'État, le gouvernement d' Arseniy Iatseniouk réprimait brutalement ses opposants politiques, promouvant un agenda ouvertement russophobe, et envoyait l'armée contre les civils du Donbass, opposés au coup d'état contre le président légitime Ianoukovitch.

Larry Johnson, un ancien agent de renseignement de la CIA et fonctionnaire du Département d'État, pense que l'Occident avait simplement décidé de prendre le contrôle de la Russie et de ses formidables richesses naturelles. « Ils cherchaient une stratégie à long terme pour isoler la Russie. Et la clé de cela était de faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN, dans l'UE, et donc d'isoler la Russie. » Du moins, les stratèges américains pensaient pouvoir isoler la Russie.

 

Des accords non respectés

 

La Russie a espéré mettre fin aux effusions de sang dans le Donbass grâce aux accords de Minsk. Le protocole de Minska était signé le 5 septembre 2014 à Minsk, capitale de la Biélorussie, par les représentants de l'Ukraine, de la Russie, des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), afin de mettre fin à la guerre du Donbass. Les accords prévoyaient l'arrêt des hostilités, le retrait des armes lourdes de la ligne de front, la libération des prisonniers de guerre et une réforme constitutionnelle en Ukraine pour accorder l'autonomie aux Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk.

L'ancienne chancelière allemande Angela Merkel et l'ancien président français François Hollande ont reconnu depuis que les accords de Minsk étaient des manœuvres pour gagner du temps pour armer et former l'armée ukrainienne. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui-même, reconnaissait dans une interview à Spiegel en février 2023 qu'il n'avait jamais eu l'intention d'observer les accords de Minsk ; pas plus que les putchistes d'Euromaïdan n'avaient eu l'intention de respecter les accords signés le 21 février 2014 avec le président Viktor Ianoukovitch.

 

Washington veut la guerre

 

Les États-Unis auraient pu refuser d'intégrer l'Ukraine à l'OTAN, ne pas mener des exercices militaires avec l'Ukraine, réouvrir les discussions avec Moscou sur la relance du Traité ABM et du Traité INF sur les forces nucléaires intermédiaires. Le Traité ABM (Anti-Ballistic Missile Treaty), Traité de limitation des systèmes de défense antimissile, avait été signé en 1972 entre les États-Unis et l'Union soviétique. Ce traité visait à limiter le déploiement de systèmes de défense antimissile afin de décourager une course aux armements dans ce domaine. Les deux parties s'étaient engagées à ne déployer qu'un nombre limité de systèmes de défense antimissile, limitant ainsi la possibilité de défense contre les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

Le Traité INF (Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty), Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 entre les États-Unis et l'Union soviétique, interdisait la production, le stockage et le déploiement de missiles balistiques et de missiles de croisière terrestres ayant une portée de 500 à 5 500 kilomètres. Ce fut un élément clé dans la réduction des tensions pendant la Guerre froide, car il interdisait le déploiement d'une classe entière d'armes nucléaires à courte et moyenne portée en Europe.

Ces deux traités étaient considérés comme des piliers de la stabilité stratégique entre les États-Unis et l'Union soviétique, puis la Russie après la dissolution de l'URSS.

Cependant, en 2002, sous le gouvernement de George W. Bush, les États-Unis annonçaient leur retrait unilatéral du Traité ABM. Le développement de systèmes de défense antimissile reprenait. De même, en 2019, sous le premier mandat de Donald Trump, les États-Unis se retiraient unilatéralement du Traité INF. La Russie annonçait son propre retrait du Traité INF, le contrôle des armements n'existait plus.

Le président Biden a exprimé à plusieurs reprises son opposition au projet de gazoduc Nord Stream 2, affirmant que cela renforcerait la dépendance de l'Europe à l'égard de la Russie en matière énergétique et affaiblirait la « sécurité énergétique » de l'Europe. Les États-Unis ont menacé de sanctions contre les entreprises et les entités impliquées dans la construction du gazoduc, ainsi que contre les pays soutenant le projet. Le 6 février 2022, lors d'une conférence de presse commune avec le chancelier allemand Olaf Scholz, le président américain Joe Biden avait averti : « Si la Russie envahissait l'Ukraine, il n'y aurait plus de Nordstream 2. Nous y mettrons fin ». Questionné sur la manière dont il s'y prendrait, il répondait : « Je vous promets que nous serons capables de le faire. »

Le sabotage des gazoducs Nord Stream a eu effectivement lieu le 26 septembre 2022 en mer Baltique, occasionnant d'importantes fuites de gaz. La première, sur Nord Stream 2 est découverte au sud-est de l'île danoise de Bornholm. Plusieurs heures plus tard, deux autres fuites sont découvertes sur Nord Stream 1 au nord-est de l'île. C'est un acte délibéré, des traces d'explosifs ayant été relevées.

Dans un article publié sur son blog le 8 février 2023, le journaliste américain ayant reçu le prix Pulitzer, Seymour Hersh, affirme que les États-Unis et la Norvège sont à l'origine du sabotage des gazoducs Nord Stream en citant une source unique et anonyme ayant eu connaissance directe de la planification opérationnelle.

 

L'Ours russe est patient

 

La Russie a toujours été ouverte aux négociations. Moscou a entretenu un dialogue avec les gouvernements de Porochenko et de Zelensky pour mettre en œuvre les accords de Minsk afin de respecter les droits des russophones d'Ukraine tout en préservant l'intégrité territoriale de la nation. Le gouvernement de Petro Porochenko a été en fonction en Ukraine du 7 juin 2014 au 20 mai 2019. Porochenko a été élu président de l'Ukraine en mai 2014, succédant à Viktor Yanukovych qui s'était réfugié en Russie.

Quant au gouvernement de Volodymyr Zelensky, il est en fonction depuis le 20 mai 2019. Zelensky a remporté l'élection présidentielle ukrainienne en avril 2019, succédant ainsi à Petro Porochenko en tant que président de l'Ukraine. Son gouvernement a été formé peu après son investiture présidentielle et est toujours en fonction à ce jour.

La presse occidentale tait le fait qu'avant de lancer l'opération militaire en Ukraine, Moscou a cherché à conclure des accords avec les États-Unis et l'OTAN pour assurer la sécurité européenne commune. Les projets d'accords qui prévoyaient les garanties de l'OTAN contre l'expansion vers l'est et le statut neutre de l'Ukraine ont été ignorés délibérément par Washington, Bruxelles et, bien entendu, la direction de l'OTAN.

 

Un mois après le début de l'opération militaire spéciale, des représentants russes et ukrainiens ont signé des accords de paix préliminaires à Istanbul en mars 2022. Davyd Arakhamia, qui dirigeait la délégation ukrainienne lors des pourparlers d'Istanbul de mars 2022 avec la Russie, avait déclaré à la chaîne de télévision ukrainienne 1+1, en novembre 2023, que Moscou était prête à mettre fin au conflit si l'Ukraine s'engageait à la neutralité et refusait d'adhérer à l'OTAN. Cependant, le Premier ministre britannique Boris Johnson forçait le président Volodymyr Zelensky à se battre jusqu'au bout. L'ex-Premier ministre Johnson était appuyé par le Vice-président de la Commission européenne Josep Borrell Fontelles, en avril 2022, qui promettait des centaines de millions d'euros pour Kiev : "Cette guerre sera gagnée sur le champ de bataille", tweetait-il... Le Secrétaire à la Défense des États-Unis, Lloyd Austin, a déclaré que Washington voulait voir "la Russie affaiblie. » Les États-Unis ont dépensé plus de 100 milliards de dollars, l'Union Européenne a donné environ 85 milliards d'euros, pour soutenir l'effort militaire de l'Ukraine. Le résultat n'est pas concluant.

[email protected]

Source : Ekaterina Blinova

https://sputnikglobe.com/20240221/euromaidan-was-part-of-wests-proxy-war-against-russia—cia-veteran-1116894202.html



44 réactions


  • Brutus S. Lampion 24 février 12:58

    Правда


    • JPCiron JPCiron 24 février 21:04

      @S. Lampion

      En vérité, je vous le dis  : Affaiblir la Russie en l’isolant servait un double objectif :
      > empêcher la possibilité d’émergence d’un mouvement menant la formation d’une Europe ’’de l’Atlantique à l’Oural", qui pourrait devenir un N°1 mondial potentiel.
      > pousser la Russie à débuter une guerre qui allait l’épuiser, éliminant ainsi un potentiel risque de l’avoir dans les pattes au moment où l’Amérique s’occupera de la Chine


    • mmbbb 25 février 12:00

      @JPCiron «   l’Amérique s’occupera de la Chine » 

      La Chine est prévoyante , elle aura ses 1000 ogives nucleaires d ici 2030 !

      Quant a l economie, ce sont les pays du « sud » qui seront les moteurs .

      Les ricains ont aussi de serieux problemes internes .

      et toutes les guerres du passe n ont pas montré la justesses de ces interventions militaires .

      La situation geo politiques est devenue beaucoup plus complexe que par le passé 


  • Samy Levrai Samy Levrai 24 février 13:05

    face je gagne, pile tu perds... faut pas jouer avec la Russie.


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 24 février 13:53

    Derrière l’Ukraine, l’Empire américain voulait s’emparer de la Russie.

    C’est n’importe quoi...

    Le président Biden a exprimé à plusieurs reprises son opposition au projet de gazoduc Nord Stream 2

    Trump l’a fait avant lui. Et qui s’est fait le plus baisé dans l’histoire ?



    • Doume65 24 février 18:34

      @Opposition contrôlée
      En effet. Les américains ont toujours voulu affaiblir par tous moyens la Russie jusqu’à ce qu’elle devienne docile. Mais s’en emparer... Ou alors indirectement, par ses multinationales. La formulation est malheureuse.


  • Robert GIL Robert GIL 24 février 14:48

    et comme Washington s’est planté :

    http://2ccr.unblog.fr/2024/02/24/ukraine-deux-ans-deja/


  • Ffgismo 24 février 15:15

    On ne peut plus dire que nos dirigeants œuvrent pour le bien commun, ce sont de véritables organisations criminelles au service d’une idéologie…

    Après cet épisode et celui de la plandémie on commence à entrevoir le véritable agenda.

    Vu l’immaturité politique de la population il est impossible d’imaginer une issue sans une généralisation de la violence des rapports humains.

    Tout détruire pour tout reconstruire ?
    Un article qui décrit la situation, face à des racailles qui ne sont sur agoravox que pour faire de la propagande malfaisante.


    • GoldoBlack 25 février 09:28

      @Ffgismo
      Vivement que Poutine envahisse l’Europe alors ? Parce que lui comme champion de la morale et du bien commun...
      « Un article qui décrit la situation, face à des racailles qui ne sont sur agoravox que pour faire de la propagande malfaisante »
      Tu parles des prorusses ?
      « Après cet épisode et celui de la plandémie [SIC] on commence à entrevoir le véritable agenda. »
      Lequel ? Ah oui, celui décrit par les Q-Anon !
      Très crédible.


    • mmbbb 25 février 11:32

      @GoldoBlack apprend a lire pauvre naze , en aucun cas cet auteur fait l apologie de cette guerre .

      Outre d etre con tu es malhonnête .

      Tu cumules mon gars 

      et bis repetita G Kennan un politologue americain avait preconise que l Ukraine devait rester neutre 

      ce que Kissinger avait aussi affirmé .


    • GoldoBlack 26 février 07:41

      @mmbbb
      Et la marmotte toussa toussa...
      « Outre d etre con tu es malhonnête . »
      C’est l’hôpital qui se fout de la gueule de la charité ?


    • mmbbb 26 février 18:38

      @GoldoBlack franchement niveau d adolescent a peine pubere ! 


    • GoldoBlack 27 février 22:22

      @mmbbb
      C’est ça ! C’est parfaitement ça ! Il me manquait les mots pour te décrire et tu me les donnes ! Merci ! Heureusement que tu es là... Sinon, il faudrait t’invent... euh... ou pas !


  • Krokodilo Krokodilo 24 février 16:04

    "La presse occidentale tait le fait qu’avant de lancer l’opération militaire en Ukraine, Moscou a cherché à conclure des accords avec les États-Unis et l’OTAN pour assurer la sécurité européenne commune"

    Et le fameux discours de Poutine à Munich, ici analysé par un blogueur universitaire de Mediapart, qui en cite un long extrait.

    Intéressant de voir comment cela a été perçu par Le Monde, alors qu’on peut y voir le point de départ du conflit ukrainien.


    • microf 25 février 00:25

      @Krokodilo

      Je ne m´intérèssait pas beaucoup á la Russie, mais c´est après lu le Discours du Président Poutine á Munich, après l´avoir analysé que je me suis m´y á m´intèrèsser á la Russie et á celui qui avait prononcé ce Discours á savoir, le Président Poutine á qui je donnerai plus tard, le Surnom du « Mozart de la politique », il est á la politique ce qu´était Mozart á la musique á savoir, un virtuose.


    • GoldoBlack 25 février 09:26

      @microf
      « á » : les claviers moscovites sont mal configurés...


    • mmbbb 25 février 09:43

      @Krokodilo dans l article de Mediapart , il est fait mention de G KENNAN , ce dernier preconisait que l Ukraine devait rester neutre .

      Kissinger l affirmait aussi .

      Il fauta aussi citer Mearscheimer .

      Quant au Monde , ce journal qui fut une reference est devenu un journal avec lequel je ne torcherai pas le cul de peur d attraper un prurit .

      Il est etonnant que dans ce pays nous n ayons si peu d analystes indépendants .


  • Jelena Jelena 24 février 16:40

    Je dirais même plus... Pour « le bienveillant oncle Sam » il n’a jamais été question que l’Ukraine rejoigne l’UE, car c’était planifié depuis plusieurs décennies qu’un jour les ukrainiens serviraient de « chair à canon » face aux russes.


    • GoldoBlack 26 février 18:26

      @Jelena
      Je dirais même plus... Pour « le bienveillant oncle Vlad » il n’a jamais été question que l’Ukraine rejoigne l’UE, car c’était planifié depuis plusieurs décennies qu’un jour les ukrainiens serviraient de « chair à canon » face l’Otan. Avec ou sans leur consentement, ça n’a jamais été son problème à l’oncle Vlad.


  • Doume65 24 février 18:38

    Ce récapitulatif oublie qu’il y a eu deux accords de Minsk, un en 2014 et un en 2015.

    Il oublie aussi qu’avant Zelensli, Porochenko s’était aussi venté de la supercherie de ces accords qui ne visaient qu’à armer l’Ukraine.


  • Fanny 24 février 22:04

    L’article met en évidence le fait que les USA/UE/OTAN n’ont pas recherché la paix en 2014/2022, mais une confirmation de leur victoire dans la guerre froide en prolongeant cette guerre.

    Il me semble que c’est toujours le cas.

    Une chose est particulièrement inquiètante : la volonté de l’OTAN-UE de chasser par les armes la Russie de Crimée. C’est entre autres la position officielle de la France.

    Peut-être est-ce une position prise par l’alliance OTAN dans la perspective de négociations, mais cela est douteux car il n’y a rien à négocier concernant la Crimée : soit elle devient russe définitivement, soit elle reste ukrainienne pour toujours, avec dans un cas comme dans l’autre une éventuelle large autonomie à définir par les Criméens (cf. Constitution de 1999). C’est binaire, il n’y a pas d’entre deux.

    Cela est particulièrement inquiétant car il s’agit, de la part de l’alliance OTAN, d’ignorer l’avis des Criméens exprimé à deux reprises après la séparation d’avec l’URSS :

    1954 : la Crimée, partie de la Russie, est transférée à l’Ukraine dans le cadre de l’URSS, par une décision administrative de Kroutchev/Staline. Sébastopol garde un statut spécial.

    1991 : la Crimée vote sa séparation d’avec l’URSS à 54%, se maintenant dans le cadre de l’Ukraine qui elle vote son indépendance d’avec l’URSS à 90%.

    1991-1999 : on assiste à un bras de fer entre la Crimée et l’Ukraine à propos de l’autonomie de la Crimée, finalement inscrite dans la constitution de 1999.

    2014 : la Crimée vote son rattachement à la Russie à 96% (son retour dans la nation russe, après la parenthèse 1954-2014).

    La contestation juridique de certains votes et décisions, et pas d’autres, est ridicule. Ce serait considérer que la légitimité de la décision de transfert de la Crimée de la Russie à l’Ukraine par Kroutchev/Staline, à l’occasion du 300 ème anniversaire de la réunification Ukraine-Russie, qui avait une certaine validité juridique dans le cadre de l’URSS (qui a disparu), serait supérieure aux votes postérieurs des Criméens. Absurde.

    Il est légitime de considérer que les votes des Criméens en 1991 et 2014 expriment la réelle volonté des Criméens (54% pour le détachement de l’URSS dans le cadre de l’Ukraine en 1991 puis 96% pour son rattachement à la Russie en 2014 – les 2/3 des Criméens sont Russes).

    L’ONU n’apporte pas grand-chose dans ce débat, sinon qu’elle met deux principes contradictoires de l’ONU en concurrence : l’intangibilité des frontières et le droit des peuples à disposer librement d’eux-mêmes.

    C’est donc soit aux armes, soit à la communauté internationale (au CS de l’ONU) de décider du sort de la Crimée.

    Si la Russie gagne la guerre contre l’Ukraine, c’est réglé concernant la Crimée. Mais les chefs de l’UE et de certains Etats de l’UE affirment que cette éventualité serait une menace vitale pour l’UE d’une part, et pour la sécurité de l’Europe au sens large d’autre part.

     Même si ces affirmations discutables relèvent du jeu diplomatique et militaire, une victoire de la Russie aurait certainement de lourdes conséquences dans le monde. Cette victoire pourrait par exemple ne pas être acceptée par certaines parties/pays et générer une instabilité durable en Europe, voire une reprise de la guerre pouvant se transformer en conflit mondial. Donc une victoire de la Russie, si elle réglait le sort de la Crimée, ne serait pas synonyme de paix pour l’Europe.

    Si aucune des parties ne gagne la guerre, et qu’une négociation est engagée, que peut-il en ressortir pour la Crimée ? A priori rien, ni dans un sens ni dans l’autre vu que c’est binaire. Un statut bancale à mi-chemin entre Ukraine et Russie paraît inconcevable. Ce serait la porte ouverte à une instabilité durable, à la poursuite du conflit.

    Une défaite claire de la Russie ramènerait la Crimée dans le giron de l’Ukraine. Mais cela n’est envisageable que dans l’hypothèse d’une déstabilisation de la Russie en tant qu’Etat, on pense à la défaite de la Russie en 14/18 et à la révolution russe en 17 (éclatement, changement de régime avec guerre civile en Russie …). Ce cas de figure aurait aussi de lourdes et graves conséquences en Europe et dans le monde plus généralement.

    La seule configuration qui donnerait une chance à la paix et la stabilité en Europe serait la reconnaissance par l’alliance OTAN que la Crimée est russe. On en est très loin aujourd’hui, malgré la volonté exprimée des Criméens. Les USA lorgnent toujours sur la base de Sébastopol.

    Il n’y a donc pas de solution en perspective, ce qui nous condamne à l’instabilité en Europe sur la longue durée. Encore un « trou noir » dans le monde, comme en Palestine. Plus noir encore que la Palestine car lourd d’un conflit d’envergure pouvant signer la fin de l’Europe. Tout ceci, associé au bruit de bottes qui monte actuellement en Europe, est en effet très inquiétant. 


    • titi titi 24 février 23:19

      @Fanny

      "Les USA lorgnent toujours sur la base de Sébastopol.

      "

      Affirmation totalement gratuite, et plutôt étrange.
      Et ils en feraient quoi ?

      Ne me dites pas que ça leur permettrait de s’affranchir des limitations de navigation dans la Mer Noire imposées par la convention de Montreux : ils n’en sont pas signataires.


    • Pimpin 25 février 10:20

      @titi C’est évident ! c’est une base stratégique de plus proche de la Russie qu’ils veulent dominer, le contrôle de la mer noire.


    • mmbbb 25 février 11:49

      @Pimpin c est pour cela que Crimée aurait due etre arrachée a la Russie 

      Et sanctions lorsque la Russie a « annexée » la Crimée .

      Sarko qui n a pas fait appel a cet éminent BHL a reconnu dans un bref eclair de lucidité que c etait une aberration !

       C est dire ! 


  • Fanny 25 février 01:04

    Affirmation totalement gratuite, et plutôt étrange.
    Et ils en feraient quoi ?

    Je n’ai pas d’élément de preuve, c’est vrai. Juste l’observation du comportement des USA, qui sèment leurs bases militaires partout dans le monde, qui font pression sur les Etats pour s’y installer.

    Lorsqu’ils engrangent une victoire militaire, comme au Kosovo (enfin une vraie victoire contre une vraie puissance qui s’est illustrée dans WWII, la Serbie, ouf), ils installent une grande base militaire, Bondsteel.

    Pour en faire quoi ? Mais tout simplement pour confisquer la sécurité d’une région, d’un pays, d’un continent, comme ils l’ont fait en Europe en y stockant des bombes nucléaires, en y installant des bases anti-missiles en partie à l’origine de la guerrre en Ukraine.

    Les USA provoquent et gèrent la guerre chez nous, ça vous a échappé ? Lellouche, ancien président du parlement de l’OTAN (ou quelque chose comme ça) que je viens d’entendre sur LCI, ne dit pas autre chose.

    En Mer Noire, à Sébastopol, ils neutraliseraient la flotte russe, ça vaut le coup même au prix d’une petite guerre en Ukraine, en appauvrissant l’Allemagne et l’Europe en passant. 

     


    • GoldoBlack 25 février 09:25

      @Fanny
      Quelle belle analyse géopolitique... de bistrot.
      Allez Robert, remets-nous une tournée !


    • Fanny 25 février 09:49

      @GoldoBlack
      Allez Robert, remets-nous une tournée !

      Ah ! De retour ?

      Longtemps qu’on vous avait pas vu.

      Vous allez bien ? Toujours sec côté idées ? L’intellect, c’est comme en amour, faut pratiquer pour lubrifier.

      Pour moi ce sera une Heineken, à vos frais car à 5€30 (une folie) comme hier dans une gare de province, j’ai plus les moyens …


    • mmbbb 25 février 11:40

      @Fanny et oui les etrons cela collent à la semelle .

      L avantage est que l on ne perd pas dans la longueur de ses argumentaires .


  • GoldoBlack 25 février 09:01

    Merci MoSScou.


  • zygzornifle zygzornifle 25 février 09:53

    Macron a bien sacrifié la fRance pour alimenter et soutenir l’Europe .....


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 25 février 17:47

    @l’auteur

    Vous êtes fort pour apporter la preuve qu’il y a eu un coup d’Etat organisé par les américains en Ukraine. Vous affirmez que la preuve c’est que Poutine le dit.

    Derrière le sous-titre très affirmatif : « Washington était derrière le coup d’État », vous embrayez avec :

     « Officiellement, l’opposition était soutenue par les Européens, mais comme le déclarait le président russe Vladimir Poutine en 2015, « Nous savions parfaitement bien que les véritables marionnettistes étaient nos partenaires et amis américains. ».

    En effet, le 25 mars 2015, on pouvait lire sur le site de Cameroonvoice  :

    "L’idée que Poutine se fait des auteurs du coup d’État du 21 février, basée à l’évidence sur des éléments apportés par les services de renseignement, est directe et claire : « Le truc à comprendre dans le contexte – alors que l’opposition était formellement soutenue prioritairement par les Européens – était que nous savions parfaitement, nous ne l’avons pas seulement compris, mais nous le savions, que nos partenaires et amis américains étaient les véritables marionnettistes.« 

    Dommage qu’il ne soit pas précisé où et quand Poutine a dit cela. Mais, il est certain qu’il sait beaucoup de chose ce Poutine. Cependant, il oublie de nous dire comment il a appris tout ce qu’il sait. N’a-t-il pas aussi affirmé que c’est ce salaud de Lénine qui a inventé la notion d’Ukraine indépendante mais qu’heureusement ensuite il y eut un excellent dictateur nommé Staline qui a su apprendre à ces prétendus ukrainiens a bien respecter les Grands Russes ? Pour ce qui est de l’affirmation en question Poutine ne tente même pas d’expliquer comment il a su que c’étaient les américains qui étaient à la manœuvre. La citation que vous donnez n’est d’ailleurs pas exactement la même que celle de »camerononvoice« .

    Est-ce que vous avalez tout cela ? Est-ce que vous pensez qu’il s’agit de preuves ? Est-ce que le fait que Poutine l’aurait dit vous suffit pour affirmez que »Washington était derrière le coup d’Etat«  ?

    Je vous rassure vous n’êtes pas le seul à raisonner ainsi. D’ailleurs, c’est un précepte idéologique chez nombre d’auteurs d’affirmer qu’il n’y a jamais ni révolte ni révolution. Les peuples seraient tous manipulés. Le complot judéo-bolchevique se répète à l’infini. Il n’y a pas eu de révolution en Russie. Certains ont même expliqué que la grève générale de mai 68 en France avait été organisée par la CIA.

    J’ai décrit cette vision idéologique dans un article intitulé : »Etes-vous d’extrême-droite ?"


    • alinea alinea 26 février 22:56

      @Jean Dugenêt
      Le problème, en Ukraine comme naguère en Yougoslavie, c’est qu’il n’y a pas un peuple ukrainien ! vous l’admettez ça ? L’Ukraine est un artifice qui a vécu après l’écroulement de l’URSS ce que les occidentaux auraient aimé que vive la Russie... sauf que Poutine est arrivé. Et a sauvé, remonté et glorifié la Russie.
      Ça vous cause ?
      les occidentaux adorent les pays en vrac, pour les piller, déjà un tiers de terres agricoles aux mains des américains, et bonjour la corruption, les ventres féconds pour les occidentales LGTB, les organes pour sauver... les mêmes...
      Ça vous fait bicher ça ? Un pays comme ça ?
      Vous savez que beaucoup d’Ukrainiens rentrent en résistance contre leur clown ?
      Vous pensiez aussi je suppose que Bachar el Assad était un dictateur sanguinaire et que dans Alep est s’était créée une communauté autonome et démocratique ?
      À un moment il faut voir le monde tel qu’il est pas tel qu’on le voudrait : non les valeurs occidentales ne sont pas universelles, non les occidentaux ne sont pas supérieurs aux autres, sauf dans la terreur qu’ils sèment.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 27 février 15:40

      @alinea

      Non ! Je ne l’admets pas et j’ai expliqué en détail pourquoi. Avec vos arguments, on peut aussi dire que le peuple français n’existe pas. Ce qu’on voit actuellement en Ukraine ne prouve-t-il pas suffisamment que se peuple existe et se bat pour exister ?
      Voir mes explications détaillée dans l’article censuré sur AgoraVox : « L’Ukraine doit-elle disparaître ou perdurer ? »


  • Giordano Bruno - Non vacciné Giordano Bruno - Non vacciné 26 février 08:21

    La Russie n’est pas la seule cible. L’Europe aussi. Il s’agit ici de créer un affrontement entre deux concurrents des États-Unis qui devraient naturellement être partenaires.


  • quijote 26 février 10:47

    L’otan, c’est-à-dire l’état profond américain, c’est-à-dire l’industrie de l’armement américaine et aussi israélienne, veut l’Ukraine dans l’otan. Poutine ne veut pas de ça. Ce qui signifierait guerre en Europe au lieu de l’est de l’Ukraine.

    https://twitter.com/WallStreetSilv/status/1761981890389496310

    Les peuples occidentaux, les opinions publiques, doivent dire merde à l’otan, c’est-à-dire à l’état profond américain, c’est-à-dire..., etc. C’est comme si la merde humaine derrière Biden ( voir ci-dessus ), sachant que Trump a déjà gagné avant les élections, avait décidé de jouer le tout pour le tout. En cas de guerre avec la Russie, fini les élections... Bref, ils sont prêts à jouer nos vies à nous en Europe pour leurs propres intérêts. Ça fait à peu près 50 ans qu’ils font ça un peu partout. Sauf que cette fois, ce serait la Russie en face et nous juste à côté.

    Chaque peuple dont le pays fait partie de l’otan doit prévenir ses dirigeants : pas question d’une guerre contre la Russie. Pour quelque raison que ce soit ( si on les laisse, c’est faux drapeau sur faux drapeau... ).T’as compris, Macron ?


  • quijote 26 février 21:18

    C’est une blague ? C’est une vidéo de IA ou quoi ? Il a pas dit ça, quand même ? Si c’est une plaisanterie, elle est pas drôle...

    https://twitter.com/LCI/status/1762156864471716130


    • quijote 26 février 22:34

      @quijote

      Merde alors... Il semblerait que ce soit vrai... Ce type est fou ! On a un fou à la tête de l’état. Ou une marionnette qui fait ce qu’on lui dit de faire. Possible aussi.
      La France est dans un état lamentable et ce taré veut nous préparer à une guerre contre la Russie...
      Ça dépasse l’entendement... Nos élites sont nos ennemis. Plus que jamais.

      Hé, Macron, pars devant attaquer la Russie, on te regarde.


    • quijote 26 février 22:41

      @quijote

      Et Boris Johnson qui s’y met aussi... 

      https://twitter.com/CalliFanciulla/status/1762177009239658978

      Ils auraient pas déjà pris leur décision, ces connards ? Macron et Johnson en première ligne ! Les premiers à mourir pour la liberté ! Et leur famille aussitôt après !


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