vendredi 2 novembre 2018 - par Le Vautre Oméga

Comprendre psychologiquement l’affaire Khashoggi

Nous sommes en France. L'un des 30 pays qui (probablement) n'est pas dirigé par des barbares et des voyous. Or notre sûreté ne repose pas entièrement sur la loi positive. Car, comme on l'ignore, il y a nos droits (déterminés par l'Etat), mais il y a aussi des Droits au-dessus des droits, déterminés par des lois quasi éternelles. Par conséquent, il faut se poser la question : les Saoudiens vont-ils payer pour leurs crimes sans même connaître, matériellement parlant, une sanction ?

J'en vois certains s'indigner, à juste titre, de l'affaire Khashoggi. 

Quoi de plus pire en effet : un Etat (!) qui met à mort illégalement l'un de ses ressortissants. Autrement dit : un Etat qui sape lui-même le principe sur lequel il se fonde – la loi. Or le paradoxe n'est pas nouveau, mais il ne laisse pas d'être intéressant. 

Où est le contrat social ? On eût cru naïvement que l'Etat fut la première structure censée nous protéger de la barbarie de l'état de nature (dans son « chacun pour soi »)... Ainsi Schopenhauer avait-il raison, et c'est son plus grand mérite : d'avoir vu (et d'avoir dit) que tout n'allait pas bien... Que la nature était indifférente, que l'Etat pouvait être mauvais, que le progrès pouvait être une involution, et que ceux qui, en définitive, misaient sur l'amélioration de l'appareil judiciaire terrestre, avaient omis le très sain concept de « péché originel ».

C'est-à-dire que les choses ne vont pas forcément très bien, et qu'il faut toujours s'attendre au « grain de sable » dans l'engrenage, et à cause duquel le malheur arrive. Certaines personnes, ayant cette connaissance, se réjouissent intelligemment et se complaisent (en partie) dans l'inaction, puisqu'ils entraperçoivent le véritable fonctionnement des relations humaines.

Or d'autres crieront au défaitisme, puis dénonceront l'immobilisme qu'une telle position induit. 

Mais à y regarder, c'est parce que ces plaintifs-là ne connaissent pas la notion du « Père » (en tant qu'image). Les relations du Père au Fils s'élèvent au-dessus des relations viciées intra- et interstructurelles. Entre le Père et le Fils, véhiculent des énergies psychiques insoupçonnées... En sorte que l'injustice résultant du déroulement d'un procès n'entache pas le système de la « justice éternelle », vu depuis la hauteur des relations entre les images du Père et du Fils qui dépassent définitivement la temporalité. L'Etat est bien évidemment le Père. Et ce parallèle n'est pas incongru : l'image du Père nervure nos relations. C'est une des images les plus fortes – laquelle véhicule par conséquent beaucoup d'énergie. Il en va ainsi des relations patron/client, féodo-vassaliques, entrepreneuriales, amoureuses, amicales, scolaires, etc.

Ceux qui, par conséquent, sont choqués (à bon droit) par le traitement des Saoudiens vis-à-vis de son ressortissant, ignorent totalement l'idée (pertinente) selon laquelle la justice dépasse les bornes restreintes de la justicialité matériellement comprise.

Si les relations entre le Père et le Fils sont dictées par des relations psychiques atemporelles, il est bien évident qu'ainsi la justice est éternelle – ce qu'on appelle indiennement l'idée du « karma », image elle-même d'une causalité acausale en apparence.

De sorte que de toute façon, les Saoudiens se font du mal à eux-mêmes. S'il s'avère qu'il existe des flux de la psyché circulant de manière inconsciente entre les hommes, dès lors (sans arrêter la machine judiciaire) la rétribution s'opère par des biais autant inconnus que ce mouvement des énergies. Ce qui, à tout prendre, est plutôt réjouissant. Non pas parce que ça nous permet d'être paresseux quant à la mise en marche quelquefois inefficace de la justice terrestre, mais parce que la thèse de cette justice éternelle tend à être vraisemblable : on le voit, par exemple, avec l'écologie – laquelle se venge de son saccage par l'inquiétude des hommes autrefois saccageurs, et toujours saccageurs potentiels.

Si le Père (l'Etat) ne s'entend plus avec le Fils (son peuple), le Père, pour ainsi dire, « perd ». Bête celui qui croit que les relations se limitent aux contacts individuels ! 

Donc, les Saoudiens paieront. Sûrement. Or pas de la façon à laquelle vous êtes habitués. Regardez leur pays : ils le paient déjà ! Leurs dirigeants sont certes des voyous, brutaux et sanguinaires, mais le développement humain est en conséquence si faible, les inégalités si criantes, la frustration énormissime... Et les Saoudiens dépendent du pétrole. Lors même que le monde passera aux autres énergies, l'Arabie saoudite périclitera. Si bien qu'on pourrait dire que l'Arabie saoudite est un Yémen en sursis...

Et c'est ça, très directement, ce qu'on nomme la « justice éternelle ».



11 réactions


  • chantecler chantecler 2 novembre 2018 09:33

    Oui, mais voilà l’Arabie saoudite est le chouchou des USA à cause de ses gisements de pétrole .

    Elle a abrité Oussama Ben Laden qui a financé des guerres et des attaques terroristes ?

    Elle fait « disparaître » de façon dégueulasse , dans son ambassade ou consulat , un type venu chercher des papiers , même si ce type sentait un peu la poudre , c’est purement un scandale .

    Qui peut demander des comptes à cet état saoudien , alors qu’il achète partout dans le monde de l’armement et finance des politiques ?


    • Doume65 2 novembre 2018 14:55

      @chantecler
      « Oui, mais voilà l’Arabie saoudite est le chouchou des USA à cause de ses gisements de pétrole »
      Erreur temporelle, anachronisme. L’Arabie saoudite est le chouchou des USA

      parce qu’elle a un ennemi commun avec Israël, à savoir l’Iran. Les USA, qui sont devenu le premier producteur n’ont plus rien à faire du pétrole Saoudien.


  • JL JL 2 novembre 2018 11:20

    Je ne savais pas que les Saoudiens avaient tué Kashoggi. Comment ont-ils fait ça ? Par référendum ? Par lapidation publique ?

     

    On ne me dit rien !


  • microf 2 novembre 2018 13:03

    Certainement que l´auteur de cet article vient de naitre lorsqu´il écrit que « Nous sommes en France. L’un des 30 pays qui (probablement) n’est pas dirigé par des barbares et des voyous. ».

    Il ne doit certainement pas connaitre l´histoire de la France cet auteur, á moins qu´il s´agisse de la provocation en écrivant de telles phrases, car je vois le Guide Kadhafi de la Lybie assassiné par sodomisation á la baillonnette qui s´est retourné dans sa tombe. Je vois le Président ASSAD de la Syrie donc la France est l´un des destructeur de son pays attraper une crise cardiaque après avoir lu ces mots. Je vois le Président GBAGBO de la Côte d´Ivoire tomber évanoui dans sa cellule de la CPI. Je vois les victimes de la Francafrique qui meurent par milliers en Afrique chaque jour victimes de la politique de prédation de la France dans ses colonies, je vois, je vois, je vois et je vois...

    10 Most Evil Empires in History ( des dix Empires les plus diaboliques de l´histoire de l´humanité ) La France occupe la 6e place.https://youtu.be/-IGHByjToO4

  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 2 novembre 2018 14:00

    Comment se fait-il que subitement, ayant commis les pires crimes, conduit un génocide au Yémen dont personne n’entend parler dans les médias, la mort, certes d’un « journaliste système », ait subitement retourné l’occident ?

    Il y a un devant, officiel et bien-pensant, et un derrière, réel et cynique, dans cette histoire : les pires barbares ne sont pas ceux qu’on croit !

    http://www.entelekheia.fr/2018/10/26/du-rififi-chez-les-neoliberaux-la-vraie-raison-de-lhallali-contre-mbs/

    Ce que peut faire la haute finance pour préserver ses intérêts à tout prix fait vraiment peur.


  • Le Vautre Oméga Vertagus 2 novembre 2018 17:30

    Pour les geignards : je propose une classe verte au Tchad pour découvrir négativement les bienfaits de la vie en France.


  • jemenuto 2 novembre 2018 19:21

    Mais que porte le nain ?


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