mardi 16 avril - par Michel J. Cuny

De la doctrine nazie de l’ « espace vital », à l’économie de « bazar » d’aujourd’hui

La vidéo publiée sur Xerfi Canal (https://www.xerficanal.com/) le 11 juin 2012 par Alexandre Mirlicourtois va nous procurer une sorte de grand frisson… Dans ce « nous », je place l’ensemble de la population travailleuse de la zone euro…

Tout commence sur un ton badin, si l’on peut dire :
« Pour l’Allemagne, une monnaie faible est insupportable. Tout simplement car cela rend moins performant le business model de ses entreprises et ruine son propre modèle économique national et sa stratégie. »

C’est décidément le « modèle allemand »… Mais de quelle époque ?… Impossible de se tromper, semble-t-il :
« Au début des années 90, après sa réunification, l’Allemagne s’est trouvée sur son flanc Est face à des pays en manque de compétitivité. Des pays qui disposaient d’un réservoir de main d’œuvre qualifiée et peu rémunérée mais aussi de monnaies faibles. Une véritable opportunité pour les entreprises allemandes qui se sont ruées vers l’Est. »

L’implosion de l’Union soviétique est survenue en 1991… Est-ce de ce moment-là qu’il faudrait dater la victoire de l’Allemagne à l’issue d’une Seconde Guerre mondiale qui n’aurait pas vraiment fini de produire tous ses effets en 1945 ?… La paix n’avait en effet pas été signée… Les troupes d’occupation occidentales restaient présentes sur le territoire de la République fédérale d’Allemagne, tandis que l’Allemagne de l’Est était maintenue dans la mouvance de l’Union soviétique…

Plongeant un peu plus loin dans le temps, Alexandre Mirlicourtois nous livre encore ceci :
« Des pays, il faut le rappeler, qui constituaient historiquement la zone d’influence du monde germanique. »

« Zone d’influence », certes… Mais, un peu plus haut dans sa vidéo, il aura été également question d’une « ruée vers l’Est »…. Or, celle-ci ne peut manquer de nous en rappeler une autre… qui n’avait d’autre visée que d’aller anéantir, non seulement le régime soviétique, mais une part essentielle de sa population… Ce qui paraît avoir été le sens profond de ce en quoi aura finalement consisté l’ensemble de la Seconde Guerre mondiale : 27 millions de victimes pour le premier Etat ouvrier et paysan qui ait jamais existé sur notre planète…

Qu’aujourd’hui, la Russie puisse encore subsister comme un Etat parfaitement autonome, voilà qui tient presque du miracle si l’on songe à ce qu’ont été les années 1991-1999… Sans Vladimir Poutine et les structures de force héritées de l’époque soviétique, il est bien certain que la ruée occidentale aurait tout avalé… Quant à l’Ukraine, etc…

Mais reprenons notre calme, et tenons-nous-en à ce qu’Alexandre Mirlicourtois peut constater en sa qualité d’analyste de l’économie :
« Cette ruée vers l’est a permis de mettre en place ce que les allemands appellent eux-mêmes une économie de bazar. »

Voilà donc un vocabulaire partagé en Allemagne… Et ce n’est manifestement pas rien… Mais ce « bazar », c’est pour qualifier quel type de pays, au fait, et qu’est-ce que ce terme lui-même peut vouloir dire ?… Alexandre Mirlicourtois s’en inquiète tout autant que nous :
« Ce business model de l’économie de bazar, c’est quoi ? C’est délocaliser une partie de la chaîne de valeur dans les PECO, pour ensuite importer des modules aux coûts réduits. »

Ici, nous glissons dans une conception de l’économie – et, tout spécialement, de la création de valeur – dont notre analyste ne nous en voudra pas de dire qu’elle a été inventée pour masquer le côté extrêmement dérangeant des positions prises, en leur temps, par Adam SmithDavid Ricardo, et, à leur suite, par un certain Karl Marx

Désormais, toute production de caractère économique consisterait en l’établissement d’une chaîne à laquelle chaque intervenant vient ajouter sa petite valeur… Ainsi, au moment de vendre l’objet, le patron, la secrétaire, le contremaître, l’ouvrier qualifié, l’ouvrier spécialisé et le manœuvre viendraient récupérer l’équivalent de ce qu’ils ont apporté (le patron beaucoup, le manœuvre presque rien)… La production capitaliste est donc désormais devenue une auberge espagnole… Où c’est-i que la lutte de classes pourrait encore s’y infiltrer ?…

Peut-être est-ce là le vrai « bazar »… Et les Allemands n’auraient donc pas tort de s’en tenir à cette jolie formule, qu’ils appliquent à ce qu’Alexandre Mirlicourtois nous dit être les « PECO ».

Nous le savons toutes et tous, ce sont les pays d’Europe centrale et orientale. En voici la liste telle qu’elle est établie par l’INSEE dans l’ordre alphabétique : Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie, République tchèque.

Les aurait-on énumérées au titre de leur rôle dans les événements liés à la Seconde Guerre mondiale qu’on aurait pu ranger, d’un côté, les alliés d’Adolf Hitler : Roumanie, Hongrie, Bulgarie (qui refusa toutefois d’intervenir contre l’URSS) et de l’autre, ceux qui ont subi une « ruée » allemande sans pareille et à l’occasion de laquelle il s’agissait, pour les nazis, de semer plus qu’un drôle de « bazar » : Tchécoslovaquie (septembre 1938-mars 1939), Pologne (septembre 1939), Yougoslavie (avril 1941), Etats baltes (été 1941)… 

Sortis de la zone d’influence soviétique, ces pays sont issus d’un découpage qui les aura donc mis à la merci du « modèle allemand »… De quel « bazar » s’agit-il vraiment ? C’est ce que nous n’allons pas tarder à savoir…

NB. Cet article est le vingt-quatrième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici



2 réactions


  • Jean De Songy Jean De Songy 16 avril 13:02

    Si Halifax et Chamberlain avaient réussi à allier les européens contre l’URSS, et laisser l’Allemagne y faire son espace vital, ces derniers auraient gardé leurs empires (promesse de nazis). Pas de mvmts révolutionnaires indépendantiste armés à fond par l’URSS (Inde, Corée, Indochine-Vietnam etc.)

     

    Churchill, dont le seul but était de garder l’empire britannique, qui fut perdu, n’était qu’un crétin.


  • kader kader 16 avril 20:44

    il n y a pas d’Allemagne : elle a été mangé par l’UE. Complétement détruite par l’immigration voulue et décidée par Merkel.

    pour moi on assiste à la mort de l’Europe et en premier lieu de l’Allemagne qui sert juste un peu d’épouvantail de temps pour faire peur aux Français.

    l’Allemagne a été suicidé par une immigration massive, et avec le taux de natalité des immigrés comparés aux allemands de souche en 30 ans la messe est dite.

    Les schémas, les modèles ont changé... complètement.


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