samedi 30 mai 2020 - par #gcopin

Déconfinement de photographes

Déconfinement de photographes

Pendant cette période difficile, angoissante, voire anxiogène, où il était interdit de sortir sur le terrain au risque d'affronter le GIGN et de se faire tabasser si vous discutiez les ordres, vous comprenez que pour un photographe de paysage c'était extrêmement frustrant.

Donc, j'avais pris l'initiative à contre-courant de suspendre la photo, en fait, j'avais décidé de ne pas toucher à mon boîtier et de réserver cette période d'environ 40 jours à la réflexion. Pour tout vous avouer, j'étais déjà en panne d'idées, dans l'impasse concernant la créativité, le vide quantique avant l'arrivée de la bête noire, je veux dire le covi19 cerclé de sa magnifique couronne. Je crois que dans ce cas, il était bon de faire le vide intellectuel, un peu comme en méditation et de respirer profondément. Eurêka, quarantième jour, aujourd’hui on est début juin 2020, soit la fin du confinement, la nature est baignée par une lumière douce et magique, c'est aussi le jour où tout bascule et ça devient plus clair dans ma tête sur le questionnement photo, la mécanique commence à se mettre en place dans mon moi. En fait, mieux que la causalité créativité, je veux dire dans ce type d'approche et si vous posez la question autour de vous, les gens bien intentionnés répètent en boucle, le manque de créativité ça arrive à tout le monde et c'est normal ! eh ben non, en fait, et en tout cas en ce qui me concerne, ce n'est pas la bonne sensibilisation ! je viens de comprendre que mon problème est systémique. Systémique, kézako ? Ce qui affecte la totalité de l'organisme (la photo) et non pas seulement une partie du corps (la créativité). Cela fait plusieurs années que je fais de la photo et je ne me suis jamais posé les questions fondamentales sur mon système photo, y a-t-il nécessité d'être réaliste en photo ? Doit-on respecter les règles en photo ? Mes photos doivent-elles plaire ? Autant de contraintes où il est important de répondre.

Après ces longues journées de confinement à tournoyer en rond, je suis à présent capable de déconstruire des idées fortes, parasites, ridicules, sans contingence et sans devenir, pour mettre en place mes propres règles et d'échafauder mon profil photo, celui qui me correspond, changer de logiciel en langage fun ou ni dieu ni maître en langage théologique. Décryptage :

Y a-t-il nécessité d'être réaliste en photo ? La réalité ultime, n’est pas accessible, je veux dire la vue et par extension l'appareil photo, il traite une portion d'espace, c'est le morcellement appelé cadrage, une manière comme une autre de mutilé la pseudo réalité, le pseudo tout. Ensuite, on déforme à l'aide d'objectifs de tout genre, tassement des perspectives ou l'inverse, bokeh, floutage, pixellisation ou netteté absolue, couleur ou pas, sépia ou pas ... Mais le plus impénétrable, c'est d'avoir conscience que notre vue ou le boîtier photo accède uniquement à une infime partie du spectre électromagnétique, la lumière est une onde électromagnétique tout comme les ondes produites par votre micro-ondes ou les rayons X de la radio médicale ou encore les rayons gamma qui peuvent vous anéantirent. En fait, vous avez une multitude de réalités différentes cachées, voire des mondes parallèles, vivant ou mort dirait Schrödinger. Les astronomes ont la possibilité de construire une photo en infra rouge, ou une photo en ultra violet, ou une photo en gamma, ou plus simplement dans le visible, ou encore par la méthode radio (radiotélescopes) et récemment à l'aide des ondes gravitationnelles, à chaque étape cela correspond à des objets différents. Si je vous prends en photo le jour de votre mariage, j'aurai une photo avec votre belle frimousse, si je prends la même photo avec un appareil photo qui fonctionne aux rayons X, j'aurai un crâne d'homo sapiens-sapiens qui fait peur aux enfants, où est-elle la vérité en photo ?

En fait, nous ne voyons pas les couleurs avec nos yeux, mais avec notre cerveau, par exemple pour voir le jaune, notre cerveau fait des calculs, si je reçois autant de signaux de la part des cônes verts que des cônes rouges, c’est que je suis en train de regarder du jaune, c'est votre cerveau qui simule les couleurs suivant des valeurs d'ondes, pour le capteur de l'appareil photo, il relève une quantité incroyable de fréquences et les stocks dans un tableau appelé RAW pour faire simple. Les couleurs n'existent pas, votre cerveau est un gros mytho bien utile !

Donc, concernant la règle de la réalité, c'est exit, on oublie, ce n'est pas grave, je savais déjà que l'on est du vide, que dalle, rien, on est un nuage chaotique d'ondes comme dans Matrix, notre corps est un système électromagnétique, on sait que cela fonctionne, mais on ne sait pas pourquoi ça fonctionne.

Doit-on respecter les règles en photo ? Règle des tiers, perspectives, harmonies, symétries, motifs, l'histogramme avec une belle cloche, les noirs bouchers, les blancs cramer, je pense qu'il est important de connaître, de maîtriser, de parfaire tous ces paramètres, c'est comme lire des livres d'artistes connus, morts dans la misère et inconnus de leurs vivants, puis idolâtre, les livres ça stimule et c'est bon pour votre cerveau qui vous sert de microprocesseur neuronal. Néanmoins, il y a beaucoup mieux, plus bandant que respecter les règles, c'est de les transcender et de passer à vos méta règles en photo ! Quel plaisir, cela me rappelle quand j'étais enfant et que je volais discrètement un carré de chocolat dans le vieux buffet sorti des mains du menuisier, lui aussi artiste, le carré de choco avait une saveur de bonheur.

Donc, concernant les règles en photo, c'est finish ! par exemple les noirs bouchés on passe à la vitesse supérieure. J'adore les ciels noirs oppressants, écrasants, angoissants, étouffants, irrespirables, opprimants, pesants, je me sens en phase avec la planète qui souffre, la pollution, l'humain, ce prédateur consumériste des ressources et insatiable, un bon psy dirait, les noirs c'est le moyen d'évacuer les angoisses du moment. Donc, les noirs bouchés à utiliser sans modération si cela fait mon bonheur et tant pis pour l'histogramme.

Mes photos doivent-elles plaire ? Pourquoi ? À qui ? Finalement, sur les deux milliards de photos qui circulent par jour sur les réseaux sociaux, je te pose la question, qui regardera tes photos, combien de temps consacre les gens à regarder une photo sur un support numérique, aller, moins d'une seconde. Une courte analyse d'instagram nous révèle que les photos sans âme, sans émotion, sans choc, sans ..., banalité de la vie et j'en passe, récoltent un maximum de likes, alors à quoi bon ? À quoi ça sert beaucoup de likes ? #rienafaire.

À présent, concernant instagram, fessesdubouc, les réseaux sociaux, stop !!!, plus de contraintes, plus d'objectifs, plus de finalité, plus de questions, je classe instagram, fessesdubouc, yOUtUBE, twitter, dans le registre des dossiers sans avenir, inconsistant, aliénant, à présent, il est libre Max, tant pis pour Mark le Zuckerberg.

Aujourd’hui, je pars faire de la photo, mon esprit est libéré de toute contrainte, je pars en quête de mondes insoupçonnés que mes sens et par extension l'appareil photo ne sont pas capables de révéler sans l’entendement. La beauté dépouillée en photo peut ennuyer, tout lasse, tout passe, la beauté est aussi dans la laideur, le médiocre, le minimalisme, l'insignifiant, le passable, le piteux, le triste, le pitoyable, l'hideux, l'ignominie. Aujourd'hui, comme Don Quichotte, je pars plein d'espoirs combattre le dieu Râ avec sa lumière magique, je photographie ce que je veux ! comme je veux ! et tant pis pour ceux qui n'auront pas le temps d’apprécier ou qui n'aimeront pas.



2 réactions


  • theoletna theoletna 30 mai 2020 23:27

    Je ne connais pas du tout la photo. La réflexion intéressante et la conclusion fort à mon goût.


    • #gcopin Gcopin 3 juin 2020 11:19

      @theoletna Finalement, le confinement ou l’emprisonnement sont sujets à la réflexion, la réponse qui en ressort n’est pas toujours celle que l’on espère, dans tous les cas l’expérience est utile.


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