lundi 22 juin 2009 - par Ramila Parks

Des policiers Bruxellois soutiennent la junte Birmane malgré eux...

....parce-que «  les hydrocarbures ne se trouvent pas toujours dans des démocraties ».

« citation » : avocats de TOTAL

 

Vendredi, Freddy Thielemans, bourgmestre de Bruxelles ville annonçait sans blêmir, la signature d’un contrat avec Total tout en se faisant filmer devant l’effigie de Aung San Suu Kyi, tendue sur une bâche à l’exacte emplacement d’Ingrid Betancourt, il y a quelques mois. En 2008, un appel d’offres par adjudication publique avait été lancé par la ville, pour conclure un marché de la fourniture du carburant de la pompe communale. Un appel d’offres, remporté par le groupe Total pour une durée de 3 ans.

Contraint par la loi du marché d’être un gestionnaire communal compétitif, Freddy Thielemans a donc choisi le fuel de Total, un tantinet moins cher, pour remplir la pompe communale qui sert de réservoir aux quelques 400 voitures du parc automobile de la zone police de Bruxelles-villes. Un contrat juteux concernant 850 000 litres annuels fournis par la firme pétrolière à un prix défiant toute concurrence et qui permet de faire économiser à la ville de Bruxelles 3500 euros annuels ! Le bourgmestre de Bruxelles qui avait décidé en séance communale du 3 mars 2006 de « de faire Aung San Suu Kyi citoyenne d’honneur de la Ville de Bruxelles, de diffuser l’information sur le sort des Birmans et de ne plus acheter des produits d’entreprises produisant en Birmanie, les investissements de ces entreprises ne faisant que soutenir la junte au pouvoir » a donc tenu presque toutes ses promesses...On aura bien droit à la frimousse de la nouvelle sainte partout dans la ville, jusqu’à sa libération qu’on espère prochaine...Et pour l’aumône, Freddy s’en occuppe aussi : il ne veut pas profiter de ce bénéfice, accordé par force de loi. Les 3500 euros seront versés au Collectif Action Birmane qui en fera l’usage qu’il voudra, soit diffuser dans toutes les écoles le film de la réalisatrice Milena Kaneva : « Total denial »...Et voilà un beau titre pour un bon règlement à l’amiable...C’est bien connu les bons comptes font les bons amis, et si l’opposition Birmane ne fait pas grand cas de cette généreuse initiative bruxelloise, pour l’industrie du pétrole, c’est carrément la « total zen attitude »...

Les policiers bruxellois qui pourchassent les voyous dans la ville, sont sans doute loin de s’imaginer que chaque litre d’essence consommé dans ces folles poursuites, profitera aussitôt à d’autres délinquants bien plus dangereux mais situés loin des quartiers les plus chauds de Bruxelles, planqués en  Birmanie. Connue pour être gouverné par un des régimes les plus totalitaires du monde, la Birmanie est surtout composé d’une armée forte de plus de 400 000 hommes, et dont la "maintenance et le développement" nécessitent presque la moitié du budget national, quand à peine un demi pour cent en est attribué à l’éducation ou aux soins de santé. Une armée qui ne sert à combattre aucun ennemi étranger affiché, mais dont le coût exorbitant, largement financé par l’exploitation militaire des gisements miniers, s’expliquent par les terribles exactions de cette armée aux ordre de généraux putchistes sur son propre peuple depuis le renversement de régime en 1988.
 
Lorsque en 1990 la compagnie d’Etat, la Myanmar Oil & Gas Entreprise (la MOGE) veut exploiter un nouvement gisement gazier situé à Yadana, devant l’insuffisance de son infrastructure, elle fait une offre de prospection et trouve son premier partenaire chez TOTAL, avec qui elle signe un contrat en 1992. Les premières recherches s’avèrent très prometteuses pour Total et MOGE qui s’adjoint en 1995, l’aide logistique de la compagnie américaine UNOCAL (l’Union Oil of Californie corporation) pour transporter le gaz vers la Thailande, par 60 km de gazoducs traversant la Birmanie dans toute sa largeur.
 
En soi, rien de contraignant pour le consortium nouvellement formé, sauf que le tracé des gazoducs, en pleine zone de guérilla, traversent le territoire de deux groupes d’ethnies, les Mons et les Karens, rebelles au pouvoir depuis le putsch de 1988 et qui constituent une résistance déterminée. Avant toute poursuite des travaux les sous-traitants exigèrent la sécurisation de la zone. Ce qui fut aussitôt exécuté par mobilisation de l’armée sur les lieux. La compagnie Héli-Union engagée par Total sur les plates formes pétrolières, pour effectuer des vols professionnels aurait ainsi été chargée du transport des militaires aux alentours des "zones à sécuriser". Quelle que fut son mode de transport, les militaires furent rapidement présents partout dans les zones sensibles, soit le site Yadana, ses alentours et toute la zone des gazoducs jusqu’au frontière Thaïlandaise. Des zones photographiées à maintes reprises par les hélicoptères de Total et donc parfaitement repérée par ces vues du ciel.
 
Pendant que Total honorait la coutume des industries minières qui consiste à utiliser les militaires locaux comme une milice privée pour dégager le chantier, l’Organisation Internationale du Travail (L’O.I.T) délégua des enquêteurs en Birmanie suite à l’appel de plusieurs ONG dénonçant l’exploitation des villageois et des enfants soumis au travail forcé, notamment pour défricher, construire les infrastructures, ou porter le matériel, sous la répression militaires "au service" de l’industrie étrangère. Certains témoins locaux accusèrent même l’armée d’utiliser des villageois pour déminer les alentours du gisement Yadana en les forçant à marcher devant eux, et à exploser éventuellement s’ils manquaient de chance. Quoi qu’il en soit, les résultats de cette enquête furent suffisamment probants pour que la Birmanie soit exclue de l’O.I.T. Une mission d’enquête parlementaire française fut également envoyée en Birmanie. Le rapport de cette mission qui corrobore les conclusions de l’OIT sur "le recours massifs et systématiques du travail forcé", dédouane néanmoins TOTAL et UNCOL qui en aurait "involontairement(et) indirectement bénéficié, en raison de la militarisation de la zone".
Les parlementaires recommandèrent toutefois, vivement, aux responsables de Total de cesser toutes leurs activités en Birmanie, sans succès, puisque Total est encore à l’heure actuelle, le premier investisseur en Birmanie.
 
Alors que toutes les ONG, les associations des droits de l’homme, l’Union Européenne, s’indignent du sort des Birmans, la société TOTAL, par conscience professionnelle, et parce-qu’il est difficile de renoncer à un investissement qui se chiffre en milliards d’euros sans avoir mené sa propre enquête de terrain, décida de s’adjoindre l’aide d’un expert en humanitaire, chargé de faire une enquête objective sur le soi-disant travail forcé qui serait pratiqué sur les chantiers Birmans de TOTAL. Il fallait donc trouver un expert dont la notoriété et l’expérience pourrait balayer par une unique contre-expertise tous les témoignages accablants. Un témoin de moralité universellement irrévocable que Total savait tout désigné en la personnalité de Bernard Kouchner et parce-que Bernard-Henri-Lévy était déjà pris .
 
Lorsque en décembre 2002, notre french doctor séjourne en Birmanie, c’est la première fois qu’il pose les pieds dans ce beau pays d’Asie et il est encore loin de se douter que son destin sera scellé à jamais, par ce geste anodine du touriste innocent, à celui du gouvernement totalitaire qui y sévit et qu’il exècre publiquement depuis longtemps. En fait, pour cette première, il accompagne, Christine Ockrent, sa journaliste de femme, envoyée en reportag par le magazine Elle, pour y rencontrer la dirigeante de l’opposition, Aung San Suu Kyi, malmenée jusque là par la junte militaire, qui après l’avoir emprisonnée et astreinte à résidence l’avait laissé provisoirement, libre de ses mouvements. A cette époque, Bernard Kouchner est donc déjà à l’honneur dans le pays, en étant le témoin prestigieux qui, en hochant la tête en signe d’approbation photogénique, a pu écouter le Prix Nobel de la Paix déclarer en guise d’invitation à ces messies Français providentiels que "Nous devons refuser toute forme d’aide qui ne profiterait qu’à la clique au pouvoir".
 
C’est donc avec cette petite phrase en tête que, quelques temps après son retour, BK contacté par un des avocats de la firme Total, en l’occurrence, Me Jean Veil, fils de son amie Simone, accepta, sans hésiter, de retourner en Birmanie, cette fois pour un voyage professionnel et en mission d’enquête pour le compte de TOTAL. Après une petite formalité administrative qui lui permet d’être l’unique employé de la société BK Conseil créée à cette occasion, Bernard K. pu répondre à la tâche spécifique qui lui fut confiée par le groupe pétrolier : "Jean Veil m’a demandé une enquête sur le volet médico-social de Total en Birmanie et j’ai accepté".
Fin mars 2003, il retourne donc dans ce pays pour quelques jours de missions médico-sociale et se rend immédiatement sur le site incriminé à Yadana dans l’Est du pays. Fort de ses observations minutieuses glânées en 4 jours, il rentre à la maison et produit, en deux mois et demi, un rapport de 19 pages facturé 25 000 euros par BK conseil à la société Total qui publia aussitôt sur son site internet, l’expertise qui la blanchissait définitivement et honorablement. Ce rapport dont la moindre copie, extraction, modification, citation est strictement interdite, est cependant consultable [ICI-> http://birmanie.total.com/fr/publications/rapport_bkconseil.pdf] Il n’est pas spécifié si on peut le lire les yeux totalement ouverts, mais en substance, c’est ce que j’ai fait par confort et par stupéfaction...Car non seulement BK conseil dédouane totalement Total de tous les abus qui lui sont reprochés en ne les évoquant tout simplement pas, mais il apporte même les preuves que certains des abus n’ont pu potentiellement exister. En particulier, à propos du travail forcé des enfants, l’expertise nous révèle que Total n’a pu en faire usage, même involontairement, pour la simple et bonne raison que, de toute évidence, "les gazoducs sont trop lourds pour être portés par des enfants"...Nous voilà donc béats devant tant de pertinence, et obligés de nous incliner en relativisant les rapports des ONG, des parlementaires, de l’ONU, des opposants et des avocats belges et Français qui plaidait la cause Birmane...Mais c’était une bonne chose de faites pour Bernard de nous inciter à réserver notre indignation pour d’autres causes plus utiles à défendre.
 
On est cool... alors Un cuba libre svp ...
 
D’ailleurs, Bernard, une fois le devoir accompli, continua lui aussi, sa petite vie pépère et avait presque oublié son expertise birmane, lorsqu’il apprit en décembre 2003, que des réfugiés birmans en Europe avaient porté "l’affaire" devant les tribunaux, et qu’à l’occasion, Total avait déposé, à son insu, son fameux rapport, comme pièce à décharge dans le dossier d’instruction ouvert au tribunal de Nanterre pour "crime de séquestration" ( soit le "travail forcé" en droit)...
 
Le 10 mars 2006, une ordonnance de non-lieu de la Chambre du Conseil de Nanterre est rendue blanchissant définitivement TOTAL [remarque].
 
BK, pouvait donc confirmer en toute honnêteté, n’avoir rien vu de suspect, avec l’insistance et la véhémence du témoin de bonne moralité impartial et désintéressé, doublée d’une intime conviction si notoirement reconnue pour débusquer l’injustice dans le monde qu’elle à, en soi, valeur d’expertise irréfutable :
 
"Je n’ai certainement pas fait ça pour de l’argent(...)Je gagne la moitié en une conférence !(...)Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça, ce ne sont pas des esclavagistes"
 
Reste 5 % d’incertitude que Htoo Chit, le représentant et porte-parole le plus connu des réfugiés birmans en France rappelle à Kouchner, tout en mettant en doute la crédibilité du rapport d’enquête médico-social frenchy très succinct dont les conclusions auraient plutôt des effets néfastes à la cause du peuple Birman :
 
"ce rapport biaisé cherche à faire croire que la présence de Total en Birmanie est positive(...) Pourquoi M. Kouchner n’a-t-il pas visités les réfugiés birmans en Thailande qui ont fui la zone des gazoducs ? (...)Pourquoi avoir refusé de voir la réalité du travail forcé, incluant celui d’enfants ? M. Kouchner a balayé du revers de la main la réalité de cet esclavage de centaines de Birmans avec un argument incroyable : les tuyaux du pipeline seraient trop lourds pour être portés par des enfants... Mais pourquoi ne pas avoir expliqué que le travail forcé avait été utilisé pour nettoyer le site du gazoduc, couper des arbres, creuser des tranchées et porter les équipements des ouvriers et des soldats ?"
 
Le docteur n’a pas daigné répondre et en tous cas, on en est toujours au même point avec ou sans ses indignations
 
Le 5 juin dernier, plus de 2000 citoyens Karens attaqués par l’armée birmane ont été contraints de fuir et de délaisser leur territoire. Ces attaques dénoncées par Info Birmanie dans un communiqué n’a pas beaucoup ému Christian de Margerie, le PDG du groupe, qui s’exprimait encore dans Le Monde, quelques jours auparavant, pour s’offrir un droit de réponse à une attaque de...Jane Birkin, une des pourfendrices médiatiques de la Total tartufferie. D’ailleurs dans cette hypocrisie générale, pendant que des ethnies se font génocider pour des intérêts économiques, pendant que des scandales écologiques se produisent pour les mêmes motifs, les auteurs des bonnes résolutions officielles ne manquent pas d’imagination pour nous faire avaler des couleuvres.
 
Les Belges, qui avaient pourtant, grâce à l’avocat Alexis de Swaef défendu la cause de réfugiés Birmans, s’excusent aujourd’hui, sous les traits d’un de ses élus, d’être obligés de traiter avec les pourvoyeurs financiers de la dictature Birmane. Le même représentant du peuple prétendant nous racheter collectivement une bonne conscience, en honorant, une fois par an, la seule Birmane dont on veut bien faire l’effort de retenir le nom. Pourtant, à lire la plaidoirie de l’avocat De Swaef qui a déposé un dossier de plainte de 78 pages, et une centaine de pièces à convictions il y en a des Aung là-bas dans l’opposition ! :
-Aung Maw Zin : étudiant, a subi trois arrestations, des interrogatoires durs, du harcèlement psychologique. Son ami, leader étudiant actif avec lui, a été condamné à 59 ans de prison en 1998.
-Aung Thu : condamné à trois ans de prison, torturé, frappé à coups de sacs de riz sur la tête avec pour conséquence des dégâts irréversibles aux yeux.
-Ko Aung : responsable du mouvement étudiant, est tombé entre les mains des services secrets birmans, il a été torturé (cigarettes sur la poitrine, technique de l’hélicoptère, de la moto ou de la route de fer - vous savez, c’est quand on roule une barre de fer sur les tibias jusqu’à ce que la peau se décolle...). Il a été placé six jours dans un puits avec un cadavre en décomposition. Il a été condamné à sept ans de prison et travaux forcés. ....
 
 
[remarque] : le non lieue acté dans l’ordonnance du tribunal de Nanterre en 2006 n’a pu être rendue qu’à cause d’un vice de procédure et en dépit de l’opinion de la juge, qui contre l’avis du Procureur de la République, nota à propos de la plainte que "la réalité des faits dénoncés ne peut être mise en doute" [cfr Plaidoirie MeA.DeSwaef->http://www.birmanie.net/doc/081115_plaidoirie_deswaef.pdf]
 
Sources :
*Le rapport de Bernard Kouchner : http://birmanie.total.com/fr/publications/rapport_bkconseil.pdf *Note de la plaidoirie de Me Alexis de Swaf (22-10-2008)http://www.birmanie.net/doc/081115_plaidoirie_deswaef.pdf


3 réactions


  • Patapom Patapom 22 juin 2009 13:02

    C’est marrant qu’il y ait des gens qui votent que ton article « n’est pas intéressant ».

    C’est vrai que la Birmanie, c’est loin, après tout... Ca nous éloigne du problème principal : comment la voisine, madame Pichon, a bien pu tromper son mari après 20 ans de mariage ?

    Moi je trouve que ça donne à réfléchir, que ça rafraîchit les idées de se rappeler de temps en temps de toutes ces grosses multinationales et ces gouvernements qui pratiquent des exactions monstrueuses sur les habitants des pays pauvres pour leur propre profit, et le nôtre, puisque nous en bénéficions aussi.
    Plutôt que de chercher d’autres moyens de produire de l’énergie, puisque c’est toujours de cela dont il s’agit : l’énergie. Moteur d’un monde qui en a cruellement besoin, pourquoi faire d’ailleurs ? Pour trouver encore davantage d’énergie et soutenir une croissance exponentielle inatteignable...

    Le ridicule ne tue pas.


    • Ramila Parks Ramila Parks 22 juin 2009 17:23

      Bonjour Patapom

      Bah, on a tous nos moinsseurs attitrés, et en général, ils ne lisent pas l’info
      Ceci dit, ce qui est le plus grave, à mon sens, c’est que les mêmes qui votent les résolutions « humanitaires » ont les premiers à s’en défaire dès qu’on sort les biftons.
      Freddy, devant l’effigie de Aung, au lendemain de la signature avec total, c’est un peu comme frenchy doc avec son expertise bidonne...Le ridicule ne tue pas ici, mais là-bes, il a quand même des conséquences
      merci pour votre commentaire
      bàv


  • fouadraiden fouadraiden 22 juin 2009 14:19


    Excellente la phrase de l’avocat, le pétrole étant en tyrannie, ça excuse les démocraties occidentales de se comporter comme des tyrans.

    qt à nos amis Belges, ils ont des circonstances atténuantes, les Congolais s’en souviennent encore, c’était juste hier qd ils coupaient les mains de jeunes congolais récalcitrants au travail forcés dans le seul intérêt du confort des jeunes têtes blondes plongées dans Tintin chez les négros.


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