mercredi 23 novembre - par Patrice Bravo

Est-ce que le projet SCAF a trouvé un accord ?

Une chose est certaine. Les lignes bougent fortement au sein du projet global de la défense européenne. L'Allemagne est en train de prendre l'initiative de la défense européenne sur les autres pays européens. Berlin annonce avoir avalisé sa participation à la création du SCAF ce qui fait grincer des dents chez Dassault Aviation.

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Il y a quelques mois Observateur Continental s'interrogeait sur l'élaboration de ce projet militaire européen : Le projet SCAF déjà en train de sombrer ? Finalement, le tournant dans la défense européenne a bien lieu avec le conflit en Ukraine, mais, une chose est certaine, sous le commandement allemand avec la supervision des Etats-Unis et la soumission de la France. Mais, le projet SCAF serait validé politiquement mais pas industriellement. Et, si l'accord industriel a lieu, SCAF verra le jour dans 30 ans ou plus. Pourtant politiquement, c'est Berlin qui mène. L’affaire du SCAF continue d’alimenter un imbroglio entre Paris et Berlin.

SCAF n'est pas mort ? La France, l'Allemagne et l'Espagne conviennent de poursuivre le développement de l'avion de combat SCAF, a rapidement rapporté Reuters. « Ainsi, la France, l'Allemagne et l'Espagne sont parvenues à un accord sur le démarrage de la prochaine phase de développement d'un nouvel avion de chasse baptisé SCAF, le plus grand projet de défense d'Europe d'un coût estimé à plus de 100 milliards d'euros (103,4 milliards de dollars), a annoncé vendredi le gouvernement allemand », a précisé l'agence de presse anglophone. 

30 ans ou 40 ans ? Reuters, encore, revient sur son annonce rapide de vendredi dernier en laissant parler Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation qui vient de relativiser l'annonce ce lundi. « Il y a une pseudo-annonce politique qui a été faite. Je pense que les autorisations allemandes - qui étaient difficiles à obtenir - sont sorties et ça a donné lieu à des fuites. Ce n’est pas encore tout à fait fait », a-t-il déclaré sur RTL en citant la question du lancement de la prochaine phase de développement du futur avion de combat SCAF (système de combat aérien du futur).

Sur la question de savoir s’il faudrait 20 ans ou 30 ans pour la réalisation du SCAF, il fait la déclaration suivante : « Le Rafale va avoir une longue vie devant lui » ; « On est à un tout début de processus ». Il affirme : « Rien n'a été signé entre Dassault et Airbus à l'heure où on se parle. Le projet a progressé. On signe pour faire des études. Il y a d'autres étapes derrière qui devront venir, faire voler un démonstrateur, lancer un programme de développement ». 

Les Etats-Unis profitent du conflit en Ukraine. « La guerre en Ukraine est plutôt une mauvaise nouvelle pour nous », martèle Eric Trappier. « Tout d'abord, toute guerre en Europe est mauvaise et deuxièmement, elle bénéficie beaucoup plus aux Américains qu'à nous », dénonce-t-il. « Regardez, les Allemands achètent du F35, un bouclier israélo-américain, et d'autres pays achètent beaucoup le matériel américain. Donc, pour l'Europe ce n'est pas une bonne nouvelle. Je préférerais avoir une préférence européenne d'achats d'armements comme pour l'industrie. Si, il pouvait y avoir une préférence industrielle en Europe pour l'industrie, ça permettrait de préparer les grands projets », fait-il savoir.

Il appelle à défendre l'industrie de la France contre les Etats-Unis : « Le bon sens, c'est de défendre son industrie qui est un pilier de souveraineté et c'est pour ça que je me suis engagé et que je me bats pour l'industrie en France. Il faut absolument défendre l'industrie. Et, si on doit prendre des mesures qui ne sont pas totalement en ligne avec un ensemble de choses, il faut le faire car les autres le font ». Il a, d'ailleurs, rajouté qu' « Emmanuel Macron essaie » car « il a dénoncé ce qu'il se faisait en ce moment chez les Américains ». Le PDG de Dassault Aviation propose d'adopter la politique des Etats-Unis pour l'industrie, et cite Elisabeth Borne qui a dit « avoir une préférence européenne pour l'industrie ».

« Sur le chemin vers les forces aériennes du futur en Europe, il est à nouveau démontré que nous ne pouvons relever les énormes défis qu'ensemble ». « SCAF renforcera durablement la Bundeswehr ainsi que nos partenaires », a tweeté la ministre allemande de la Défense, Christine Lambrecht. « Après d'intenses négociations, des accords industriels pour la prochaine phase du programme ont maintenant été conclus pour l'Avion de Combat du Furur (SCAF) », affirme le communiqué de presse de la Bundewehr, rajoutant : « Parallèlement à ces négociations industrielles, il a également été confirmé au plus haut niveau gouvernemental qu'une approche coopérative sur un pied d'égalité est poursuivie dans le projet, qui est sous la responsabilité globale de la France ». La Bundeswehr annonce que le projet SCAF est « sous la responsabilité globale de la France ».

« L'accord politique sur le SCAF est un grand pas en avant et - surtout en ces temps - un signe important de l'excellente coopération germano-française-espagnole », a rajouté Christine Lambrecht. L'annonce de Berlin détonne par rapport à la déclaration d'Eric Trappier. Die Welt a publié un article ce dimanche pour faire savoir l'objectif militaire de Berlin : « La Bundeswehr devient la plus grande force militaire d'Europe ». 

Selon l’Opinion, un accord devrait voir le jour cette semaine. Quoi qu’il en soit, c’est Berlin qui a pris l’initiative d’annoncer l’accord industriel et politique. 

Olivier Renault

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Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4431



8 réactions


  • raymond 23 novembre 11:41

    A t’on vraiment besoin de matériel de ce genre qui va de plus en plus vers le navion sans pilote ? les chars sont obsolètes il ne reste de la place pour les toutes petites armes du style stinger et à nouveau la performance des fantassins.


  • Buzzcocks 23 novembre 11:43

    Le projet est mal embauché... les allemands n’ont pas de porte avions, donc ils veulent un chasseur bombardier ultra lourd, ce qui est incompatible avec le catapultage des avions sur des pistes courtes d’un porte avion. Et donc les français ne veulent pas d’un gros coucou trop lourd, donc notre Marine ne veut pas du scaf.


  • Nicolas36 23 novembre 13:59

    Le SCAF intéresse principalement l’Allemagne. La technologie de Dassault est largement au niveau des meilleurs aéronefs de combat multirole actuels. 
    Le Rafale l’a prouvé alors que le F35 US n’ose pas sortir en mission de peur de troubler la réputation durant les ventes quasi forcées aux allies des USA.
    Le but recherché est d’obtenir le même résultat qu’avec Airbus.

    Coloniser et absorber une entreprise de pointe Française que l’ Allemagne ne possède pas. 

    Ni plus ni moins . En attendant l’Allemagne investit massivement en matériel US. 
    Si les Français continuent à se laisser berner , dans 10 ou 15 ans l’avance technologique en aviation militaire sera Allemande et Dassault sera capot. 
    L’Allemagne ne conçoit l’industrie qu’a travers son leadership et le militaire ne fait pas exception. 
    Ceci étant il existe un hic. La stratégie énergétique Allemande est un échec retentissant qui touche toute son industrie . 
    Les projets de domination industrielle sont récurrents mais personne n’a encore évalué la profondeur du gouffre de la crise énergétique consécutive à l’aventurisme européen en Ukraine. 
    La nature et la durée des énormes dégâts économiques sont à même de rebattre les cartes et à calmer les ambitions Allemandes . Ce pays a conservé le goût de diriger ses voisins mais pour ce coup là il est possible que les moyens ne soient pas en phase avec les ambitions. 
    Ils a oublié un peu vite qu’il fait face indirectement à une nation qui a proprement reconduit ses armées à Berlin à coup de pompes dans le train.

    De surcroit , l’ami US est un allié relativement infidèle . 

    A suivre .


    • titi titi 23 novembre 18:01

      @Nicolas36

      "Si les Français continuent à se laisser berner , dans 10 ou 15 ans l’avance technologique en aviation militaire sera Allemande et Dassault sera capot

      "

      Dans le partenariat Franco-Allemand, c’est bien la France qui fait la manche.

      Sans l’argent allemand, la France ne maintiendra pas son avance technologique : à la fin elle n’aura ni l’un ni l’autre.

      Sans la technologie francaise, l’Allemagne ira faire ses courses ailleurs : au pire elle gardera son argent, au mieux elle en échangera un peu contre la technologie de pays comme la Corée.


    • Attila Attila 24 novembre 10:23

      @titi
      L’argent allemand ? Plus de gaz russe à pas cher et l’industrie allemande est bientôt à genoux.
      L’économie allemande entre en récession.
      Allemagne : la récession en 2023 semble inévitable
      .


  • the clone the clone 24 novembre 07:34

    Quel est le bilan carbone de ce n’avion ? 


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