mardi 12 novembre - par rosemar

Et le soleil se levait sur le no man’s land...

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Cette chanson de Pierre Bachelet s'ouvre sur une envie de liberté, dans une nature accueillante et prodigue : là sont réunis tous les éléments d'un décor généreux... "un chemin, un peuplier, des foins, un sentier, plein de rosée, un ruisseau."

 

Le narrateur s'exprime à la première personne et dans sa fuite à travers la nature, il profite de tout ce paysage qui s'offre à lui : on le voit "boire" au "ruisseau", "regarder" l'eau, faire le plein de sensations.

 

Dans le refrain, son regard s'attarde aussi sur le "soleil qui se lève", symbole d'espoir et de renouveau, des "oiseaux" qui s'en vont vers le "no man's land".

L'expression désignait pendant la première guerre mondiale la zone située après les barbelés entre les deux tranchées opposées.

 

Et bien sûr, on comprend alors que le personnage fuit l'enfer de la guerre, essayant de se fondre dans une nature complice et bienveillante.

 

On perçoit les pensées du personnage qui nous semble ainsi très proche et familier : "je croyais voler... On me chercherait bientôt, bientôt je ne serai plus là..."C'est un personnage qui rêve d'évasion et de liberté...

 

Et le contraste de la vision qui suit est saisissant : "j'ai vu sur le versant Un faisan à aigrette qui marchait tranquillement, repéré la frontière du côté opposé, plein de militaires, un champ de barbelés".

La guerre symbolisé par "les militaires, les barbelés" s'oppose à une nature somptueuse et tranquille représentée par ce "faisan à aigrette".

 

"J'rentrerai pas ce soir, j'rentrerai plus jamais
Je m'suis caché pour voir le côté liberté..." pense et affirme le personnage, comme pour se rassurer. Et on est sensible à son humanité, à ses espoirs réitérés.

L'emploi du futur marque une sorte de certitude et d'assurance, de même que la négation absolue : "plus jamais."

 

Le personnage s'attarde alors pour contempler le paysage :

"En bas dans la vallée y avait comme un hameau
Et de tendres fumées. fumées qui donnaient chaud", on perçoit une image réconfortante de bonheur faite de tendresse, de chaleur.

 

Il lui reste "cinquante mètres à faire" et soudain, sa fuite est interrompue : 
"J'ai entendu tirer, je suis tombé par terre..."

Une nouvelle sensation apparaît : le bruit d'un fusil, et le personnage s'affaisse... on assiste à la mort en direct du soldat.

 

On entend encore les pensées du personnage : 

"J'ai la vie qui s'enfuit au milieu de ma chemise
Mais que c'est beau la vie, même s'il y a des surprises."

 

On perçoit la blessure qui l'a atteint et aussi tout l'amour de vie qu'il ressent à travers cette structure exclamative : "Mais que c'est beau la vie..."

 

Et, une dernière fois, il affirme son amour de la nature, en observant les nuages, "les flocons du ciel bleu", belle image poétique qui restitue son attachement au monde :

"Je regarde les nuages, j'aimerais être comme eux
On tire pas au passage les flocons du ciel bleu..."

Les nuages hors d'atteinte lui donnent encore une impression de liberté.

 

Et les derniers vers du poème sont à nouveau une réaffirmation de la beauté du monde que le personnage regarde avec ferveur et admiration :

"Étendu sur le dos, je regarde une dernière fois
Mais que le monde est beau, est beau autour de moi..."

 

Ce poème qui dénonce la guerre avec sensibilité, pudeur est aussi un magnifique hymne à la nature.

La mélodie rythmée restitue une envie de liberté, un amour de la vie qui contraste avec la violence de la guerre.

 

Paroles : Jean-Pierre Lang, musique : Pierre Bachelet.

 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2017/11/et-le-soleil-se-levait-sur-le-no-mans-land.html

 

Vidéo :

 



16 réactions


  • San Jose 12 novembre 11:46

    Rosemar, berce-le chaudement ; il a froid !


    • rosemar rosemar 12 novembre 12:27

      @San Jose

      On songe à ce poème de Rimbaud, bien sûr...

      C’est un trou de verdure où chante une rivière,
      Accrochant follement aux herbes des haillons
      D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
      Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

      Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
      Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
      Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
      Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

      Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
      Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
      Nature, berce-le chaudement : il a froid.

      Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
      Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
      Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


  • Fergus Fergus 12 novembre 11:50

    Bonjour, Rosemar

    Bachelet est sans aucun doute l’un des plus sensibles des chanteurs français. Et, plus encore qu’avec cette chanson, il est l’une des icônes de la variété dans le nord de notre pays. Sa chanson « Les corons » a d’ailleurs presque le statut d’un hymne dans les contrées minières. Elle est d’ailleurs chantée à chaque match par les spectateurs du RC Lens, et c’est très impressionnant : lien.


    • Fergus Fergus 12 novembre 11:59

      @ Rosemar

      Rien à voir : dans mon article d’hier*, consacré aux concerts organisés le 12 novembre 1989 à Berlin, figure un lien vers le site du Berliner Philharmoniker que je vous invite à visiter. Vous qui  comme moi aimez la musique classique avez la possibilité de voir jusqu’à ce soir gratuitement le concert donné dans la prestigieuse grande salle de la Philharmonie pour les seuls résidents de Berlin-Est. Ce concert historique est particulièrement émouvant, et cela se lit sur le visage de Barenboim, soliste du Concerto pour piano n°1 de Beethoven et chef d’orchestre pour l’exécution de la 7e Symphonie du même compositeur. Un très grand moment de musique  !

      * Berlin : les concerts historiques du 12 novembre 1989


    • rosemar rosemar 12 novembre 12:29

      @Fergus

      Impressionnant, en effet...


    • rosemar rosemar 12 novembre 12:33

      @Fergus

      Hors sujet mais merci pour le lien...


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 novembre 11:57

    Quelques progrès, mais des notions de méthode restent à acquérir. : lien.


  • Tall Tall 12 novembre 14:29

    C’est tellement beau qu’on irait presque se faire flinguer pour le plaisir.

    Dommage pour le boucan quand même... si on mettait des silencieux sur les mitrailleuses, on pourrait entendre chanter les oiseaux pendant qu’on se fait plomber.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 novembre 15:02

      @Tall

      « On ferait des chansons utiles à la société
      Pour en dénoncer les dérives et les absurdités
      Comme tirer sur un oiseau qui chante
      Une cartouche en plein cœur
      Mais on fait des petites chansons hésitantes
      Et on regarde ailleurs  »

      Francis Cabrel  des gens formidables


    • rosemar rosemar 12 novembre 18:32

      @Tall

      C’est aussi une mort en direct : c’est terrible.


    • rosemar rosemar 12 novembre 18:34

      @Séraphin Lampion

      https://youtu.be/R_cER1mnZpY


    • Tall Tall 12 novembre 18:42

      @rosemar

      C’est aussi une mort en direct : c’est terrible
       
      Certes, mais il faut toujours regarder le côté positif des choses : une fois le cadavre bien putréfié par quelques mois d’averses automnales, cela donne ensuite un engrais très riche qui permettra d’ensemencer et d’avoir du très bon blé l’été suivant. Un blé qui servira alors à faire du bon pain pétri par les mains douces d’une chaleureuse boulangère. smiley


    • @Tall 
      Il me semble que le pétrissage c’est plus l’affaire du boulanger que de la boulangère dont le boulot est de mettre les miches en vitrine ...non ?

      Y’ avait un vieux dicton aussi du genre « plus tu pétris de miches et moins tu te tapes de rassis » ou quèq’chose comme çà ! smiley


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