vendredi 10 mai 2013 - par LM

Fillon veut couper le grand cordon

L’ancien collaborateur du Président de Neuilly, truandé par JFC dans la course au leadership de l’UMP, s’est faussement embrouillé, hier au Japon, pour in fine donner le coup d’envoi de la Présidentielle 2017.

« Tout ce que cherche Fillon, c’est m’empêcher de revenir. S’il pense que c’est lui qui va me barrer la route… » C’est Nicolas Sarkozy qui parle ainsi, cité dans le Canard Enchaîné de mardi. Nicolas Sarkozy, aka « lapin Duracel », dixit François Fillon dans le reportage passé sur France 3 mercredi. Resituons : le lapin avait pour collaborateur (lisez « premier ministre ») le bourgeois de la Sarthe pendant 5 ans de présidence. Fillon qui s’était fait remonter les bretelles (par un lapin !) pour son expression maladroite d’état « en faillite » qui avait mis Sarko hors de lui. Entre les deux, cinq ans de travail, de respect timide, d’affrontement larvé, de contenance réciproque. Fillon, une sorte d’austère qui ne se marre pas, sujet de Sarkozy 1er, jogger qui ne se calme jamais. Une comédie plus ou moins dramatique qui s’est joué sous les ors, sans plus d’éclat que cela. Duracel avait manifestement besoin de son collaborateur pour ne pas surchauffer, et le collaborateur avait manifestement besoin du lapin pour s’inventer un avenir. Un peu comme Ayrault, Fillon était jusqu’à sa nomination à Matignon un politique discret, appliqué, transparent, a priori peu destiné aux hautes destinées. A priori peu rompu aux coups tordus. La preuve pour Fillon dans l’invraisemblable vaudeville auquel a donné lieu l’élection à la présidence de l’UMP. Le plus vicieux (JFC) a finalement gardé le butin, mais les deux ont montré une certaine naïveté, une certaine gaucherie dans le préparation de leur coup.

François Fillon, depuis, s’est un peu fait oublier, avant de repointer le bout de son nez. Et puis, le taiseux s’est soudain mis à parler. A balancer. Sur son concurrent Copé, d’abord, mais ensuite assez vite sur son ex patron. Le petit Nicolas. Le cave Fillon se rebiffe, et il allume. Lui avait les bonnes analyses sur l’Etat de la France mais on ne l’écoutait pas. En fait Fillon développe un mythe, l’entretient, sur la base d’une seule et unique déclaration, légendaire, où il se disait « à la tête d’un état en faillite ». Aujourd’hui, il n’est plus à la tête de rien du tout mais l’Etat, lui, est assez proche de la faillite. Du coup, Fillon s’habille en visionnaire. En fait, c’est un peu plus compliqué que cela, ou moins évident, la petite phrase de l’époque ayant été un peu tirée par les cheveux par des syndicalistes en Corse, et non le fruit d’une longue et brillante analyse politique ou économique. Mais peu importe, il reste l’homme de l’Etat en faillite, celui qui le premier aurait eu le « courage » de tirer la sonnette d’alarme. Une fable, bien sûr, mais que reste-t-il d’autre à cet ancien premier ministre qu’une belle fable pour tenter de croire encore au sommet ? L’UMP aurait été idéale pour préparer 2017, l’homme aurait mis les pas dans ceux de son maître, mais voilà, Copé ne l’entendait pas de cette oreille et rêve lui aussi de se raser à l’Elysée. Fillon pensait pourtant que son passé de premier ministre au long cours lui suffirait aisément pour convaincre sans effort les militants UMP. Mauvais calcul. Comme quoi on peut être « lucide » pour son pays et totalement à la ramasse dans son propre parti.

Mais Fillon apprend, pas buté, et hier a tenté de faire dans la provocation. « Je serai quoi qu’il arrive candidat… » En 2017 ? Les journaux embrayent, Fillon candidat pour la Présidentielle. Pas du tout, sur son compte Tweeter FF jure ses grands dieux qu’il voulait évidemment parler de la primaire UMP de 2016 et de rien d’autre. Au passage il plombe son tweet d’une faute d’orthographe sarkozienne, en mettant deux l à « renouvellé » qui n’en prend qu’un. Il était au Japon, à recevoir une obscure décoration (grand cordon de l’ordre du soleil levant) et c’est là qu’il a marmonné plutôt que déclamé son intention. Pas géniale, comme communication, mais bel effet tout de même. FF fait parler de lui, c’est l’essentiel, et va sans doute énerver un peu plus Sarkozy, qu’il souhaite manifestement voir sortir du bois le lus tôt possible. Fillon doit penser comme beaucoup que plus Sarkozy se dévoilera tôt, moins il aura de chance de passer en 2017. C’est de l’enfumage, donc, pratique bien connu pour extraire de certains terriers les gibiers dissimulés. C’est aussi une façon pour Fillon de couper encore un peu plus le (grand) cordon, de laisser derrière lui son passé de « collaborateur » du nain préféré de Dominique de Villepin. François Fillon, banané par Copé, a besoin de montrer les crocs (de boucher ?), sortir le fusil, se prouver à lui-même peut-être qu’il est d’une autre trempe que de celle des larbins.

La tactique fonctionnera-t-elle ? Le lapin sortira-t-il en courant du terrier, sa grosse montre (de luxe) en main ? On ne sait pas encore, mais manifestement Sarkozy s’agace déjà. Il s’agace à Las Vegas, là où d’autres n’auraient peut-être jamais dû quitter Le Mans.



1 réactions


  • devphil30 devphil30 10 mai 2013 14:13

    La perversion de la reforme sur la durée du mandat présidentiel fait de la France , une situation électorale permanente surtout si on ajoute un brin de primaire ( tiens la droite a changé d’avis sur le sujet ...)


    Philippe

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