mercredi 9 octobre - par Sayed Hasan

Gilets Jaunes : les violences policières, l’écologisme contre-révolutionnaire et le spectre du régicide

Par Ramin Mazaheri, journaliste de la chaîne iranienne Press TV, le 22 septembre 2019.

Source : http://thesaker.is/back-to-french-tear-gas-in-the-morning-smells-like-liberte-austerite

Traduction : lecridespeuples.fr

Le 21 septembre (bonjour l’automne) a été le pire jour de violences à Paris depuis le 1er mai. Rappelons que le souvenir le plus marquant de cette journée avait rendu les politiciens et citoyens « centristes » furieux que les manifestants – Gilets Jaunes, syndicats et autres femmes âgées – osent chercher refuge dans un hôpital plutôt que de rester sur place à se faire gazer avant d’être tabassés et inculpés par les flics.

Le Président Emmanuel Macron savait qu’une journée noire se profilait – non seulement l’Acte 45 des Gilets Jaunes, mais également des manifestations des syndicats et des militants contre le changement climatique –, et il a donc fait une concession majeure : il a accordé une interview. Noblesse oblige !

Macron a attendu deux ans avant de donner sa première conférence de presse. Nous ne devions donc pas nous attendre à un miracle, mais le premier fonctionnaire français arait pu envisager de parler à des médias français, au moins. Au lieu de cela, il a parlé avec le magazine américain Time.

Au pays d’Ayn Rand, où le chef petit-bourgeois est le chef incontesté de plusieurs millions de fiefs, Macron a peut-être fait du théâtre devant son auditoire lorsqu’il a déclaré : « Dans notre pays, nous voulons un leadership (fort), mais nous voulons aussi tuer les dirigeants. » Qui peut oublier Louis XVI, le roi guillotiné ?

Cependant, j’ai pensé à tous les dirigeants français qui n’ont pas été tués à coups de hache par une populace vengeresse. Louis Ier, par exemple. Louis II – oui, il y a eu un autre Louis. Louis III, aussi. En fait, de Louis IV à Louis XV, aucun roi n’a été assassiné. Pourquoi Macron s’inquiète-t-il tant de la vindicte populaire ?

Considérons l’Histoire française de plus près. Malgré les prétentions à l’universalité de #MeToo, ce n’est même pas une question de genre : Ermentrude d’Orléans (43 434e prénom le plus populaire en 2018), Berthe de Bourgogne (ne l’appelez pas « la grosse Bertha ») et cette sale immigrante Clémence de Hongrie qui volait le travail des Français ont tous échappé à l’assassinat malgré le fait qu’elles aient été les Premières Dames de la nation. Jeanne la Boiteuse était une régente et détenait donc le vrai pouvoir, et pourtant, elle n’a pas été décapitée, bien qu’il ait dû être assez facile de lui mettre le grappin dessus. La tombe de Jeanne a tout de même été détruite pendant la Révolution française – elle ne pouvait pas y échapper pour toujours.

Je note également qu’à la lointaine époque mérovingienne, Engelbert the Humperdinck [chanteur pop] n’a pas non plus été assassiné, en dépit de ses nombreux crimes qui ont durement touché les oreilles de ses malheureux sujets.

Pour clarifier les choses pour Macron : la France veut un leadership fort mais elle veut aussi occasionnellement tuer ses dirigeants. D’autres fois, les Français construisirent d’énormes statues à leurs dirigeants, comme Jeanne d’Arc et Charles de Gaulle. En fait, ça semble plutôt dépendre du dirigeant et de sa restation, et je pense donc que ce sentiment prétendument français peut en réalité être considéré comme universel.

Blague à part, Macron n’essaie évidemment pas de se faire réélire. Il est l’exemple de la plus grande faille de la démocratie bourgeoise occidentale : celle dans laquelle des opportunistes acceptent temporairement le service public afin de l’exploiter à des fins personnelles.

(En revanche, je ne suis pas sûr que le Guide Suprême iranien soit même autorisé à démissionner. Il est expressément là pour être une force patriotique permanente au sein d’un système démocratique – les Présidents vont et viennent mais pas le Guide –, et sert de médiateur entre différents groupes de la société pour le bien-être national.)

Quand je regarde la couverture de Time avec Macron, je vois le Brésilien Michel Temer.

Il y a une contradiction évidente entre l’image et la légende sur la couverture de Time : Macron se retrousse les manches franchement et agressivement, mais les mots sur sa « présidence troublée » indiquent la contrition, la culpabilité et le désir de réconciliation. Qui a besoin de se retrousser les manches avant une étreinte fraternelle ? Quoi qu’il en soit, Time s’est magistralement trompé : en juin, Macron avait déclaré en être au « Deuxième acte » de sa présidence, ce qui n’était pas du tout une réinitialisation de sa politique, mais une confirmation, une avancée, une escalade. Macron se retrousse les manches parce que les effets néfastes de ses réformes du régime de retraite et de l’assurance chômage sont les plus controversés et les plus radicaux de sa présidence. Comme Temer, il se fiche royalement des conséquences – il a du pain sur la planche, à savoir le démantèlement social ordonné par l’idéologie néolibérale de l’austérité et de Bruxelles. Macron et Temer agissent tous les deux sur l’ordre de leurs amis, les 1% qui écrasent les 99%. La seule réinitialisation pour eux sera personnelle, et elle viendra après leurs mandats, quand ils auront une vie bien remplie et des conférences privées effrénées où leurs égos blessés et sous-estimés pourront être ravivés à prix d’or.

Mais pourquoi les journalistes de Time auraient-ils la moindre idée de ce que pense la « rue française » ? Ils n’y sont pas, n’y sont jamais allés et n’iront jamais. Ils considèrent les Gilets Jaunes avec le même mépris que les sionistes américains considèrent la « rue arabe ».

Ce que Time aurait vu durant la pire journée de violences depuis le 1er mai

Les gaz lacrymogènes et les brutalités policières ont commencé le matin à 10 heures. Je ne sais pas quelle heure il était à Hong Kong (les médias français sont plus intéressés par ces manifestations que celles, beaucoup plus exceptionnelles et violemment réprimées, de leur propre pays).

Les premiers gaz lacrymogènes provoquent toujours les symptômes les plus dramatiques – j’imagine que c’est parce que votre corps vous dit : « Mais qu’est-ce que vous inhalez, là ? Sortez-moi ça de là ! » Votre peau brûle, vous expectorez excessivement par la bouche et le nez, votre fréquence cardiaque reste élevée bien après que l’ « adrénaline de conflit » se soit dissipée. Les gazages suivants sont beaucoup plus faciles, à condition que vous ne soyez pas au point d’impact, bien sûr.

J’ai reçu tellement de gaz lacrymogène dans « le berceau des droits de l’homme » que je me demande combien de poison j’ai accumulé dans mon sang. Je me demande si je peux poursuivre en justice le gouvernement français pour avoir créé un environnement de travail dangereux après une défaillance d’organe suite à une intoxication au cyanure. Probablement pas.

Des gaz lacrymogènes tombaient régulièrement du ciel, et des Gilets Jaunes particulièrement bruyants étaient ciblés individuellement pour une arrestation violente, mais pour une raison inconnue – programmation, rotation, etc. – après mon interview en direct à 12h, PressTV ne voulait plus d’interview avant 14h. Journalistes acharnés que nous sommes, moi et mon cameraman sommes allés déjeuner.

Hé, il faut bien manger à un moment. Nous sommes des travailleurs, et Macron n’a pas encore révoqué notre droit à une pause déjeuner. Et nous ne pouvons pas être là pour chaque gazage / tabassage / tir de LBD – ce n’est tout simplement pas possible. En outre, si nous y étions systématiquement, notre heure viendrait, et il n’y aurait plus aucun reportage car on serait hors course. Nous devons jouer sur la durée.

Au moment de notre retour sur les Champs, la foule avait nettement diminué, après avoir donné l’impression qu’il y en aurait assez pour tenir toute la journée. Les flics étaient extrêmement brutaux. Ils ne faisaient que gazer, désorienter et châtier, pousser les gens à l’extérieur des Champs, puis les empêcher de revenir, verrouillant ainsi le plus grand centre commercial-boulevard du monde. Mais nous avions une interview programmée, alors nous sommes restés avec les quelques 500 irréductibles, espérant toujours que les syndicalistes, les militants du changement climatique et les Black Blocs viendraient pour reprendre ce boulevard emblématique aux sbires du régime honni.

Nous avons donc pris l’antenne en direct et conduit notre interview, et nous avons probablement contribué à la violence. C’est ce qui se produit souvent : les Gilets Jaunes savent soudainement qu’ils sont à la télévision, car un singe avec un microphone déblatère devant une caméra, et ils veulent se manifester. Ils deviennent bruyants et tapageurs. Ainsi, la présence de journalistes soulève la foule d’une manière similaire – mais en réalité très différente – que la présence de policiers hyper-armés. Pour les manifestants politiques, la couverture médiatique est un signe de leur importance, et qu’ils font quelque chose de juste qui mérite d’être commenté : c’est ce qui rend si déplorable le fait que mes collègues des médias français ne couvrent jamais les manifestations des Gilets jaunes – s’ils le faisaient, des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes rejoindraient à nouveau les manifestations. Mais bien sûr, la vaste répression policière depuis la fin mars est la principale raison pour laquelle les Français moyens ne viennent plus.

Nous terminons en direct notre interview n° 481 dans une manifestation française (je soutiens sincèrement et humblement qu’aucun journaliste en France n’a couvert autant de manifestations que moi au cours de la dernière décennie ; ce chiffre que j’ai donné est mon estimation honnête) et la petite foule redevient le moteur Gilet Jaune qui pourrait changer les choses.

Ça réchauffe le cœur… foutons le camp d’ici. Et nous sommes partis parce que nous devions rejoindre une autre manifestation à couvrir – les patrons des salles de rédaction veulent que vous soyez là où l’action se déroule, et il y avait une énorme manifestation contre le changement climatique. Franchement et malheureusement, je pense qu’une grande partie de la foule s’est dissipée parce qu’elle voulait aller rejoindre les tarés de l’écologie, qui ont autant de courage pour le combat politique que le tofu.

Pourquoi est-ce que j’allais à la manifestation contre le changement climatique et non à la manifestation syndicale ? Parce qu’un seul des neuf principaux syndicats a finalement décidé de manifester ce jour-là – trahison totale d’un jour censé être si énorme, mais c’est la « vertu » des syndicats « indépendants », non ?

En partant, je jette un dernier coup d’œil… et les gaz lacrymogènes volent à nouveau. Bien sûr : les flics craignent les manifestants chahuteurs qu’ils n’ont pas totalement réduits au silence et à la soumission par leurs passages à tabac, et lancent donc toujours davantage de gaz lacrymogène.

On ne peut rien faire de plus pour vous, Gilets Jaunes. Nous devons penser à l’endroit où l’action se déroulera dans 45 minutes, et vous avez tous été nassés (encerclés par les flics). Vous saviez qu’ils allaient vous gazer, vous chasser et verrouiller les Champs-Elysées, procéder à des arrestations arbitraires, et si vous ne le saviez pas, alors vous le savez maintenant.

Nous sommes des allumeurs, nous les journalistes ! On les excite tous, puis on les abandonne dans leur moment de besoin. Ne me blâmez pas, madame – blâmez le système.

Une hypothèse alternative est que les flics ont vu que les seuls journalistes munis d’une caméra étaient en train de partir, et que le terrain était dégagée pour davantage de gazages. C’est donc quand même notre départ qui aurait provoqué ce regain de lacrymogènes, et honte à mes collègues français des médias nantis pour ne pas être là.

La dernière hypothèse est que les flics étaient sur le point de les gazer de toute façon et que notre départ a été une pure coïncidence. C’est mathématiquement logique, étant donné le taux de gazage lacrymogène des policiers français le samedi.

Quoi qu’il en soit, c’était une anecdote intéressante qui prouve le corollaire journalistique de la mécanique quantique : la simple observation d’un phénomène change inévitablement ce phénomène. Encore une fois, quels seraient les effets si les médias français étaient présents ? Ou même des journalistes de Time ?

Les tarés de l’écologie : les fausses politiques de gauche à leur point le plus pathétique

Je ne supporte pas les manifestations écologiques – quelle perte de temps !

Premièrement, le changement climatique nécessite une solution coopérative au niveau international, et de toute évidence, le capitalisme repose sur la concurrence au niveau international. Par conséquent, il n’y a aucune raison de faire quoi que ce soit sur les questions environnementales – la seule solution est de commencer par obtenir le socialisme. Pas de socialisme ? Alors aucune solution climatique n’est possible.

Deuxièmement, le changement climatique est-il un point d’actualité qui n’est pas déjà suffisamment couvert ? Il y a seulement 900 milliards de journalistes occidentaux qui adorent couvrir cette histoire. Je remarque que les quelque 900 milliards d’articles sur le changement climatique publiés dans les médias occidentaux tous les mardis n’ont pas changé grand-chose. Mais ne dites pas cela aux éco-tarés, ils se croient les serviteurs préférés de Dieu.

Ne leur faites surtout pas remarquer que les 1% adorent vous voir gaspiller votre énergie politique sur la question du changement climatique au lieu des problèmes de classe. Le changement climatique est intrinsèquement neutralisé de tout aspect de classe : milliardaires et sans-abri, tous produisent des détritus, laissent un « impact sur le climat », ne recyclent pas correctement ou que sais-je encore.

Les manifestations contre le changement climatique sont donc tellement, tellement inutiles, que je ne pourrais pas m’en désintéresser davantage, ce que les manifestants ont directement reconnu : ils avaient un gros ballon, qui disait : « Give a f*** » (ayez-en quelque chose à f***). La classe. Ce sont les seuls à en avoir quelque chose à f ***, pas vrai ?

Des punks arrogants. Et les manifestants du changement climatique sont des Punks avec un P majuscule – il y a trop d’exemples à énumérer, mais en voici quelques-uns :

La présence d’alcool dans les manifestations politiques françaises est déplorable – ce n’est pas une fête –, mais ce n’est que lors de manifestations écologiques qu’on peut voir du champagne.

La présence de musique forte lors des manifestations – au lieu de slogans fort chantés ou même de silence – est… acceptable, je suppose. Mais pour beaucoup de gens, samedi n’était pas une manifestation, mais une rave party, célébrant la Terre-Mère : la musique techno était assourdissante, et on pouvait entendre le groupe de Rock américain 4-on-the-floor « assommer ma petite âme jusqu’à la soumission » avec le DJ imbécile hipster / bobo disant calmement et lentement (pour que les gens qui étaient sous ecstasy ou MDMA puissent le comprendre) : « Seeeeentez la terre…. ne la laissez pas mourir. » Il est bien connu que rien n’exprime autant la protestation – et n’influence les décideurs économiques et politiques – que la danse pendant une marche de protestation.

La présence de mimes aux manifestations… ne peut se produire qu’en France, bien sûr. Je n’ai aucune idée de leur objectif politique, mais je dois admettre qu’ils étaient amusants. Je dois également admettre que j’espérais que les flics s’en prendraient à eux pour leurs actes de vandalismes très mineurs, car ils seraient alors contraints de sortir de leur mutisme. Les mimes sont un bon symbole pour les manifestants écologiques en général : ils sont là seulement pour être vus. Et, j’ajouterais, pour se sentir bien et recevoir des éloges pour leurs actes insensés et stériles.

La présence de gaz lacrymogène lors de manifestations écologiques n’est pas attendue, car ça gâche tout le plaisir, n’est-il pas ? Quand le premier gaz lacrymogène a volé, les éco-guerriers étaient dans une telle panique que des milliers d’entre eux ont tous couru dans la mauvaise direction… et ont continué à manifester ainsi. LOL, à plus, camarades !

C’était nouveau. Mais j’avais bon espoir, car au lieu de se diriger dans la direction opposée des Champs (comme l’avait prévu l’éco-itinéraire), ils se dirigeaient maintenant dans cette direction – reprenons les Champs, oui !

Non, bien sûr. Les éco-guerriers avaient l’intention de marcher dans la direction opposée des Champs (vers l’Est, et non pas vers l’Ouest) et ils étaient déterminés à éviter tout conflit éventuel avec des flics, car cela pourrait créer un mauvais karma ou les forcer à prendre une douche (ce n’est pas écologique) pour se débarrasser du gaz lacrymogène. Finalement, les milliers de manifestants se sont tous retournés et ont marché dans la bonne direction. Intérieurement, ils étaient probablement trop égoïstes pour se demander s’ils avaient l’air d’idiots.

Les Black Blocs ont dû se tromper d’adresse

La violence qui a effrayé les éco-tarés a été fournie par les Black Blocs. Nous sommes arrivés juste à temps pour voir ça.

Comme d’habitude. Vandalisme ciblé contre les banques, les agences immobilières (10 000 euros par mètre carré maintenant à Paris, alors croyez-moi quand je dis que mon propriétaire – que j’ai rendu riche – peut aller se faire voir), et des annonces sexistes (beaucoup de Black Blocs sont des femmes).

Il y a eu une variante, et il faut admettre que les Black Blocs se tiennent au courant : ils ont attaqué le Centre culturel égyptien… manifestement en solidarité avec les manifestations anti-Sissi en Égypte qui se déroulaient ce jour-là. Ces Black Blocs étaient informés, ont découvert que le Centre culturel égyptien était sur la route de la manifestation écologique et ont agi. Je me suis trompé dns cette interview en direct de la scène, au milieu des débris – peut-être que les Black Blocs pourraient mieux faire mon travail ? Laissez-moi tranquille, les interviews en direct sont difficiles : j’ai bien compris la situation pour le reportage officiel de la journée.

(J’ai parlé avec le seul travailleur égyptien du Centre, que vous pouvez voir sur cette vidéo. Il a dit que le Centre était clairement visé. Il m’a montré une bouteille de vodka vide qu’ils avaient jetée à l’intérieur, mais les Black Blocs ne sont pas une bande de pochards. Je me sentais mal pour le pauvre type – qui sait s’il soutient Sissi ou pas ? Il gère juste un Centre culturel dans un endroit éloigné – les Égyptiens ont besoin de Centres culturels, après tout.)

Ok, il y a eu des dégâts qui n’étaient pas purement politiques : deux motos ont été incendiées. Cependant, lorsque je me serai frayé un chemin jusqu’au sommet et que je deviendrai dictateur de la France, la première chose que je ferai sera d’interdire ces maudites tondeuses à gazon qu’on appelle des deux-roues. Il faut vivre à Paris pour comprendre à quel point les motos ont une réverbération supplémentaire négative dans cette ville fortifiée : la pollution sonore est un problème bien plus grave que la pollution régulière (qui est également un problème). Je considère donc personnellement que les actions contre les motos sont justifiées à 100%. C’est social, sinon politique. En plus de leur bruit exaspérant et perpétuel, les motocyclistes ne font que circuler entre les voies de circulation et enfreignent toutes les lois imaginables. Je crois vraiment que les routes de Paris sont devenues plus dangereuses que celles de Téhéran, et c’est assez extraordinaire. (Bien sûr, au cours des dernières décennies, l’Iran a effectivement investi dans l’infrastructure routière, alors que Paris ne fait que créer davantage de pistes cyclables. L’Iran compte maintenant beaucoup plus de policiers de la circulation, un type d’agents du service public que vous n’avez jamais vu à Paris – peut-être qu’ils étaient là avant l’austérité ?)

Puisque notre travail consiste à être en première ligne, nous devions être en première ligne. J’ai commis une erreur de novice : ne vous retrouvez jamais dans une situation où vous devez vous enfuir dans une rue latérale, restez toujours sur les artères principales et près du mur. Donc ils nous ont gazé (femmes, vieillards et enfants) pour dégager la voie aux camions de pompiers pour éteindre le feu. Mais la foule reculait déjà spontanément pour ouvrir un chemin – le gazage n’était pas du tout nécessaire, mais punitif. Les gaz lacrymogène ont explosé dans les airs si près de moi que j’ai pu les voir s’enflammer clairement, et c’est le genre de situation où vous pouvez perdre un œil. Alhamdulillah (Dieu merci), mon collègue et moi fûmes épargnés. Salement gazés, mais nous avons vu pire. Le pire dans tout ça, c’est que j’étais si près de la scène parce que je devais faire une interview en direct depuis le cœur de la folie, mais notre maudite connexion n’était pas assez bonne ! Alors, j’ai été gazé, j’ai pleuré, courant et criant vainement sur Téhéran pour qu’ils me fassent passer en direct. Ça arrive.

Mais je l’admets humblement : dans le récapitulatif de PressTV Français en fin de journée, malgré mon français impressionnant, je n’étais pas assez critique envers les Black Blocs – ils peuvent faire plus de mal que de bien. Principalement quand ils vont où ils ne sont pas voulus – comme cette manifestation écologique au lieu des Champs.

Immédiatement après la violence et la mi-manifestation, Greenpeace et Youth for Climate (Jeunesse pour le Climat) ont tweeté qu’ils révoquaient leur leadership de la marche et que tout le monde devait quitter la manifestation. Des vrais durs à cuire, hein ?

J’ai parlé avec un Black Bloc juste avant le gazage : une femme très voluptueuse. Elle était probablement l’une des personnes qui saccageaient les publicités sexistes dégradantes, car elle est probablement sujette à une objectivation constante lorsqu’elle marche dans la rue (un hijab donne incontestablement du répit aux femmes, mais laissons cette question de côté) : Dieu nous garde de nous opposer violemment à la nudité féminine dans la publicité, car c’est la preuve que la France est « sexuellement progressiste » et « respectueuse des femmes », n’est-ce pas ? Elle a enlevé son masque quand elle a vu que j’étais l’un des gentils journalistes. Son joli visage était rougi par ses efforts marqués à gauche. Habillée de la tête aux pieds en noir, elle a dit qu’elle n’était pas Black Bloc, et qu’elle se contentait de prendre le look « Gothique ». Une belle silhouette, un joli visage, du courage et un sens de l’humour ? Bien sûr, j’étais tellement épris que je ne pourrais pas l’identifier auprès des autorités si jamais j’étais obligé de le faire, tant une masse d’étoiles, de cœurs et de lumières brillantes tournoyait autour d’elle.

J’aurais bien parlé à un Jeune pour le Climat mais ils fuyaient trop vite… mais ils étaient quand même capables de tweeter en même temps ? Les milléniaux, tellement talentueux !

Un autre samedi en France, plus de dommages aux poumons à long terme

La réalité, qui était encore difficile à saisir tandis que nous quittions la marche des Gilets Jaunes #45 et filmions un vieil homme au visage rouge et ensanglanté par les flics, ainsi qu’une vieille femme saignante et menottée, est que la situation ne fera qu’empirer. Comme je l’ai écrit, les réformes du système de retraite et de l’assurance chômage auront l’impact immédiat le plus important de toutes les « déformations » de Macron, et ils provoqueront donc les manifestations les plus massives.

Ces manifestations vont au-delà des capacités des Gilets Jaunes. Le 21 septembre a été une journée importante car c’était la « Journée des Gilets Jaunes sans les Gilets Jaunes », car la plupart des manifestants ne les portaient pas. L’idée était de faire enfin converger les Gilets Jaunes avec les différentes luttes sociales (syndicats, ONG, principaux partis politiques de gauche, voire éco-tarés, etc.). Après 10 mois, ils doivent s’allier aux bons groupes.

Il est question d’une grève illimitée dans les transports jusqu’en décembre, et je ne me souviens pas d’avoir entendu une telle chose auparavant. Pas de vacances de Noël pour moi, je suppose.

La chaîne iranienne Press TV (en anglais, français, espagnol et persan) et la chaîne russe RT sont les seuls médias télévisés couvrant ouvertement les Gilets Jaunes. J’ai vu la chaîne française LCI pendant environ les six premières semaines, et une ou deux fois le mois dernier, j’ai vu TF1, mais c’est tout. Je suis sûr que les médias dominants faussement de gauche ont pris part à la marche du changement climatique – parce qu’ils le font toujours – et j’espère qu’ils ont reçu plus de gaz lacrymogène que moi.

Cependant, le processus de révolution durable est long – il faut des années de lutte et la victoire n’est assurée que lorsque les ménages et les familles sont obligés de choisir leur camp. Je ne fais pas la promotion de la discorde, je me contente de rapporter ce que j’ai lu pour les révolutions précédentes. Bien entendu, le choix le plus simple, le plus moral et le plus efficace consiste à prendre le parti des classes inférieures.

Dans un jeu vidéo, la « réinitialisation » vous fait revenir au même début, et vous avez totalement effacé de la mémoire toutes vos fautes. Pourquoi Macron mériterait-il une réinitialisation de la part du public français ?

Dommage pour Macron que la fonction publique et la politique ne soient ni un jeu vidéo, ni une rave party hippie. Tant pis pour tout le monde dans l’économie mondiale si l’austérité se poursuit.

En réalité, Macron ne connaît même pas l’histoire de son pays : depuis le IXe siècle, moins de cinq dirigeants sur une centaine en France ont été tués. La France ne tue pas ses dirigeants ; elle les exile, même ceux de la Première République (1792-1804). C’est un autre faux cliché que Macron a accepté comme fait et qui est principalement promu par des monarchistes anglais craintifs et réactionnaires. Les décapitations ne sont pas nécessaires. Il suffit de demander à n’importe quel Français : quel destin pourrait être pire que de ne pas vivre en France ?

Macron sera probablement également ‘exilé’ – qui n’imagine pas que le jeune Macron sera fêté comme un empereur dans le monde des affaires anglophone après son échec aux élections de 2022 ?

Macron n’a donc pas à s’inquiéter. Tout au plus verra-t-il sa tombe profanée, comme Jeanne la Boiteuse. Il y a probablement beaucoup d’autres similitudes entre Macron et Jeanne la Boiteuse…

La question que Macron devrait se poser est la suivante : quelles actions de son mandat doivent-elles lui faire craindre un régicide ?

Ramin Mazaheri est le correspondant principal de la chaîne iranienne anglophone Press TV à Paris. Ayant la double nationalité américaine et iranienne, il vit en France depuis 2009. Il a été journaliste quotidien aux Etats-Unis et a exercé en Egypte, en Tunisie, en Corée du Sud et ailleurs. Ses articles ont été publiés dans divers journaux, revues et sites Web, et il apparaît à la radio et à la télévision.

Du même auteur :

Gilets Jaunes : la police, bras armé ou partie intégrante de l’oligarchie ?

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6 réactions


  • exol 9 octobre 10:15

    Tien mouloud est passé prendre la température , après que son collègue est trucide 4 braves kouffars . C’est la faute des Gj si les muzzs dégomment à tout va.


  • Eric Havas Eric Havas 9 octobre 11:54

    Le Boobaland au XXIVe siècle

    La révolte des tuchiens, chronique de l’Iman du PSG,

     

    « Tuchiens » est vieil patois souchien, venant de « touche », la forêt, là où se réfugiaient les souchiens pour ne pas payer la gabelle mondialiste coloniale du califat capitaliste. Certains zoologues plus simplistes affirment que c’est simplement abréviation de « Tu es souchien »...

    « Des bandes nombreuses de misérables, qu’on appelait « tuchiens », à cause de leur vie désordonnée,avaient tout à coup surgi comme une nuée de vers et s’étaient montrées sur tous les points de la contrée. Laissant là les travaux des métiers et la culture des terres, ils s’étaient réunis et engagés par des serments terribles à ne plus courber la tête sous le poids des subsides ».

    Archives de la révolte et lettres de rémission du Calife : des serfs de l’émir du Laonnois (2338) aux Jacques de la région Haut-de-Boobaland-sud-un-peu-à-droite (2358).


  • zygzornifle zygzornifle 9 octobre 12:40

    Les violences policières sont le reflet exact des violences de ce foutu gouvernement dictatorial ....


  • izarn izarn 9 octobre 15:53

    On peut considérer que les excés policiers sont une réussite des GJ...

    A l’international, Macron est pris pour un guignolo...

    Alors vous allez voter pour lui en 2022 ?

     smiley


    • Le421 Le421 10 octobre 07:48

      @izarn
      Bah... De toute façon, ce sera Macron vs Le Pen.
      Ainsi, Macron sera réélu.
      Avec l’aide des médias, comme d’habitude.

      Tiens, j’ai trouvé un fruit pourri (encore) dans la corbeille LREM.
      Je paye (si, si !!) plus de taxe d’habitation cette année qu’en 2015.
      Et rien, absolument rien n’a changé chez moi.
      Ah si !! Le portail électrique... Ce doit être ça. smiley


  • zygzornifle zygzornifle 10 octobre 09:01

    Quand ça va mal on recrute et on forme des flics par milliers pour le grand tabassage qui se profile a l’horizon .....


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