vendredi 9 décembre 2016 - par Arnould Accya

Initiation - La Montagne magique - Réflexion

Sortir du sentier battu qui nous est prédestiné.

Ouvrir les yeux, se mettre à écouter avec une attention réelle, redevenir curieux, s'intéresser à des domaines de connaissances sans portée matérielle ou de reconnaissance sociale.

Bref, se déconnecter de cette tension incessante qui nous entraîne dans une voie suivie de manière mécanique, irréfléchie, et prendre du recul, s'ouvrir pour redevenir "humain" et reprendre le contrôle de son destin.

Voilà ce que nous propose Thomas Mann dans son ouvrage.

 

Durant toute sa lecture, on est amené à se demander s'il n'est pas le legs spirituel de son auteur, une vaste fresque de ses réflexions hétéroclites, touchant tous les domaines : scientifique, philosophique, métaphysique ...

Il nous présente son "héros", censé représenter l'individu moyen par excellence, être passif aux capacités limitées et promis à un destin des plus quelconques, alors qu'au fur et à mesure qu'il se dévoile et s'épaissit, il revêt, de par son humanité et son empathie, un caractère exceptionnel, celui de la personne dont la qualité d'écoute la rend sympathique au plus haut degré.

Cette "bonne pâte" devient le disciple de deux personnages flamboyants, l'humaniste démocrate Settembrini et le penseur absolutiste Naphta (au nom probablement issu de la naphtaline, ce vieil anti-mites à l'odeur désagréable et nuisible) qui se déchirent dans leurs joutes verbales incessantes où l'un fait l'éloge de l'individu, de ses lumières, de sa maîtrise de la nature, du progrès continuel dont il est porteur et bénéficiaire, tandis que l'autre s'insurge contre ce tout rationnel, en démontre sa vacuité, et célèbre la foi et la dissolution de l'ego au sein de la communauté religieuse comme l'apogée de la civilisation, l’unique spiritualité à même de lui apporter son salut.

Son séjour à la montagne, qui devait être bref, se prolonge indéfiniment. Il perd peu à peu toute notion du temps, au contraire de son cousin militaire qui ne souhaite qu’une chose, malgré le pouvoir “magique” de la montagne : retourner parmi les siens, oublier ce lieu de cure aliénant, et se consacrer à sa carrière militaire.

Son esprit s’égare dans les méandres de la passion pour une femme qui lui rappelle un “amour” adolescent, une attraction irrésistible pour un garçon asiatique aux yeux “obliques” qui l'avait fasciné et resurgit dans sa conscience en proie à un trouble profond. Le temps n'est plus dynamique, son écoulement n'est plus uniforme, il est une notion relative dont la nature dépend de l'instant et de la valeur qu'on lui attribue.

Son obsession pour la séduisante russe alors qu’il est censé être un homme posé, flegmatique, l’ouverture de son esprit aux lumières de domaines de connaissances sans intérêt pour lui jusqu’alors (botanique ou biologie par exemple), l’émulation spirituelle des théories et raisonnements complexes, parfois alambiqués, de ses deux “maîtres à penser”, semblent entraîner une dissolution progressive et inéluctable de son moi dans un espace temps où son identité originelle connaît une évolution radicale, une réformation essentielle ; à tel point qu’il se “dénature” à vouer une admiration sans borne à un apparent triste sire, vieux voluptueux par excellence, aussi charismatique que ses propos sont creux, qu’il aurait sans nul doute exécré s’il l’avait rencontré à son arrivée.

 

La Montagne magique ou l’ouverture à la vie et ses possibilités infinies.

Un ouvrage initiatique : nous sommes tous, bien sûr, le héros "normal", "moyen", de Thomas Mann.

 

Ce livre était censé être beaucoup plus court, et miroir de la nouvelle "Mort à Venise", nouvelle que j'ai pour ma part trouvée infâme de par le développement continuel de l'obsession pédophile du narrateur.

Je sais que des auteurs tels Beigbeder se font un malin plaisir de moquer ceux qu'ils cataloguent de puritains maccarthystes, au nom de la liberté d'expression et d'une bien-pensance abjecte à mes yeux, du fait même qu'il est des sujets, l'inceste ou la pédophilie par exemple, dont il ne faut pas débattre.

J'ajoute que l'absence de débat sur ces sujets ne sont nullement le reflet d'une société frileuse et sclérosée mais est, au contraire, témoin de moeurs saines et d'une morale dont la décadence connaît encore, heureusement, quelques limites.

Jusqu'à quand ? pourrait-on se demander, avec justesse, quand on voit cela, par exemple : (à partir de la minute 23, avec l'inénarrable Thierry Levy "qui a beaucoup écrit sur l'art de l'éloquence" - cf Wikipedia- loool) ?

https://www.youtube.com/watch?v=Zr55xEfMBc0

 



4 réactions


  • zic_quili 9 décembre 2016 17:16

    « ’il est des sujets, l’inceste ou la pédophilie par exemple, dont il ne faut pas débattre »

    Ces sujets ne sont pas tabous, car on peut en parler mais, naturellement, pour les condamner au plus haut degré.

    Tout débat signifie qu’il y a des arguments valables pour (ce que Thierry Levy évoque avec une insistance glaçante en ce qui concerne la pédophilie, si j’ai bien compris son discours ), et des arguments valables contre.

    Ce genre de sujets, d’horreurs, n’est pas matière à débat.


    • Arnould Accya Arnould Accya 9 décembre 2016 21:29

      @zic_quili
      Et si l’on se penche sur l’actualité récente outre-Atlantique, les frères Podesta - l’un conseiller d’Obama et directeur de la campagne perdue de Clinton, l’autre un riche et puissant notable lobbyiste de Washington - semblent appartenir à cette catégorie cauchemardesque d’individus que sont les pédophiles.

      https://www.youtube.com/watch?v=bgbgXxlKfSM

      Car le meli-melo actuel quant à savoir si le Pizzagate est vraie ou une gigantesque opération pour légitimer des limitations futures sur internet ne doit pas occulter les nouvelles données que l’on détient sur l’agenda des Podesta lors de la disparition de la petite Madelaine McCann.

      A ceux qui pourraient dire « Mais non, tout est faux, le Pizzagate et l’implication des Podesta » , NON !
      L’implication des Podesta dans des affaires de pédophilie est tout sauf un hoax.


  • ddacoudre ddacoudre 9 décembre 2016 23:45

    bonjour A A
    je n’ai pas lu cet ouvrage mais à la description que tu en fais j’imagine la trame. l’idée de fond de s’ouvrir au monde ne se conçoit que si celui-ci se ferme, ce que nous faisons par nécessité et qui se fossilise par la suite car autour de ce passage perpétuel et évolutif s’élabore sur ses base des pouvoir de domination qui se veulent irrémédiable, ce fut le cas aussi des religions. il est nécessaire d’avoir à l’esprit que tout ce qui existe a une raison d’être même si nous ne la connaissons pas.
    un bon article.
     cordialement.


    • Arnould Accya Arnould Accya 10 décembre 2016 10:47

      @ddacoudre
      Tout l’enjeu est de s’efforcer de garder assez de lucidité et d’esprit critique pour ne pas se laisser enfermer dans les schemas mentaux et sociaux que nous impriment, nous inculquent les chemins que nous suivons par nécessité ou par l’inertie considérable liée au milieu dans lequel on évolue. 


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