vendredi 19 septembre 2014 - par Nicole Cheverney

Jaurès nous parle-t-il encore ?

Il exhorte...

Il communique à travers des mots simples au Peuple qui prête à ses discours une oreille attentive, non pas l'accalmie d'une espérance vaine, mais l'inquiétude. De cette inquiétude salutaire qui fait que « aucune récolte ne lève toute seule ».

Il sait, lui en 1914, au moment où il s'adresse aux Français, ouvriers ou laboureurs (la France est à l'époque à majorité rurale), qu'ils travaillent une terre « pleine de périls » et sont « pleins d'ennemis ».

Les noirceurs annoncées par le lucide Jaurès, servent à insuffler au Peuple cette force, ce souffle répandus sur les vapeurs mortifères qui étouffent le pays.

La guerre est là !

Mais il refuse la fatalité. « Rien n'est écrit », dira-t-il.

Il demande au peuple de « bander ses forces », contre les puissances du MAL !

Il parle donc... et le peuple est saisi par la voix ample et lente qu'il maîtrise parfaitement. Il cherche à convaincre, à nous émouvoir, l'on sent son dépit, son ressentiment, son emportement, son courroux, sa fureur, sa rage !

Il tempête... L'on décèle à travers ses « prophéties » la mesure qu'il prend des dangers imminents. Sa stature de Tribun, sa grandeur, ne se mesurent pas seulement aux mots que son éloquence lui dicte, mais à l'aune de sa clairvoyance. Il voit, « l'écroulement de la civilisation ». Et le prophète surgit en l'homme politique... Il voit au delà... Bien au delà du siècle qui commence...

Pour lui l'avenir est terrifiant. Ses paroles sont de feu !

« Dîtes-vous bien qu'il faut que vous fassiez un grand effort rien que pour avoir une faible idée de ce que ce sera. Ne vous imaginez pas que le passé, même le plus sombre, vous en fournisse une figure. La guerre, si par malheur elle éclate, sera un événement entièrement nouveau dans le monde, par la profondeur et l'étendue du désastre ».

 

Et là, l'indignation nous prend, nous, les « enfants spirituels de Jaurès » ! car comme les chiens qui parlent, nos politicards de 2014, soit un siècle après, aboient, éructent, se prennent à tribuniser se drapant pour certains dans la toge jaurésienne, reprenant à leur compte, la grande figure, plagiant cocassement les grands accents de ses discours.

Seulement voilà ! Le compte n'y est pas ! Et n'y sera jamais !

La duperie des babilleurs de micros est éventée !

Le recueillement des fleurisseurs de tombe de Jaurès, les agenouillements et les larmes d'hypocrites, sont dénoncés comme tels : des simagrées, lorsque le message du vibrant socialiste, de cet homme d'exception, est brouillé et que son héritage est foulé aux pieds.

Ils avancent, les accipitridés avec leur faux-nez ! Tels des champignons vénéneux tapissant les sous-bois, sombres et empoisonneurs, ils tricotent leurs discours, ils verbatisent, ils se saoulent de mots, de formules et de signes cabalistiques, de haussements de sourcils, de grimaces...

 

Ils creusent le vent !

Ils pépient comme des linottes, tout boursouflés qu'ils sont de suffisance chronique.

Mais ne cherchez pas très loin, ils sont les fossiles d'une civilisation moribonde et aux abois. Des résurgences d'une république faussaire et malade, qui ne nous donne plus comme signe de vie que des hoquets et les derniers soubresauts avant le trépas.

Assouvissement et satiété. Ils nous « gratifient » de leur contentement d'eux-mêmes, tels le basilic (serpent venimeux) tue d'un seul regard le surmulot égaré, ils injectent leurs infects projets, programmes et feuilles de route, vers le néant. Et nous livrent leurs fantasmagoriques évocations d'un futur immédiat, lorsque leur vision personnelle et collective ne va pas plus loin que les intérêts immédiats et lucratifs de leurs coteries.

 

M'entends-tu ? Saisis-tu, Peuple, ce que je te dis ?

Ils choisissent sciemment les mots, (de préférence ceux qui tuent) , les phrases, les formules et les adjectifs pour ôter au monde du Travail, sa DIGNITE !

C'est une grosse clique qui s'avance, c'est à qui sonnera du clairon le plus fort. Ils le savent et s'en réjouissent...

Car le Peuple, ils ne l'aiment pas... Et le respectent encore moins et le « Lumpen-prolétariat », encore plus avec l'étiquette du « salaud de pauvre », avec la satire et la parodie, il devient une cible, un exutoire. N'échappent pas non plus au cynisme institutionnalisé, les classes moyennes paupérisées.

Des « sans-dents » aux « illettrés », les clowneries et les pitreries des classes dirigeantes d'une oligarchie qui « court après l'esprit » quoiqu'elle semble en manquer considérablement pourtant, se disputent dans les coteries mondaines à qui aura le meilleur trait d'esprit, pour qualifier le Peuple, tout ce qui n'est pas eux-mêmes, s'en moquer, goguenards, narquois, blagueurs ! Grotesques, au fond ! Cultivant avec un art consommé, cette ségrégation sociale.

Mais ils ont pour cela, une arme ! La Télévision ! Une très dévouée auxiliaire ! Peut-être leur principale !

Quoi de plus efficace par exemple, entre autres, que les télé-réalités où l'on se démène pour « ridiculiser » le pauvre bougre qui paye de sa personne pour se singulariser sur les plateaux, participant actif-passif de ces odieuses bacchanales ?

Bien sûr, me rétorquerez-vous, les participants à ces jeux de cirque et de massacre, ne devraient pas y participer ? Mais facile à dire ! La télévision a cela de satanique et magique, c'est qu'elle charme comme la « Fée Bleue » transformait le petit homme de bois, en jeune prince . La capacité de nuisance de l'écran plat est infinie, son manque d'amour pour le spectateur tout autant ! Et les émoluments grassement concédés aux « gentils petits organisateurs » de ces spectacles du cirque, je veux parler des présentateurs et présentatrices vedette, ont un seul but : réduire le spectateur à l'état d'apesanteur tel un astronaute découvrant la Lune ! Le réduire à une chiffe, une bulle, une baudruche sur laquelle ils soufflent à l'envi...

Que le Peuple se laisse prendre dans les rets de l'écran plat, et l'Oligarchie triomphera là où le peuple ploiera, courbera le col devant sa toute puissance.

Bien qu'anxieux de l'avenir et conscient que la guerre des classes a depuis longtemps été gagnée par l'Oligarchie, le peuple pour l'instant ne tend pas à se détourner des miroirs aux alouettes qu'on inventé pour lui, l'Oligarchie selon le vieux principe romain : « Des jeux et du pain »...

Alors, il est grand temps de se dire et de se rendre compte qu'il devient VITAL de ne plus accepter, de ne plus tolérer les errements de conduite de nos dirigeants, des élus, des classes politiques au pouvoir, le moindre manquement au respect fondamental de l'élu envers son électeur.

Que l'Oligarchie si prompt à se gausser, arrogante et suffisante, se dise bien que le Peuple qu'il méprise autant et auquel elle s'ingénie à supprimer toute dignité, se souvient encore des paroles prophétiques de JAURES et de ses mises en garde.

 

Et cela est une grosse, grosse affaire...

Les « sans-dents », peuvent mordre, le cas échéant...



9 réactions


  • diogène diogène 19 septembre 2014 10:30

    D’abord, un petit bravo pour les « accipitridés » !

    Les gypaètes eussent également été de bon ton
    bien que quelque peu communs.

    Pour le reste, vous affirmez que «  le message du vibrant socialiste, de cet homme d’exception, est brouillé »

    C’est vrai que JLM nous brouille l’écoute (et je m’abstiendrai de développer le contrepet).

    • alberto alberto 19 septembre 2014 13:22

      Salut Diogène,

      Ou simplement les buses : ça a le mérite d’associer cupidité et connerie !

      Quant à JLM, il n’est malheureusement pas le seul...

      Jean Luc la mouche ? smiley


    • symbiosis symbiosis 19 septembre 2014 14:02

      On voit bien, dans le texte de Nicole, sans qu’il fut nommé, le reflet, l’ombre de JLM et s’il n’est pas le seul à se draper dans la toge faussaire du grand tribun, en représenter la parfaite caricature.
      Car, même si JLM se donne comme mission la défense du peuple, il n’en reste pas moins un représentant de l’oligarchie.
      Il en a donné la preuve, en ratissant les suffrages des mécontents de la gauche pour les ramener dans l’escarcelle des socialistes, hyper capitalistes et antisociaux, lors des dernières présidentielles et le refera encore de nouveau aux prochaines. 
       
       


    • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 20 septembre 2014 11:54

      @ Bonjour Diogène,

      J’ai longtemps hésité entre « accipitridés » et le mot« accipitres » (groupe de rapaces) selon le Larousse de 1949. J’ai opté pour la première.

      Je trouve que cette définition colle parfaitement avec nos gouvernants.

      Quant au message de Jean Jaurès, il est tellement brouillé par les politiques au pouvoir, qu’actuellement, la ligne de « démarcation » qui séparait la GAUCHE de la DROITE est quasiment effacée. C’est le maire UMP de Marseille, Jean Claude Gaudin qui un des premiers élus de PACA l’affirmait il y a quelques années que d’orénavant plus ni droite ni gauche n’existait. Il savait de quoi il parlait ! Jusqu’à ce que la réalité dépasse ses allégations.

      C’est pourquoi, il me semble très important de rappeler ce que DEVRAIT être le SOCIALISME et par conséquent LA GAUCHE ! Il ne s’agissait vraisemblablement pas dans l’esprit du Tribun lorsqu’il parlait du SOCIALISME, de la SOCIALE (à l’époque) d’un parti, d’une camarilla, et de coteries complices de la DROITE CAPITALISTE !

      Il s’agit-là, d’une véritable trahison, et du peuple, et des fondements du socialisme.

      Cordialement.


  • alberto alberto 19 septembre 2014 13:52

    Bonjour Nicole Cheverny,

    Et merci pour ce petit rappel de la personnalité de Jaurès.

    Ce que je retiens aussi c’est sa dimension internationaliste : à la veille de sa mort, il est encore à Bruxelles avec Hogo Haase et Rosa Luxembourg pour tenter de peser sur les décisions guerrières des dirigeants français et allemands.

    Les Wendel, les Krupp, les Scheinder, les Thyssen qui déjà se frottaient les mains devant la belle aubaine qui s’annonçait, allaient-ils laisser se trublion faire foirer leur business ?

    Ce pauvre Vilain a-t-il reçu de l’argent de la part de Rothschild ainsi que certains l’ont prétendu ? On ne le saura jamais, car il n’y eu malencontreusement aucune enquête sur origines de l’assassinat !

    Depuis, les peuples semblent avoir oublié qu’ils seraient plus forts s’ils se causaient par dessus les frontières : ils constateraient ainsi que la Finance qui les asservis, n’a pas, elle, de frontière !!! 

    Bien à toi.


    • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 20 septembre 2014 12:14

      @ Alberto

      Cette Finance appatride déjà à l’oeuvre bien avant 1914. Dès le milieu du XIXe siècle, avec les débuts de la consommation dite de « masse » qui sera décuplée dès les années 1905-1910. Avec notamment les débuts de la publicité : que l’on appelait alors les « réclames » ! Et l’industrialisation avancée de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France engagée dans une courses aux armements, et à la conquête de territoires nouveaux (Syrie notamment, déjà !) que l’Angleterre et la France se disputaient comme des chacals pour son pétrole !!

      Quant à « Vilain », aucun doute sur son cas : on lui a très certainement placé le pistolet entre les mains pour assassiner l’empêcheur de tourner en rond qu’était Jaurès et qui s’il n’avait pas été assassiné, aurait triomphé des va-t-en-guerre en formant avec les socialistes allemands, une pression suffisamment solide pour les arrêter.

      Quant à la soit-disant victoire de 18, il serait très intéressant de se pencher sur ses véritables causes et conditions, tout en sachant que de l’autre côté du Rhin, à la même époque, une révolution sociale avait lieu, des manifestations de masse,des grèves générales, par le peuple allemand, dans toutes les Provinces et le refus de continuer une guerre aussi coûteuse en hommes et en finances et matériel, et que le Kaïser, son fils, le Kronprinz et sa famille furent contraints de s’exiler à l’étranger.

      Car si les Allemands ne s’étaient pas révoltés, il y a fort à parier que cette horrible boucherie se serait éternisée... Cette révolution, on n’en parle très peu, continuant à faire cocorico sur les charniers de la Somme, de Verdun, etc...

      Cordialement.


  • Julien30 Julien30 20 septembre 2014 07:25

    On s’en fout de Jaurés, arrêtons d’invoquer cette girouette sans consistance.


  • Julien30 Julien30 20 septembre 2014 07:26

    On s’en fout de Jaurés, arrêtons d’invoquer cette girouette sans consistance.


  • julius 1ER 20 septembre 2014 08:36

    « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
    Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
    Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
    Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes. 


    Les Français feraient bien de se remémorer les paroles de cette chanson et la prendre comme hymne national........

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