jeudi 24 janvier - par Alex

L’épopée du cochon socialiste

 

L’épopée du cochon socialiste

 

Pauvre cochon. On lui prête des défauts crasseux, on le réduit au boudin, l’Islam le veut impur, certaines disent que tous les hommes en sont et on va même jusqu’à le taxer de socialiste !

En Bretagne, dans le département des Côtes-d’Armor, il apparaît que l’on avait coutume de nommer « socialiste » le verrat que l’on gardait pour engraissement ou pour reproduction, comme en témoignent plusieurs cartes postales centenaires, montrant un marché aux cochons avec l’intitulé : « Foire aux Socialistes ».

                   L’épopée du cochon socialiste

Une autre illustre une « courses aux Socialistes ».

                   L’épopée du cochon socialiste

Plusieurs villages semblent concernés, tels Goëlo , Plouha, Etables ou Kerfot, et bien entendu ces cartes postales retrouvent une nouvelle vie, assez active, au sein des réseaux sociaux, et ce depuis quelques années.

Les seules occupations de ces cochons mâles sont de s’engraisser et de s’occuper des truies.

Lors de ces foires, ce sont les femmes qui assuraient la vente et se bousculaient pour que leur meilleur socialiste soit désigné comme le mâle reproducteur le plus gros, le plus beau et le plus membré de la région.

L’Histoire ne nous dit pas le pourquoi du comment de cette appellation. Faut-il y voir un quelconque parfum politique, déjà à l’époque ? Entre 1870 et 1914, les clivages politiques inspiraient de nombreuses caricatures recourant au procédé de l’animalisation, et bien entendu, le porc faisait partie des grands favoris. Ces cartes postales ont été rebaptisées ainsi justement à l’époque de la séparation de l’église et de l’état. Les socialistes allemands étaient devenus le premier parti au parlement et il y avait aussi l'affaire Dreyfus et Zola qui avait fait grand bruit. Doit-on y déceler les éventuelles opinions politiques de l’éditeur des cartes ?

On notera également que le mot « socialiste » est toujours écrit avec une majuscule.

Le terme « socialisme » est issu du mot anglais « socialism » créé par le britannique Robert Owen et introduit en France en 1834 par l'ouvrier typographe Pierre Leroux, pour désigner initialement un mouvement de pensée et d'action en réaction à la misère ouvrière et au capitalisme naissant.

Depuis quand y a-t-il des socialistes en France, qu’ils soient ou non cochons ?

En 1889, la IIème Internationale est constituée à Paris, dominée par l’idéologie Marxienne.

Le premier Parti socialiste est fondé en 1902 sur injonction de l'Internationale, avec la fusion des différents courants socialistes (guesdistes, blanquistes, allemanistes, réformistes...) pour se fondre en 1905 dans la nouvelle Section française de l'internationale ouvrière (SFIO), sous l’impulsion de Jean Jaurès.

                    L’épopée du cochon socialiste

En 1910, l’ouvrier tapissier Georges Cochon fonde la Fédération nationale des locataires. On notera ses succulentes méthodes subversives qui pourraient bien inspirer nos gilets jaunes, comme installer une famille de dompteur, animaux compris, chez un conseiller municipal récalcitrant.

En 1969, le SFIO est rebaptisé Parti socialiste. Et depuis il y a des rassemblements de socialistes. Est-ce à dire que c’est la foire ? A chacun d’en juger.

                                  L’épopée du cochon socialiste

Mais en fait, le texte de la Déclaration de principes, qui fixe les valeurs fondamentales du PS, adoptée en 1905 par la SFIO devrait pouvoir nous éclairer : « Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d'échange, c'est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste,(…).

Il s’avère que « socialiser les moyens de production et d'échange », notre verrat breton bien gras le fait à merveille avec ses truies, et que cela pourrait bien expliquer sa dénomination.

On comprendra donc déjà que le socialisme est une fonction avant d’être une idée. L’occupation peut devenir prenante et préoccupante à l’idée de certaines femelles peu sociales et enclines à la chose, pourtant bien engraissées, qui décrètent alors : « Balance ton porc ! ».

On notera aussi que paradoxalement, les socialistes sont les grands favoris de ceux pour qui le cochon est haram.

 

A.Zeletzki v.P  -

23 01 2019

 

Pour aller plus loin…

 

Lire :

-La BD humoristique La foire aux cochons : https://www.bedetheque.com/BD-Foire-aux-cochons-Tome-3-Le-vent-de-l-Histoire-a-tourne-75761.html

-Le porc dans la caricature politique (1870-1914) : une polysémie contradictoire ? de Guillaume Doizy

- La Ferme des animaux de George Orwell, une satire de la Révolution russe et une critique du régime soviétique sous forme de fable animalière.

-Les mémoires de Cochon ou le raffut de Saint-Polycarpe, de Georges Cochon

-Le PDF Citoyen Cochon contre Monsieur Vautour : http://www.archyves.net/html/Documents/cochoncontrevautour.pdf

 



9 réactions


  • Arthur S François Pignon 24 janvier 15:38

    Rien n’est moins sûr que l’explication de l’auteur sur l’origine et la période d’introduction du mot « socialisme » dans la langue française. Il faudrait se fonder sur des éléments concrets pour valider son interprétation.

    La seule chose réellement sûre, c’est que l’invention n’a pas été faite par des savants, sinon ils auraient d’abord essayé sur des animaux.

    L’humour vaut bien de rigoler un peu quand on se met sur ce registre.


    • Alex Alex 26 janvier 23:40

      @François Pignon J’aurais sans doute du utiliser le conditionnel au lieu de l’affirmatif, mais il est assez communément admis que le terme a été inventé par Leroux pour désigner ce mouvement. On ne sait pas si les cochons ont été socialistes avant les hommes. Le concept a pu donc être essayé sur les animaux, encore faut-il s’accorder sur ce qu’est le socialisme, qui diffère en fonction de celui qui le pratique, avec un plus ou moins grand écart entre les idées et les actions..Quant aux effets socialistes sur les animaux, pour le socialisme marxiste par exemple, cela donne : « Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous les prend et les met dans une étable avec les vaches d’autres éleveurs. Ensemble, vous devez entretenir toutes les vaches, et le gouvernement vous fournit le lait. »


  • hunter hunter 24 janvier 18:19

    Excellent papier, merci !

    Rien d’autre à dire, sinon continuez !

    Adishatz

    H/


  • UnLorrain 24 janvier 20:41

    Indirectement. Pour François.

    Ce qui est sûr aussi c’est que Flaubert, tiers dix-neuvième soyons ample,écrit « le socialisme n’est-il pas un VASTE monstre qui englouti tout,dirige tout » ? Gustave voit dans le futur l’homme aller dans l’espace grâce a des capsules d"oxygène, j’ai donc assez pleinement confiance en ce qu’il voit,je le recommande il était pas con comme mec.


  • zygzornifle zygzornifle 25 janvier 10:44

    C’était plutôt le caviar les yeux dans les yeux et la louche dans la bouche a la grande époque de la rue Solférino ....


    • Alex Alex 26 janvier 23:53

      @zygzornifle
      Rien n’empêche cependant tout bon citoyen de se régaler d’un pied de cochon au Passe-Porc, 155 rue Solférino.... smiley


  • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 25 janvier 12:11

    En parlant de cochon, regarder cette scène culte tirée du film : « la traversée de Paris » avec Jean Gabin, Bourvil louis de Funès . Inoubliable :


    Version courte

    https://www.youtube.com/watch?v=3lqM62th0Ro

    version plus longue

    https://www.youtube.com/watch?v=Z-dIbMuODsA


    @+ P@py



    • Alex Alex 26 janvier 23:50

      @Gilbert Spagnolo dit P@py Oui, en effet, un excellent moment. On ne pouvait pas dire que les Allemands et les Français étaient copains comme cochons à l’époque. Les seconds ont bien failli parler la langue de Goëthe et s’exclamer « Ach, le socialisme c’est une grosse Schweinerei  » Et voilà que Manu corrige la chose avec le traité d’Aix-la-Chapelle...


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